mardi 14 janvier 2020

Redéfinir les enjeux en matière de droits humains pour les 10 années à venir


• Source : Le Vif

Philippe Hensmans
Directeur de la section belge francophone d'Amnesty International

En ce début de 2020, nous sommes confrontés à des enjeux cruciaux pour la protection des droits humains dans le monde entier. S'il fallait une résolution pour une nouvelle décennie, la voici : faire passer les droits humains en premier. Non seulement dans le discours, mais dans la pratique aussi.
Une décennie tumultueuse de conflits généralisés et de politique de rejet de l'Autre s'achève ; des guerres, parfois cachées ou oubliées l'ont ponctuée, parallèlement à la montée en puissance de politiciens qui colportent partout le fanatisme et la peur.
Ces dix dernières années ont vu l'impardonnable et interminable agonie de la Syrie, du Yémen, du Sud-Soudan, de Gaza, du Venezuela, de la Libye, de l'Ukraine, de la crise des Rohingyas, de l'incarcération massive des Ouïghours et d'autres minorités musulmanes en Chine, et de tant d'autres coins de notre monde ravagés par l'agitation et la violence.
Cette décennie a également été celle de Donald Trump, Viktor Orban, Vladimir Poutine, Narendra Modi, Recep Tayyip Erdogan, Jair Bolsonaro, Matteo Salvini, Rodrigo Duterte, Xi Jinping et d'un nombre croissant de dirigeants mondiaux qui ont délibérément entrepris de porter atteinte aux droits de la personne. Ils attisent sans vergogne la haine, le racisme et la misogynie, s'élevant et exerçant le pouvoir sur le dos des femmes, des réfugiés, des minorités raciales et religieuses, des peuples autochtones, des personnes LGBTQ et des défenseurs des droits humains.
Nous avons également fait face à ces courants inquiétants en Belgique, qu'il, s'agisse de la dégradation des conditions d'accueil des réfugiés et de la création d'une pseudo-crise des migrants, à des attaques terroristes d'une ampleur jamais vue chez nous et des restrictions à certaines libertés fondamentales qu'elles ont engendré, ou encore les dizaines de féminicides qui ont été enregistrés chaque année.
Pourtant, cette décennie a aussi été une incroyable décennie de choeurs de résistance inspirants qui réclament des droits et la justice ; propulsés par des vagues sans précédent de protestation, de détermination, d'indignation et de courage, littéralement partout dans le monde. Une résistance si souvent menée par des jeunes et des femmes.
Cette décennie a été une période de mobilisation de masse à couper le souffle, alors qu'un nombre stupéfiant de personnes se sont répandues sur les places publiques, dans les rues et les ruelles des communautés grandes et petites : les manifestations du " printemps arabe " au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, Black Lives Matter, FridaysForFuture et ses grèves pour le climat, le mouvement #MeToo et les marches des femmes; parfois même, les citoyens ont décidé de prendre les choses en main, lorsque l'État refuse de remplir sa fonction, comme c'est encore le cas chaque jour avec la plateforme réfugiés.
Les manifestants qui ont refusé de baisser les bras ont renversé des dirigeants cruels, mis fin à des lois injustes et catalysé des luttes contre de profondes inégalités au Soudan, à Hong Kong, au Chili, en Haïti, en Algérie et au Liban ; ils ont parfois été confrontés à une violence terrifiante de la part des forces de sécurité qui a fait des centaines de morts, comme ce fut le cas en Iran et en Irak.
La décennie a également été marquée par la tension entre les merveilles et les menaces de la technologie. Le monde numérique a ouvert de nouvelles plateformes de communication et de nouveaux moyens d'accès et de partage de l'information, souvent au bénéfice des mouvements de défense des droits de l'homme. Cependant, nous avons également assisté à une explosion de la haine, du racisme et du sexisme dans les médias sociaux ; à une prise de conscience croissante du fait que la montée de l'intelligence artificielle suscite des préoccupations inimaginables en matière de droits de la personne. De nouveaux outils de surveillance étatique et d'intrusion dans notre vie privée sont apparus. Ils constituent certaines des menaces les plus insidieuses et les plus effrayantes pour les droits de la personne que nous ayons jamais vues.
Par-dessus tout - alors que nous entrons dans les années 2020 - l'urgence de répondre au plus grave défi de notre époque en matière de droits de l'homme, la crise climatique mondiale, s'aggrave chaque jour. Et le refus catégorique des gouvernements et des entreprises, y compris en Belgique, de prendre des mesures climatiques et d'offrir une justice climatique vraiment et ambitieusement sérieuse, est peut-être le plus impardonnable échec de la décennie en matière de droits de la personne.
La décennie écoulée nous rappelle que les menaces qui pèsent sur la protection des droits de la personne sont profondes et exigent de la vigilance ; que le pouvoir des gens est, en fin de compte, inarrêtable ; qu'il est très risqué d'adopter tout ce que la technologie offre sans s'attaquer à ses nombreux dangers ; et que si nous ne protégeons pas notre seul et unique climat mondial commun, tous nos efforts en matière de droits de la personne seront en fin de compte vains.
Il est donc impératif et il nous incombe à tous, avec une profonde détermination, de faire des années 2020 une décennie très différente.
Une décennie au cours de laquelle l'égalité des femmes, le leadership des femmes et le pouvoir des femmes seront constamment à l'avant-plan.
Une décennie au cours de laquelle nous respecterons enfin l'engagement - vide depuis bien trop longtemps - d'un monde qui ne sera " plus jamais " témoin d'atrocités de masse.
Une décennie au cours de laquelle nous serons tous à la hauteur de notre responsabilité personnelle et partagée de dire non au racisme, au sectarisme et à la haine.
Une décennie qui s'attaque à la crise climatique ; qui embrasse enfin la réalité catastrophique que sans climat, toutes les luttes pour les droits humains ne signifient inévitablement rien.
Tout simplement, une décennie qui - quels qu'en soient le coût, les inconvénients, la controverse ou les intérêts divergents - place les droits humains au premier plan.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« JE SUIS L’ENNEMI DE CE REGNE DE L’HOMME QUI N’EST PAS ENCORE TERMINE. »

Relevons six points essentiels de ce plaidoyer vertigineux en faveur des  les droits de l’homme.
1. « Cette décennie a été celle de Donald Trump, Viktor Orban, Vladimir Poutine, Narendra Modi, Recep Tayyip Erdogan, Jair Bolsonaro, Matteo Salvini, Rodrigo Duterte, Xi Jinping et d'un nombre croissant de dirigeants mondiaux qui ont délibérément entrepris de porter atteinte aux droits de la personne. Ils attisent sans vergogne la haine, le racisme et la misogynie, s'élevant et exerçant le pouvoir sur le dos des femmes, des réfugiés, des minorités raciales et religieuses, des peuples autochtones, des personnes LGBTQ et des défenseurs des droits humains. » C’est dire que cette décennie fut celle de la résistible montée de l’illibéralisme partout dans le monde et singulièrement en Occident, y compris sur notre sol européen. Même chez nous en Belgique et surtout en Flandre le nationalisme populiste et identitaire est largement à la hausse.
2. « Une résistance contre cette dérive souvent menée par des jeunes et des femmes. » C’est à se demander si l’avenir, si tant soit qu’on en désire vraiment un,  n’est  pas résolument entre les mains des femmes et des plus jeunes. Les valeurs masculine et viriles sous tendent le courant illibéral tandis que la défense des droits humains et le « care » sont plutôt des valeurs féminines
3. « De nouveaux outils de surveillance étatique et d'intrusion dans notre vie privée sont apparus. Ils constituent certaines des menaces les plus insidieuses et les plus effrayantes pour les droits de la personne que nous ayions jamais vues. » L’évolution de la situation en Chine est à cet égard absolument terrifiante mais il est clair que s’installe également chez nous, grâce aux progrès de la technologie qui nous surveille une forme insidieuse de totalitarisme light.
4. « la crise climatique mondiale, s'aggrave chaque jour. Et le refus catégorique des gouvernements et des entreprises, y compris en Belgique, de prendre des mesures climatiques et d'offrir une justice climatique vraiment et ambitieusement sérieuse, est peut-être le plus impardonnable échec de la décennie en matière de droits de la personne. » Les forêts brûlent en Amazonie mais aussi en Californie et en Australie, terres démocratiques qui s’embrasent. Ce sont les jeunes qui tirent ici la sonnette d’alarme mais personne ne les écoute et nos dirigeants sont enclins à les dénigrer gaiment.
5. « Il est donc impératif et il nous incombe à tous, avec une profonde détermination, de faire des années 2020 une décennie très différente. » Le rôle des médias et de l’enseignement est crucial en la matière. Il est impératif que l’esprit critique et les valeurs citoyennes soient inculqués dès le plus jeune âge. C’est aussi essentiel que de maîtriser les principales aptitudes du savoir.
6. « Une décennie au cours de laquelle l'égalité des femmes, le leadership des femmes et le pouvoir des femmes seront constamment à l'avant-plan. »
 « L'avenir de l'homme est la femme », célèbre vers, devenu une maxime, du poète Louis Aragon dans Le Fou d'Elsa (1963) dont l'ordre des mots a été ensuite inversé dans certaines citations (en particulier par Jean Ferrat).

 « Je pense que le XXIe siècle sera féminin, que ce sont les femmes qui peuvent, peut-être, trouver une issue à ce monde. » Brigitte Macron Interview au magazine Elle, vendredi 18 août 2017 -



Le poète a toujours raison
Qui voit plus haut que l'horizon
Et le futur est son royaume.
Face à notre génération,
Je déclare avec Aragon:
La femme est l'avenir de l'homme.

Entre l'ancien et le nouveau,
Votre lutte, à tous les niveaux,
De la nôtre est indivisible.
Dans les hommes qui font les lois,
Si les uns chantent par ma voix,
D'autres décrètent par la bible.

Le poète a toujours raison
Qui détruit l'ancienne oraison
L'image d’Ève et de la pomme.
Face aux vieilles malédictions,
Je déclare avec Aragon :
La femme est l'avenir de l'homme!

