dimanche 26 janvier 2020

Messieurs Bouchez et Magnette, aimer la Belgique, c'est aussi la comprendre !


Olivier Mouton 
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express 

Les politiques francophones aiment la Belgique, mais " oublient " de parler le néerlandais ou négligent la logique politique au Nord. Comment un relent du passé...
La déclaration d'amour de Georges-Louis Bouchez à la "Belgique unitaire" et son plaidoyer pour une refédéralisation de compétences, faite dans le dernier numéro de Wilfried, suscite comme attendu une avalanche de réactions. Il y a ceux, comme les jeunes libéraux ou la présidente de l'Open VLD, qui se félicitent de cet "idéal n'étant pas une position de négociation". Il y a les autres, comme la N-VA ou les socialistes francophones, qui tombent de leur chaise et dénoncent un retour "à la Belgique du 19e siècle". Ceux-là crient à un oubli coupable de l'évolution fédérale ayant permis de pacifier le pays. Et il y a enfin ceux, comme son co-informateur Joachim Coens (CD&V) qui se félicitent de voir le débat sur l'avenir du pays placé de la sorte à l'agenda.
En tout état de cause, cette interview accordée alors que Georges-Louis Bouchez était déjà informateur et président de parti fait bouger les lignes en vue de la fin de la mission royale, mardi 28 janvier. On verra dans quel sens.
Ceci dit, la position actuelle des présidents des deux premiers partis francophones à l'égard de la Belgique et de son avenir a de quoi laisser pantois. Tant au niveau de la forme que du contenu.
Georges-Louis Bouchez fuse de toutes parts comme la nouvelle génération sait le faire et se fait un nom à la vitesse grand V. Ce faisant, il use des méthodes des politiques les plus rusés, y compris Bart De Wever. Mais en plaidant pour la Belgique unitaire, il étonne et brise effectivement la ligne de son parti. Son prédécesseur, Charles Michel, avait fait le choix risqué de s'allier à la N-VA pour préserver le pays, en intégrant la dynamique flamande en matière économique ou sécuritaire (sans débat communautaire en tant que tel, c'est vrai). Des régionalistes comme Willy Borsus (version pragmatique) ou Jean-Luc Crucke (version affective) ont quant à eux plaidé pour une Belgique à quatre, en insistant sur la régionalisation.
En outre Georges-Louis Bouchez joue sur l'imaginaire belge, présente ses voeux pour 2020 avec un tee-shirt belge et des allusions à Tintin, mais sa connaissance du néerlandais reste lacunaire. Il fallait le voir échapper aux caméras de la télévision flamande dans les couloirs du Sénat après l'affaire Khattabi, ne répondant qu'en français, sans même un "geen kommentaar". C'est un paradoxe bien francophone : aimer le pays, mais ne pas parler sa première langue.
Faut-il rappeler l'effet désastreux du néerlandais pour le moins "comique" d'Elio Di Rupo lorsqu'il était Premier ministre ? L'homme avait certes des circonstances atténuantes (des acouphènes) expliquant sa difficulté d'apprentissage, mais quand même...
Son successeur, Paul Magnette, parle au contraire un néerlandais d'un très bon niveau. Il n'a aucune peine à débattre à la télévision du Nord ou à s'exprimer devant un public flamand. C'est un signal fort, mais... ce politologue réputé, grand analyste des évolutions européennes, a tendance à ignorer la dynamique flamande ou à la considérer selon son propre prisme, idéologique, marqué à gauche, effrayé à la perspective de voir Ecolo et le PTB grignoter encore des parts de marché au PS.
Bien sûr, il y a des arguments à dire que le vote N-VA ou Vlaams Belang ne signifie pas forcément un appétit séparatiste ou indique des volontés d'avancées sociales. Mais en niant délibérément les deux premiers partis flamands (le Vlaams Belang, c'est normal et fidèle au cordon sanitaire) lors des longs mois de recherche d'un compromis fédéral, le président du PS n'a pas forcément contribué à trouver une solution belge. Les quelques voix s'exprimant en faveur d'une réforme de l'Etat au sein du parti (le Bruxellois Charles Picqué très vite, le Montois Eric Thiébaut cette semaine) ont notamment reçu peu d'échos., y compris en interne
Tout cela indique peut-être que l'on pourrait évoluer prochainement vers une coalition Vivaldi (socialistes, libéraux, écologistes et CD&V). Ce serait enfin choisir et les francophones rendraient à la N-VA la monnaie de sa pièce de 2019. Mais si cela s'avérait, l'avenir de la Belgique risque bien, à terme, en 2024, de poursuivre sa course folle vers une séparation de plus en plus grande. Le dialogue N-VA / PS avec le MR comme intermédiaire semble, lui, bien compris.
La Belgique unitaire est bien loin.


COMMENTAITE DE DIVERCITY
BOUCHE A L’EMERI ?

" Ce que le président du MR met en exergue à son insu, c'est avant tout un débat plus profond et spirituel sur l'identité des francophones ", estime Simon Lefebvre dans le Vif.
Le débat "unitaire" n'est pas nouveau, d'autres partis politiques plaident depuis longtemps en faveur d'un retour à une Belgique unitaire et d'une re fédéralisation des compétences. L'organisation même de certains partis transcende d'ailleurs le clivage linguistique.
Toutefois: « Il est malhonnête de feindre de ne pas comprendre qu'une telle sortie puisse poser problème. »
La NVA doit maintenant « envisager » d’entrer au gouvernement avec un mouvement dont le Président évoque publiquement son idéal d'unitarisme et de re fédéralisation des compétences en Belgique. Une situation qui résonnerait comme un aveu de faiblesse des séparatistes flamands.
« La Flandre, de par l'importance du mouvement flamand qui s'y est développé, est aujourd'hui devenue une nation sans Etat propre mais perpétuellement à la recherche de son Etat. »
Cette soudaine «  nostalgie de la Belgique » d'antan s'affiche davantage du côté francophone.
A l'inverse de la Flandre, la Wallonie n'a jamais réussi à développer un "mouvement wallon" similaire, ni même une identité propre.
Jules Gheude est amusé par «  Le pied de nez de Georges-Louis Bouchez à la Flandre » Mais il rappelle également dans LE VIF à toutes fins utiles que « le Nord doit sa prospérité économique à une gestion basée sur l'entreprenariat privé, gestion à laquelle l'influente organisation patronale Voka veille scrupuleusement ; Voka qui vient d'ailleurs de se prononcer ouvertement en faveur de la régionalisation de l'emploi et de la sécurité sociale ! » Et Gheude de déplorer que « le redressement wallon ne s'est toujours pas opéré. »
« La vérité, c'est que, de 1988 à 2017, la ministre-présidence wallonne a été confiée, sans interruption, au PS. Une gestion marquée fortement à gauche et davantage soucieuse de la sauvegarde des droits acquis que de la promotion de l'initiative privée. »
 « Ce n'est pas un hasard si, en 2017, les Wallons ont totalisé 110 jours de grève, contre 39 pour la Flandre. C'est cet état des choses que la Flandre critique et qui l'amène à remettre en cause la solidarité financière. »
Georges-Louis Bouchez, ne semble toujours pas avoir compris que « la Flandre a réussi, au prix d'un long combat, à s'ériger en Nation, une évolution qui rend totalement impossible la survie de la Belgique. Car comme le précise fort bien un dicton africain : Il n'y a pas place pour deux sur la peau du léopard. »
Tout nous laisse donc  à penser que «  de nouvelles élections seront inévitables, elles ne feront que confirmer l'ingouvernabilité du pays. Et la conclusion s'imposera d'elle-même : un pays sans gouvernement est un pays qui n'existe plus »
L’inexpérience, l’impertinence gratuite de ce coquelet arrogant visiblement « bouché à l’émeri » va nous rapprocher brutalement d’élections anticipées redoutées par tous à l’exception du Belang et du PTB.
Bravo les  barons du MR d’avoir donné des ailes à ce coq de basse cour sans envergure !
MG

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