mardi 4 février 2020

Mieux vaut un bon divorce que le chaos belge

Claude Demelenne Source : Le Vif

Le divorce ou le chaos ? Ce pays ne vit plus, il survit. Il est un non-Etat, géré par un non-gouvernement, dirigé par une non-Première ministre. Une imposture démocratique.
Comme Georges-Louis Bouchez, moi aussi j'ai été belgicain. Jusqu'aux années 1990, j'ai pensé que la Belgique était un pays intéressant. Complexe, fragile, miné par d'incessantes disputes Nord-Sud, mais quelque part exemplaire. Tout de même, le compromis à la belge, le modèle social belge, la Sécu, ce n'est pas rien. J'en étais convaincu : il ne faut surtout pas diviser les citoyens, les travailleurs, mais jeter des ponts de part et d'autre de la frontière linguistique. Et puis, la Belgique n'est-elle pas la preuve qu'au coeur de l'Europe, au sein d'un même Etat multiculturel, peuvent cohabiter pacifiquement, deux peuples, de langues, de cultures, de sensibilités différentes ?
DEGRE ZERO DE LA POLITIQUE
C'est fini. Cela ne marche plus. La cohabitation est toujours pacifique - hormis quelques saillies verbales - mais elle est totalement chaotique. La paralysie est ravageuse. Degré zéro de la politique : la Belgique fédérale est incapable de la moindre ambition, du moindre projet, même pas un stade de foot national. L'exemple est devenu contre-exemple. Flamands et francophones ne sont pratiquement plus d'accord sur rien. Au Nord, l'échiquier politique penche de plus en plus vers la droite nationaliste. Au Sud, il s'ancre toujours davantage au centre-gauche, voire carrément à gauche. Le compromis patine, car le contentieux est trop lourd.
Le clivage Flamands-francophones est obsédant. Les uns et les autres ont, sur la plupart des sujets, des avis divergents. Leurs priorités, leurs agendas politiques, ne se recoupent plus. Leurs projets d'avenir n'ont plus rien de commun. En 1981, le journaliste-essayiste français, André Fontaine, publiait une monumentale histoire de la détente entre les Etats-Unis et l'URSS, sous le titre 'Un seul lit pour deux rêves'. L'intitulé convient pour décrire les relations entre Belges francophones et flamands. Les premiers rêvent encore souvent d'une Belgique éternelle. Les seconds rêvent d'une Flandre volant de ses propres ailes, soit indépendante - un courant minoritaire - soit tirant les ficelles dans une Belgique ressemblant toujours davantage à une coquille vide.
BELGIQUE PEAU DE CHAGRIN
La Belgique va devenir une coquille vide, l'expression est ancienne. " Privée de solidarités essentielles, la Belgique sera, demain, une coquille vide", écrivait il y a plus de deux décennies, l'ancien président de la FGTB wallonne, Urbain Destrée. Son constat était implacable : "Le système craque sous les coups de boutoir du nationalisme flamands. Nous vivons à l'heure d'une Belgique peau de chagrin qui rétrécit sous l'action combinée des hommes politiques et du patronat du nord du pays. Un patronat musclé, arrogant et pratiquant volontiers le chantage " qui prône "un modèle flamand à substituer au modèle belge" (1).
LE CHANTAGE DES PATRONS FLAMANDS
Tel est le noeud du chaos belge.Une part croissante d'élus flamands souhaitent des réformes ultra-libérales - mettant sur le grill l'Etat providence - impitoyables avec les faibles, complaisantes avec les puissants, scindant les soins de santé, cultivant une identité flamande forte, mettant au pas les artistes, sommés d'être "utiles" à la nation flamande, sans oublier également des options très sécuritaires, très restrictives en matière d'immigration, dures avec les candidats à l'asile.
Le chantage des patrons flamands évoqué par le syndicaliste Urbain Destrée porte essentiellement sur la protection sociale. Si celle-ci n'est pas assouplie, comme le réclament les patrons flamands du VOKA, ils lâcheront la Belgique pour le confédéralisme, sinon l'autonomie pure et simple de la Flandre.
Le modèle flamand cher à la NV-A et à ses alliés, s'il était appliqué à la Belgique, constituerait un tournant majeur, un détricotage des acquis sociaux obtenus par la gauche. Ce serait un enterrement de première classe pour la social-démocratie à la belge.
NEGOCIONS UN BON DIVORCE
Alors, divorcer ? C'est vite dit. En 1980, l'avocat et essayiste liégeois, René Swennen, expliquait déjà que "la Belgique est en train de mourir, car les Belges ne s'aiment plus" ajoutant que "le grand défaut du scénario séparatiste est que les actuels époux ne sont d'accord sur aucune des clauses de la convention à établir. La Flandre ne veut pas payer de pension alimentaire à la Wallonie. Le partage des biens s'annonce difficile" (2).
