lundi 24 février 2020

Malgré la polémique, des chars caricaturant les juifs sont de sortie à Alost: "On ne se laisse pas faire"

DH

Un char de la société "Lossendeirdeveirdeirdeir" présentant des juifs avec de longs orteils, en référence à une expression selon laquelle cette particularité serait signe de susceptibilité, a rallié dimanche le cortège du carnaval d'Alost. Ce groupe a choisi comme thème "le tribunal d'Alost", avec des juges amenés à rendre des décisions en matière d'humour.
Les observateurs qui imaginaient que les carnavaliers alostois allaient faire profil bas après la polémique de l'an dernier en sont pour leurs frais. Au contraire, les "Lossendeirdeveirdeirdeir" ont choisi de dénoncer la "susceptibilité" de ceux qui avaient critiqué le char controversé.
"Nous sommes les juges de l'humour. Juifs, prêtres, musulmans... A Alost, nous nous moquons de tout et de tout le monde. C'est inscrit dans le Code alostois de l'humour", ont justifié les carnavaliers.
Outre les chars, les participants massés le long de la route ont eux aussi décidé de rire de la polémique. Nombre d'entre eux arborent des stéréotypes de la religion juive tels que des nez crochus et des mèches bouclées.
Le cortège s'est élancé à 14h00, une heure plus tard que prévu, en raison des risques de tempête. Des mesures de sécurité ont été mises en place par les pompiers, ce qui a perturbé le rassemblement. La hauteur de ces derniers a été limitée à quatre mètres, et les fêtards ne peuvent se tenir sur ceux de plus de deux mètres de haut.
Une entrée de cortège très politique...

La société "De Zwiejtollekes" a ressorti dimanche les poupées représentant des juifs qui avaient suscité la controverse l'an dernier au carnaval d'Alost. Celles-ci sont cette fois associées à des caricatures visant d'autres religions au sein d'une sorte de stand de tir. "Rire de tout et de tout le monde est propre au carnaval. Jamais pour blesser mais pour le plaisir", justifient les Zwiejtollekes. "Nous montrons que nous pouvons nous en prendre à tout le monde et qu'on ne se laisse pas faire. Les cibles sur nos costumes sont une manière de nous mettre nous-mêmes dans le viseur."
La décision de l'Unesco de retirer l'évènement de sa liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité ne semble pas avoir refroidi les ardeurs des Alostois, bien au contraire. Des carnavaliers défilent ainsi en uniformes nazis avec la mention "Unestapo" dans leur dos et de nombreux chars font référence aux juifs, qui sont entre autres caricaturés en insectes.
La famille royale avec Delphine Boël, Greta Thunberg, les musulmans, les catholiques, la communauté LGBT, le coronavirus chinois ou encore le retour de Kim Clijsters à la compétition ont également inspiré les carnavaliers.


"ALOST SE PRESENTE A LA FACE DU MONDE COMME UN NID DE L'ANTISEMITISME": LES ASSOCIATIONS JUIVES REAGISSENT AUX NOUVELLES CARICATURES
La Libre

Le carnaval d'Alost persiste et signe: malgré la polémique liée à des caricatures jugées antisémites l'an dernier, les carnavaliers ont présenté de nouvelles poupées moquant les juifs orthodoxes. Plusieurs voix émanant de la communauté juive se sont indignées.
La coupole d'associations se réjouit cependant des nombreuses réactions de rejet qui sont arrivées de l'étranger. Elle espère que la société se mobilisera pour parvenir à une solution. "Ce sont les juifs qui souffrent de l'antisémitisme, mais cela ne les concerne pas uniquement. Toute la société en pâtit."


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« UNE ENTREE DE CORTEGE TRES POLITIQUE.. ».

Vous avez dit politique ? J’ai regardé toutes les photos des chars sur le site du Vif : hideux, répugnant, infâme ! J’ai vu des caricature antisémite, xénophobe, anti chrétienne et islamophobe, la famille royale tournée en dérision, tous nos politiques ridiculisés. Tous sauf deux : Bart De Wever et Tom Van Grieken épargnés comme par miracle. Comme c’est intéressant. Si c’est ça le canon flamand, vivement le carnaval de Binche et la Zinneke parade. 
Soyons clair : la Flandre donne ici la pire image de soi : grimaçante et rance. C’est hallucinant.  Ces chars qui sont à gerber ne sont pas destinés à faire rire comme l’affirment les sociétés de carnaval mais à humilier, à blesser et à mépriser.
Qui sème la haine récoltera forcément le mépris, l’isolement et le séparatisme. C’est clairement prémédité.
MG


LE CARNAVAL :  CONFUSION SOCIALE , SATURNALES, LICENCE EROTIQUE, ORGIES, REGRESSION DU COSMOS DANS LE CHAOS ».

