vendredi 14 février 2020

La mer est la principale menace pour la Belgique.



 Le changement climatique en cours va s’aggraver. L’Europe n’est pas à l’abri. L’Agence européenne pour l’environnement a cartographié les impacts.


Par Michel De Muelenaere Le Soir

A l’occasion du passage de la tempête Ciara, sur notre pays, l’IRM a émis, pour ce lundi après-midi, une alerte jaune aux fortes marées à la Côte, mais aussi pour les provinces de Flandre orientale et d’Anvers. Dans les décennies à venir, ce genre d’avertissement devrait devenir monnaie courante, voire s’aggraver. Les dérèglements climatiques vont s’intensifier et ils ne concerneront pas que des contrées lointaines, l’Europe sera affectée. Ce lundi, l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) publie des cartes des impacts climatiques sur notre continent. Un exercice inédit, basé sur les meilleures données scientifiques et d’une résolution très fine – des mailles d’un kilomètre carré –, sur lequel Le Soir a pu se pencher.

Aggravation et multiplication des sécheresses et des vagues de chaleur, augmentation du risque de feux de forêt, élévation du niveau de la mer causant l’érosion et des inondations côtières, précipitations anormalement fortes… les principales conséquences des dérèglements du climat sont connues. L’Agence européenne qui en cartographie certains avertit : il faut travailler sur deux plans. Un : réduire les émissions de gaz à effet de serre pour éviter les plus graves conséquences. Deux : se préserver des impacts actuels et de ceux qu’on ne pourra pas éviter à l’avenir.

REDUIRE ET S’ADAPTER

Entre des émissions importantes et une forte réduction de celles-ci, il y a un monde de différences, montrent les cartes établies par la très sérieuse Agence, qui pointe particulièrement l’Europe centrale, la péninsule ibérique, la Scandinavie, la Bretagne et Venise. Mais n’importe quel lieu en Europe peut être visualisé. Sans être épargnée par d’autres effets, la Belgique est particulièrement concernée par l’élévation du niveau de la mer. Comme toutes les régions côtières, on y constate une montée des eaux au cours des dernières décennies.

Ce phénomène va continuer à s’accélérer au cours de ce siècle, prédisent les experts. Selon le Giec (le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat), la mer pourrait monter de 1,10 mètre d’ici la fin du siècle si les émissions de gaz à effet de serre restent aussi élevées qu’aujourd’hui. « Mais des valeurs plus élevées ne sont pas exclues, relève l’AEE. Plusieurs études, de même que des rapports nationaux, suggèrent que l’élévation des mers au niveau mondial pourrait se situer entre 1,5 et 2,5 mètres ». Et si les émissions ne diminuent pas, la montée des eaux atteindrait 5,4 mètres en 2300.

En cas de montée des eaux d’un mètre – ce qui n’est pas improbable –, la quasi-totalité de l’arrière-pays côtier en Belgique de même qu’une partie de la vallée de l’Escaut et du port d’Anvers, ce qui concerne 256.000 personnes environ, se retrouveraient sous le niveau de la mer et devraient s’en remettre aux coûteuses protections que l’on érige actuellement sur le front de mer et le long du fleuve. On estime qu’une élévation de la mer de 1 mètre peut se traduire par un niveau maximum de 8 mètres en cas de tempête millénaire. Selon une étude de l’administration flamande du littoral, un tiers de nos 67 km de côte n’est pas suffisamment protégé contre les super-tempêtes. Les cartes européennes montrent également que si l’élévation devait atteindre 4 voire 5 mètres, les villes de Bruges et Gand se retrouveront en zone à risque.

MOINS COUTEUX QUE LES DEGATS POTENTIELS

Cela peut sembler peu de chose comparé aux près de 7 millions de Néerlandais qui se trouveront sous le niveau du mètre. Mais l’élévation de la mer s’accompagnera d’une augmentation des inondations côtières, indique l’Agence européenne pour l’environnement. Pas banal chez nous, où la côte est très urbanisée et où trois ports commerciaux sont directement exposés. « Les inondations exceptionnelles aujourd’hui pourraient devenir la norme d’ici à la fin du siècle à certains endroits. La fréquence des inondations devrait être multipliée par 10 dans beaucoup d’endroits et par 100 voire 1.000 dans d’autres, selon le scénario d’émissions de gaz à effet de serre ».

