samedi 8 février 2020

Dépassons l'impasse belge; la Wallonie doit s'assumer


Pierre Hazette
Sénateur honoraire, ancien ministre MR

L'ancien ministre MR Pierre Hazette constate l'échec de l'Etat belge. Il faut "abattre le mur" au bout de l'impasse. Et le sud du pays doit prendre son destin en mains.
Naguère engagé dans l'action politique, je répétais à chaque scrutin que la campagne électorale, c'était la fête de la démocratie.
Désenchanté, je ne tiendrais plus le même langage aujourd'hui.
Les élections de mai 2019 constatèrent une poussée considérable de l'extrême droite en Flandre et de l'extrême gauche, héritière du communisme, en Wallonie.
Huit mois après le vote, les leaders des partis, qui récusent toute possibilité de gouverner avec les extrêmes de droite et de gauche, sont enlisés dans un jeu d'exclusives réciproques que se signifient à intervalles réguliers socialistes francophones et nationalistes flamands.
Ne serait-il pas temps de conclure qu'au bout de l'impasse, il faut démolir le mur ?
La Belgique a évolué depuis les golden sixties d'un état unitaire vers la reconnaissance des communautés linguistiques et culturelles distinctes, puis vers la création des Régions et, de réforme en réforme, vers le transfert progressif de compétences importantes de l'Etat central, qui s'appelle désormais fédéral, vers les Régions et Communautés.
En 1999, une large majorité s'exprima au parlement flamand en faveur du confédéralisme.
Le Petit Robert définit ce mode de gouvernement : "union de plusieurs Etats qui s'associent tout en conservant leur souveraineté.". Depuis ce vote, il est clair que la Flandre voit son avenir comme Etat souverain. Les nationalistes ne cachent pas que ce confédéralisme est une étape vers l'indépendance. C'est aussi le projet de l'extrême droite et l'alliance de ces deux partis est aujourd'hui proche de la majorité absolue au nord du pays.
Observons encore que la crise ouverte après le scrutin de mai 2019 n'affecte que l'Etat central.
Quelle conclusion tirer, sinon que l'Etat belge en tant qu'entité représentative de l'ensemble des citoyens est incapable, faute d'un consensus interne, d'assumer cette mission, essentielle à la promotion de l'intérêt général ?
Le divorce est profond, car en face de la majorité favorable au confédéralisme, constatée il y a vingt ans au Parlement flamand, on ne trouve, ni à Bruxelles, ni en Wallonie de revendication allant dans ce sens. C'est que l'économie wallonne ne s'est pas remise de la révolution industrielle qui a fermé les charbonnages, les usines sidérurgiques, les verreries et les manufactures lainières. La Flandre a prospéré après avoir été à la traîne pendant cent trente ans. La Wallonie a, à son tour aujourd'hui, besoin d'une solidarité que la nation flamande, en voie de parachèvement, ne lui accordera plus.
Pour les francophones, le problème majeur réside autant dans le refus du confédéralisme que dans l'impossibilité d'assurer les charges de l'indépendance.
Et pourtant, abattre le mur au fond de l'impasse, c'est dire bien haut que les entreprises wallonnes de haute technologie brillent, notamment, dans le domaine de l'aéronautique et de l'armement., que l'industrie alimentaire soutenue par une eau d'une qualité exceptionnelle peut affronter toutes les concurrences que l'on aille de l'eau de Spa ou de Villé au whisky de Fexhe, en passant par les bières aussi diverses que savoureuses ou par les vins blancs, rouges ou champagnisés, que les poutres en lamellé-collé d'Etalle ont été les premiers étais de sécurisation de Notre-Dame de Paris, que les panneaux photovoltaïques ou les éoliennes ou encore l'exploitation de la biomasse mettent la Wallonie sur la voie de la transition énergétique, que dans le secteur des biotechnologies, nos universités ont ouvert la voie à des entreprises de hautes performances, confirmant la vocation de nos chercheurs et de nos entrepreneurs dans la production de médicaments.
L'optimisme n'est pas béat : il repose sur les relations fortes établies par nos Instituts d'enseignement supérieur, nos Universités, nos Facultés, d'une part, et d'autre part, nos centres hospitaliers, garants de la qualité et de la proximité des soins dispensés. La Wallonie s'est aussi inscrite dans une stratégie réussie du transport multimodal : les aéroports de Charleroi et de Liège sont connectés aux voies ferrées et autoroutes et même, pour ce qui concerne Liège, la voie d'eau fait de son port fluvial un grand d'Europe. On ajoutera, en ces moments d'inquiétude climatique, que les réserves d'eau de la Wallonie pourraient devenir richesses si les prévisions de réchauffement climatique se confirment. Le tourisme wallon se présente lui aussi sous des auspices favorables : les massifs forestiers, les vastes prairies, la fraicheur des cours d'eau sont autant d'invitations à la promenade qu'agrémenteront, par ailleurs, des découvertes archéologiques, artistiques ou gastronomiques.
Et cela étant dit et tant de choses oubliées, la Wallonie ne peut négliger ses atouts. Elle ne peut s'accommoder du pourrissement de l'Etat.
La Wallonie fait partie intégrante d'un vaste espace linguistique et culturel. C'est probablement lorsqu'elle s'en souviendra qu'elle abattra le mur du fond, tout au bout de l'impasse.
Le raisonnement est différent pour Bruxelles. La ville et les communes qui lui sont intégrées dans la structure régionale ont acquis une dimension européenne et internationale. L'union européenne et l'OTAN y ont leur siège. La diversité culturelle y est florissante. Le destin de Bruxelles n'est pas lié à celui de la Wallonie, plutôt rurale, d'où n'émerge aucune ville de plus de 300 000 habitants. Il n'est pas davantage dans le statut de capitale d'un résidu de Belgique qu'ambitionne d'être la Flandre indépendante. Washington.D.C. ne serait-il pas un modèle qui pourrait séduire l'Europe ?
Quant à la Communauté germanophone, elle est entourée d'amis qui lui ouvrent les bras : la Wallonie, d'abord, puis le Grand -Duché de Luxembourg ou le Land de Rhénanie-Westphalie.
Reconnaissons-le : notre pays piétine dans ses rancoeurs, dans des échanges venimeux de reproches, dans l'impossibilité de mettre en chantier de grands projets d'avenir. La dernière oeuvre, commune aux deux communautés, fut l'Exposition Universelle de 1958.
Sur le plateau de cette manifestation d'union nationale, la Belgique est aujourd'hui incapable de se doter d'un stade digne de nos footballers.
Ouvrons les yeux : les déficits qui se profilent dans la gestion de l'Etat central comme dans la conduite des entités fédérées nous contraignent à la lucidité.
Ils nous poussent aussi vers le précipice.

