vendredi 3 janvier 2020

Une Belge en Australie témoigne : "On voit des scènes dignes de films de science-fiction"

Marie Gathon
Journaliste Levif.be


Marie-Pauline Desset est une journaliste belge expatriée en Australie depuis plusieurs années. Elle nous a livré son témoignage sur la manière dont elle vit les incendies qui ravagent le pays.
Partie de Sydney pour fêter Noël avec sa famille dans son Ardenne natale, le retour de la journaliste belge à Sydney s'est transformé en véritable claque. "Je suis arrivée à Sydney samedi soir et dès la première heure j'ai directement senti que la qualité de l'air s'était dégradée ici depuis mon départ trois semaines plus tôt", témoigne-t-elle. "Après le réveillon du Nouvel An, que j'ai passé à l'extérieur, je suis allée voir un médecin, car j'avais mal aux poumons et à la poitrine. Elle m'a prescrit un inhalateur pour me soulager et j'ai commandé un masque pour essayer de me protéger".
Pour s'informer sur la manière la plus adéquate d'utiliser son masque et pour savoir où trouver les informations sur la qualité de l'air, Marie-Pauline a fait quelques recherches sur internet. "Il y a beaucoup d'informations disponibles, car la pollution de l'air est beaucoup plus commune que ce que l'on croit dans beaucoup de villes du monde. Cette tendance de porter un masque a même un nom : le "smog chic"." Un constat qui l'a sidérée. "C'est le réchauffement climatique qui nous arrive en pleine face. C'est effrayant. On se dit que c'est ça la nouvelle norme".
Concernant les incendies qui font rage dans le sud du pays, les histoires qu'elle entend et qu'elle lit sur les réseaux sociaux sont dignes de films de science-fiction. "Les gens font la file pour s'approvisionner en carburant, mais aussi dans les supermarchés pour acheter de la nourriture. Il y a quelques jours, l'armée a été déployée".


 Hier, les titres de la presse australienne étaient éloquents pour qualifier cette catastrophe (notamment du fait que des centaines de personnes attendent sur des plages de la côte Est, piégées par les incendies).
"Dans les zones évacuées, il y a de longues files de voitures. Certains n'ont plus de carburant et ne savent plus avancer, certains n'ont plus de nourriture. Les stations essence ne sont plus approvisionnées par endroit. Du coup, des camions de carburant sont escortés par la police pour venir les ravitailler. Sur les pompes à essence, on peut lire des mots qui demandent aux gens de ne pas prendre plus de 40 litres. Je me dis que ça pourrait dégénérer et j'ai peur qu'on voie des émeutes".
Concernant l'action du gouvernement, la journaliste belge n'est guère plus enthousiaste. "La réaction du gouvernement est à pleurer. On est dégoutés par cette absence d'action. L'armée aurait déjà dû être déployée il y a un mois. Le gouvernement devrait distribuer des masques à la population".
Ces évènements lui font même repenser aux raisons qui l'ont poussée à quitter la Belgique pour venir s'installer à Sydney. "J'ai quitté la Belgique il y a plusieurs années pour échapper à la météo morose et aller chercher un climat plus agréable en Australie. En revenant dans les Ardennes pour voir ma famille pendant les fêtes, j'ai apprécié la pluie ! En me promenant dans les bois, j'ai vu des rivières gonflées d'eau. Ce qui m'a fait penser qu'un jour je serai peut-être obligée de faire le mouvement inverse parce qu'ici ça risque de devenir invivable avec le réchauffement climatique".
Malgré tout, la vie continue à Sydney. "Je vois les gens autour de moi vivre une vie normale. Mais ces incendies, c'est du jamais vu. C'est sans précédent. Et le pire c'est que c'est ça l'avenir qu'on nous réserve. Ce n'est pas très réjouissant de démarrer la nouvelle année comme ça", déplore-t-elle.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« ICI ÇA RISQUE DE DEVENIR INVIVABLE AVEC LE RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE »

«  En revenant dans les Ardennes pour voir ma famille pendant les fêtes, j'ai apprécié la pluie ! En me promenant dans les bois, j'ai vu des rivières gonflées d'eau. Ce qui m'a fait penser qu'un jour je serai peut-être obligée de faire le mouvement inverse parce qu'ici ça risque de devenir invivable avec le réchauffement climatique".
Cet article se lit comme une parabole pour les temps qui viennent.
On peut imaginer aisément l’ampleur des transhumances de demain. Nous parlerons plus volontiers de diasporas.
MG



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