samedi 21 mars 2020

Coronavirus : dix bonnes raisons de ne pas désespérer de la Belgique



Claude Demelenne Le Vif
essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

La Belgique était ingouvernable, chaotique, pathétique. Face au coronavirus, elle retrouve du punch. Voici dix bonnes raisons de ne pas désespérer de ce curieux pays...sans minimiser les dangers qui le menacent.
Souvent, ces derniers mois, j'ai eu honte d'être belge. Le spectacle d'un pays qui se décompose est rarement enthousiasmant. Chez nous, il était carrément clochemerlesque. La Belgique était un peu ridicule, avec ses missionnaires royaux en goguette, ses palabres surréalistes, ses noms d'oiseaux échangés par-dessus la frontière linguistique.
Cohabitation improbable
Stop ou encore ? Ancien belgicain, j'en étais arrivé à l'amère conclusion que mieux valait tourner la page. Belgique requiem. Chers amis flamands, séparons nous et restons bons amis. Gardons un toit commun, mais faisons chambre à part. La Belgique fédérale est un échec. La faute à personne. Et à tout le monde. Nous sommes trop différents. Socialos - écolos - gauchos, au Sud. Nationalistes-autonomistes-et même un peu fachos, au Nord.
Ombrageuse depuis la naissance de l'Etat belge, la cohabitation entre nos deux peuples est devenue improbable. "L'union fait la force", dit notre devise nationale. L'union est une farce, constatons nous jour après jour.
QUELQUES PETITS MIRACLES
La crise du coronavirus a redistribué les cartes. Je n'ai pas fondamentalement changé d'avis sur les chances de survie à moyen terme de la Belgique fédérale. Sauf reflux électoral massif des nationalistes de la N-VA et du Vlaams Belang, elles sont minces. Mais à court terme, l'espoir renaît. Quelques petits miracles ont eu lieu. Il était moins une, la lutte contre le coronavirus exigeait de nouvelles postures politiques. Ce ne fut pas simple. Jusqu'au bout, marchandages, reniements et manoeuvres politiciennes ont été au rendez-vous. Ce fut tout sauf glorieux, mais en ce début de règne du gouvernement Wilmès II, la Belgique a cessé d'être la risée de ses voisins. Voici dix bonnes raisons de ne pas désespérer de la Belgique, un Etat en sursis qui a su se remettre en ordre de marche pour sauver des vies.
1.Sophie Wilmès, naissance d'une cheffe
C'est banal, mais vital. Dans une tempête, il faut un capitaine. D'abord discrète - elle n'était là, en principe, que pour un bref intérim - Sophie Wilmès a endossé les habits de la cheffe. A sa manière, sobre mais pugnace, allant à l'essentiel, sans bla-bla, pas du tout bling-bling, rassurante, au fond. La libérale apparaît atypique, au-dessus des partis, c'est ce qui fait sa force. Si, au bord du gouffre, la Belgique a retrouvé quelques couleurs, elle le doit d'abord à sa nouvelle Première ministre. Elle incarne d'ores et déjà une femme d'État aux yeux d'une large partie de l'opinion.
2.Le retour du compromis à la belge
On le croyait mort et enterré. Il refait surface. Le bon vieux compromis à la belge a permis l'émergence d'un gouvernement minoritaire disposant des pouvoirs spéciaux. Wilmès II, poids plume au parlement, maxi-pouvoirs dans sa besace. Une bizarrerie typiquement belge. Jadis, le plombier Jean-Luc Dehaene sortait sa boîte à outils pour réparer la tuyauterie tricolore. Sophie Wilmès est la première femme plombière de l'histoire tourmentée de la Belgique. Notre pays en avait bien besoin.
3.Le courage des Flamands non nationalistes
Le CD&V et l'Open VLD ont accepté de gouverner à l'échelon fédéral sans le premier parti flamand, la N-VA. Ils risquent gros, car le gouvernement Wilmès II est très minoritaire en Flandre. Chrétiens-démocrates et libéraux du Nord ont fait preuve d'un vrai courage politique. La N-VA ne se privera pas de les qualifier de "mauvais flamands".
4.Le PS joue la carte du pragmatisme
Ce n'est pas une surprise, le PS a refusé de monter dans un gouvernement d'union nationale avec la N-VA. Bart De Wever proposait comme vice-Premier ministre...Théo Francken. Une provocation. Les socialistes ont, par contre, normalisé leurs rapports avec le MR. Paul Magnette a rendu hommage à Sophie Wilmès. Le courant passe particulièrement bien entre la libérale et Elio Di Rupo, le ministre-président wallon. Les "rouges" ont voté la confiance et accordé des pouvoirs spéciaux, sans état d'âme, au gouvernement Open VLD - CD&V - MR. C'est aussi un acte politiquement courageux car la mise sur orbite de Wilmès II et la nouvelle stature de femme d'Etat de la Première ministre, pourraient à l'avenir doper le MR, au détriment du PS.
5.L'union "nationale" en Belgique francophone
L'entente est au beau fixe entre partis francophones. Le CDH et Défi, dans l'opposition, collaborent avec les partis au pouvoir. Même le PTB, sans accorder sa confiance à Wilmès II, adopte un profil modéré, presque "constructif". Il faut se réjouir de cette union "nationale" qui évite de s'égarer dans de vaines querelles, au moment où l'extrême urgence est évidemment ailleurs.
6.Une nouvelle génération politique a pris ses marques
C'est une bonne nouvelle, les jeunes ministres qui ont été précipitées en première ligne, dans la crise du coronavirus, n'ont pas déçu. Christie Morreale (PS), Bénédicte Linard (Ecolo) et Caroline Désir (PS) notamment - qui ont dans leurs attributions des compétences en matière de santé ou d'éducation - ont vite pris leurs marques.
7.Philippe Close, l'homme à poigne
Autant Sophie Wilmès est une divine surprise chez les "bleus", autant Philippe Close est une heureuse révélation chez les "rouges". Le bourgmestre de Bruxelles et vice-président du PS apparaît plus que jamais, au côté de Paul Magnette, comme l'homme à poigne indispensable à son parti. Présent sur tous les fronts, également médiatique, Close est percutant, rassurant - comme Wilmès - et fuit toute langue de bois. Il jouera un rôle de premier plan dans la Belgique de demain.
8.Il existe une "autre" Flandre
C'est sans doute la meilleure nouvelle pour l'après-crise du coronavirus : il n'existe pas, en Flandre, de rejet populaire de Wilmès II. La N-VA et le Vlaams Belang l'ont certes dépeint comme un gouvernement quasi dictatorial. Ce qui est excessif est insignifiant. Pas sûr que la bêtise et l'indécence des nationalistes ne se retourneront pas contre eux. Ce qui pourrait sauver l'État belge.
9.Bart De Wever a perdu sa patte de lapin
Tout lui réussissait. C'est fini. Depuis plusieurs semaines, Bart De Wever s'emmêle les pinceaux et se plante chaque fois qu'il tente un coup politique. Certes, dans les sondages, le désamour qui frappe le leader de la N-VA gonfle le score du Vlaams Belang. A terme, il pourrait aussi profiter aux partis démocratiques flamands qui prennent aujourd'hui leurs responsabilités.
10.Halte au masochisme !
Les Belges sont parfois masochistes. Ils ont tendance à penser que rien ne tourne rond dans leur pays, que la cacophonie et la paralysie politiques empêchent tout grand projet et toute action cohérente. Ce n'est, hélas, pas toujours faux. Le climat est-il en train de changer ? La lutte contre ce terrible coronavirus semble être enfin prise à bras le corps par les autorités. Il est peut-être temps d'arrêter d'être masochiste.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
L'ESPOIR RENAIT  GRACE A DEUX FEMMES HARDIES