Les politiques d’adaptation aux effets du réchauffement sont indispensables, insiste l’AEE. Elles doivent être soigneusement adaptées aux circonstances locales. Coûteuses ? Bien moins que de laisser filer les émissions et de ne pas se protéger. Sans travaux supplémentaires de protection des côtes, a calculé l’Agence, les pertes annuelles dues aux inondations côtières dans 17 villes européennes pourraient passer de 1 à 31 milliards d’euros en 2100. Et c’est sans compter les impacts des autres dérèglements climatiques sur la santé, sur l’agriculture, sur les forêts, sur l’énergie, sur les infrastructures…
L’eurodéputé avertit : « Plus on attend, plus ça coûtera cher. » Et de citer l’exemple de Venise.

Les impacts du changement climatique rendent l’adaptation cruciale », juge l’Agence européenne pour l’environnement. Président de la commission parlementaire compétente, l’eurodéputé Pascal Canfin (Renew – libéral) ne pense pas autrement. « Les données objectives, non politisées, de l’Agence montrent que très peu de territoires européens sont épargnés par les impacts du dérèglement climatique ». Pour lui, le message est clair : « Partout en Europe, il faut qu’on arrête de faire la politique de l’autruche et qu’on regarde la réalité en face. Même si on réalise les objectifs de Paris de maintenir la hausse de la température globale sous 2ºC, certains de nos territoires seront impactés. Or, le dépassement de 2ºC va très probablement se produire : on a déjà pris une hausse de 1ºC. Mais si on ne respecte pas l’accord de Paris, qu’on ne fait rien, qu’on n’atteint pas la neutralité carbone, on sera dans un scénario d’augmentation de 4ºC. Et plus seulement 1 mètre mais jusqu’à 3-4 mètres d’élévation de la mer ».

Les cartes de l’Agence européenne montrent « un risque systémique », poursuit Canfin. « Et comme dans le cas de la crise financière de 2008, l’Europe n’est clairement pas outillée pour y faire face ».

Le Green Deal, vaste plan transversal d’actions climatiques présenté il y a quelques semaines par la présidente de la Commission, comporte un chapitre sur l’adaptation aux dérèglements. Il faut approfondir, dit Canfin. « La proposition de loi climat européenne qui doit être présentée dans un petit mois doit faire obligation aux Etats membres de présenter des plans d’action concrets, détaillés, d’adaptation des territoires aux impacts climatiques. Aujourd’hui, certains pays n’ont pas de stratégie. D’autres n’ont pas de plan. La deuxième mesure concrète est l’obligation de soumettre toute nouvelle construction se trouvant dans la zone “bleu ciel” des cartes sur l’élévation de la mer [sous un mètre] à un test de “résistance climat”. Qu’on arrête de faire des routes côtières, des campings, des maisons, des infrastructures, dans des zones potentiellement largement inondables sans en tenir compte ! Cela ne veut pas dire ne pas construire du tout : on peut imaginer des pilotis, des infrastructures démontables… Mais à certains endroits, on peut aussi rendre des territoires à la nature. Aujourd’hui, cela n’est pas pris en compte ».

« Nous avons un problème commun. Mettons tout le monde autour de la table et prenons des mesures, sans préjugé, sans a priori idéologique », plaide le député. Le coût des mesures à prendre ? « Plus on attend, plus ça coûtera cher. On décide de ne pas agir tant que la catastrophe n’est pas arrivée. C’est ce qui a mené à la situation dans laquelle se trouve Venise. Aucune préparation, plus de 85 % de la ville inondée en novembre 2019, plus d’un milliard d’euros à payer maintenant. »

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA FLANDRE LES PIEDS DANS L’EAU ?

La nouvelle arrogance flamande va se heurter très bientôt à deux défis majeurs : d’abord le vieillissement des Flamandes et des Flamands (verzilvering) qui va obérer les finances régionales et communautaires en mettant à mal les caisses pension  et ensuite et surtout la montée irréversible des eaux qui va exiger des investissements gigantesques pour engager des travaux de digues cyclopéens. Ce n’est pas un mur que la Flandre devra construire mais elle devra élever ses digues pour contenir l’irrésistible montée des eaux. Les jeunes Flamands sont dès à présent de plus en plus nombreux à s’installer définitivement dans la vallée mosane. Un signe qui ne trompe pas.
MG



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