mercredi 8 janvier 2020

Négocier le confédéralisme pour éviter le Vlaams Belang


Source : Le Vif
Claude Demelenne essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

Une majorité de Flamands veut tourner la page de la Belgique "toujours grande et belle". Il faut en tenir compte et négocier le confédéralisme. Sinon, la voie sera libre pour les marchands de haine du Vlaams Belang.
Beaucoup d'élus francophones n'ont pas fait leur deuil de l'utopie belge. Celle-ci est complètement dépassée. Avec la foi du charbonnier, ils tentent de la ressusciter. Pour ce faire, ils sont prêts à accepter, du bout des lèvres, une nouvelle réforme de l'Etat. A condition, précisent-il, que cette réforme modernise vraiment le pays, ce qui pourrait signifier la refédéralisation de certaines matières aujourd'hui gérées par les régions. Le but pour les francophones est d'aboutir à un Etat qui fonctionne mieux, pas à un Etat fédéral squelettique, voué à une lente agonie.
TOUJOURS MOINS DE BELGIQUE, TOUJOURS PLUS DE FLANDRE
Mais qu'est-ce qu'un Etat qui fonctionne mieux ? Pour la majorité des Flamands, c'est un Etat plus ultra-libéral, plus sécuritaire, plus climato-sceptique, plus dur avec les chômeurs, plus strict avec les migrants. Un Etat qui distille un discours aux accents plus identitaires, à rebours du discours francophone, à la recherche d'une identité wallonne - et bruxelloise ? - introuvable.
Les élus francophones ne sont pas du tout sur la même longueur d'onde. Ils ont une tout autre vision de ce que doit être un "Etat qui fonctionne mieux". Les Flamands plébiscitent les recettes d'une droite tout sauf complexée. Les francophones privilégient les recettes d'une gauche tout sauf molle, qui réclame plus d'Etat Providence et plus de redistribution sociale.
Pour la majorité des Flamands, un Etat qui fonctionne mieux est un Etat avec toujours moins de Belgique et toujours plus de Flandre. Vu du Nord, moderniser l'Etat, c'est régionaliser toujours davantage.
L'UNION EST UNE FARCE
Pour les francophones, un Etat qui fonctionne mieux est un Etat qui continue à jouer la carte du fédéralisme d'union. Beaucoup de francophones sont nostalgiques de la Belgique "toujours grande et belle". "L'union fait la force", affiche Georges-Louis Bouchez sur son t-shirt, lors de ses voeux de Nouvel An présentés sur Twitter. Les francophones sont convaincus qu'avec un peu de bonne volonté, tout peut repartir comme avant dans le couple belge.
Pour les Flamands, l'union des Belges est une farce. Une mauvaise farce, qui les empêche d'appliquer pour leur peuple les réformes de droite - ou de centre droit - auxquelles ils aspirent.
DROIT DES PEUPLES A DISPOSER D'EUX-MEMES
Que faire ? Il n'existe pas de recette miracle. Pour sortir par le haut du marasme belge, les francophones ne peuvent plus faire l'autruche. L'utopie belge appartient au passé. En tant que Wallon de gauche, je suis attaché au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Si le peuple flamand veut tourner la page de la Belgique fédérale, il est de notre devoir de respecter ses aspirations. La reconnaissance de ce principe est un préalable à toute négociation sérieuse.
Si les francophones imposent le statu quo (ou le quasi statu quo) institutionnel, lors du prochain scrutin, le Vlaams Belang fera un malheur. Il deviendra le premier parti de Flandre. Un peu tard, nous regretterons d'avoir diabolisé la N-VA et ouvert la voie aux marchands de haine.
Il faut donc refuser le surplace institutionnel. Et négocier. Avec une seule certitude : les négociations pour jeter les bases d'une Belgique confédérale seront une épreuve de longue haleine, d'une infinie complexité : songeons au sort de Bruxelles, à celui des francophones de la périphérie, à la scission de la sécurité sociale, qui devra prévoir des compensations financières pour la Wallonie. Comme dans tout divorce, le conjoint le moins riche a le droit de bénéficier d'une pension alimentaire.
NEGOCIER AVEC BART DE WEVER
Des travaux préparatoires, entre experts de tous les partis démocratiques, pourraient s'étaler tout au long de la législature 2020-2024, sans interférer avec la gestion du gouvernement fédéral qui verra tôt ou tard le jour. Selon ce scénario, les francophones n'auront d'autre choix que de négocier avec Bart De Wever. Si la majorité des dirigeants francophones lui claquent la porte au nez, en 2024, c'est avec le Vlaams Belang qu'ils devront se mettre à table. On leur promet bien du plaisir.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« COMME DANS TOUT DIVORCE, LE CONJOINT LE MOINS RICHE A LE DROIT DE BENEFICIER D'UNE PENSION ALIMENTAIRE. »