Rien à redire sauf une chose : Paul Magnette en a vraiment pris pour son grade mais De Wever encore davantage, ce qui n’est pas pour nous déplaire.
Oui, l’espoir renaît en notre proverbial bon sens belge qui visiblement avait pris un solide coup sur la cafetière. Sonnée, la Belgique se redresse pour les dix bonnes  raisons qu’énonce  avec talent un Claude Demelenne très en verve.
 « Le Belge sortira-t-il vivant » de son confinement ? Sans aucun doute. Le Belge en a vu d’autres au cours des deux derniers millénaires : occupations, guerres de religion, révolutions, invasions…Ce n’est pas ce minuscule virus aussi insidieux qu’invisible qui va nous jeter à terre. Soyons civiques, pour une fois et suivons à la lettre les recommandations de Sophie Wilmès. Elle ne s’appelle pas Sophie pour rien et elle donne de son parti en crise une image plus solide que son nouveau  président volatile. Faisons, je le répète  confiance aux femmes par temps d’orage.
Et voici que la présidente Ursula von der Leyen sort  brutalement de sa réserve et de son sommeil de belle au bois dormant en persuadant la Commission européenne de relâcher enfin les règles de discipline budgétaire exigées depuis plus d’une décennie par l’Allemande Angela Merkel. « Aujourd’hui, et c’est nouveau et ça n’a jamais été fait auparavant, nous déclenchons la clause dérogatoire générale »
Coup de théâtre Ursula se révèle, elle aussi, hardie capitaine par temps d’orage. « Cette mesure permettra aux Etats membres de dépenser autant que nécessaire pour lutter contre les conséquences économiques du coronavirus. » Du jamais vu, la Commission propose de déclencher la clause d'échappatoire générale des règles budgétaires, pour que les gouvernements aient plus de latitude pour soutenir l'économie.
C’est plus qu’un scoop , c’est une très formidable nouvelle qui va permettre aux Européens de lancer enfin un Green Deal ou New Deal à la Roosevelt  et nous sortir d’une crise financière qui menace.  Profitons à plein de cette aubaine  et des délices du confinement. Ils nous font découvrir des voisins soudain solidaires et des proches soucieux de notre sort. Et quand on en aura fini avec cette saloperie de corona, on pourra s’attaquer sérieusement à la question du climat. Avec le coup de pouce d’Ursula cela devient enfin possible. Une chose à la fois et chaque chose en son temps.
MG




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