mercredi 12 février 2020

Koen Geens perd son temps, le PS ne se mariera pas avec la N-VA

 Le Vif

Claude Demelenne
essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

Koen Geens peut marcher sur la tête, chanter Ramona sur la Grand Place, danser nu face au Parlement, il n'y arrivera pas. Il ne convaincra jamais le PS de s'accoupler avec la N-VA. Voilà pourquoi.
Le messager du Roi, Koen Geens, propose à Paul Magnette le baiser qui tue. Un mariage de raison avec Bart De Wever. Le président du PS n'est pas suicidaire. Même si Koen Geens le supplie, lui baise les pieds, entame une grève de la faim, il ne cédera pas. Pour une raison simple : si les socialistes copinent avec la N-VA, ils se font hara-kiri.
UNE BOUILLIE INDIGESTE
Ces derniers jours, j'ai rencontré des militants socialistes pratiquement unanimes : gouverner avec la N-VA, non merci. Trop à droite, trop antisociale, trop nationaliste, trop sécuritaire. Mélanger les programmes des deux partis donnerait une bouillie infâme. Absolument immangeable.
Paul Magnette partage le rejet ultra-majoritaire de sa base, allergique au programme de Bart De Wever. Impensable de commencer sa présidence par ce qui serait perçu comme une trahison. Il se mettrait tout le monde à dos, les militants, les cadres, les grands et petits chefs, les syndicalistes de la FGTB... Rarement le PS a été à ce point uni autour d'une certitude : flirter avec la N-A serait le début de la fin du Parti.
Le prochain 1er mai se déroulerait dans une ambiance d'émeute. Les socialistes ont connu pareil scénario cauchemardesque à la fin des années 1980. A l'époque, le trio Happart-Dehousse-Van Cauwenberghe, partisans du maintien dans l'opposition, s'opposait aux ténors Spitaels-Cools-Moureaux, partisans d'un retour au gouvernement fédéral. Le PS était sorti meurtri de cette lutte fratricide. Au Boulevard de l'Empereur, la ligne est claire : plus jamais çà !
QUESTION DE VIE OU DE MORT
Paul Magnette sait qu'il joue gros. S'il baisse la garde face à la N-VA, il torpille sa présidence. Il compromet tant son avenir personnel que celui de son parti. Il déroule le tapis rouge pour le PTB. Il resterait ainsi dans l'Histoire comme le fossoyeur du PS.
Magnette ne se laissera pas pousser dans le trou. Pour le PS, c'est une question de vie ou de mort. Lors du scrutin de mai, il est resté de justesse le premier parti en Wallonie et à Bruxelles. Mais les statistiques sont mauvaises. A l'époque de Guy Spitaels, le PS frôlait les 45% en Wallonie. Aujourd'hui, il dépasse péniblement la barre des 25%. Pour remonter la pente, Magnette a besoin de durcir le ton. Il sera donc le cogneur, l'homme qui dit non : non à Koen Geens, non au Palais, non à Bart De Wever.
NOUVELLE RADICALITE
Une bonne partie de la base socialiste est en attente d'une nouvelle radicalité. Les militants estiment que l'air du temps n'est plus au consensus mou. Participer à un gouvernement avec la N-VA, c'est la certitude d'avaler une couleuvre à chaque repas. Ce n'est pas raisonnable.
Les socialistes sont conscients que les appels au "sens des responsabilités" vont se multiplier. La phase de dramatisation n'est pas loin : le PS doit sauver l'Etat belge, estiment certains commentateurs. Erreur d'analyse. Le PS doit, surtout, sauver sa peau.
NEGOCIER L'APRES-BELGIQUE FEDERALE ?
Un jour, pourtant, le PS devra discuter sérieusement avec la N-VA. Pas pour former un gouvernement classique. Pour négocier l'après-Belgique fédérale. Puisque celle-ci est paralysée, puisque le "compromis à la belge" semble impraticable, puisque le Nord et le Sud s'éloignent, il faudra sortir des sentiers battus. Ouvrir la boîte de Pandore du confédéralisme ? A l'écart des micros, d'aucuns ne l'excluent plus, au PS.
Le confédéralisme à la sauce N-VA n'est évidemment pas acceptable pour les francophones. Ceux-ci exigeront des compensations financières, conditions indispensables pour consentir au divorce belge. Dès qu'il sera question de gros sous, la discussion sera encore plus complexe.
KOEN GEENS, LE PAPE DU CD&V
"Je pense que le fait que la Flandre ait voté à droite et la Wallonie à gauche, voire à l'extrême gauche, rend ce pays ingouvernable", vient de déclarer Bart De Wever. Le patron des nationalistes flamands n'a pas tort. On peut le déplorer. Mais c'est la réalité. Sans doute l'une des rares certitudes en ces temps incertains. Avec une autre conviction forte : Koen Geens, le chargé de mission royal, a autant de chance de convaincre le PS de se marier avec la N-VA que Sa Sainteté le pape de convaincre ses cardinaux de se prononcer en faveur de la procréation médicalement assistée (PMA) et la gestation pour autrui (GPA). Un scénario burlesque, évidemment. La mission de Koen Geens, le pape du CD&V, est tout aussi burlesque. Elle est condamnée à l'échec.