Carnaval  est un type de fête relativement répandu en Europe et en Amérique. Il consiste généralement en une période où les habitants de la ville sortent déguisés (voire masqués ou bien maquillés) et se retrouvent pour chanter, danser, faire de la musique dans les rues, jeter des confettis et serpentins, défiler, éventuellement autour d’une parade.
Ils sont traditionnellement associés au calendrier chrétien et se déroulent entre l'Épiphanie, soit le 6 janvier, et le Mardi gras, une fête mobile entre le 3 février et le 9 mars.
Jusqu'au XIXe siècle, le mot « carême-prenant » a été utilisé en français à égalité avec « carnaval ». De « carême-prenant », on a dérivé deux expressions. L'une : « tout est de carême-prenant », pour parler de certaines libertés, en particulier dans le domaine des mœurs, qui se prennent ou prenaient traditionnellement pendant le carnaval. L'autre, pour désigner une personne costumée en carnaval, ou en général quelqu'un d'habillé de façon ridicule. 
Les Lupercales des Romains et les fêtes dionysiaques en Grèce sont des précédents historiques du carnaval.
Dans l’essai Le Sacré et le Profane Mircea Eliade écrit : « L'abolition du temps profane écoulé s’effectuait au moyen des rites qui signifiaient une sorte de « fin du monde »entraînant  la confusion sociale du type des saturnales, la licence érotique, les orgies, etc. symbolisaient la régression du cosmos dans le chaos ».
Dans les jours précédant le Carême, il y aurait lieu de consommer tous les aliments et boissons riches en graisse, en sucre ou aux œufs. La tradition de cette consommation importante d'aliments avant le début du Carême serait censée être à l'origine du carnaval.

CARICATURES DOULOUREUSES
Les caricatures visant les juifs au carnaval d'Alost sont "encore plus douloureuses" que celles qui avaient suscité la polémique l'an dernier, réagit dimanche le Forum des organisations juives. "On pouvait alors penser que l'objectif n'était pas de dénigrer, mais cela a été encore un cran plus loin cette fois", estime le porte-parole de la coupole, Hans Knoop. Après analyse des images, le Forum est consterné. "Il est choquant qu'une fête dégénère à ce point dans un pays comme le nôtre, au coeur de l'Europe. Alost se présente à la face du monde comme un nid de l'antisémitisme. Je ne dis pas que c'est le cas, mais quiconque visionne ces images depuis l'étranger ne peut tirer d'autre conclusion", déplore M. Knoop.
Pour le Forum, l'analogie avec les représentations des années trente est inévitable. "Les juifs sont comparés à des insectes, après les rats et les souris de l'an dernier", se désole le porte-parole.
Plus d’un juif en vient à se demander s’il est encore en sécurité dans cette Flandre qui a Alost montre d’elle-même un visage vindicatif et  grimaçant.


JUIFS EUROPEENS : FAUT-IL RESTER OU PARTIR ?
Nicolas de Pape
Senior writer au Journal du médecin in Le Vif

Heiko Maas, ministre allemand des Affaires étrangères, s'inquiète de la résurgence de l'antisémitisme dans son pays et constate dans Der Spiegel (26 janvier 2020) : "Nous devons prendre des mesures d'urgence pour éviter un départ massif des Juifs d'Allemagne." Comment en est-on arrivé là ? Dans mon dernier essai : "Sur la nouvelle question juive" (Texquis edition), je tente d'y répondre.
Après des siècles de pogroms, de migrations et après l'anéantissement, les Juifs européens auront connu à partir de 1970 une petite embellie. C'est le temps où les revenants d'Auschwitz peuvent enfin en parler. Essais, romans et films se succèdent pour rappeler ce crime contre l'humanité. Jusque-là, les rescapés avaient eu beaucoup de mal à témoigner et il n'y avait pas tellement d'oreilles pour les entendre. À la Libération, leur calvaire gâchait la grande réconciliation. Comme dans les comédies de Gérard Oury, tout le monde était résistant...
La parenthèse enchantée se referme rapidement.
Le vendredi 3 octobre 1980, vers 18 h 30, une bombe de forte puissance explose devant la synagogue de la rue Copernic à Paris, dans le 16e arrondissement. Après la piste d'extrême droite, les enquêteurs se dirigent vers la piste palestinienne. Après des décennies d'enquête, en 2018 la Justice ordonne le non-lieu à l'encontre d'un Libano-Canadien, Hassan Diab...
20 ans plus tard, en 2001, le grand rabbin Guigui est agressé à Bruxelles. Les années suivantes témoignent de la recrudescence des actes antisémites et des faits-divers ou attentats touchant des Juifs en raison de leur origine : la séquestration et le meurtre d'Ilan Halimi (2006), les attentats perpétrés par Mohammed Merah (trois enfants assassinés dans une école juive de Toulouse en 2012), l'attentat du Musée Juif de Bruxelles de la main de Mehdi Nemmouche (2014), les attentats terroristes contre l'Hyper-casher à Paris (5 morts en 2015) lors du massacre de l'équipe de Charlie-Hebdo, la défenestration de Sarah Halimi (2017)...
Pour les commentateurs, il est difficile d'admettre que cette violence vient de ceux-là mêmes qui subissent le racisme : des arabo-musulmans radicalisés.
Au fil du temps, l'islamofascisme perd son "monopole" anti-juif. En 2020, le Juif est désormais coincé entre la peste d'extrême droite et le choléra de l'islamo-gauchisme. Des hommes politiques jouent avec le feu comme Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) qui attribue la défaite de Jeremy Corbyn au rabbin de Londres ou des membres de l'AFD qui veulent revisiter l'histoire mémorielle de l'Allemagne.
Les Juifs doivent aussi faire le tri entre les populistes. Ils ne sont pas tous antisémites, loin s'en faut. Mais certains de ceux-ci apprécient Israël uniquement parce que l'État juif tient en respect le monde arabe. Au sein même de certaines formations politiques, les deux profils cohabitent, citons l'ambiguïté de l'AFD et du Vlaams Belang à cet égard.
L'Europe devient chaque jour plus hostile aux communautés juives. Les tombes juives profanées alimentent de façon récurrente les dépêches d'agence de presse.
Certains songent au départ ou sont déjà partis : États-Unis, Canada, Israël... L'herbe y est-elle plus verte ? Le multiculturalisme exacerbé et les suprémacistes blancs (cf. attentat contre la synagogue de Pittsburgh) ne font pas des États-Unis la destination forcément idéale, Israël est un pays en guerre larvée...
Les Juifs qui disposent de moyens plus limités et qui ne peuvent envisager l'émigration ou qui sont trop âgés migrent, comme beaucoup de "chrétiens", autour des métropoles vers des quartiers "Jews friendly", loin des cités dites sensibles où islamisme et trafics de drogue se partagent les restes de territoires en lambeaux.
Les Juifs les plus pauvres sont condamnés à y demeurer, dans leur trois-pièces, et camoufler leur kippa sous une casquette Nike.
Les lieux culturels et cultuels juifs sont calfeutrés derrière des portes blindées et, le plus souvent, lors des offices, protégés par l'armée et/ou la police.
S'il n'est plus possible de vivre son judaïsme sinon derrière d'épais rideaux ou des volets (comme les Sépharades d'Espagne, faussement convertis après 1492), certains de nos territoires seront de facto bientôt judenfrei. C'est la thèse pessimiste développée par Alain Finkielkraut.
Aucun État européen, malgré des déclarations très à l'emporte-pièce ("La Belgique sans les Juifs n'est pas la Belgique" - Charles Michel : "La France sans les Juifs n'est pas la France" - Emmanuel Macron), n'est en mesure de protéger réellement ses Juifs individuellement. Ceux-ci n'intéressent d'ailleurs plus les politiques qui, dans de nombreuses communes et métropoles ont d'autres chats à fouetter. Le clientélisme électoral fait le reste comme dans certaines communes de Bruxelles ou en Seine-Saint-Denis où l'élu local a vite fait ses comptes face à un électorat juif lilliputien.
Lorsqu'en 2015, le commando islamiste a abattu les journalistes de Charlie-Hebdo en même temps que Coulibaly assassinait les clients de la supérette casher parce qu'ils étaient juifs, les réactions furent vives. Mais si le commando s'était concentré uniquement sur les clients juifs et avait épargné les satiristes, personne n'aurait manifesté au cri de "Je suis juif". Absolument personne. Au lieu qu'ils furent des centaines de milliers à arborer "Je suis Charlie".
Si cela continue, dans deux générations, on ira peut-être visiter, comme à Rhodes ou Budapest, des synagogues presque vides dans d'anciens quartiers juifs appartenant à l'histoire. C'est dans une certaine indifférence que notre continent refermera tout doucement l'histoire riche et tragique du judaïsme européen.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE CANARI DANS LA MINE

Les juifs sont un peu le canari dans la mine. Si le canari se sent mal et défaille c’est que le grisou, est présent et l’explosion ne tardera pas à se produire. S’en prendre aux juifs comme cible privilégiée c’est tuer le canari délibérément. On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui. Rire dans l’intention de blesser est une limite à ne pas franchir car dans ce cas le rire des uns génère la souffrance des autres, qu’ils soient juifs, musulmans ou simplement différents.  Il s’agit de souffrances morales, psychologiques et ceci ne concerne pas seulement le carnaval d’Alost, loin s’en faut.
MG

Aucun commentaire: