mardi 11 février 2020

ALLEMAGNE: CRISE A LA CDU, LE POUVOIR D’ANGELA MERKEL DANS LA TOURMENTE


La démission de la dauphine de la chancelière, après l’offensive de l’extrême droite en Thuringe, jette le pays dans l’incertitude.
Par Pierre Avril Figaro
Le couple au féminin de la politique allemande est aujourd’hui dans la tourmente. Annegret Kramp-Karrenbauer, dite «AKK», la dauphine, a officiellement abandonné ses prétentions à succéder un jour à sa marraine, Angela Merkel, qui avait pourtant soigneusement préparé sa succession. AKK abandonnera, d’ici à la fin de l’année, selon ses vœux, la présidence du parti, le temps de renouveler sa plateforme politique et de désigner un chef qui sera en même temps candidat à la chancellerie. «Je regrette cette décision», a commenté lundi la chancelière, dont les jours sont eux-mêmes comptés, du moins par ses nombreux adversaires.
 LA CRISE POLITIQUE EN THURINGE MET A L’EPREUVE L’UNITE DE LA CDU
C’est une élection en Thuringe mercredi dernier qui, en faisant ressurgir les fantômes de l’histoire allemande, a fait voler le tandem en éclats et précipité la crise politique: une alliance forcée entre des députés de la CDU, appartenant à la droite modérée, et ceux de l’AfD, le parti d’extrême droite, afin de faire élire un pâle élu libéral. Ce dernier, Thomas Kemmerich, a finalement démissionné, mais l’onde de choc n’en finit pas de se propager. Incapable de faire respecter par ses troupes la politique du cordon sanitaire vis-à-vis de l’extrême droite, AKK a dû jeter l’éponge.
Bien que retirée des affaires courantes de la CDU, Angela Merkel a dû replonger dans l’arène politicienne pour faire cesser le scandale, pallier les défaillances de sa propre dauphine, et s’exposer aux tirs venant de ses propres rangs. «Il existe de grosses forces centrifuges à l’intérieur de notre société et de notre parti», a justifié la présidente de la CDU en visant implicitement l’Union des valeurs. Ce courant au sein de la CDU, favorable à des alliances avec l’extrême droite, est «éloigné des valeurs fondamentales» de la démocratie chrétienne allemande, a-t-elle ajouté.
Le chef de ce courant a, au contraire, salué le départ d’AKK, «digne d’éloges» selon lui, et appelé la CDU, dans la foulée, «à corriger durablement la ligne de gauche empruntée depuis un an par l’ancienne présidente Merkel». Le SPD, partenaire de coalition de la CDU, qui lui-même enchaîne les déconvenues électorales et cherche refuge dans son aile gauche, craint, en revanche, un virage inverse de son allié gouvernemental.
Prise en sandwich, c’est la chancelière elle-même, à la tête d’une coalition ébranlée, qui devient le maillon faible de la politique allemande. Jörg Meuthen, vice-président de l’AfD, par qui le scandale est arrivé et dont l’objectif politique de long terme consiste à fracturer la CDU, annonce déjà la couleur: «AKK la première, ensuite Merkel». «Le parti est complètement déboussolé et la responsabilité en revient à la chancelière», précise ce porte-parole du parti d’extrême droite, qui apparaît comme le grand vainqueur de la crise. Il est désormais reproché à la chef du gouvernement d’avoir parié sur le mauvais cheval au moment d’organiser sa succession, il y a plus d’un an.
CHAQUE JOUR, ON SE DEMANDE POURQUOI MERKEL NE SE MONTRE PAS PLUS ENTREPRENANTE ALORS QU’ELLE EST EN FIN DE MANDAT ET POURRAIT SE PERMETTRE DES LIBERTES
Depuis sa nomination à la présidence du parti, en décembre 2018, l’ancienne ministre présidente de la Sarre - un poste dont on moquait le manque d’envergure - a enchaîné les gaffes, heurtant la frange libérale de la société en moquant les transgenres, ou appelant à censurer les propos d’un youtubeur. Mettant un point d’honneur à lâcher les rênes du parti et soucieuse d’éviter un procès en népotisme, Angela Merkel n’a rattrapé aucun de ses faux pas. À une exception près: elle a nommé AKK ministre de la Défense en juillet 2019, manière de rehausser sa stature internationale.
Cette dernière y a gagné des galons diplomatiques et l’estime de l’armée, seul portefeuille qu’elle conservera à l’avenir. La chute d’AKK agit comme le symptôme d’un pays qui semblait, ces derniers mois, gagné par la léthargie. «Chaque jour, on se demande pourquoi Merkel ne se montre pas plus entreprenante alors qu’elle est en fin de mandat et pourrait se permettre des libertés», critiquait récemment un parlementaire écologiste, jugeant trop timides les mesures du gouvernement en matière d’environnement et d’agriculture. «Il existe un risque de laisser tous les agriculteurs à l’AfD», ajoutait cette même source.
«UN PAYS DE RONFLEURS»
«L’Allemagne est devenue un pays de ronfleurs et nous devons nous réveiller», s’alarmait, pour sa part, le président du patronat allemand, Dieter Kempf. Le chef de l’Industrie allemande dénonçait alors le retard pris par le pays en matière d’investissements publics.
Claire Demesmay, chercheuse au Conseil allemand des relations extérieures, rendait déjà en partie responsable l’AFD de cet immobilisme. «La progression électorale de l’Alternative pour l’Allemagne joue un rôle traumatisant pour le gouvernement et l’influence du parti se fait sentir sur toutes les questions internationales, dans la mesure où il est parvenu à imposer le thème de l’immigration», ajoutait cette analyste.
Le successeur d’Annegret Kramp-Karrenbauer aura la lourde tâche de «clarifier» la ligne du parti, comme le lui réclame le SPD, mais sans entrer en conflit avec Angela Merkel, qui refuse tout dialogue avec l’AfD. L’adversaire le plus farouche d’AKK et de la chancelière, Friedrich Merz, qui se fait fort d’aller chercher les électeurs de l’AfD sur leur terrain, paraît le plus pressé à s’engager dans la course, mais son profil divise. Derrière, le nom d’Armin Laschet, un baron de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, est très souvent cité, de même que celui du ministre de la Santé, Jens Spahn, et surtout celui du Bavarois de la CSU, Markus Söder, tenant d’une ligne dure à l’encontre de l’extrême droite. Quel que soit celui qui héritera du parti, ce sera mission impossible, estime l’influent hebdomadaire Der Spiegel, pour qui Angela Merkel n’a d’autre choix que de démissionner et de déclencher des élections législatives anticipées. Et tout ceci, à six mois de la présidence allemande de l’Union européenne…