Pierre Hazette, sénateur honoraire, ancien ministre.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« NOTRE PAYS PIETINE DANS SES RANCOEURS, DANS DES ECHANGES VENIMEUX DE REPROCHES, DANS L'IMPOSSIBILITE DE METTRE EN CHANTIER DE GRANDS PROJETS D'AVENIR »
Maniquet se trompe et il nous trompe. Son plaidoyer pour un parti de droite à la droite du MR est une erreur, pire, une  faute intellectuelle « Il est urgent de voir émerger, à Bruxelles et en Wallonie, aux côtés du MR - qui a parfois trop tendance à glisser vers le centre - une droite démocratique de gouvernement, une droite qui proposerait des mesures fiscales et économiques viables et réalistes et s'attaquerait au chômage à la racine, c'est çà dire, entre autres, au niveau de l'enseignement afin que celui-ci renoue avec la performance et forme des jeunes employables ; une droite qui s'adresserait sans faiblesse, mais avec intelligence et humanité aux problèmes de l'immigration, de l'intégration et de la sécurité, une droite qui se battrait pour que l'Etat retrouve son efficacité »
Ce n’est ni d’une NVA wallonne, ni d’un Waals Belang « maniquéen » qu’a besoin la francophonie . Ce n’est pas vers le centre que doit migrer le MR comme l’y pousse  son tonitruant  et flamboyant président mais vers la gauche. Je m’explique. Ce qui a fait les choux gras du MR c’est le libéralisme social à la Louis Michel et dont Louis Michel  lui-même ne veut plus, aveuglé qu’il est par son fils Charles le Brouillon qui lui n’en jamais voulu, préférant s’accoquiner avec De Wever qui lui fera un enfant dans le dos. François Desmedt le nouveau président de Défi à peine nommé a déclaré son adhésion sans réserve au libéralisme social. Et pour le reste il s’est déclaré  au MR, à l’occasion des élections présidentielles une tendance sociale libérale très marquée dans la mouvance de la candidate malheureuse Christine Defraigne.  C’est de cela que la Wallonie a besoin. Non pas d’un parti ouvrier marxiste ni d’un parti socialiste pur et dur mais bien d’une sociale démocratie, appelons la « libéralisme social » pragmatique et solidaire de ceux qui tombent des filets fussent-ils sociaux. 
« La Flandre a prospéré après avoir été à la traîne pendant cent trente ans. La Wallonie a, à son tour aujourd'hui, besoin d'une solidarité que la nation flamande, en voie de parachèvement, ne lui accordera plus. Pour les francophones, le problème majeur réside autant dans le refus du confédéralisme que dans l'impossibilité d'assurer les charges de l'indépendance. » (Pierre Hazette)
Ce vieux libéral a raison. Mais seul un libéralisme résolument social pourra, à notre estime,  relever le défi majeur auquel est confronté la Belgique francophone.
MG


KOEN GEENS: MISSION IMPOSSIBLE ?

• Source : Le Vif
Claude Moniquet
Expert en sûreté, chef d'entreprise et auteur, président national du LiDem (Libéraux Démocrates)
Claude Moniquet, président des Libéraux démocrates, estime que "si l'on croit encore à la possibilité de faire exister la Belgique, il est urgent de voir émerger, à Bruxelles et en Wallonie, une droite démocratique de gouvernement à côté du MR.
Koen Geens, vice-Premier ministre et ministre de la justice CD&V a donc été chargé par le roi d'une mission décrite par beaucoup de commentateurs comme étant celle de la "dernière chance" avant un éventuel retour aux urnes. Tout tourne, on le sait autour d'une question simple : est-il possible d'inclure la NVA, premier parti de Flandre (et, accessoirement, du pays) dans un gouvernement ?
Le CD&V et d'autres partis flamands le souhaitent et on les comprend : outre le respect du choix des électeurs - une notion qui à tous les niveaux de pouvoirs, a toujours été à géométrie variable en Belgique - il serait sans aucun doute suicidaire pour eux de "monter" au fédéral sans la branche "fréquentable" des nationalistes du nord. Du côté francophone, le MR y est favorable, mais le PS, lui, s'y oppose farouchement ce qui ne laisserait comme seule possibilité aux partis flamands que les socialistes francophones jugent "fréquentables", qu'une large alliance entre le CD&V les libéraux les socialistes et les verts.
Problème : cette formule mettrait l'aile flamande de la majorité en... minorité dans son propre groupe linguistique, d'autant que la participation du VLD (qui ne souhaite pas entrer dans une coalition penchant trop à gauche) n'a rien d'acquis : une situation peu confortable.
Si Koen Geens échoue dans sa mission, on voit assez mal quel lapin le roi pourra tirer de son chapeau pour éviter le retour aux urnes. Or, tous s'accordent à le dire, de nouvelles élections se solderaient sans doute par un tassement des partis "traditionnels" au profit des nationalistes au nord (et en premier lieu, sans doute, du Vlaams Belang) ce qui rendrait le pays encore plus ingouvernable.
Cela bien entendu, au siège du PS, boulevard de l'Empereur, on le sait parfaitement.
Dès lors il est permis de se demander si ce que souhaite secrètement la direction socialiste qui a, évidemment observé à la loupe le glissement à droite de la Flandre et se voit, sur ses propres terres, talonné par l'extrême-gauche PTBiste, ce n'est pas, précisément, ces nouvelles élections qui pourraient aboutir à un nouvel effritement de la Belgique, voire, à terme, à une séparation nette entre le sud et le nord. Une séparation qui lui permettrait, peut-être, libéré de l'obligation de cohabiter avec la droite flamande, de durcir son discours pour tenter de récupérer les voix qu'il a perdu sur sa gauche ?
En tout état de cause, si l'on croit encore à la possibilité de faire exister la Belgique, il est urgent de voir émerger, à Bruxelles et en Wallonie, aux côtés du MR - qui a parfois trop tendance à glisser vers le centre - une droite démocratique de gouvernement, une droite qui proposerait des mesures fiscales et économiques viables et réalistes et s'attaquerait au chômage à la racine, c'est çà dire, entre autres, au niveau de l'enseignement afin que celui-ci renoue avec la performance et forme des jeunes "employables" ; une droite qui s'adresserait sans faiblesse, mais avec intelligence et humanité aux problèmes de l'immigration, de l'intégration et de la sécurité, une droite qui se battrait pour que l'Etat retrouve son efficacité, libère et encourage les énergies et joue son rôle d'arbitre au lieu de se complaire dans le "micro-management" qui, trop souvent le caractérise.
Ceci passe, évidemment, par un vigoureux débat d'idée et une "recomposition" de la droite et de centre-droit francophones.
L'existence de ce débat et, à terme, de ce courant montrerait à la NVA et, au-delà, à l'électorat flamand, qu'il n'existe aucune fatalité qui placerait la Flandre à droite et la Wallonie et Bruxelles définitivement "à gauche" et rendrait la Belgique de moins en moins gouvernable.
Claude Moniquet, expert en sûreté, chef d'entreprise et auteur, président national du LiDem (Les Libéraux Démocrates)

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