mardi 3 mars 2020

Coronavirus: la cacophonie de notre fédéralisme


Olivier Mouton
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

L'unité nationale est nécessaire face au coronavirus. Dans notre pays morcelé, c'est très mal parti : la preuve par Maingain et les Régions.
Le coronavirus a donc débarqué comme attendu en Belgique. De nouveaux cas sont confirmés et le retour des vacances de printemps va immanquablement susciter une accélération de sa propagation. "La Belgique est prête", ne cesse de répéter la ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block (Open VLD). Une gestion et une communication très serrées s'avèrent nécessaires. Mais dans notre pays morcelé, qui compte neuf ministres compétents en matière de Santé ( !) et des pouvoirs locaux compétents en matière d'ordre public, le risque est grand de voir la cacophonie s'instaurer.
Deux exemples font déjà craindre le pire. Ce week-end, Olivier Maingain (DéFI), bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert, a pris un arrêté de police interdisant l'accès aux lieux publics à toute personne revenant d'un voyage privé ou professionnel dans une zone à haut risque de contamination pendant les 14 jours suivant son retour en Belgique. "Grotesque et disproportionné", a réagi le bourgmestre voisin Vincent De Wolf (MR). Tandis que de nombreux élus s'indignaient en choeur : une telle mesure va susciter la panique, le coronavirus ne s'arrête pas aux frontières communales et, qui plus est, Olivier Maingain avance en solo alors qu'il a été désigné... agent de liaison entre les entités francophones de Belgique. On croit rêver.
Pas de "Plic-Ploc maatregelen", a dit la ministre fédérale lors de sa conférence de presse, ce lundi matin. Que se passera-t-il en effet lorsque notre pays passera en phase 3, que des événements publics risquent d'être annulés, des matchs de football reportés et des mesures drastiques prises ? On risque une surenchère de décisions prises par des pouvoirs locaux à l'heure où la tolérance zéro risque est devenue la norme de nos sociétés apeurées.
Mais rassurez-vous bonne gens, le gouvernement fédéral a bien les choses en mains et verrouille la communication. Ah bon ? Ce matin, deux ministres régionaux de la Santé, Christie Morreale (Wallonie - PS) et Alain Maron (Bruxelles - Ecolo) ont confirmé un troisième cas de coronavirus dans notre pays, et ce alors que la ministre fédérale réservait sa com' pour ne conférence de presse à 10 heures: il y a finalement six cas supplémentaires. Va-t-on aussi assister à une surenchère dans la rapidité avec laquelle on annonce les faits ?
Notre fédéralisme de confrontation est tristement célèbre pour sa cacophonie contreproductive en plus de son immobilisme dû à des majorités asymétriques selon les Régions. Voilà qui promet bien du plaisir à notre Première ministre minoritaire en affaires courantes, Sophie Wilmès (MR). Ce lundi matin, elle a organisé un premier de Concertation entre le fédéral et les entités fédérées: c'était bienvenu. Mais à l'épreuve des faits, il va falloir sérieusement veiller à se parler en permanence.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
NEUF MINISTRES DE LA SANTE POUR FAIRE FACE A TROIS CAS DE CORONA

 "La Belgique est prête", ne cesse de répéter la ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block On savait qu’on vivait en absurdie et on s’en foutait. On semble s’en moquer un peu moins aujourd’hui. Ce drôle de pays est en train de se rendre compte qu’il dysfonctionne de la pire manière. Quand on touche à sa santé ou à son portefeuille -et les crises actuelles menacent les deux- le Belge très vite se réveille. L’incompétence du monde politique est en train d’apparaître comme jamais au plein jour.
Et l’Europe ? On ne l’entend guère sur ce sujet ni d’ailleurs sur la crise migratoire qui se prépare au printemps tandis que le Turc Erdogan a décidé de « lâcher » sur l’Europe ses immigrants bloqués chez lui par un accord caduque négocié par Angela Merkel qu’il est en train de rompre.
« Wir schaffen das » avait dit Merkel avec le même aplomb que Magggie aujourd’hui.
On va voir comment notre Charles Michel national va gérer cette crise, lui qui laisse derrière lui une Belgique en état de coma clinique.
 MG

