samedi 28 mars 2020

Face à l’épidémie, s’il n’y a pas de trêve politique, on pressent l’affleurement d’une conscience collective et peut-être même l’espoir que cette tragédie du coronavirus ouvrira une phase de remises en cause.


 La réunification de l’archipel français
Face à la pandémie du coronavirus, il n’y a pas, il ne pouvait pas, y avoir de véritable union nationale. Outre qu’en France celle-ci est quasiment introuvable depuis la guerre de 1914-1918, en dehors des tragédies (les attentats) ou d’un exploit sportif rarissime (le Mondial de football), et encore pour vingt-quatre heures ou quarante-huit heures maximum, les circonstances ne s’y prêtent pas. La pandémie du coronavirus a beau constituer un drame historique, avec des blessures humaines, sociales, économiques qui laisseront des cicatrices profondes durant des années, elle a beau remettre en cause bien des certitudes, à commencer par l’équilibre du système économique et par la nature des échanges internationaux, aucun consensus ne se manifeste. Dès les premiers jours, Marine Le Pen est partie en guerre contre la gestion gouvernementale de la crise et a entamé un réquisitoire contre Emmanuel Macron qui rebondit à chaque initiative du chef de l’Etat. Jean-Luc Mélenchon a employé un ton nettement plus républicain mais il ne retient pas ses critiques et annonce une sévère confrontation lorsque la pandémie aura enfin cessé. Après davantage de modérations au départ, socialistes, écologistes et républicains haussent sans cesse le ton. Olivier Faure oppose un quasi-contre-projet à Emmanuel Macron face à la crise et les principaux dirigeants de LR deviennent chaque jour plus virulents. Devant l’épreuve, il n’y a pas la moindre trêve politique.
Pire, la politique sanitaire menée par le gouvernement est durement contestée par nombre de médecins, d’experts et plus généralement par le personnel de santé. La question des masques, des tests, des respirateurs, des modalités du confinement suscite quotidiennement reproches et controverses. Le personnel de santé a beau se mobiliser de façon impressionnante, médecins, infirmiers, aides-soignants, brancardiers, pharmaciens, kinésithérapeutes et pompiers peuvent faire la démonstration quotidienne de leur courage et de leur compétence, cela n’empêche pas l’amertume et le ressentiment de se manifester. Derrière la tragédie du coronavirus, la crise intense de l’hôpital demeure omniprésente. L’ère du reproche se poursuit, l’ère du soupçon s’installe. La très grande majorité des Français a beau approuver les décisions en matière de confinement, la popularité du chef de l’Etat peut bien remonter, un classique en période de crise, la communication gouvernementale n’inspire pas confiance, la transparence des informations officielles laisse incrédule et les choix sanitaires divisent les Français. Les propos d’Agnès Buzyn publiés dans le Monde ont même provoqué une déflagration. Le hashtag #IlsSavaient s’est répandu comme une traînée de poudre. Toujours la bataille entre «ils» et «nous». Bref, la France souffre et doute.
Et cependant, derrière ce paysage accablant, il se produit un phénomène inattendu, beaucoup plus positif : la réunification de cet archipel français détaillé, de façon passionnante par Jérôme Fourquet. A travers la pandémie, la crise, on voit ressurgir soudain les éléments constitutifs du puzzle français : au-delà de la multiplicité bien réelle des îles, des presqu’îles, des îlots, des récifs et des coraux qui composent - qui déchirent - notre étrange géographie territoriale et sociologique, émerge le visage d’un peuple rassemblé par l’épreuve et retrouvé par la souffrance. La pandémie bouleverse pour des semaines, pour des mois, notre mode de vie. Elle n’efface pas les clivages sociaux. On croit toujours aux passe-droits des uns, aux transgressions des autres, à l’exode vers les maisons de campagne des premiers et aux rassemblements interdits des seconds. Mais on reprend aussi conscience de ce qui unit dans le malheur : un Etat fort et solide, malgré tout bien organisé. Une administration qui continue à fonctionner, un système hospitalier qui résiste à la tempête, des transports qui roulent, des forces de l’ordre qui font respecter les décisions, des salariés du secteur privé, à commencer par la filière de l’alimentation, qui se dévouent, les points stratégiques qui tiennent et même des entreprises qui reprennent leur production. On voit les syndicats, y compris la CGT, et les patronats prendre des positions publiques communes. On enregistre, à côté d’inévitables vols, fraudes et larcins, de très nombreux gestes de solidarité et des initiatives privées qui traversent les différentes couches sociales. On constate qu’émerge de nouveau une conscience collective devant le danger, plus forte que les fractures, un sentiment de communauté de destin malgré les clivages, le fameux «vouloir vivre ensemble» de Renan, au-delà des querelles, des envies et parfois des détestations. Une culture républicaine, la perception, si rare, que les liens qui unissent sont plus forts que les haines qui divisent. Peut-être l’intuition, entre crainte et espérance, que la tragédie du coronavirus ouvrira une phase de remises en cause qui modifieront en profondeur le destin commun d’un peuple non pas homogène et uni mais rapproché de lui-même, retrouvant par l’épreuve la conscience de son identité.

Alain Duhamel in Libération


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« ET PEUT-ETRE MEME L’ESPOIR QUE CETTE TRAGEDIE DU CORONAVIRUS OUVRIRA UNE PHASE DE REMISES EN CAUSE. »

La remise en cause viendra, à n’en pas douter, non pas du landerneau politique qui est à bout de souffle, à court d’imagination et pire de solutions. Ne dit-on pas que gouverner c’est prévoir or ils n’ont rien prévu, rien vu venir et au vrai, nous le devinons maintenant, le plus dur est à venir en termes de réchauffement, de pollution, de violence et de radicalisation, d’explosion démographique, on continue.
« Le salut ne viendra pas des esprits au garde à vous » disait Burgers avant de tomber sous les balles du peloton d’exécution nazi.
Mais s’il doit advenir, ce salut c’est par les artistes qu’il nous viendra. « On constate qu’émerge de nouveau une conscience collective devant le danger »( Duhamel) 
Ce qui nous manque aujourd’hui c’est l’insolence salutaire d’un Berth
old Brecht, d’un théâtre de la rage de vivre libre.
MG

CORONAVIRUS: DIX MILLE EVENEMENTS CULTURELS ANNULES EN BELGIQUE
Selon Be Culture, plus de 10.000 événements sont déjà annulés ou reportés à la suite des mesures de confinement. Le ministre Daerden utilise les pouvoirs spéciaux pour venir en aide aux artistes.

Le #CultureTogether veut assurer la visibilité des artistes belges malgré le confinement. - Be Culture.

Par Daniel Couvreur 
Chef du service Culture Le Soir

Les mesures de confinement frappent le secteur culturel avec une violence jamais vue depuis la Seconde Guerre mondiale. Expositions, concerts, édition, production… tout est à l’arrêt. « Le chiffre de 10.000 annulations est à la grosse louche mais il n’est certainement pas forcé », nous confie Séverine Provost, général manager de Be Culture, une des plus grosses agences belges dans le secteur de la communication culturelle.
 « Nous avons donné des coups de fil partout en Flandre, à Bruxelles, en Wallonie. La situation est désespérante et nous n’avons même pas pris en compte la question de l’annulation probable des festivals d’été. Les conséquences à long terme risquent d’être incalculables car les artistes et les œuvres ne vont pas se remettre immédiatement à circuler de par le monde après la fin du confinement. Quantité d’événements programmés pour le second semestre sont aussi clairement menacés. »
Un Fonds d’urgence de 50 millions d’euros accessible dès le 6 avril 
En réponse à ce séisme artistique et financier, le ministre du Budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Frédéric Daerden, fort de ses nouveaux pouvoirs spéciaux, a mis en place jeudi un Fonds de 50 millions d’euros destiné à aider la culture, la petite enfance, le sport, la jeunesse, l’enseignement et les hôpitaux universitaires.