Dans son célèbre poème Aragon explique « Je suis l’ennemi de ce règne de l’homme qui n’est pas encore terminé. Pour moi, la femme est l’avenir de l’homme, au sens où Marx disait que l’homme est l’avenir de l’homme. »
Aragon souhaite qu’advienne une société qui réalise la fin de l’exploitation de l’homme et la fin de l’oppression de la femme.
Or, l’évolution de notre société libérale et technophile malgré des avancées remarquables, nous entraîne loin de cet état: pensons aux milliers de femmes qui, notamment en Inde, vendent  leurs ovules et louent leur ventre pour permettre à des hommes et à des couples de notre société d’acheter des enfants. Il n’y a peu de pays, voire aucun qui rassemblent les conditions d’une égalité réelle entre les hommes et les femmes pour l’accès à l’instruction, à l’emploi, du point de vue des salaires, de la représentation politique, de la transmission du patrimoine. Alors comment réaliser l’égalité réelle au delà des déclarations formelles ?
Dans certains pays les inégalités entre hommes et femmes touchent à la vie même des femmes Des jeune filles sont réellement en danger de mort en Syrie, au Nigeria, au Cameroun, au Pakistan. Et les femmes ont un statut d’infériorité,  dans les pays où règne la loi islamique  Comment intervenir?


Dans l’histoire de la philosophie occidentale, les femmes sont des inspiratrices ou/et, les boites aux lettres ou des confidentes, elles n’apparaissent, comme sujets philosophiques, comme des auteures, qu’au 20ème siècle avec Simone de Beauvoir, Simone Weil, Hannah Arendt. Pourquoi les femmes philosophes  prennent-elles encore peu la parole ?
D’abord parce que la prise de parole, est encore difficile dans  une société où les hommes dominent socialement.

Comme l’a écrit Simone de Beauvoir dans « Le Deuxième sexe », «  on ne naît pas femme, on le devient »  ce livre, elle l’a écrit pour que les filles et les femmes ne subissent plus les comportements et les attitudes sexistes comme un destin. Il y a des comportements et des attitudes féminines et d’autres masculines, comme, par exemple, la séduction ou la courtoisie, qui se manifestent différemment historiquement parlant, mais qui subsistent malgré l’histoire. Nous ne fonctionnons pas de manière identique. Doit-on alors continuer de  parler de nature féminine  et de nature masculine malgré tout ?  
La femme est source de vie, en cela elle détient l’avenir. Comme la Terre, est elle aussi, symbole de fertilité, source de vie, (et non pas ressource).  Depuis toujours quand les hommes ont déifié la Terre, elle fut toujours représentée par une femme : de Gaïa chez les Grecs, la « Pacha mama » des peuples de la forêt d’Amazonie.
Revenons sur la phrase « La femme est l’avenir de l’homme » .
Le poète Aragon s’est inspiré du texte d’un poète arabo andalou qui déjà disait que « l’avenir de l’homme, c’est la femme ». Le poète andalou fait  référence au « fou de Leïla » célèbre et très vieux poème persan qui parle de l’amour fou de Majnoun pour Leïla, sa cousine.
   La femme, oui, est l’avenir de l’homme, déjà parce qu’elle porte la vie en son sein, pendant toute sa grossesse, elle prolonge sa propre vie, tout en développant une autre vie. Par cet état extraordinaire de préparation à une vie future, elle est l’avenir de l’homme : son présent, son futur, et l’avenir, celui de l’enfant qu’elle porte.
   Quant à l’égalité, il reste du chemin à faire.

En fait, la femme est l’avenir de l’humanité, homme ou femme. Ce que je crois, c’est qu’elle porte plus que la vie, elle porte le sentiment, elle porte la tendresse, l’empathie, le souci de l’autre.
   Il y a dans chacun du féminin, et dans chacun du masculin ; la société des femmes est moins belliqueuse parce qu’elle prend plus en compte les valeurs de l’humanité. Je préfère retenir que la femme est l’avenir de l’humanité, plus que « la femme est l’avenir de l’homme ».  L’écologie, le progressisme sont plus dans l’esprit du féminin, alors que le capitalisme est plus dans l’esprit du masculin, qui lui est plus dans l’esprit de compétition, de combativité, dans la lutte, plus dans le profit que dans le sentiment.   Quant au féminin et au masculin, chacun a une part des deux en lui, et chacun doit avoir accès aux deux, à la compréhension des deux en tout cas ; le reste c’est une question de curseur en plus ou moins homme ou femme….

 Mais comment en finir avec les stéréotypes?
Les stéréotypes enracinés en chacun de nous qui assignent des propriétés et des qualités différentes aux filles et aux garçons dès avant la naissance et pendant la prime éducation sont puissants
Ce concept de « femme avenir de l’homme » est très occidental.
  Alors pour que la femme soit l’avenir de l’homme, là, il y a encore beaucoup de chemin à faire… Il faut certes  tenter d’en finir avec les stéréotypes, mais n’y a-t-il une grosse responsabilité des média.

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