samedi 15 février 2020

Recherche d'urgence homme d'Etat au PS


Olivier Mouton
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Exaspéré par les discussions improductives avec la N-VA, Paul Magnette menace de se retirer du jeu. Avec des accents populistes dangereux pour l'avenir du pays.
Le PS a des principes. Pas question de négocier des heures durant - parfois jusqu'à une heure du matin, vous imaginez ? - avec un parti nationaliste flamand dont il ne partage aucun élément de programme et qui ne serait prêt à aucune concession. C'est ce qu'il dit haut et fort ce matin au Soir et à LN24, visiblement au bord de la crise de nerfs : "cela devient un vrai supplice". Lundi, en bureau de parti, les socialistes francophones devraient siffler la fin de la récréation : plus question de participer à cette mascarade.
Tant pis s'ils portent le chapeau, visiblement. Koen Geens et le palais royal savent désormais à quoi s'en tenir. A moins que l'acharnement thérapeutique ne se poursuive : c'est en effet la énième fois que le PS réaffirme son refus de gouverner avec la N-VA. Précision utile : Paul Magnette ne ferme toutefois pas définitivement la porte à cette alliance contre-nature, il pourrait la soumettre à un congrès du parti si des élections sont la seule alternative.
Nous sommes d'accord avec le président du PS : dans ce jeu de dupes, Ecolo a le beau rôle en ne venant même pas à la table. Mais si le président du PS campe sur ses positions, n'est-ce pas parce qu'il est convaincu que son parti restera le refuge providentiel de francophones apeurés, alors que tant Ecolo que le PTB n'ont pas réussi à concrétiser leur victoire électorale?
Le PS a des principes forts, donc, et opte définitivement pour l'ancrage dans ses Régions, le regard fixé vers des élections anticipées qui deviennent de plus en plus probables. D'ailleurs, en se drapant de vertu et en défiant le PTB sur son terrain, il ne devrait pas trop les craindre. Le parti de Paul Magnette a su adopter un populisme protecteur, rassurant, avec la défense de la sécurité sociale pour axe majeur. Cela lui a permis de rester le premier parti de Bruxelles et de Wallonie jusqu'ici, contrairement à la plupart des partis socialistes qui dévissent en Europe. Et tant pis si l'on ne dit pas toujours la vérité aux gens, notamment au sujet de la situation préoccupante de la Wallonie ou des efforts à fournir pour rétablir les finances publiques.
Franchement, peut-on se permettre cette séquence marquée par le déni des réalités et un repli autocentré ? Alors que le déficit budgétaire s'envole, que des mesures socio-économiques ou climatiques sont vivement nécessaires, voilà ce à quoi nous assistons. On recherche d'urgence des hommes d'Etat, singulièrement dans les rangs socialistes. Oh, le PS n'est pas le seul responsable, c'est vrai. Il existe une alternative sous la forme d'une coalition sans la N-VA, qu'elle s'appelle Vivaldi ou autre. Mais pour cela, encore faudrait-il convaincre le CD&V et l'Open VLD (en pleine campagne électorale interne) de changer leur fusil d'épaule : nous verrons lundi si la stratégie du PS permet d'agir en ce sens, mais l'attitude moralisatrice de son président ne risque guère de convaincre.
Cela dit, et Paul Magnette ne l'esquive même pas dans ses interviews, il existe une autre alternative : une majorité... sans le PS. Elle allierait la N-VA avec le CD&V, l'Open VLD, le SP.A, le MR et le CDH. Improbable, disposant d'une majorité très courte, cet attelage serait-il un dernier recours ? Le président du PS prend-il le risque de revivre la situation de 2014, quand la suédoise avait pris tout le monde de court après la décision du PS - déjà... de se replier sur ses Régions ? Les réactions du MR Georges-Louis Bouchez ("pourquoi remettre sa tête sur une affiche si on n’est pas capable de prendre ses responsabilités et de conclure des accords ?") et du CDH Maxime Prévot ("menacer d'un retour aux urnes sur l'air de 'retenez-moi ou je fais un malheur' n'est pas responsable) valent plus qu'un long discours.
En fuyant ses responsabilités, parce que c'est de cela dont il s'agirait, le PS laisserait tomber une population qu'il prétend défendre. Il fermerait les yeux sur le paysage électoral dessiné par les électeurs en mai 2019 - qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas. Et il prendrait le risque - visiblement calculé - de mettre l'existence même de la Belgique au centre d'une campagne électorale âpre et violente dont on devine trop qu'elle ressemblerait à celle du Brexit, avec les extrémistes pour principaux bénéficiaires.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
QUAND PAUL MAGNETTE COURT-CIRCUITE  KOEN GEENS ET DESTABILISE LE ROI 

Le président du PS a mis définitivement fin, vendredi, au scénario PS/N-VA.. « Dans toute situation compliquée en politique belge, il y a une phase de dramatisation. En général, elle sert à forcer les protagonistes à quitter des positions figées pour aboutir à quelque chose. Une nouvelle étape ou un compromis. C’est très exactement ce que vient de faire Paul Magnette, le président du PS, dans plusieurs journaux et en radio. » (Le Soir)
Résultat ? Koen Geens (CD&V) donnait, dans la soirée de vendredi sa démission au Roi, qui promptement l’acceptait. 
Le président du PS met ainsi la pression sur le Roi et son entourage ultra catho, c’est finement joué !  Ils vont devoir trouver une nouvelle solution. Je ne sais si la couronne est découverte mais elle est fameusement de travers. 
Magnette veut mettre le CD&V face à ses responsabilités, l’obligeant à dire très vite si, oui ou non, ce parti est capable  de se résoudre à participer à une coalition Vivaldi (socialistes, libéraux, écologistes et sociaux-chrétiens flamands).
Pieter De Crem (CD&V) est formel, il n’en veut pas : "croire que le CD&V allait finir par plier" était "irréel". Coens, le nouveau président au manteau à carreau semble complètement largué.
Irait-on tout droit aux élections ? Cela en a tout l’air.
Magnette ne semble pas/plus les craindre ! En revanche De  Wever les redoute comme la peste "Les élections, c’est l’acte suprême en démocratie. Il n’y a rien de plus beau que de demander au peuple de trancher.Quitte à ce que, si certains veulent en faire l’élection existentielle, on pose vraiment la question et qu’on en fasse le cœur de la campagne : voulez-vous qu’on organise la fin de la Belgique ou pas ?" (Magnette)
C’est un superbe coup se poker. Reste à savoir qui en profitera ?
Il n’est pas impossible que ceci provoque l’implosion de la NVA où les néo conservateurs s’opposent aux nationalistes tendance Francken qui pourraient être tentés de rejoindre le Belang qui pourrait devenir le premier parti belge mais se voir opposer un cordon sanitaire par tous les autres partis. Le jeu est extrêmement dangereux et fait penser aux efforts de Mitterrand pour faire monter le score du FN et le mettre hors jeu. Certes il l’a mis échec et mat mais désormais il est une vraie menace pour Macron au prochaines présidentielles…
MG

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