« La majeure partie de ce premier ballon d’oxygène ira à la culture et à la petite enfance », explique le porte-parole du ministre, Xavier Gonzalez. « Ce Fonds va venir au secours des activités culturelles et associatives qui ne peuvent se tenir en raison du confinement mais pour lesquelles la rémunération des artistes et des techniciens du spectacle doit néanmoins être assurée. Il sera accessible à tous les artistes soutenus par la Fédération, tant ceux qui dépendent de contrats-programmes, que ceux qui sont tributaires de subsides ponctuels. »
Dans un souci d’efficacité et de rapidité, une plateforme informatique sera mise en ligne, d’ici le 6 avril, afin de centraliser l’ensemble des informations et procédures utiles à l’obtention des aides. « Il suffira de remplir une déclaration sur l’honneur et les justificatifs à fournir seront réduits au strict minimum », assure Xavier Gonzalez. « Le Fonds d’urgence centralisera l’ensemble des demandes du secteur, ce qui nous permettra aussi d’avoir une vision très précise des conséquences de la pandémie sur l’ensemble des activités culturelles. »
Préserver la vitalité artistique avec #CultureTogether 
Si le Fonds permettra à certains de faire face à l’urgence la plus immédiate, il en faudra plus pour sauvegarder la vitalité du secteur dans le contexte toujours incertain du confinement. C’est la raison pour laquelle Be Culture lance l’initiative #CultureTogether, en partenariat avec Movietown, une société de « marketing d’influence ».
#CultureTogether invite le public à rester connecté avec la culture via Facebook ou Instagram. « Le principe est simple et viral », explique Séverine Provost. « Chaque jour un musée, une expo, un festival, un artiste, un événement culturel qui aurait dû faire l’actualité mais a été reporté, ou est inaccessible en raison de l’épidémie, sera mis en avant sur les réseaux sociaux. Nous avons commencé jeudi avec l’exposition sur l’histoire de l’Atomium. »
L’idée de #CultureTogether, c’est aussi de montrer la culture sous l’angle participatif : « Nous voulons créer du lien entre les citoyens autour de la culture au sens large. Nous voulons qu’ils se réapproprient artistiquement les événements annulés via des vidéos, des montages, des photos, des dessins, des collages, des créations musicales, des textes… à poster sur Instagram et/ou Facebook sous le #CultureTogether. »
Un quizz quotidien sera organisé afin de prolonger la réflexion autour du monde de la culture. « Les gagnants remporteront des entrées pour les événements et les expositions à venir, quand le confinement sera levé », précise Séverine Provost. « Ils seront invités à participer à des visites de réserves de musées, d’ateliers d’artistes… dès que la vie sociale pourra reprendre ! En quelques heures à peine, nous avons déjà enregistré plus de 650 participants. »


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES ARTISTES SONT LES BOUFFONS  DU DESESPOIR , QUI OSENT SE MOQUER DE LA POSE GROTESQUE DES ROIS DRAPES DANS LEUTR NUDITE-NULLITE

J’ai écouté comme beaucoup, avec une curiosité  amusée la chansonnette entonnée par Annie Cordy et ses acolytes, j’ai regardé avec émotion la belle vidéo du chœur des esclaves en colère contre le corona et j’ai écrasé une larme devant la souffrance de la belle, de la fière, de la tragique Italie qui se bat à mains nues  avec ses dernières forces. J’ai lu et relu le texte lucide des artistes penseurs Harari, Jacques Attali,  Finkielkraut, Onfray,  Gauchet,  Védrine,  JF Kahn , Alain Duhamel, j’ai médité les beaux éditos de Béatrice Delvaux , d’Anne Sophie Bailly, de Natacha Poliny et savouré  les dessins féroces et inspirés de Dubus et de Kroll.  J’écoute avec déférence et civisme les harangues sobres de Sophie Wilmès, la prose royale me déconcerte, les accès martiaux d’Emmanuel Macron de Johnson, de Donald Trump m’exaspèrent…  et je savoure au quotidien le Journal d'un philosophe confiné de Pascal Chabot dans la Libre.
Non je ne souffre pas du syndrome de l’isolement dans mon jardin inondé de soleil. Comme le vieil Edgar Morin m’y invite,  j’envisage le confinement comme une occasion inespérée de régénérer la notion même d’humanisme, mais aussi pour chacun d’opérer un tri entre l’important et le frivole. 
Mais il ajoute aussitôt qu’il s’agit de ressentir plus que jamais la communauté de destin de toute l’humanité. N’est ce pas ce que nous appelons dans le jargon des Lumières : « construire le temple de l’humanité ? »

MG

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