lundi 20 janvier 2020

Près de 500 horaires complets vacants dans les écoles de Wallonie-Bruxelles

Enseignement
Monique Baus 

En tête de la liste publiée par le nouveau réseau au "Moniteur" : 72 instituteurs primaires.
Étalée sur pas moins de 115 pages, la liste des emplois vacants et disponibles dans le réseau d’enseignement Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE) est impressionnante ! Comme le veut la loi, elle vient d’être publiée au Moniteur après les opérations de réaffectation de cette année. L’enseignement fondamental et secondaire, les internats et les homes d’accueil sont concernés.
Les postes se partagent en quatre groupes. Les emplois vacants (emplois inoccupés à ce jour) à temps plein et partiel, et les emplois disponibles (leur titulaire doit être remplacé tout en restant nommé, aucune nomination statutaire définitive ne peut donc être envisagée) à temps plein ou non.
"WANTED" : EDUCATEURS, PROFS ET LOGOPEDES
On dit souvent que le manque d’attrait pour l’enseignement est lié à la difficulté de constituer un horaire complet. Ici, la colonne des emplois vacants à temps plein est bien fournie. Loin devant les autres, les instituteurs primaires sont les plus recherchés (pas moins de 72 horaires complets vacants !). Il y a du travail aussi pour les éducateurs (20 emplois vacants en internats et 35 ailleurs). C’est connu, les matières linguistiques peinent à trouver des enseignants (WBE cherche 16 instituteurs en immersion en anglais et néerlandais, 24 profs d’anglais et 37 maîtres et profs de néerlandais). Les cours généraux ne sont pas loin (30 profs de math, 19 profs de français, 23 maîtres et profs d’éducation physique et 10 profs d’éducation technologique sont attendus). Enfin, 24 horaires complets de logopèdes sont aussi vacants.
Les emplois vacants à horaires incomplets constituent la colonne la plus remplie. Elle reflète partiellement les profils précédents, mais un tas d’autres fonctions s’y ajoutent, dont un paquet dans les matières techniques. Entre une et vingt-sept heures de cours cherchent preneurs dans un même athénée, dans des domaines aussi divers qu’électricité, mécanique, peinture, bois, service en salle ou encore chinois, équitation, soins animaliers ou grimpeur-élagueur.
Histoire de mettre ce qui précède en perspective, on peut rappeler que le réseau WBE représente environ 15 % des élèves. On sait que la pénurie touche aussi les autres réseaux. C’est dire si ce problème reste préoccupant.
Infos : recrutement.enseignement@cfwb.be


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ET SI ON SE DEMANDAIT POURQUOI PLUS PERSONNE NE VEUT FAIRE CE METIER ?

J’ai enseigné de 1969 à 2001 avec des interruptions pour assurer des directions d’école et j’ai adoré ces deux métiers mais sachant ce que je sais aujourd’hui, jamais je ne voudrais commencer une carrière dans l’enseignement. En revanche, si j’étais Finlandais je n’hésiterais pas à me lancer. Pourquoi ? La réponse est donnée dans La Libre par un enseignant qui désire conserver l’anonymat.
MG


Opinions
"MADAME LA DIRECTRICE, J’AI 50 ANS ET JE SUIS EN DECROCHAGE SCOLAIRE"
La Libre Belgique
Un témoignage d'un professeur qui préfère garde l'anonymat.

Je ne m’épanouis plus dans ce système d’enseignement, et je n’ai plus aucune ressource, aucun levier devant la réalité effarante à laquelle nous sommes confrontés. Je préfère déserter.


Madame la Directrice,
Mon absence à la journée pédagogique mercredi matin, mon demi-jour de congé, est injustifiée. Je n’ai jamais manqué aucune de mes obligations jusqu’à ce jour-ci mais au regard des règlements que vous me rappelez, je n’ai ni certificat médical, ni rendez-vous authentifié, ni excuse fallacieuse. Rien. Je n’ai rien.
À 8 h 30, je retrouve depuis des années la classe de 3e Cuisine et Salle durant 50 minutes avant leur journée de Techno Salle (trois sur huit inscrits avaient réussi les examens de Noël).
Ce lundi de rentrée, en janvier, sept étaient présents, dont deux avec leur cours complet, c’est-à-dire le livre et le cahier d’une maison d’édition. Des deux, un recommence l’année et vient en classe avec le cahier déjà complété de l’année antérieure. Pour "marquer" le coup, j’ai exceptionnellement exclu ceux qui n’avaient pas le matériel de base, certains depuis septembre. Le restant de la semaine, je les ai gardés en classe quoiqu’ils ne soient pas davantage en ordre.
Une semaine plus tard, tous étaient présents. De corps. Quatre dormaient, dont trois affalés sur leur table… de travail. Sur les quatre autres, un seul disposait du matériel requis. J’ai donné cours un quart d’heure, faute d’élèves en état de fonctionnement. Alors que je leur disais mon désarroi, ils ont ri. Dois-je me soumettre au photocopillage pour qu’ils aient un cours ? Quel canal utiliser pour leur faire comprendre qu’ils perdent leur temps de cette sorte ? Quel levier puis-je utiliser ? Rien. Je n’ai rien.
Dans cette classe de 1re Commune, deux filles en perdition ont cessé de saboter le cours de français aux 6 heures hebdomadaires ; dorénavant, elles se couchent sur leur banc dans le fond du local. Elles ont 13 ans… Le climat s’apaise peu à peu, les suiveurs ont renoncé à chambarder, les "faibles" peuvent profiter et évoluer. Enfin.
Quelle représentation mentale s’imprime dans l’esprit de ces parents auxquels leurs enfants content leur quotidien à l’école ? J’en ai rencontré plusieurs lors des réunions de 17 h à 21 h : ils ne sont ni sourds ni aveugles. Puis, il y a ceux qui ne sont pas venus chercher le bulletin…
Comment les intéresser à leur progéniture qui part en vrille ? Quel instrument utiliser pour attirer leur attention ? Rien. Je n’ai rien.
Je suis en décrochage scolaire et j’ai 50 ans. 24 ans d’enseignement. Un passé de sous-officier instructeur. Des valeurs que je ne retrouve plus. Rien. Je n’ai rien. Plus rien à faire dans ce système d’enseignement où je ne m’épanouis plus, bridé entre les chiffres du Pacte d’excellence qui réclament la performance et la réalité effarante à laquelle nous sommes confrontés.
Vous comprendrez que je réoriente ma vie professionnelle dans ces conditions que les jeunes, fringants, fuient. La vie est ailleurs, autrement.
Je vous présente mes excuses pour cette désertion mais je ne dispose plus des ressources suffisantes malgré un rapport d’inspection très favorable l’année dernière.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« POUR DES RAISONS EVIDENTES, L’AUTEUR PREFERE GARDER L’ANONYMAT. IL EST CEPENDANT CONNU DE LA REDACTION. »
C’est sans doute ce commentaire lapidaire de La Libre qui résume le mieux le drame des enseignants en Burn Out rongés par la honte. Non le Burn Out, maladie professionnelle chronique et extrêmement contagieuse,  ne touche pas le sujets les plus fainéants et les grand profiteurs du système. En vérité  il touche les meilleurs sujets, les plus acharnés, les plus perfectionnistes et les plus enthousiastes qui n’en peuvent plus de ce qu’ils vivent et que décrit tellement bien cet enseignant épuisé. Mais que les politiques prennent garde s’ils ne se décident pas à sauver notre enseignement autrement que par la mise en place d’un pacte d’excellence qui ne résout rien, c’est carrément notre avenir qu’ils hypothèquent. Qu’on se le dise !
MG



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