Pourtant, le PS et au-delà, l'ensemble de la classe politique francophone n'a pas d'autre alternative. Laisser la NV-A et ses alliés imposer leurs choix dans une Belgique flamandisée conduirait à une catastrophe sociale.
Il faut donc négocier. Comme toujours en démocratie. Négocier un bon divorce. Formons un gouvernement provisoire, pour une durée d'un an, chargé de prendre quelques décisions urgentes, notamment budgétaires. Ce gouvernement aussi large que possible, incluant la NV-A, aura notamment pour mission de jeter les bases de l'après-Belgique fédérale. Cela veut dire fixer l'agenda et la méthodologie de la grande négociation Nord-Sud qui débuterait au plus tôt en 2022, après des élections anticipées. Sur la table, deux grandes options : une Belgique confédérale ou une séparation pure et simple. L'une et l'autre seront d'une infinie complexité. Mais tout n'est-il pas préférable au chaos actuel, qui constitue une vraie imposture démocratique ?
(1)Belgique, toujours grande et belle, ouvrage collectif, revue de l'ULB, éditions complexe, 1998
(2)Belgique requiem, René Swennen, éditions Julliard, 1980
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UN BON DIVORCE ?
« LA DESILLUSION SONT TELLES QUE MEME RETOURNER VOTER NE SEMBLE PLUS ETRE UN OBSTACLE » (Devos)

C’est quoi un bon divorce ?
Un Vlaxit façon Brexit ? Un Royaume-Uni désuni ?
L’Europe s’en mordra les doigts et les Anglais aussi.
Le grand atout des Belges ce n’est pas la Flandre, ce ne sont pas les valeureux Liégeois mais c’est le Bénélux, une puissance économique égale, si pas supérieure à l’arrogante Allemagne. Depuis le haut Moyen Âge, le delta d’or est la région d’Europe la plus prospère avec trois villes monde : Bruges, Anvers et Amsterdam. L’entité Bénélux s’est imposée comme une évidence du temps long : celui qui compte le plus  en histoire. Peu me chaut que le roi Philippe fêtera ou ne fêtera pas le deuxième siècle d’existence de la Belgique. C’est quoi deux siècles au regard de l’histoire longue de nos régions. Etre belge n’a jamais été exaltant. Ne sommes nous pas la risée de Paris même si nous fournissons à la France plus d’artistes, de chanteurs, d’écrivains, d’humoristes  et de créateurs divers que la Bourgogne, la Provence, l’Alsace ou la Normandie ? 
Tout dans ce Bénélux complexe est interconnecté : l’économie, le commerce, les finances, l’énergie. La complexité inouïe de cette région -la plus  dynamique  d’Europe- est nourrie par une infinité d’interconnections de toutes sortes. Ce qui fait problème c’est la propension à la surenchère de la  Nieuwe Vlaamse Arrogantie (NVA) incarnée par un Bart de Wever aux abois car en perte de vitesse et la morgue socialiste d’un Paul Magnette qui a besoin de se profiler pour imposer sa personnalité de professeur et d’intello à un parti de moins en, moins ouvriériste et de plus en plus communautariste et « profitariste »  nonobstant la mise au pas spectaculaire d’Emir Kir. « Les deux joueurs principaux sont la proie de forces qui les éloignent du centre, alors que la formation d’un gouvernement est un processus qui recherche le centre.  » Les Belges en ont marre de ces petits jeux politiciens. Dépités, ils se  tournent vers les extrêmes (PTB et Belang) pour exprimer leur raz de bol non pas de la Belgique mais de la démocratie à la belge avec cette incroyable plomberie institutionnelle qui fuit de partout et menace ruine. L’écrivain et archéologue belge David Van Reybrouck propose « cinq manières pour ouvrir les fenêtres et amener de l’oxygène à l’intérieur de cette pièce. » Ces cinq propositions ont le mérite de regarder le problème à partit d’un nouveau point de vue.
Elles méritent d’être regardées avec sympathie avant de passer à la, phase élections anticipées qui risque de précipiter un divorce qu’au fond d’eux-mêmes les Belges ne désirent pas mais qu’ils finiront provoquer à l’insu de leur plein gré.
La moitié des Flamands souhaite que de nouvelles élections fédérales soient organisées, selon un sondage réalisé par Het Nieuwsblad auprès de 1.800 Belges, dont les résultats sont publiés samedi dernier. Interrogés sur qui blâmer pour la situation politique actuelle, quatre Flamands sur dix pointent la N-VA, trois sur dix le PS. "Une surprise", selon le politologue Carl Devos (UGent). "Cela en dit long sur comment ces personnes considèrent ces formations." L'impasse politique rend la piste de nouvelles élections de moins en moins taboue. Mais est-ce bien ce que l'électeur souhaite? Pour la moitié des habitants du nord du pays, c'est le cas, révèle ce sondage. En revanche, à Bruxelles, seulement 37% sont favorables à cette idée, et en Wallonie encore moins. Au sud du pays, seul un répondant sur trois envisage cette piste d'un nouveau scrutin.
Pour le professeur Carl Devos (UGent), c'est une surprise que tant de Flamands soient prêts à retourner aux urnes. "Nous avons déjà eu des élections en octobre 2018 et mai 2019, et à la rue de la Loi l'idée est ancrée ce que ce n'est pas ce que les gens souhaitent. Ce sondage indique que l'indignation ou la désillusion sont telles que même retourner voter ne semble plus être un obstacle."
L’indignation et la désillusion ne sont guère bonnes conseillères, n’en déplaise à Claude Demelenne dont l’article polémique n’est pas de nature à faciliter la formation d’un gouvernement, bien au contraire.
MG


NEGOCIATIONS FEDERALES: «DES SOLUTIONS POUR SORTIR DE L’IMPASSE? EN VOILA CINQ»

L’écrivain et archéologue belge David Van Reybrouck est le fondateur du G1000. Son essai « Contre les élections » a été traduit en plus de vingt langues. Il conseille le président Macron sur le renouvellement de la démocratie.
Et Voilà.
Cinquante jours déjà. C’est tout ce temps qu’ont pris – avant d’être déchargés de leur mission d’informateurs ce vendredi soir – Joachim Coens et Georges Louis Bouchez pour mettre un gouvernement sur pied, après les tentatives de Johan Vande Lanotte et Didier Reynders, Geert Bourgeois et Rudy Demotte, et Paul Magnette. Cela ne veut pas réussir. Les deux plus grands partis du pays ne sont pas seulement très différents idéologiquement, ils sont aussi l’otage de leurs extrêmes. La N-VA ne peut pas beaucoup bouger vers le centre en raison du succès du Vlaams Belang, et la même chose se vérifie pour le PS, coincé sur sa gauche par le PTB. Les deux joueurs principaux sont la proie de forces qui les éloignent du centre, alors que la formation d’un gouvernement est un processus qui recherche le centre. En plus, les informateurs jouent l’un contre l’autre : le CD&V de Coens préférerait faire affaire avec la N-VA ; le MR de Bouchez ferait de préférence sans. Si même les informateurs n’arrivent pas à s’entendre…
Mais nous ne sommes pas obligés de tourner en rond pour l’éternité. La manière de s’en sortir n’est pas gravée dans la pierre mais inspirée de l’habitude. La Constitution ne dit rien de la formation d’un gouvernement. L’article 96 dit simplement : « Le Roi nomme et révoque ses ministres. » Le Parlement est réélu, le gouvernement est nommé, ce sont les règles. A l’intérieur de ces règles, il y a de l’espace pour faire évoluer le processus en fonction des circonstances du moment.
Comment faire autrement ? Je suggère cinq manières pour ouvrir les fenêtres et amener de l’oxygène à l’intérieur de cette pièce.

DES INFORMATEURS QUI S’INFORMENT AUTREMENT
Les partenaires de négociation des informateurs actuels ne sont pas tous les présidents de partis, mais un petit club sélectionné, issu d’un club sélectionné. Nous ne savons rien de la manière dont ces conversations se déroulent, mais on a vite vu qu’il est question de tours de moulin sans fin. Les informateurs Coens et Bouchez feraient mieux de parler à un cercle plus grand de gens – et je ne parle pas ici des habitués de la société civile, syndicats, patronat, mutuelles dont on peut penser qu’ils les ont déjà entendus mais de tout qui leur permet de réfléchir « out of the box ». Qu’ils discutent avec un historien comme Manu Gérard, qui peut comme aucun autre raconter comment un gouvernement a été formé et pas bloqué après la deuxième guerre mondiale. Qu’ils parlent avec le sociologue Luc Huyse sur la façon dont l’actuelle particratie asphyxie lentement la démocratie. Qu’ils parlent à la spécialiste constitutionnelle Anne-Emmanuelle Bourgaux sur la manière d’intégrer les citoyens à la politique dans le cadre de l’actuelle Constitution. Qu’ils parlent avec le politologue Min Reuchamps, qui démontre comment des communautés divisées peuvent conclure entre elles avec succès des accords. Cela ne peut qu’être enrichissant.
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LE FACILITATEUR ROYAL
Amener les gens avec des intérêts très divergents à s’entendre est souvent pénible. Mais les dernières années, de nouvelles formes d’accord ont vu le jour qui y parviennent remarquablement bien. En matière de justice, les médiateurs font un boulot fabuleux à côté des tribunaux classiques. Dans les entreprises, des managers de transition sont choisis pour accompagner des processus de changement. Nombre de communes, d’ONG et d’autres organisations atteignent des résultats… Parce que ces facilitateurs ne sont pas partie prenante et sont au-dessus des enjeux discutés, et donc on peut leur faire confiance pour débloquer des dossiers difficiles. Ils facilitent littéralement, ils rendent les choses plus faciles. Comment est-il possible que cela ne se produise pas en politique ? Sur ce point, nous avons moins besoin de nouveaux informateurs, préformateurs, formateurs ou médiateurs que d’un facilitateur royal : quelqu’un venu d’en dehors de la politique et qui peut accompagner le processus pour le mener à bonne fin.
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UNE EQUIPE PROVISOIRE
Contrairement à l’Espagne où, après trois mois, de nouvelles élections sont organisées automatiquement s’il n’y a pas de gouvernement, en Belgique, les négociations peuvent durer des siècles. Il n’y a même pas d’incitant financier à se dépêcher : les partis reçoivent leur dotation, les parlementaires leur salaire, le gouvernement en affaires courantes travaille sur le budget de l’année précédente. Cela ne fait donc de mal à personne, jusqu’à ce qu’on regarde le pays. Alors, on s’aperçoit que le déficit budgétaire grimpe. Que la dette monte. Que la pauvreté s’accroît. Que les files s’allongent. Que le climat se réchauffe. Pas bon !
Le Roi pourrait dire : « Mesdames et Messieurs les politiques, je vois combien c’est pénible. Prenez votre temps mais, entre-temps, le pays doit être géré. Un gouvernement en affaires courantes ne peut pas faire grand-chose : c’est pourquoi, en accord avec le Premier et les présidents de la Chambre et du Sénat, je désigne un cabinet temporaire. » Et il pourrait ajouter : « Chaque parti peut désigner un ministre. Le reste viendrait du monde de la science, de l’économie et de la société civile. » De cette manière, une équipe transitoire serait une combinaison excitante d’un gouvernement d’union nationale et d’un cabinet d’experts. Serait-ce constitutionnel ? Absolument : le Roi nomme les ministres. Serait-ce démocratique ? Certainement. Le Parlement conserve le pouvoir législatif, vote le budget et contrôle les ministres. Cela pourrait même insuffler une nouvelle dynamique démocratique au Parlement, qui ne serait pour la première fois pas fatalement divisé entre une majorité (qui vote toujours pour) et une opposition (qui vote toujours contre). La Chambre ressemblerait alors au Parlement européen, où il n’existe ni minorité, ni majorité.
L’équipe provisoire dépannerait le pays jusqu’à ce qu’un gouvernement en règle soit formé. Cela ne doit pas être vu comme une gifle pour les politiques : les partis sont impliqués et reçoivent en même temps plus de temps pour former un gouvernement.
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UN CABINET D’EXPERTS
Le Roi pourrait même aller un pas plus loin et opter carrément pour un cabinet composé d’experts venus d’en dehors de la politique et qui pourrait gouverner durant quatre ans. Cette formule serait aussi constitutionnelle et nous l’avons déjà connue une fois. Dans la crise des années 30 après le crash de Wall Street, Léopold III a désigné un cabinet de banquiers. Dans les années 60 et 80, le roi Baudouin a envisagé la formule durant la crise du Congo et après la crise pétrolière. Aux Etats-Unis, c’est très courant. Macron a aussi nommé des gens de l’extérieur. En Grèce et en Italie, la crise financière a mené à des gouvernements de technocrates. Il arrive aussi en Belgique que des gens hors de la politique soient nommés ministres, comme Ingrid Lieten, Bruno Tuybens, Philippe Muyters, Kris Peeters et Koen Geens qui venaient respectivement de De Lijn, Amnesty International, du Voka, d’Unizo et de la KULeuven. Qu’ils n’aient pas été élus n’a pas posé de souci, aussi longtemps qu’ils juraient loyauté au Parlement élu. Un gouvernement composé uniquement d’experts créerait la controverse mais c’est une des options à envisager.
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UN PANEL CITOYEN
Si la politique bloque sur sa propre logique (peur de l’arrière-ban, peur des prochaines élections, méfiance endémique envers les autres, ambitions individuelles), il pourrait aussi être utile d’impliquer les citoyens dans le processus de conseil. Les informateurs pourraient soumettre les nœuds de l’accord à un panel tiré de la population belge qui pourrait donner des inputs pour réussir des compromis atteignables. Avec l’aide de la Fondation Roi Baudouin, qui a une longue expérience sur ce plan, les informateurs pourraient ainsi rassembler un panel d’une centaine de citoyens durant plusieurs semaines, pour aider à trancher le nœud gordien de la formation du gouvernement. Des enquêtes montrent que des citoyens peuvent formuler plus vite de meilleures recommandations, justement parce qu’ils ne doivent pas tenir compte d’un arrière-ban ou d’une éventuelle punition électorale. Le panel citoyen pourrait aussi être envisagé pour réfléchir à partir des plans disponibles des négociations, pour proposer les contours d’un accord de gouvernement acceptable.
Quoi qu’il en soit, la situation n’est pas aussi bloquée que nous ne le pensons. Tout qui connaît l’histoire et lit la Constitution découvre des possibilités intéressantes et inédites pour former un gouvernement. Le débat ne doit donc pas se tenir seulement sur ce que le nouveau gouvernement va faire, mais sur la manière dont on peut avoir une nouvelle équipe inspirée.

Edito sur la formation fédérale: la der des ders
  
Francis Van de Woestyne La Libre Belgique
C’est sans doute l’une des dernières, sinon la dernière personne que le roi Philippe charge d’une mission en vue de la formation d’un gouvernement de plein exercice. Si Koen Geens, vice-Premier ministre et ministre de la Justice (CD&V), échoue à rapprocher de futurs partenaires, les Belges seront plus que certainement appelés à revoter. Et vite.
Le CD&V n’est pas le parti le plus grand. Loin de là. Mais sa position lui permet d’être considéré comme le parti "faiseur de roi". Ce sont les démocrates chrétiens flamands qui, in fine, devraient faire pencher la balance d’un côté (gouvernement avec la N-VA, ce que le CD&V souhaite ardemment), ou de l’autre (gouvernement sans la N-VA, la préférence des francophones). LA question à laquelle Koen Geens devra répondre, rapidement, est la même que celle qui s’est posée au lendemain du scrutin de mai 2019 : un accord peut-il être trouvé entre les nationalistes flamands et les socialistes francophones ?
Paul Magnette, le président du PS, l’a déjà marmonné, chuchoté, soufflé, dit, répété, expliqué, scandé, certifié, presque hurlé aux oreilles des informateurs : le PS ne s’associera pas à la N-VA. Trente réunions n’ont pas permis de dégager un socle commun. Si vraiment, de manière définitivement définitive, cette voie-là est morte, l’éclaireur, appelons-le ainsi, Koen Geens devra l’acter, transmettre la "nouvelle" à son parti. 
Et essayer de persuader ses troupes qu’il n’y a pas d’autre issue que de se passer du premier parti de Flandre, la N-VA. Pour proposer au CD&V de s’allier aux socialistes, libéraux et écologistes.
Mais à supposer que les démocrates chrétiens s’y résolvent, ce ne sera pas encore gagné. Car la situation chez les libéraux et même les socialistes flamands est compliquée. Le possible futur président de l’Open VLD, Egbert Lachaert, a déjà dit qu’il n’avait aucune envie d’associer son parti à une coalition trop à gauche. Et la position du président du SP.A est ambiguë.
À ce petit jeu, si personne n’accepte de faire la moindre concession et maintient ses exclusives, il n’y aura jamais de solution. À force de répéter que c’est la faute de l’autre, les hommes et femmes qui occupent les devants de la scène auront montré leurs limites.
Ce n’est pas le cas de Koen Geens. Il a promis de travailler dans une absolue discrétion. Cela tranchera avec les commères et pipelettes qui l’ont précédé…
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA CROISEE DES CHEMINS
Le  Palais ne n’y est pas trompé : Koen Geens est assurément le seul homme politique de ce pays capable de trancher le nœud gordien qui actuellement ferme la voie à la formation d’un gouvernement fédéral.
Avec ou sans la NVA ? Soyons lucides envoyer la NVA dans l’opposition avec le Belang c’est une opération suicide à laquelle on voit mal Koen Geens se résigner. Mais est il concevable de réunir la NVA et le PS dans le même attelage même sous la houlette d’un homme fort de la trempe de Geens comme arbitre et premier ministre. Il est le seul, vraiment le seul à pouvoir réussir cet exploit herculéen. Il faut lire et relire ces trois analyses : celle de Francis Van de Woestyne, celle de Vuye /wouters et celle de Matthijs ('Gaat Open VLD-voorzitster Gwendolyn Rutten het met de koninklijke opdrachthouder op een akkoord gooien over Vivaldi? La présidente de l'Open VLD, Gwendolyn Rutten, va-t-elle se mettre d'accord avec le commissaire royal sur Vivaldi ?)')


'BESTUREN KAN NIET MEER, VLUCHTEN OOK NIET'

Hendrik Vuye & Veerle Wouters
Hoogleraar (UNamur) en lector (Hogeschool PXL), voormalige V-Kamerleden
'In mei 2019 blijkt dat de kiezer een afkeer heeft van de manier waarop traditionele partijen aan politiek doen. Recente peilingen leren dat die afkeer alleen maar groter wordt. Bestuurspartijen die niet willen of kunnen besturen, krijgen van de de kiezer wel eens de rekening gepresenteerd', stellen Veerle Wouters en Hendrik Vuye.