« Les Flamands plébiscitent les recettes d'une droite tout sauf complexée. Les francophones privilégient les recettes d'une gauche tout sauf molle, qui réclame plus d'Etat Providence et plus de redistribution sociale. Pour la majorité des élus flamands, un Etat qui fonctionne mieux est un Etat avec toujours moins de Belgique et toujours plus de Flandre. Vu du Nord, moderniser l'Etat, c'est régionaliser toujours davantage. »
Rien à redire sur l’analyse « décoiffante » de Demelenne que nous partageons sans réserve. « les francophones n'ont d'autre choix que de négocier  le confédéralisme avec Bart De Wever. Si la majorité des dirigeants francophones lui claquent la porte au nez, en 2024, c'est avec le Vlaams Belang qu'ils devront se mettre à table. On leur promet bien du plaisir. » 
NEGOCIER LE CONFEDERALISME AVEC DEWEVER
C’est ma foi irréfutable. Seulement qu’on ne se trompe pas de débat. Le confédéralisme on y est déjà avec deux cultures, des medias séparés, deux systèmes scolaires, bref deux nations en tous les cas une nation flamande élitaire et dominatrice et une nation résiduelle francophone pas vraiment homogène ni structurée, ni sûre d’elle même. Non ce qu’il faudra négocier c’est comment faire fonctionner pratiquement « le brol » après divorce en sachant que ce n’est pas une pension alimentaire qui règlera le problème. Quel problème ? Celui de la gouvernance d’une entité territoriale-le royaume de Belgique-d’une complexité de gestion absolument inouïe.
Pour les francophones, un Etat qui fonctionnerait mieux serait un Etat de gauche qui continue à jouer la carte du fédéralisme d'union. Pour les Flamands, l'union des Belges est une mauvaise farce, qui les empêche d'appliquer pour leur peuple les réformes de droite - ou de centre droit - auxquelles ils aspirent.
Si on fait abstraction de la politique- facile à dire-, la Belgique est un système qui économiquement et socialement- je ne dis pas politiquement- fonctionne assez bien : la prospérité des Belges est encore relativement préservée par rapport à beaucoup d’Etats du Sud de l’Europe, les magasins sont alimentés, les fonctionnaires  et les pensions sont payés, les immondices sont ramassés, les écoles fonctionnent (moins bien qu’en Finlande et les pays du Nord), la médecine est de grande qualité,  les indépendants prospèrent…
En revanche c’est sur le plan la politique et institutionnel que rien ne va plus. Pour sortir de l’Etat unitaire, Martens, De Haene et le CVP, en accord avec le PS wallon, nous ont construit une usine à gaz  d’une  complication inouïe. La plomberie a tenu une trentaine d’années et donne aujourd’hui des signes d’usure inquiétants, un peu comme ces centrales nucléaires anciennes dont le béton se fissure. 
Le moins qu’on puisse dire c’est que nos hommes et nos femmes politiques manquent d’envergure, de talent et surtout d’imagination. Hormis De Wever et Magnette c’est le bac à sable peuplé de nains de jardins qui s’agitent et se poussent du col.
On s’étonnera donc que le monde économique et syndical regardent sombrer le navire Belgica sans réagir avec des constatations et surtout des propositions concrètes. Certes il y a le coup de gueule de la Voka repris en annexe.
Il serait temps que l’on prenne conscience du degré  d’interdépendance inouï des économies flamande, bruxelloise et  wallonne. Un exemple le Brabant (flamand et wallon) qui constitue l’hinterland économique de la capitale et où s’est installée la bourgeoisie bruxelloise qui fuit la capitale et ses inconvénients réels et supposés depuis plus de quarante ans.  Autre exemple l’aéroport « national » de Zaventem, la SNCB et surtout, surtout la sécurité sociale. En aurons nous deux ou trois si les nationalistes flamands obtiennent ce qu’ils exigent. Il serait intéressant qu’une instance indépendante ou nom calcule le coût d’un hard Vlaxit sous forme  d’un  confédéralisme pur et dur.
Gaiment les Belges moyens  divorcent volontiers et facilement après six ou sept années de félicité. Ils n’en peuvent plus d’un conjoint qu’ils ont pourtant adulé et surtout, ils n’ont pas encore compris ce que ce divorce entrepris à la légère va leur coûter financièrement et affectivement. Le royaume de Belgique fait intrinsèquement partie du Benelux c’est-à-dire de l’entité la plus prospère d’Europe depuis le haut moyen âge : le delta d’or où coulent le Rhin, la Meuse, l’Escaut et je ne parle pas du miniscule Yser …Plutôt que de fragmenter ce territoire privilégié, nous serions bien inspirés de lui donner une assiette commune plus vaste. Plus de Bénélux apportera plus de bien être à la Flandre et à la Wallonie qu’un hard Vlaxit velléitaire.
MG


LES PATRONS FLAMANDS APPELLENT A REGIONALISER COMPLETEMENT L’EMPLOI ET LA SANTE

Pour le président du Voka, il faut « améliorer » la solidarité entre les Régions en leur donnant davantage d’autonomie.
par Maxime Biermé Le Soir

La réception annuelle de Nouvel An organisée par l’association représentant le patronat flamand (Voka) affichait sold out, lundi soir à Bozar. Dans son discours, Wouter De Geest, le président du Voka, a insisté sur l’urgence de conclure un accord au niveau fédéral. Il a précisé que son organisation espérait un gouvernement « solide » : « Seul un gouvernement de plein exercice peut mener une politique stable et cohérente qui armera notre pays contre l’impact du Brexit, des guerres commerciales et d’autres défis. » Il a aussi dénoncé le fait que les élus se perdent dans des jeux politiques au lieu de travailler sur du concret.
CONFEDERALISME A LA SAUCE N-VA ?
Pas fans des propositions du type « gouvernement des experts » qui ont circulé un temps, les patrons flamands souhaitent la poursuite du travail entamé sous la suédoise (N-VA, CD&V, MR, VLD). Ils plaident par ailleurs pour une nouvelle réforme de l’État en 2024. Pour débloquer la situation et améliorer l’efficacité du pays, il faut, dit le Voka, régionaliser complètement les matières liées à l’Emploi et aux Soins de santé.
Une réforme institutionnelle qui nous rapprocherait très fort du fameux État confédéral que tente de vendre la N-VA depuis plusieurs années. Wouter De Geest assure toutefois qu’il ne s’agit pas de stopper la solidarité entre les Régions mais qu’elle soit améliorée via l’autonomisation des différentes entités du pays.


KAREL VAN EETVELT ENVISAGE DE CREER UN MOUVEMENT POLITIQUE
Le Vif
Karel Van Eetvelt, le président de Febelfin, envisage de créer un nouveau mouvement politique, annonce-t-il samedi dans une interview accordée à De Morgen. Ce projet n'en est qu'à ses débuts, mais le patron de la Fédération belge du secteur financier affirme être en contact avec un groupe de personnes. "Ce doit être radicalement innovant", selon lui.
L'ancien patron de l'Unizo avait un temps été cité comme candidat potentiel à la présidence du CD&V. Finalement, Karel Van Eetvelt avait fait taire les rumeurs en affirmant qu'il ne s'agissait pas d'une ambition personnelle.
Toutefois, l'homme a eu des entretiens avec les douze chrétiens-démocrates flamands chargés du renouvellement du parti. Mais, selon lui, il s'est heurté à trop de murs et de conservatisme. "Je veux à présent me rendre utile dans un nouveau mouvement politique."
Le nom et la forme que prendrait ce mouvement ainsi que le rôle joué par Karel van Eetvelt sont en cours de discussion. Ces entretiens rassemblent des personnes issues du monde politique mais aussi de l'extérieur.
Le président de Febelfin affirme ne pas vouloir faire partie de l'"establishment politique" et veut offrir une réponse aux discours tenus par le Vlaams belang et le PVDA (PTB). "Une alternative ouverte, progressiste et tolérante doit leur être opposée", affirme-t-il, dans "un mouvement qui laisse aussi la place à la participation citoyenne."


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
 "UNE ALTERNATIVE OUVERTE, PROGRESSISTE ET TOLERANTE DOIT LEUR ETRE OPPOSEE",

Une velléité de créer un nouveau parti libéral social en Flandre. Dont acte !  Face aux exigences flamandes en faveur d’un hard Vlaxit, on ne voit guère s’opposer de l’autre côté de la frontière « confédérale » un front wallon/ francophone. C’est que, en dehors du PS et de son centre d’étude puissant et structuré il n’y a rien hormis des nains de jardin qui s’agitent. Il manque un puissant parti libéral social réaliste, pragmatique  et exigeant qui soit  de nature à fédérer tous les réalistes francophones que le libéralisme inspire et qui sont animé par une vraie fibre sociale. 
François De Smedt, le nouveau patron de Défi, a dit cela avec une belle subtilité. Aurait-il comme la libérale sociale Christine Dufraigne quelque velléité a prendre avec ou sans le CDH une initiative allant dans ce sens ?  Louis  Michel père a déclaré il ya peu qu’il n’y avait « pas besoin d’un second parti socialiste wallon ». Mais quid d’un parti libéral- social- humaniste pragmatique et ambitieux ? 
Qu’ils ne tardent pas à sortir du bois car la situation est vraiment en train de se dégrader très vite.
MG


   



JE NE PARTAGE PAS L’ANALYSE DE CLAUDE DEMELENNE QUI ME PARAIT SUPERFICIELLE ET QUI S’APPUIE SUR DES PREMICES FAUSSES.

 Il faut négocier le confédéralisme avec Bart De Wever ?
J’entends bien, mais alors commençons par définir ce que c’est exactement que le confédéralisme à la sauce NVA. Rappelons d’abord que le confédéralisme ça n’existe nulle part et que toutes les tentatives passées ont disparu. Je vous renvoie à l’article de wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9d%C3%A9ration_(organisation_politique)#Aujourd'hui
EN FAIT, IL FAUT DONC NEGOCIER L’INDEPENDANCE DE LA FLANDRE D’ABORD, ET APRES ON VERRA.
Il faut négocier avec la NVA par crainte d’avoir à négocier avec le Blok ? Je ne crois pas à l’argument de la peur. Depuis des années les Français votent contre le FN au lieu de voter pour (peu importe qui). On voit le résultat.
Si vraiment il faut un jour négocier avec les Flamands, il faudra le faire avec ceux qu’ils auront choisi et pas avec ceux qui nous arrangent.
En fait, le texte de Demelenne est d’une grande banalité, mais il rejoint la tendance majoritaire des analyses francophones. Surtout, il évite d’aborder, même superficiellement une série de sujet qui fâchent et sur lesquels il n’y a certainement pas consensus chez les francophones, mais peut-être pas non plus chez les Flamands. J’en relève quelques-uns
Confédéralisme à 2, 3 ou 4 ?
Quelle capitale pour la Flandre dans l’hypothèse d’un confédéralisme à plus de 2 ?
Droits de peuples à disposer d’eux-mêmes ? référendum dans la périphérie pour le rattachement à l’état bruxellois indépendant ?
Protection des minorités nationales ? Bilinguisme obligatoire à la côte (ou à Durbuy :- )) dans le respect des traités ?
Et je ne parle pas du partage de la dette, des négociations pour rester dans l’UE, etc.
 En conclusion, au lieu de proposer de se lancer sans préparation dans une discussion qui semble tenir plus du football panique que de la politique , Bruxellois, Wallons  et Germanophones (parce que je ne connais pas de ‘peuple francophone’) devraient élaborer un cahier de revendications clair en disant à tous les partis flamands : confédéralisme, why not, voilà comment nous voyons ça. Mais aussi longtemps que les francophones ne seront pas capables de se mettre d’accord sur le sort de la ‘Communauté française’, on n’est certain d’y arriver. Et sur ce sujet-là non plus Demelenne ne nous apprend pas grand-chose.
Claude Wachtelaer




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