lundi 23 mars 2020

Coronavirus: premier décès d'un médecin hospitalier annoncé en France


Un médecin hospitalier est mort après avoir été infecté par le nouveau coronavirus, a indiqué dimanche le ministre de la Santé Olivier Véran, précisant qu'il s'agissait à sa "connaissance" du premier décès de ce type en France.
"J'ai été informé hier (samedi) soir du décès d'un médecin hospitalier, c'est à ma connaissance (...) la première situation qui a frappé un médecin hospitalier", a déclaré M. Véran au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI. Il s'est refusé à donner des "informations plus précises", au nom de la volonté de la famille et du secret médical.
Selon France 3 Hauts-de-France, la victime est un médecin urgentiste de Compiègne, dans l'Oise, un des premiers départements à avoir été fortement touché en France, et est décédé après son transfert à Lille. Des informations confirmées à l'AFP de source proche du dossier.
M. Véran, qui s'est "associé à la douleur de la famille", a relevé le "très lourd tribut payé par la grande famille des médecins aujourd'hui".
Il a également "souligné le courage extraordinaire dont font preuve l'ensemble des médecins, des soignants, des pompiers, de toutes les personnes qui permettent de sauver des vies chaque jour".
Interrogé sur l'incidence de la pénurie de masques pour les personnels de santé, le ministre a déclaré que "ce que nous savons c'est que la plupart des soignants qui vont contracter la maladie ne vont pas la contracter dans le cadre de leur mission hospitalière, mais en dehors".
Tout en reconnaissant que les soignants "sont par définition ceux qui sont le plus en contact avec les malades", il a relevé qu'il "y a eu plusieurs cas de contamination dans une unité de médecins ou d'infirmières qui bien qu'équipés en masques avaient pu être contaminés".
"Le matériel de protection est absolument indispensable pour les soignants, mais avec ou sans matériel de protection on peut être malade dans son exercice professionnel, on peut être malade quand on est soignant", a-t-il dit.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE NOUVEAU PARADIGME
Qu’un para tombe en opération, qu’un pompier succombe au feu, cela fait partie, dirons-nous, des risques du métier mais qu’un médecin perde la vie par manque de masque sanitaire de qualité de gants et de combinaison  de protection c’est absolument insupportable et cela incite à la colère.
Y en a marre de ce néo libéralisme qui rabote les ardoises du service public et force notre personnel soignant à monter en première ligne sans protection. Ce n’est pas tout de les applaudir en braillant sur les balcons à l’heure du dîner, ce n’est pas tout de les aimer, il faut les aider et leur fournir des conditions de sécurité minimum ainsi qu’aux caissières des grandes surfaces qui bravent les postillons d’une clientèle indisciplinée ou les postières et postiers qui manipulent des colis infectés.   Que l’Etat redevienne l’Etat et non point le larbin des lobbies du grand capital. Que le service public soit à nouveau et surtout à « niveau » du service du public. Et si c’était ça la révolution, le nouveau paradigme dont tous aujourd’hui se gargarisent en chœur ?
Une vraie révolution se prépare derrière le concept « soft » dit du changement de paradigme. C’est ce qu’on compris  les chirurgiens de Saint- Pierre en dans leur juste colère
« Nous sommes conscients qu’une grande partie de l’appareil de production industrielle a été délocalisé mais ne nous dites pas que nous sommes devenus incapables en Belgique de produire des masques, des EPI et des réactifs »
La crise des masques et celle du manque de matériel médical en masque une autre, bien plus redoutable, nous y reviendrons longuement car c’est cette crise là qu’il convient  d’analyser en toute lucidité et surtout de prendre à bras le corps.
MG


 LETTRE OUVERTE DE DEUX CHIRURGIENS A SOPHIE WILMES SUR LE CORONAVIRUS: «LA DOUBLE PEINE DU PERSONNEL HOSPITALIER»

Deux chirurgiens de l’hôpital Saint Pierre à Bruxelles tirent la sonnette d’alarme face au manque d’équipement pour lutter contre le coronavirus.

Belga
Par Professeurs Didier De Cannière et Guy-Bernard Cadière, chirurgiens à l’hôpital Saint Pierre, Centre Hospitalier Universitaire de Bruxelles.

Madame la Première Ministre,
Vous avez réussi à fédérer une union sacrée politique suffisante pour imposer les mesures sanitaires qui, jusqu’à la découverte de traitements spécifiques, permettront de contenir la vague épidémique de COVID-19. La population Belge vous en a déjà témoigné sa reconnaissance.
L’hôpital a plus que jamais besoin d’un soutien politique déterminé pour affronter cette crise dans des conditions optimales d’efficience et de sécurité.

Chaque personne qui travaille à l’hôpital accepte implicitement et en connaissance de cause un risque sanitaire plus ou moins quantifié : tuberculose, HIV, Hépatite C, radiations ionisantes etc. Dans cette crise-ci, même si le risque est très significativement plus grand, il en sera de même. Ce risque sera partagé par tous les acteurs, quoi qu’il faille d’ores et déjà mettre en exergue le courage et l’abnégation des infirmiers qui constituent une des populations les plus exposées. Bien peu d’entre nous déserteront, même si l’angoisse n’est pas négligeable, la pire étant bien sûr d’infecter nos familles et ceux qui partagent notre toit.
C’est la double peine du personnel hospitalier.
Mais il n’est plus acceptable à nos yeux que ce risque soit pris sans que nos équipes ne bénéficient de toutes les mesures de protection existantes, aussi dérisoires soient-elles.
Il n’est plus acceptable d’entendre vos collègues nous annoncer avec un sourire contrit et les bras ballants que « les masques ont été volés ». Puis nous annoncer solennellement que nous allons recevoir des millions de masques, avant de s’apercevoir que ce ne sont pas les masques qui conviennent pour nous protéger de la contamination.
Il n’est plus acceptable, faute d’équipements de protection individuelle (EPI) en suffisance, d’être obligés de ne les utiliser que pour de rares patients testés positifs alors qu’il est statistiquement certain que nous soignons chaque jour nombre de patients COVID+ sans le savoir, donc sans précaution, et d’encourir un risque majeur, faute de les avoir testés.
Il est inacceptable de s’entendre dire qu’on ne peut tester qu’une fraction des patients et du personnel, faute de réactifs. La disponibilité suffisante des tests est un élément-clé, chacun le comprend, de la lutte contre l’épidémie. L’OMS par la voix de son président le rappelle de manière univoque : «  Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés. Testez, testez, testez ». Un test de détection systématique du personnel empêcherait celui-ci dans une large mesure de contaminer par ignorance des patients et des collègues et le rassurerait le soir quand il rentre à la maison de ne pas contaminer sa famille.
Il serait inacceptable que des médicaments qui, avec beaucoup de réserves, pourraient donner des résultats prometteurs sur le contrôle de l’infection, par exemple ceux qui sont actuellement promus en France et aux USA, ne soient pas disponibles dans notre pays.
Madame la Première Ministre, l’histoire a montré que, dans des périodes exceptionnelles, la capacité de production des pays pouvait être réorientée de manière flexible : il y a 80 ans la production d’avions a été multipliée par 20 en quelques mois par les pays en guerre. Nous sommes conscients qu’une grande partie de l’appareil de production industrielle a été délocalisé mais ne nous dites pas que nous sommes devenus incapables en Belgique de produire des masques, des EPI et des réactifs. Ne nous dites pas que nous n’avons pas les budgets pour doubler le salaire des laborantins et leur donner l’aide logistique qu’il convient pour conduire des tests chez tous les patients.
La solution de cette crise viendra des laboratoires, nous avons une confiance absolue dans nos chercheurs belges qui sont parmi les meilleurs au monde mais en attendant seuls le confinement et le sacrifice des soignants freinera la progression de la pandémie. À l’heure d’écrire ces lignes, des collègues et des amis luttent pour leur vie de l’autre côté de la barrière des soins intensifs. Il est de votre devoir de nous protéger sans relâche. Il est du nôtre de vous alerter sur nos besoins.
Confiants dans vos capacités de leadership, nous vous prions de croire, Madame la Première Ministre, à l’expression de nos sentiments respectueux.

Professeur Didier De Cannière
Professeur Guy-Bernard Cadière
Chirurgiens. Hôpital Saint Pierre, Centre Hospitalier Universitaire de Bruxelles.

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