COMMENTAIRE DE DIVERTITY
RIEN NE VA PLUS 

Koen Geens aura beau proclamer de sa petite voix de chanoine fransquillonante  « faites vos jeux » en réalité « rien ne va plus »
La Belgique est comme l’Otan de Macron : en état de mort cérébrale.
Nous allons vivre des années très difficiles.  On a beau lire et relire les articles de Claude Demelenne ou ceux de Jules Gheude on ne voit pas d’issue à l’impasse : Cuites et recuites les carottes ont  déjà un goût de pourri.
Mais attention !  Comme l’analyse avec son habituelle pertinence Béatrice Delvaux c’est toute l’Europe qui est en crise et ce n’est pas l’attelage von der Leyen-Michel qui la sortira de l’ornière. C’est d’une Churchill ou d’un De Gaulle, à la rigueur d’un Spaak qu’a besoin l’Europe qui marche sur sa tête. Verhofstadt a la carrure mais personne ne veut de lui. Macron aurait à la rigueur pu faire l’affaire mais il est en train de se décrédibiliser aux yeux des Français, ces veaux comme les appelait le Général. Et Merkel ? La puissante Merkel est complètement démonétisée et abîmée par l’usure du pouvoir. Elle a fait, on s’en doutait, le mandat de trop. Et est bonne pour le cimetière des éléphants.
Oui ,le monde se démonde, notre monde qui incarne  nos valeurs et  nos idéaux se fracassent sur les rochers de l’illibéralisme qui est un euphémisme pour désigner les régimes autoritaires.
Il faudra portant le « remonder » comme font les gosses de leur réveil matin ou les ados de leur mobylette. Mais le « remonder » comment c’est toute la question qui se pose aux générations montantes que la déterioration du climat angoisse et qui ne semblent pas voir venir les nuages bruns sur une Europe battue par la tempête.
MG


Le séisme politique allemand, péril pour l’Europe

Annegret Kramp-Karrenbauer, pourtant dauphine adoubée par Angela Merkel, ne sera pas la nouvelle présidente du Parti chrétien-démocrate, ni la future chancelière. Elle se retire de la course.

Par Béatrice Delvaux ,éditorialiste en chef, Le Soir 
Contrairement à ce qui s’est beaucoup dit et écrit, le péril pour l’Union européenne ne viendra pas du Brexit, mais de l’Allemagne.

La démocratie allemande fait ainsi face à sa plus grande épreuve depuis la fin de la guerre. Le retrait d’Annegret Kramp-Karrenbauer de la présidence du Parti chrétien-démocrate (CDU) et de la candidature à la succession d’Angela Merkel au poste de chancelière en 2021, a tout d’un séisme politique. Cette démission au milieu d’un mandat stratégique signe en effet le grand désarroi du parti qui tient les rênes du pays depuis des années. « La situation est extrêmement grave, il y va de notre avenir » déclarait lundi un proche de la Chancelière actuelle. Mais ce qui est en jeu va bien au-delà : cela touche à l’essence même de la démocratie en Allemagne où l’on constate, médusé, le retour des vieux démons et l’attraction qu’ils exercent à nouveau sur les électeurs et l’élite politique. L’avancée toujours plus forte de l’Afd dans l’ex-Allemagne de l’Est n’est en effet pas « seulement » la marque de la popularité des extrémistes de droite comme dans d’autres pays européens, mais de leaders et de discours qui s’inspirent ouvertement du nazisme.

La gravité de la situation allemande se mesure doublement : par la force du parti fasciste mais aussi par la faiblesse des partis démocratiques – hormis les écologistes – et particulièrement de la CDU dont une partie des dirigeants s’éloigne du centre « à la Merkel » pour se rapprocher idéologiquement de l’extrême droite qui leur a pris un million d’électeurs en 2017.

Le bras de fer et les graves déchirements au sein de la CDU se sont incarnés de façon spectaculaire la semaine dernière lors des élections en Thuringe. Comme le soulignaient les analystes, « en s’affranchissant des consignes de leur direction nationale, les élus CDU locaux ont brisé un tabou politique dans l’Allemagne d’après-guerre : le refus de toute coopération avec la droite radicale de la part des autres partis traditionnels. » Un choc pour qui se souvient qu’en 1930, la Thuringe fut la première à élire un gouvernement de coalition entre la bourgeoisie conservatrice et le parti d’Adolf Hitler. Cette région figure à ce titre dans les livres d’histoire comme le symbole de la faillite historique de l’élite allemande face à la montée du nazisme.

La CDU n’est pas seule en crise : nombre de partis centristes en chute en Europe sont aujourd’hui déchirés et tentés par les alliances avec les nationalistes, les ultra-conservateurs ou les extrémistes. Mais que cette fracture touche l’Allemagne est un grave péril pour l’Europe. Depuis la création de l’Union en effet, le doute n’a jamais existé : l’Allemagne d’après guerre, post Hilter, est « le » centre de gravité d’une construction européenne basée sur la protection de nos démocraties contre le retour des fascismes.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
EN EUROPE LA SITUATION EST GRAVE MAIS POINT  DESESPEREE ; EN BELGIQUE LA SITUATION EST DESESPEREE MAIS CE N’EST PAS GRAVE !

 « Ce qui est en jeu touche à l’essence même de la démocratie en Allemagne où l’on constate, médusé, le retour des vieux démons et l’attraction qu’ils exercent à nouveau sur les électeurs et l’élite politique. » C’est le moment ou jamais d’affuter notre esprit critique.
MG


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