er zijn anti-establishment-partijen en er zijn bestuurspartijen.
Anti-establishment of bestuurspartij?
Vlaams Belang en PVDA-PTB zijn radicaal anti-establishment. Beide partijen kiezen voor een klassenstrijd. Bij PVDA-PTB is dat de klassieke marxistische klassenstrijd, bij Vlaams Belang de strijd van de gewone man - slachtoffer van de globalisering - tegen de politieke elite. Beide partijen streven naar een andere maatschappij. Dit droombeeld blijft zuiver, want het is niet bezoedeld door regeringsdeelname. 
Alle andere partijen zijn bestuurspartijen. Allemaal hebben ze bestuursverantwoordelijkheid, zowel regionaal als federaal. Hoe alternatief Groen en Ecolo zich ook profileren, ze staan niet voor een ander politiek bestel. Hoezeer N-VA ook de 'kracht van verandering' tracht uit te dragen, daar staat wel tegenover dat de partij naar de verkiezingen trekt met een kandidaat-premier en in Vlaanderen ook met een kandidaat-minister-president. Ecolo-Groen en N-VA verschillen niet meer van 'traditionele partijen' als CD&V, Open Vld, sp.a, PS, MR... Al deze partijen zijn partijen die in het verleden met groot gemak verregaande compromissen hebben gesloten. 
In 2014 steekt N-VA artikel 1 van de eigen statuten in de communautaire diepvries. PS doet al een eeuwigheid hetzelfde. De klassenstrijd die nog steeds in artikel 1 van de statuten staat, is reeds lang verburgerlijkt.
Sommige politieke stromingen vindt men terug langs de twee kanten van de tweedeling. De socialistische stroming kent bestuurspartijen (SP.A, PS) en een partij die anti-establishment is (PVDA-PTB). Hetzelfde geldt voor het Vlaams-nationalisme, met N-VA en Vlaams Belang. Enige tijd was ook de liberale stroming opgesplitst. Open Vld als bestuurspartij en LDD (2007-'14) als de anti-establishment tegenhanger.
Bestuurspartijen moeten besturen
Van bestuurspartijen verwacht de kiezer dat ze besturen en het gevoerde beleid verdedigen. Dat blijkt alvast uit het postelectoraal onderzoek waarover Knack vorige maand berichtte. Lange tijd was dit ook het geval. Tot in de jaren negentig van de vorige eeuw werden grote akkoorden gesloten tussen de Vlaamse CVP en de Franstalige PS, dit ondanks de 'grand canyon' die gaapt tussen beide partijen. Bestuurspartijen verdedigen hun beleid, trekken met het bilan van de regering naar de kiezer en worden dan beloond of afgestraft.
Blijkbaar denken deze bestuurspartijen dat de kiezer een idioot is die alle partijpraatjes slikt. 
Bestuurspartijen die niet willen - of niet kunnen - besturen krijgen makkelijk de rekening gepresenteerd. 
Wie wil besturen, zal moeten onderhandelen
Er zijn  twee taalgemeenschappen die anders stemmen. Geen enkele partij behaalt ooit de meerderheid. Besturen wil dan ook zeggen dat men moet onderhandelen. Onderhandelen, dat doet men met elke partij die zetels kan aanleveren in de Kamer. Maar wat blijkt? Sommige bestuurspartijen gooien de spelregels overboord. Ecolo wil niet aan tafel met N-VA en VB, terwijl die partijen in de laatste peilingen ongeveer 50% van de Vlaamse kiezers vertegenwoordigen. PS wil niet onderhandelen met N-VA en N-VA wil niet onderhandelen met PS. Dit laatste zal waarschijnlijk sommige lezers verwonderen, want in de Vlaamse media leest men steevast dat PS niet met N-VA wil spreken. Onderhandelen met de PS is 'spreken tegen de gordijnen' stelt Bart De Wever. In de Franstalige media leest men echter net hetzelfde, maar dan omgekeerd. 
PS en N-VA sturen de zwarte Piet naar elkaar door. Beide partijen dansen op twee benen en hebben al verklaringen afgelegd dat ze met 'de ander' niet willen onderhandelen, dan wel dat 'de ander' met hen niet wil onderhandelen. Quousque tandem?
Bestuurspartijen die niet willen - of niet kunnen - besturen krijgen makkelijk de rekening gepresenteerd. 
Wie kan de puinhopen van Michel I ruimen? Welke partij kan een tekort van 11 miljard op de begroting wegwerken? 
Wie kan de tekorten in de sociale zekerheid aanzuiveren? 