HERMAN DE CROO (OPEN VLD): "S'IL FAUT REVOTER, QUE CE SOIT SUR UN VLEXIT"
SIMON SOURIS L’ECHO

52 ans de vie politique et une conclusion: en cas de blocage dans les négociations actuelles, renvoyant les électeurs aux urnes, "qu'on y aille à la dure". En votant sur l'avenir de la Belgique, invite le libéral flamand.
"Ce qui me gêne dans les négociations gouvernementales actuelles, c’est leur petit côté prétentieux. La gent politique entend désormais mettre sur papier, en 100 à 200 pages, des prévisions d’avenir. Dans le détail. Après des calculs s’étalant sur des mois, pour savoir à quel moment la retraite X ou Y va tomber, il faut être fort…", ironise-t-il. De quoi lui donner le sentiment qu’"on arrive en Absurdistan".
Alors que, pourtant, à y réfléchir, les choses sont simples. "Ce qu’on demande à un gouvernement tient en une seule ligne: veiller à ce que les Belges soient protégés et heureux." C’est tout, "ça ne nécessite que quelques pages". Ce qui passe, pour lui, par une "confiance en un destin commun". Et détrompez-vous, cela n’a rien d’impossible. "Après tout, De Wever est contre les socialistes wallons, mais bien pour les Flamands qui lui permettent de rester bourgmestre à Anvers."
"Il faut remettre les choses dans leur contexte: la majorité flamande, c’est une invention de Leterme qui, à l’époque, voulait rendre son parti indispensable alors qu’il avait été exclu des premiers gouvernements Verhofstadt. Il n’existe qu’une majorité, la constitutionnelle, avec 76 sièges." Il suffit de voir la suédoise, là, "cela ne dérangeait pas la N-VA que les francophones soient fortement minoritaires. Soyons sérieux".
NE PAS CRAINDRE DES ELECTIONS
Du reste, oui, ce ne sera pas simple. Il l’admet. Mais pour autant, le spectre d’élections anticipées, planant sur une Belgique jugée morte depuis dix ans par certains, ne doit pas effrayer. Que du contraire. Il assène: "S’il faut revoter, qu’on le fasse alors sur les choses sérieuses, sur un Vlexit. QUE L’ON DEMANDE CLAIREMENT AUX BELGES S’ILS VEULENT ENCORE VIVRE ENSEMBLE, avec ou sans monarchie, avec des retraites régionalisées ou pas, une police flamande et une wallonne, un dédoublement des ambassadeurs, garder l’Europe et l’Otan… À la dure." Lui se dit prêt à faire une campagne "brutale" si l’idée porte. "J’ai mes idées." Il serait d’ailleurs prêt à pousser les listes, mais sans siéger au bout – la page politique étant résolument tournée.
CE QUI COMPTE AUJOURD’HUI, C’EST DE REGARDER LE LONG TERME vers les défis importants. De demain. Lancinants. Comme l’immigration par exemple, sur toutes les lèvres lors des dernières élections. Le libéral l’affirme: "L’immigration de masse n’a pas encore commencé. Dans 20 ans, l’Afrique centrale comptera 2,5 milliards d’habitants noirs de 21 ans en moyenne, quand l’Europe comptera 400 millions de demi-blancs de 50 ans en moyenne.
" Ou encore sur la santé. "Demain ou après-demain, les antibiotiques n’auront plus d’effet. On s’attend facilement à 30 à 40 millions de morts dans l’espace européen rien qu’avec cela." "Ça, ce sont de vrais grands problèmes."
PRENDRE DU RECUL
En fait, quand il analyse le jeu politique qui se déroule devant lui, un sentiment le frappe: "On dirait qu’on lilliputise tout désormais", peste Herman De Croo. Et ce, "malgré notre rayonnement scientifique avec l’université de Gand notamment, en médecine du cancer avec Louvain, sur le traitement des maladies tropicales avec Anvers, sur les isotopes avec le centre de recherche nucléaire de Mol, notre fabrication de 15% des vaccins du monde,… Pour UN PAYS QUI NE PESE, EN POPULATION, QUE 3% DE L’EUROPE, ELLE-MEME NE REPRESENTANT QUE 7% DE L’HUMANITE". Un plus incroyable car "tout ça, du diamant aux antibiotiques, on peut le vendre. Partout dans le monde. Mais pas notre sac de disputes".
"BART DE WEVER POURSUIT UNE RELATION AVEC UN ETAT QU’IL JUGE MORT DEPUIS 10 ANS. SERAIT-IL UN NECROPHILE INSTITUTIONNEL?"
PARTAGER SUR TWITTER
N’en déplaise à ceux qui sombrent dans la caricature donc, comme Bart De Wever avec sa sortie sur un pays qui se serait éteint il y a dix ans déjà. Alors que dans le même temps, il s’est dit prêt à coiffer la casquette d’informateur un temps, criant haut et fort avoir ciré ses souliers, mis sa cravate, et être prêt pour la mission. "C’est quand même paradoxal… Vouloir une relation avec un corps mort, ça fait quoi de lui? Un nécrophile institutionnel?" "Plus, imaginez l’odeur. Des gens s’en seraient rendu compte à New York ou en Chine si la Belgique était morte depuis si longtemps." Non, tout ça, "c’est de la foutaise, de la surenchère". Tout comme l’enterrer. D’ailleurs, "il a beau s’y efforcer, il n’y arrive pas".
Mais ne vous trompez pas. La critique n’est pas plus légère sur la gauche francophone. Où Paul Magnette en prend aussi pour son grade de celui qui préfère aujourd’hui la plume à la tribune. Après son "niet" définitif à une alliance avec la N-VA, ayant eu raison du chargé de mission Koen Geens, le président du PS a démontré "qu’il est facile de taper dans une boule sans faire de fausse queue. C’est à la portée du plus primitif des joueurs de billard. Mais savoir où toutes les autres vont se retrouver après, c’est autre chose. Ça, c’est de l’art."
"Quand on se moque de nos crises à répétition à l'étranger, je rétorque: votre pays sait faire ça? La réponse est toujours la même: non"
Une réalité qui frappe plus largement l’État. En fait, pour lui, il ne reste qu’une solution pour sortir à terme des blocages: une grande réflexion sur le système électoral. Avec, pourquoi pas, une sortie de la proportionnelle, "reflétant à l’once juste la proportion des votes", au profit du scrutin uninominal par exemple, "plus efficace, car plus stable, mais démocratiquement moins juste".
Mais en attendant, ne vous faites pas trop de souci. Le pays s’est déjà relevé de nombreuses fois. "On aura un gouvernement." Et d’ici là, heureusement, la machine tourne. Moins vite que d’habitude, mais elle tourne. Alors parfois, à l’étranger, certains moquent la Belgique et ses crises à répétition lors de ses voyages. "Mais je leur retourne l’argument. Votre pays sait faire ça? À chaque fois, la réponse est la même: non. De la Suisse aux États-Unis.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« LE SEUL RISQUE »

" Le seul risque, prévient  le vieux Herman De Croo c’ "est qu’un jour l’électeur voie la présence du politique comme superfétatoire". Et ça, c’est dangereux. Et bien plus dangereux encore que la menace du corona virus.
MG

Aucun commentaire: