lundi 6 janvier 2020

Mort de Soleimani: une opération sans précédent pour l'armée américaine


Le Vif

Le raid américain sans précédent dans lequel le général iranien Qassem Soleimani a été tué vendredi à Bagdad ouvre une période d'incertitude pour les Etats-Unis et leurs alliés dans la région, et suscite de nombreuses questions.
(…)POURQUOI AUJOURD'HUI?
Les Etats-Unis suivaient depuis des mois les déplacements du général Soleimani de près et auraient pu le tuer bien avant. Le Pentagone a expliqué que le général iranien "préparait activement des plans pour attaquer des diplomates et des militaires américains en Irak et à travers la région".
Plus tôt, le ministre américain de la Défense Mark Esper avait prévenu que les Etats-Unis n'hésiteraient pas à prendre des mesures "préventives" s'ils avaient vent de nouvelles attaques en préparation.
Il avait prévenu que la mort la semaine dernière d'un sous-traitant américain dans une attaque à la roquette sur une base de Kirkouk (nord) attribuée à une faction pro-iranienne avait "changé la donne".
QUELLES CONSEQUENCES?
D'ores et déjà, les prix du pétrole ont bondi de plus de 4% après l'annonce de la mort de Soleimani, les marchés craignant une escalade des tensions dans la région.
L'Iran a promis de se venger, de même que le mouvement chiite libanais Hezbollah qui s'est engagé à "apporter le juste châtiment aux assassins criminels (...) dans le monde entier".
Les nombreux groupes pro-iraniens de la région, pourraient lancer des attaques contre des bases américaines dans les Etats du Golfe, ou contre des pétroliers ou des navires marchands dans la région du détroit d'Ormuz que Téhéran peut fermer à tout moment
Ils pourraient viser les nombreuses bases où l'armée américaine est déployée en Irak, en Syrie, d'autres ambassades américaines dans la région, ou s'attaquer à des alliés des Etats-Unis comme Israël ou l'Arabie saoudite, voire des pays européens.
Pour Kim Ghattas, du Carnegie Endowment for International Peace, il est difficile de savoir comment la situation va évoluer.
"Une guerre? Le chaos? Des représailles limitées? Rien? Personne ne sait vraiment, ni dans la région, ni à Washington, parce que ceci est sans précédent."


COMPRENDRE L’ESCALADE DE LA VIOLENCE ENTRE L’IRAN ET LES ETATS-UNIS DEPUIS 2018, EN SIX POINTS
Le Monde

Au fil des mois, les relations entre Téhéran et Washington n’ont cessé de se dégrader, jusqu’à la frappe ciblée qui a coûté la vie à Ghassem Soleimani, le chef de l’unité d’élite des gardiens de la révolution iraniens.
Par Diane Regny  
La tension entre Washington et Téhéran n’a cessé de monter depuis le retrait américain de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien et le rétablissement des sanctions économiques. Au fil des mois, leur bras de fer diplomatique et économique s’est mué en épisodes de plus en plus violents, jusqu’à l’assassinat, ordonné par Donald Trump, du chef des forces spéciales des gardiens de la révolution iraniens, Ghassem Soleimani, jeudi 2 janvier. Retour sur un an et demi d’escalade.
1. LES ETATS-UNIS SE RETIRENT DE L’ACCORD
Alors que son prédécesseur, Barack Obama, avait tout fait pour améliorer les relations entre Washington et Téhéran, Donald Trump a sorti les Etats-Unis de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, le 8 mai 2018. Ce compromis, signé difficilement trois ans plus tôt par l’Iran, la Russie, la Chine, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, visait à limiter le programme nucléaire de Téhéran, alors qu’ils soupçonnaient de vouloir développer la bombe atomique, en échange de la levée de sanctions économiques. Rendu possible par l’arrivée d’un président modéré en Iran, Hassan Rohani, l’accord était respecté par Téhéran, d’après l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
2. LES SANCTIONS ECONOMIQUES FRAPPENT L’IRAN
Malgré les rapports réguliers et positifs du gendarme du nucléaire, Donald Trump a rétabli de lourdes sanctions économiques à l’encontre de l’Iran. Passé une période transitoire de quatre-vingt-dix jours après le retrait de l’accord, un premier volet de sanctions économiques s’abat, en août 2018, sur les secteurs bancaires, des matières premières, de l’automobile et de l’aéronautique civil. En novembre de la même année, elles se sont étendues aux secteurs pétrolier et gazier ainsi qu’à la banque centrale iranienne. La valeur du rial, la monnaie nationale, a été divisée par trois, voire par quatre en quelques mois. Les mains tendues des Européens, soucieux de conserver l’accord, ne sont pas parvenues à compenser le désarroi du pays, au bord de l’asphyxie.
3. L’IRAN VIOLE L’ACCORD DE VIENNE
Acculé, l’Iran a annoncé qu’il ne respecterait plus l’accord de Vienne. Progressivement, le pays commence à ne plus respecter les dispositions de l’accord – sans pour autant le dénoncer officiellement. Un mois après le retrait des Etats-Unis, Téhéran annonce d’abord son plan pour accroître le nombre de ses centrifugeuses – permettant d’augmenter son stock d’uranium enrichi. En juillet 2019, les autorités iraniennes ont annoncé reprendre l’enrichissement d’uranium au-delà du taux autorisé de 3,67 % – jusqu’à 4,5 %, un niveau cependant loin des 90 % nécessaires pour envisager la fabrication d’une bombe atomique.
DECRYPTAGE : NUCLEAIRE IRANIEN : POURQUOI L’ACCORD PREVOIT-IL UN SEUIL MAXIMAL D’ENRICHISSEMENT DE L’URANIUM ?
Puis, elles ont reconnu que leur stock d’uranium faiblement enrichi dépassait les 300 kg autorisés. Ces violations mineures, mais répétées, de l’accord ne sont pas analysées par les experts comme une réelle reprise d’un programme nucléaire militaire, mais comme un « appel au secours à ses partenaires ».
Analyse : La stratégie du dérapage contrôlé de l’Iran sur le nucléaire
4. LE PETROLE, AU CŒUR DE LA GUERRE ECONOMIQUE
Afin de survivre économiquement, l’Iran a aussi entrepris de contourner le blocus imposé par Washington sur ses exportations de pétrole – des sanctions encore durcies en mai 2019 par Donald Trump. Les transporteurs iraniens ont immatriculé leurs navires à l’étranger et dès octobre 2018, ses navires-citernes ont coupé leurs balises GPS afin de masquer leurs mouvements.
Puis les incidents de navires pétroliers se sont multipliés. En juin, deux navires norvégien et japonais ont été la cible d’une attaque indéterminée que les Etats-Unis ont imputée à l’Iran. Au début de juillet, les autorités britanniques ont saisi le pétrolier iranien Grace 1 au large de Gibraltar, accusé de vouloir livrer la Syrie, soumise à un embargo. En réponse, les gardiens de la révolution islamique ont arraisonné un pétrolier suédois, puis saisi un navire sous pavillon britannique.
5. ETE 2019 : LA GUERRE DES DRONES
Durant l’été, le climat s’est tendu dans l’espace maritime, mais aussi aérien. Le 20 juin, les autorités iraniennes ont abattu un drone américain qui, selon elles, violait leur espace aérien. En représailles, le président américain a ordonné des tirs ciblés, avant de se raviser « dix minutes avant la frappe ». Un mois plus tard, les Etats-Unis ont assuré avoir abattu un drone iranien qui se serait trop approché d’un navire américain dans le détroit d’Ormuz, alors que Téhéran affirmait que tous ses drones étaient rentrés.
La tension est encore montée d’un cran à la mi-septembre à la suite de l’attaque de deux infrastructures du secteur pétrolier saoudien, l’usine d’Abqaïq et le champ de Khouraïs. La capacité de production d’Aramco, la société du royaume saoudien, allié des Etats-Unis, avait été divisée par deux à cause de cet événement. Les Etats-Unis ont rapidement accusé Téhéran, suivis quelques jours plus tard par Paris, Berlin et Londres.
6. LES FRAPPES AERIENNES
Après cette attaque, les événements violents se sont accélérés. En novembre, Israël a bombardé des sites iraniens en Syrie. Puis, à la fin de décembre, les Etats-Unis ont lancé des raids aériens, tuant vingt-cinq personnes du mouvement proche du Hezbollah pro-iranien en Irak et en Syrie. Deux jours plus tard, des milliers de partisans du Hachd Al-Chaabi, une coalition de milices chiites pro-iraniennes, ont forcé l’entrée de l’ambassade américaine en Irak. Jusqu’au 2 janvier, où Donald Trump a ordonné la frappe qui a coûté la vie au chef des Forces Al-Qods, Ghassem Soleimani, renforçant encore les craintes que cette escalade ne se transforme en confrontation militaire directe entre les deux pays ennemis.


TRUMP VOWS TO HIT 52 SITES 'VERY HARD' IF IRAN RETALIATES FOR SULEIMANI KILLING
As the general’s body is returned to his home country, president says targets represent the 52 US hostages taken by Iran in 1979
Guardian staff and agencies

Donald Trump has threatened to hit 52 Iranian sites “very hard” if Iran attacks Americans or US assets in retaliation for the drone strike that killed Iranian military commander Qassem Suleimani and an Iraqi militia leader.
Despite the strike raising the spectre of wider conflict in the Middle East, Trump showed no signs of seeking to ease the tensions raised by the strike that also killed Iraqi militia leader Abu Mahdi al-Muhandis at Baghdad airport, saying the US wanted “no more thrreats” from Iran.
His comments came hours before Suleimani’s body was returned to Iran, the coffin arriving by plane in the south-west city of Ahvaz early on Sunday morning.

TRUMP CAMPAIGNS WITH PATRIOTISM AFTER AIRSTRIKE – BUT ELECTION IS STILL FAR OFF
State television footage showed a tide of mourners packing the streets of the city to pay their respects to the general, chanting “Death to America”.
They gathered in a square with flags in green, white and red depicting the blood of “martyrs”, beat their chests to the sound of Shiite chants and held up portraits of the general, seen as a national hero.
“A glorious crowd is at the ceremony,” said state television. “The presence of children, teenagers, relatives, veterans, families of martyrs of (the Iran-Iraq war) and defenders of Haram (those martyred in Syria) is a glimpse of the glory of this ceremony.”
It was expected that the body would be taken to Tehran later and finally to his home town, Kerman, on Tuesday.
Trump tweeted earlier that Iran “is talking very boldly about targeting certain USA assets” in response to Suleimani’s death. But he said the US had “targeted 52 Iranian sites” and that some were “at a very high level & important to Iran & the Iranian culture, and those targets, and Iran itself, WILL BE HIT VERY FAST AND VERY HARD”.
“The USA wants no more threats!” Trump said, adding that the 52 targets represented the 52 Americans who were held hostage in Iran for 444 days after being seized at the US embassy in Tehran in November 1979.
The strike ordered by the US president has raised the spectre of wider conflict in the Middle East.
L’ARMEE IRANIENNE DOUTE QUE DONALD TRUMP AIT LE «COURAGE» D’EXECUTER SES MENACES
Le président américain a menacé de frapper l’Iran « très rapidement et très durement » si l’Iran se livre à des représailles anti-américaines comme il a menacé de le faire.

 «ON SENT UNE ATMOSPHERE TERRIBLE DE TENSION»: LE PAPE FRANÇOIS APPELLE AU DIALOGUE AU MOYEN-ORIENT
L’ASSASSINAT VENDREDI DU PUISSANT GENERAL IRANIEN QASSEM SOLEIMANI, TUE DANS UN RAID AMERICAIN EN IRAK, A ENTRAINE UNE FORTE MONTEE DES TENSIONS AU MOYEN-ORIENT.

Le pape François, préoccupé par les vives tensions au Moyen-Orient, a appelé dimanche à maintenir « le dialogue et l’autocontrôle », même s’il n’a pas cité de pays en particulier
 « Dans de nombreuses régions du monde, on sent une atmosphère terrible de tension », a déclaré le pape, sortant du texte du discours distribué à l’avance dans ce qui semble une allusion à la crise entre les Etats-Unis et l’Iran.
 « La guerre ne porte que la mort et la destruction. J’invite toutes les parties à maintenir allumée la flamme du dialogue et de l’autocontrôle et à prévenir les hostilités », a-t-il ajouté.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA CRISE ENTRE LES ÉTATS-UNIS ET L'IRAN N'A PAS ENCORE ATTEINT UN POINT DE NON-RETOUR. 
En quoi la menace complémentaire de M. Trump sur Twitter était-elle utile ? La mort du général Suleimani n'était-elle pas censée mettre un terme aux menaces que le président affirme aujourd'hui que l'Amérique doit encore affronter ? 
Tuer le général Suleimani-plus qu’une erreur, une faute politique- semble n'avoir rien empêché et n'a rien fait pour désamorcer la situation. Sinon, pourquoi le département d'État aurait-il dû conseiller à tous les Américains de quitter l'Irak ?
Depuis l'assaut de l'ambassade américaine à Téhéran (et la prise des 52 otages susmentionnés) en 1979, les deux pays sont dans un conflit larvé de faible intensité.
 Le général Suleimani a passé 22 ans à la tête de la force iranienne de Quds en tant qu’agent de liaison de Téhéran avec d'innombrables milices, factions et groupes terroristes dans tout le Moyen-Orient
Ce n'est pas sans raison  que les anciens présidents américains se sont abstenus d'assassiner l'un des commandants militaires les plus puissants et, oui, les plus sanguinaires de la région : La capacité de l'Iran à répondre par une violence asymétrique.
En déclarant que les États-Unis répondront par des frappes aériennes à toute attaque contre des cibles ou des biens américains, M. Trump trace une ligne rouge  que l'Iran ne peut  en principe pas franchir. 
Mais M. Trump ne peut pas empêcher une région entière de franchir la ligne rouge, ce qui rend un conflit violent d'autant plus probable si le président s'y accroche. 
Et l'Iran lui-même peut réagir moins directement, mais non moins efficacement, par une  cyberguerre, en attaquant les alliés américains dans la région, en perturbant le commerce et en sapant les États-Unis en Irak et ailleurs.
Plusieurs législateurs travaillent sur une résolution interdisant à la Maison-Blanche d'intensifier le conflit sans la bénédiction du Congrès.
Il est crucial que les sénateurs républicains influents rappellent à M. Trump sa promesse de tenir l'Amérique à l'écart des bourbiers étrangers et d'empêcher M. Trump de s'enliser davantage dans la guerre avec l'Iran.
Le Président les a écoutés par le passé, et il a des raisons - avec son procès de destitution qui approche au Sénat - de les craindre également.
La crise entre les États-Unis et l'Iran n'a pas encore atteint un point de non-retour. Des voix de la raison peuvent encore l'en empêcher.
MG

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