Zolang niemand een bos ontdekt waar er geld aan de bomen groeit, blijft een onderhandeling aartsmoeilijk. Vandaar dat deze keer sommige bestuurspartijen liefst de kelk aan zich willen laten voorbijgaan.
Michel I was in 2014 de regering van de hoop. De regering die met een communautaire stilstand de rekeningen op orde ging brengen. Vijf jaar later verwerpen de bestuurspartijen de nalatenschap van deze regering. Het zijn de puinhopen van Michel I die maken dat de onderhandelingen zo slecht verlopen. 
Zelfs een begin van formatie is niet in zicht, men is nog aan het aftasten. Koninklijk opdrachthouder Koen Geens krijgt dan maar een royale carte blanche: hij moet 'de nodige initiatieven nemen om de vorming van een volwaardige regering mogelijk te maken'

Zo krijgt de regering-Michel I dan misschien toch nog een plaats in de geschiedenisboeken: de regering die niet regeerde, niet opleverde, veel communiceerde, veel kibbelde... De erfenis weegt zwaar, heel zwaar zelfs. Een land dat sociaal-economisch geblokkeerd zit na een sociaal-economische herstelregering, het zou een Belgenmop kunnen zijn. Meer nog, het is het ook.
WAT WORDT HET VOOR KOEN GEENS: EEN ZELFMOORDMISSIE OF DE WETSTRAAT 16?'
In Knack trekt Professor Herman Matthijs (VUB/UGent) tien lessen uit de voorbije formatiedagen. 'Gaat Open VLD-voorzitster Gwendolyn Rutten het met de koninklijke opdrachthouder op een akkoord gooien over Vivaldi?'
Op de laatste dag van de eerste maand van het eerste jaar van het tweede decennium van deze eeuw stelt de Koning de vicepremier en Minister van Justitie Koen Geens (CD&V) aan als koninklijk opdrachthouder. Nogal wat inwoners en journalisten van dit koninkrijk zijn verrast door dit koninklijk initiatief en zeker ook door de afgebroken verlengingen van het duo Joeachim Coens (CD&V) en Georges-Louis Bouchez (MR). Welke lessen kunnen we hieruit trekken ?
LES 1: Vooreerst heeft het Paleis nog steeds macht in een federale regeringsvorming. Uit de opdracht voor Koen Geens moeten we afleiden dat het Paleis de vicepremier aanziet als de sterke man van de Vlaamse christendemocraten. En een zeer cruciale vraag: welke partij(en) was (waren) op de hoogte van deze koninklijke ingreep ?
Les 2: Het vorige duo Coens-Bouchez viel op door het feit dat ze geen duo waren in dit formatiespel: Coens is discreet en Bouchez leeft in zijn sociale media. Coens zat op paars-geel en Bouchez op Vivaldi. Maar laat ons niet vergeten dat achter Bouchez nog steeds Charles Michel en Didier Reynders aan de touwtjes trekken. De 'president van Europa' heeft nog een factuur open staan ten aanzien van de grootste Vlaamse partij, N-VA.
LES 3: Er zijn enorme verschillen in werkloosheid tussen Noord en Zuid, en inzake activiteitsgraad, het niveau van onderwijs (dat eerlijk gezegd ook in Vlaanderen dalende is), het aandeel in de buitenlandse export, enzovoort. De verschillen zijn taalgebonden, maar ook ideologisch tussen een Vlaanderen dat eerder kiest voor een liberaal budgettair sociaaleconomisch model versus de twee andere gewesten die het hebben voor een eerder socialistisch model. Deze twee visies verzoenen zal van de nieuwe koninklijke opdrachthouder nog veel inspiratie vergen. Voor Koen Geens ligt het resultaat van zijn opdracht tussen twee uitersten: een zelfmoordmissie of de Wetstraat 16.
LES 4: Waarom dan Koen Geens aan zet laten komen? Sinds mei 2019 zijn de volgende partijen al gepasseerd in een solo- of duo-informatie opdracht: MR (2 maal), SP.A (1 maal), PS (2 maal), CD&V (2 maal ) en de N-VA (1 maal). Het Vlaams Belang (18 zetels) mocht niet aan bod komen, net als Ecolo (13 zetels ). De fractie Ecolo/Groen zegt zelf dat ze al sinds begin januari niets meer gehoord hebben van de informateurs. Ook Open VLD (12 zetels, evenveel als het CD&V) heeft nog geen opdracht gekregen. Het feit dat de Groenen alsook de Vlaamse liberalen geen leidende rol spelen in de formatie, laat uitschijnen dat ze momenteel niet echt meespelen. Want er stellen zich enige onoverkomelijke politieke vraagstukken: gaat de PS nu wel willen besturen met de N-VA na de verklaringen van voorzitter Paul Magnette? Gaat CD&V de N-VA los laten voor Vivaldi, wetende dat de eigen achterban dat niet ziet zitten? Wil de PS de Franstalige groenen los laten? Door een politiek onderlegd figuur als Geens op pad te sturen, zou men kunnen concluderen dat er al iets bestaat als onderbouw voor een formatie?
LES 5: MR-leider Bouchez zegt dat het CD&V maar moet kiezen tussen een regering met of zonder de N-VA. Als de nieuwe federale regering een Vlaamse meerderheid wil hebben in de Kamer, dan is er maar één oplossing: de N-VA moet meedoen. Maar het Franstalig verwijt ten aanzien van band CD&V met de N-VA slaat op niets. Inderdaad, de PS zit ook nog vast aan Ecolo. Gaat PS-voorzitter Magnette het aandurven om te besturen, terwijl Ecolo en de PTB in de oppositie zitten? De gemakkelijkste band om door te snijden is wellicht die tussen de MR en de Open VLD, net als die tussen de PS en de SP.A. Stapt de SP.A in Vivaldi waarin ze overbodig is?
LES 6: De intern verdeelde Open VLD staat erop te kijken en het is nog geen uitgemaakte uitslag wie de voorzitterszetel mag bemannen/bevrouwen in de Melsensstraat. Op zijn minst moet men concluderen dat de huidige voorzitster nogal wat interne vijanden heeft. Maar als deze partij uit de federale regering valt, dreigt ook een dergelijk scenario op Vlaams niveau. Sinds 1999 zit deze partij onafgebroken, als enige Vlaamse partij, in de federale regering. Kan de Open VLD nog wel oppositie voeren? Bovendien is het niet duidelijk of een nieuwe voorzitter de tijd en de mogelijkheden heeft om de partij terug in het formatie-kaartspel te brengen. Of gaat voorzitster Gwendolyn Rutten het met de koninklijke opdrachthouder op een akkoord gooien over Vivaldi en dat vóór het bekend is wie de nieuwe Open VLD-voorzitter is?
LES 7: En dan de grootste partij van Vlaanderen en het land. Buiten de informatieopdracht van Geert Bourgeois (N-VA) met Rudy Demotte (PS) is de N-VA nog niet aan zet geweest. In feite werd de N-VA-voorzitter gepasseerd, maar dat heeft ook een pluspunt voor hem: Bart De Wever kan zich ook niet verbranden. Want stel dat het Paleis hem op een informatie-opdracht had uitgestuurd, dan was ook hij mislukt en dat tot groot jolijt van de rest. Met andere woorden, de koninklijke opdracht van Geens spaart de N-VA-voorzitter en maakt het ook zeer moeilijk om de N-VA er nu af te rijden. Een cruciale vraag is of de verdelers van het kaartspel het zien zitten dat het Vlaams Belang en de N-VA samen in de oppositie gaan zitten. Dat wordt een dodelijk scenario voor 2024. Of opteert men ervoor om deze twee grootste Vlaamse partijen uit elkaar te houden? De N-VA kan binnen de Vlaamse regering wel in de problemen geraken als ze er federaal uitvalt en die regering heeft al geen geweldige start genomen.
LES 8: Dan maar nieuwe federale verkiezingen? Wel, dat werd in 2010-2011 ook geregeld geschreven en gezegd, maar toen is het nooit gebeurd. Gezien de uitslag van 26 mei en de laatste opiniepeilingen gaat het Paleis dat absoluut willen vermijden. Bovendien staat het staatshoofd en zijn entourage niet alleen met die mening. Meerdere partijvoorzitters staan ook niet te springen voor een nieuwe stembusslag. Misschien is dit een te overwegen optie als de peilingen er beter gaan uitzien.
Voor het paleis hangt er veel af van het welslagen van de koninklijke opdracht voor de Professor-Minister.
LES 9: Dan maar een expertenregering? Het idee is zeker niet dwaas te noemen. Maar wie moet daar gaan inzitten, met welk programma, voor hoelang en welke partijen willen dat steunen?
LES 10: Meer dan acht maanden na de verkiezingen staan we nog nergens. In feite is er voor niets een meerderheid te vinden. Er zijn te veel kleine politieke partijen en een meerderheid zal ook moeten gevonden worden op 128 zetels in de Kamer. Want de zetels van het Vlaams Belang (18) en de communisten (12) en Défi (2) zijn niet bruikbaar. Bovendien vereist een institutionele wijziging van de bijzondere wetten een bijzondere meerderheid en die is uiterst moeilijk te realiseren in deze legislatuur.
CONCLUSIE: De weg naar een oplossing leidt nog over een lange en hobbelige weg. Bovendien is er nog niet echt gesproken over het geld en beleid vereist financiële afspraken. De koning doet nu een serieuze ingreep in het formatieproces. Ook voor het paleis hangt er veel af van het welslagen van de koninklijke opdracht voor de Professor-Minister.





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