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UN SPECTRE HANTE L’ALLEMAGNE, LE RETOUR DU NAZISME DANS LES ORIPEAUX DE L’AFD

Cette alliance régionale a non seulement enfreint les consignes nationales données par la CDU mais surtout brise un tabou politique dans l'Allemagne d'après-guerre, ou jusqu'alors toute alliance avec l'extrême droite avait été exclue par les autres partis traditionnels
Un spectre hante l’Allemagne, le retour du nazisme dans les oripeaux de la AFD (Alternativ für Deutschland) qui donne le ton en Thuringe, la région où Hitler a connu ses premiers succès électoraux en Allemagne.
Cette situation fragilise et déstabilise le parti de la chancelière qui est au bord de l’implosion tandis que le SPD, son partenaire au sein de la coalition est au plus bas dans les sondages depuis la guerre.
La crise est si profonde qu’elle risque de faire vaciller Angela Merkel en  bout de course et entraîner une crise de régime tandis que la puissante économie allemande est menacée de récession. 
Un forumeur écrit : 
„Sowohl das Vertrauen in die Politik(er), als auch das Vertrauen in die Demokratie haben Knieschüsse in beide Knien erhalten, da kann sich nichts mehr bewegen.   
Die alte Mutter Demokratie scheint tot, ein neues Narrativ ist notwendig, was allerdings nicht mehr mit den vorhandenen politischen Systemen und ihren Machern (den Politikern mit ihren“Berater-Netzwerken“) umzusetzen ist - zu sehr “eingespielt(!)“, zu alt und zu statisch. 
Alle Warnungen und Mahnungen sind längst geschrieben oder in Ansprachen “gepredigt“,nichts davon fruchtet spürbar oder hinterlässt nachhaltige Spuren…“
"La confiance dans la (les) politique(s) ainsi que dans la démocratie ont reçu deux balles dans les genoux : rien ne peut plus avancer.   
La matrice  démocratie semble morte. Un nouveau récit s’impose impérativement.  Il ne saurait être mis en œuvre ni par les systèmes politiques existants ni par  leurs mandataires (les politiciens et leurs "réseaux de consultants")  ressentis comme trop routiniers, trop vieux et surtout pas assez dynamiques. Avertissements variés et mises engarde diverses ont depuis longtemps été formulés, coulés dans des discours de circonstance. Ils n’ont produit aucun  effet visible et n’ont laissé aucune trace durable...".
C’est principalement dans les nouveaux Länder, c'est-à-dire l’ancienne RDA, que progresse la peste brune d’élection locale en élection locale. Et cela malgré les gigantesques investissements qu’y a consenti la riche République fédérale pour hisser les Länder de l’Est au niveau de ceux de l’Ouest (autoroutes, infrastructures urbaines, écoles, hôpitaux, etc) .
L’Europe démocratique est dans un sale pétrin : Le Royaume Uni a fait son brexit, la France est dans la tourmente et Marine Le Pen attend son heure tapie dans l’ombre, l’Italie est menacée par le retour de Salvini, la Pologne, la Hongrie  et les pays de Vizgrad anciennement soviétiques sont tentés par le mouvement illibéral, l’Allemagne entre en crise et on ne parle pas de la Belgique où l’extrême droite se prépare à triompher en Flandre aux prochaines élections. 
L’Europe-unie dans la paix et la démocratie, ce magnifique défi lancé par les pères fondateurs aux peuples d’Europe est, semble-t-il dans la tourmente et il n’est pas certain que le manque de charisme et surtout d’ambition et de vision du couple von der Leyen-Michel soit le meilleur moyen de la remettre sur orbite. Pauvre Europe, elle est en train de jouer son avenir. Reviens vite Jacques Delors, car ils ne savent pas ce qu’ils font! L’Europe et sa sœur jumelle la démocratie ont besoin d’un nouveau récit, d’un nouvel élan et surtout d’une pédagogie musclée.
 MG   







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