vendredi 21 février 2020

Laruelle (MR) et Dewael (Open VLD) pour un gouvernement de plein exercice


Le Vif
Le roi a chargé mercredi soir Patrick Dewael (Open Vld) et Sabine Laruelle (MR), respectivement président de la Chambre et du Sénat, de "prendre les contacts politiques nécessaires" en vue de former un gouvernement. Ils feront rapport au roi le 9 mars au plus tard.
Dans un communiqué, le Palais confirme que le roi Philippe a reçu en audience mercredi soir les deux présidents d'assemblées fédérales. "Le roi leur a demandé de prendre les contacts politiques nécessaires permettant la mise en place d'un gouvernement de plein exercice. Ils ont accepté cette mission. Ils feront rapport au roi au plus tard le 9 mars", selon le communiqué du Palais.
M. Dewael et Mme Laruelle sont les sixièmes chargés de mission royale depuis les élections du 26 mai dernier. Celles-ci avaient commencé dès l'été avec le tandem Didier Reynders (MR) - Johan Vande Lanotte (sp.a), suivi du duo Rudy Demotte (PS) - Geert Bourgeois (N-VA). Ceux-ci avaient passé la main à l'automne à Paul Magnette (PS), suivi par après par le couple Georges-Louis Bouchez (MR) - Joachim Coens (CD&V). Ces derniers furent relevés par Koen Geens (CD&V) qui a donné sa démission vendredi dernier.
Par voie de communiqué, le MR a salué le fait que Sabine Laruelle soit la première femme à qui le roi confie une mission dans un processus de formation de gouvernement en Belgique.
Par le biais de son président, Georges-Louis Bouchez, le Mouvement Réformateur rappelle sa volonté de travailler à une solution stable et forte pour le Pays. "Notre volonté première est de maintenir la Belgique sur les voies de la modernité et de la prospérité pour tous. C'est pourquoi j'appelle à la prise de responsabilité de chacune et chacun afin de pouvoir entamer au plus vite des négociations pour la formation d'un gouvernement de plein exercice " explique le président du MR. "Pour cela, il convient de restaurer la confiance entre les partenaires. Son parcours, ses qualités personnelles, sa franchise et la confiance qu'elle inspire font de Sabine Laruelle la personne adéquate pour cette mission qui pourra également s'appuyer sur l'expérience et tout le poids politique de Patrick Dewael", ajoute-t-il.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

Nous écrivions il y a tois jours sur ce blog :
« Philippe va-t-l exfiltrer le tonitruant Verhofstadt de son parlement Européen ou rappeler Mark Eyskens de sa retraite zoutoise ; arracher  Xavier de Donnéa à sa chaumière ardennaise ? Ou, qui sait, inviter au palais l’ancien journaliste vedette de la VRT Siegfried Bracke, ancien président de la Chambre qui eut longtemps l’oreille de De Wever et fut son porte voix ? Ou de façon plus classique, le roi va-t-il mobiliser l’actuel président de la chambre le fringant VLD Patrick Dewael avec ou sans la brillante présidente du Sénat Sabine Laruelle. Une femme pour enfin changer et quelle femme ! L’dée est franchement séduisante. Reste à poser au prochain ou à la prochaine kamikaze : « Aimez vous Vivaldi ? » 
Pour une fois on ne s’est pas trompé.
MG


DEWAEL - LARUELLE: POUR CALMER LES ESPRITS ET TENTER DE CREER UN NOUVEAU POSSIBLE
Olivier Mouton
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Le palais confie une mission de déminage aux présidents de la Chambre (Open VLD) et du Sénat (MR). Deux libéraux pour gagner du temps ou ouvrir le jeu.
Le palais a décidé mercredi soir de confier une mission à Patrick Dewael (Open VLD) et Sabine Laruelle (MR), la première femme à entrer en piste. En partie surprenante, cette idée revient en fait aux fondamentaux : confier aux présidents de la Chambre et du Sénat le soin d'apaiser les institutions. Pour préparer de nouveaux possibles, imaginer un gouvernement transitoire ou pour mener la transition vers des élections ?
La première mission des nouveaux missionnaires royaux consistera en tout cas à pacifier un paysage politique au bord de la crise de nerfs. Les sorties de Paul Magnette, président du PS, exaspéré par ses discussions stériles avec la N-VA, avaient mis brutalement un terme à la mission de Koen Geens (CD&V). Ce faisant, elles ont aussi fortement endommagé les relations entre deux partis, pourtant cruciales en vue de trouver une solution si l'on veut une majorité dans chaque groupe linguistique. Joachim Coens, président du CD&V, a réitéré ce souhait et affirmé à sa sortie du palais que "la confiance est en péril avec le PS". Et qu'un "geste" des socialistes francophones serait le bienvenu.
Mais ce ne sont pas les seules fractures nées au fil de ces mois de blocage. Il y a bien sûr la fracture béante entre la N-VA et le PS, qui ne pourrait être recousue que via une amorce de discussions communautaires. Il y a l'exaspération réciproque entre le "monsieur-je-sais-tout" du MR Georges-Louis Bouchez et les socialistes, avec en retour une incompréhension libérale à l'égard de l'entêtement dogmatique des socialistes. Il y a, l'air de rien, la rivalité entre PS et Ecolo, le premier estimant qu'il fait le sale boulot francophone tout seul.
Du côté flamand, ce n'est guère mieux, y compris au sein de la suédoise qui gère le gouvernement flamand. Les relations entre N-VA et Open VLD se sont tendues quand la présidente libérale avait esquissé sa préférence pour une Vivaldi. Les rapports CD&V - Open VLD ne sont pas nécessairement au beau fixe en raison du raidissement social-chrétien sur les questions éthiques, singulièrement l'avortement. D'aucuns rappellent d'ailleurs que la suédoise est tombée en raison des frictions incessantes entre partis flamands.
Bref, il y a de sérieux fils à retisser, des relations à renouer, des confiances à rétablir.
Outre son sens du tact, les nouveaux missionnaires royaux devront faire preuve de créativité - mais aussi de ténacité - pour inventer de nouvelles formules susceptibles de sortir le pays de l'ornière. Ou à tout le moins, pour mettre en place les conditions possibles à une hypothétique préformation.
Un gouvernement d'urgence, avec en marge une discussion sur l'avenir de l'Etat ? C'est la solution en faveur de laquelle plaident des académiques depuis des mois, mais ce serait évidemment une façon de dévaloriser l'Etat fédéral (qui est bloqué, il est vrai) ou de relancer un carrousel communautaire dont les francophones ne voulaient plus. Un gouvernement transitoire qui ne serait pas de plein exercice est de toute façon exclu par le palais.
Une coalition sans le PS ou une coalition sans la N-VA (diverses formules existent) ? L'idée d'une "77 alternative) liant la N-VA et les partis flamands au MR et au CDH reste improbable, fragile, mais le rêve nourri par certains s'enrichit des maladresses du PS. Se pourrait-il que l'on reproduise une énorme surprise comme ce fut le cas en 2014. La Vivaldi sans la N-VA, elle, était plébiscitée du côté francophone, mais elle se heurte à la volonté flamande d'avoir une majorité dans le groupe linguistique néerlandophone et au "shadow cartel" (dixit le PS) entre N-VA et CD&V.
Une formule miracle pourrait-elle naître de cette dramatisation à outrance en vue de mettre quand même en place un gouvernement avec majorité dans les deux groupes linguistiques ? La coalition miroir (les majorités des deux Régions) a été incendiée en quelques heures. Les probabilités d'une négociation "à l'autrichienne" mêlant nationalistes et écologistes sont proches de zéro. A vrai dire, plus grand-monde ne voit clair sur ce qui reste possible sans avoir au préalable mener l'opération d'apaisement entre les uns et les autres.
La Belgique en l'an 2020 a besoin d'un psychiatre à son chevet comme c'est désormais le cas à répétition. En 2007-2008 quand on s'arrachait les cheveux sur BHV à coups de "non". En 2010-11 lorsque 541 jours ont été nécessaires pour se décider à réformer l'Etat une sixième fois. Cette fois, politologues (Vincent de Coorebyter), constitutionnaliste (Marc Uyttendaele) ou historiens (Vincent Dujardin) n'hésitent pas à dire qu'il s'agit de la crise la plus grave jamais traversée par notre pays.
Il se peut, dès lors, que cette nouvelle mission des deux présidents d'assemblée ne soit qu'une façon de gagner encore du temps, histoire de laisser retomber le soufflé. Ce pourrait aussi être un tremplin vers des élections que tous disent vouloir éviter, tout en les préparant fébrilement en coulisses.
Pourquoi les libéraux flamands détiennent la clé du pays


Olivier Mouton
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

En 2014, c'est Gwendolyn Rutten, président de l'Open VLD, qui avait jeté les bases de la Suédoise. Cette fois encore, son parti pourrait jouer un rôle décisif.

Le roi termine sa tournée des présidents de parti ce mercredi après-midi par la présidente de l'Open VLD, Gwendolyn Rutten. Il devrait ensuite prendre une initiative pour tenter de pacifier un paysage politique dégradé - si cela était possible qu'il le soit davantage - par la fin de mission précipitée de Koen Geens (CD&V).
Les libéraux flamands figurent parmi les favoris pour une nouvelle mission royale, maintenant que le CD&V a tout donné : son président Joachim Coens et le favori du palais Koen Geens. On a cité, ces derniers jours, les noms de Gwendolyn Rutten elle-même, du vice-Premier Alexander De Croo ou du président de la Chambre et sage de la politique belge, Patrick Dewael. La ou l'heureux élu(e) pourrait éventuellement être accompagné(e) d'un francophone - on évoquait en coulisses un CDH ou un Ecolo. Si l'Open VLD a été cité de la sorte, ce n'est pas un hasard. Les libéraux flamands - au même titre que leurs homologues francophones - ont réussi à s'imposer au fil des années comme une charnière de notre paysage politique. Et ce, même si leur poids électoral n'a cessé de diminuer.
Guy Verhofstadt n'a-t-il pas été Premier ministre à deux reprises dans la première décennie du siècle, avec les socialistes et les écologistes ? Le "numero uno" est ensuite revenu pour une mission provisoire, une forme de gouvernement d'urgence au moment où le CD&V Yves Leterme se cassait les dents sur BHV, la fameuse scission de l'arrondissement électorale et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Cet épisode résonne étrangement à l'heure où l'on évoque à nouveau la poste d'un gouvernement transitoire pour prendre les mesures d'urgences qui s'imposent.
Mais un autre moment mérite d'être rappelé pour signifier le rôle important joué par ce parti. Nous sommes pendant l'été 2014. Charles Michel, président du MR, s'étrangle d'apprendre que le PS a choisi de s'associer dans les Régions au CDH, rejetant son parti dans l'opposition. "Je constate que le PS opte pour une coalition des perdants", grince-t-il devant la presse (tiens, c'est la façon dont le PS présente aujourd'hui la suédoise). Des coups de fil s'échangent. Le premier contact est avec Wouter Beke, président du CD&V, avec qui Michel a noué de très bons contacts. Mais c'est le second appel, avec Gwendolyn Rutten, qui s'avère décisif. La présidente de l'Open VLD lui glisse que cela peut lui permettre de mettre en place une coalition que tout le monde croit impossible. C'est en réalité elle la véritable mère de la Suédoise.
Près de six ans plus tard, le contexte n'est pas tout à fait le même, quoique. Aux côtés du CD&V, l'Open VLD participe au gouvernement flamand. Le parti libéral flamand peut jouer un rôle majeur pour faire basculer la formation d'une majorité fédérale dans un sens ou dans un autre, que ce soit en direction d'une Vivaldi sans la N-VA ou d'une coalition "77 alternative" sans le PS. Probabilité mince, certes. Mais ce parti qui ne recueille plus que 12% des suffrages en Flandre est, potentiellement, un autre faiseur de roi.

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