dimanche 22 mars 2020

La Commission européenne suspend les règles du carcan budgétaire


• Vif Source : AFP
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé vendredi la suspension des règles de discipline budgétaire de l'UE, une mesure inédite qui permettra aux Etats membres de dépenser autant que nécessaire pour lutter contre les conséquences économiques du coronavirus.
"Aujourd'hui, et c'est nouveau et n'a jamais été fait auparavant, nous déclenchons la clause dérogatoire générale", qui permet de déroger temporairement à ces règles, a-t-elle déclaré dans une vidéo publiée sur Twitter.
"Cela signifie que les gouvernements nationaux peuvent injecter dans l'économie autant qu'ils en auront besoin", a-t-elle ajouté. "Nous assouplissons les règles budgétaires pour leur permettre de le faire."
Les 27 ministres des Finances de l'UE doivent encore valider cette suspension lors d'une vidéoconférence la semaine prochaine.
Concrètement, cette clause permet de déroger temporairement au Pacte de stabilité et de croissance, le texte qui fixe les règles budgétaires aux Etats ayant adopté la monnaie unique.
Créée en 2011, en pleine crise de la zone euro, cette clause n'avait jusqu'alors jamais été activée.
Parmi les obligations que les Etats membres n'auront plus à respecter figure la fameuse règle imposant que leur déficit public reste inférieur à 3% de leur produit intérieur brut (PIB).
Bruxelles avait déjà promis la semaine passée une "flexibilité maximale" dans l'application du Pacte, une bouffée d'oxygène pour l'Italie, aux finances déjà exsangues, mais qui n'a pas été jugée suffisante face aux conséquences économiques désastreuses de la pandémie.
Mme von der Leyen a par ailleurs affirmé qu'elle accueillait "favorablement l'action décisive annoncée par la Banque centrale européenne cette semaine": un plan massif de 750 milliards d'euros de soutien à la zone euro.
"Cela ajoute à la puissance de feu dont nous avons besoin en Europe pour soutenir l'économie", a-t-elle dit, affirmant que "le budget de l'Union" prendrait "sa part".
Elle a notamment cité la mise à disposition par Bruxelles de 37 milliards d'euros, une somme provenant de la réorientation de 8 milliards de fonds existants, qui doivent permettre d'en lever 29.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
GOOD MORNING MISTER KEYNES

Bravo Ursula. Oserons nous envisager que vous soyez, vous aussi, comme notre Sophie Wilmès nationale,  une capitaine courageuse pour temps d’orage ? Espérons que oui !
« C'est nouveau et n'a jamais été fait auparavant, nous déclenchons la clause dérogatoire générale", qui permet de déroger temporairement à ces règles » Voilà qui est absolument sensationnel et donne une forme concrète au souhait exprimé par Emmanuel  Macron dans ses rêves les plus fous. Voilà qui devra clouer le bec à Merkel et à l’arrogance allemande qui par peur panique de l’inflation (souvenir des années Weimar) exige depuis des lunes de ne sortir à aucun prix des clous des trois % de dépassement budgétaire. Reste à voir comment Berlin réagira. Ce sera un vrai test pour l’avenir de l’Europe en tant qu’Europe, en tant que puissance européenne.  
Je ne comprends vraiment pas que cette info ne fasse pas les manchettes de la presse européenne qui n’y consacre que des entrefilets. J’ai téléphoné comme un dératé à tous mes amis économistes. Ils n’en démordent pas : si Ursula obtient le feu vert pour faire ce qu’elle annonce il devient possible d’imaginer un New Deal/green Deal  rooseveltien pour l’Europe. Un plan Marshall sans Marshall et surtout sans l’oncle Sam en larguant l’Amérique trumpienne qui refuse de se donner un nouveau capitaine de la trempe d’Elizabeth Warren. Fini alors l’ugly néo libéralisme Reaganien/thatchérien prônant la dérégulation et le rabotage des dépenses publiques de santé enseignement, transports etc. Au revoir Herr Hayek ,et Schumpeter et good morning mister Keynes. Je rêve éveillé. Le confinement me monte à la tête. Allez savoir. Il est temps que l’Europe reprenne le leadership et se remette à produire européen, en  commençant par fabriquer des masques sanitaires  et des respirateurs en masse, à construire de nouveaux hôpitaux, à robotiser de nouvelles usines pour ne plus être à la merci d’une épidémie qui cloue les travailleurs à la maison. Il est urgent de ressusciter un service public digne de ce nom. C’est le message des gilets jaunes. On exiges des soins de santé de qualité et une école performante  qui forme des citoyens européens critiques et créatifs animés d’un vrai esprit civique et d’un tempérament solidaire. 
« Il faudra renouer avec la vision d'une économie sociale et décente »
« L'épreuve que vivent les sociétés démocratiques européennes dans ce combat contre l'épidémie peut-elle redonner le sens du bien commun, négligé depuis plusieurs années, aux citoyens ? » ( Le Vif, cf article)
Faites nous donc rêver Ursula et dites nous-que tout ça  redevient vraiment possible et on supportera tout: le confinement, les privations d’autonomie, le manque de sommeil, l’angoisse du corona et on affrontera à cœur vaillant la montée des périls.
MG


DONALD TUSK FUSTIGE LE COMPORTEMENT DES PAYS EUROPEENS FACE AU CORONAVIRUS: "CELA NE FONCTIONNERA PAS A LONG TERME" 

Le chef du Parti populaire européen (PPL) et ex-président du Conseil européen Donald Tusk a dénoncé les comportements "nationalistes" des Etats membres de l'UE dans la lutte contre le coronavirus, prônant davantage de coopération dans une interview publiée samedi en Pologne.
L'ancien Premier ministre polonais a commenté dans le journal Gazeta Wyborcza les opinions formulées de part et d'autre sur la faiblesse de la réponse européenne face à l'épidémie.
Mercredi, en esquissant son programme de soutien à l'économie polonaise, le Premier ministre conservateur Mateusz Morawiecki avait reproché à l'UE de ne pas ouvrir de nouveaux fonds d'aide et de ne "pas réagir aussi vite que les Etats nationaux, que la Pologne".
"Il faut faire la différence entre les faits et une propagande anti-UE. Il y a des années, ce sont les Etats membres qui ont décidé de laisser les questions de la santé dans la compétence des gouvernements nationaux", a souligné M. Tusk, confiné à Bruxelles.
Selon lui, il ne s'agit ni de faiblesse de l'UE, ni d'un manque de moyens, mais de "la réticence des pays membres à mettre en place une stratégie, des procédures et des normes communes", alors que "les solutions nationales étatiques ne fonctionneront pas à long terme (car) le virus est cosmopolite".
"Nous avons besoin de l'Union européenne comme jamais auparavant, une UE plus unie, pourvue de davantage d'instruments et de pouvoir", a-t-il insisté, tout en prônant la sauvegarde des valeurs démocratiques au moment où se dessine à l'horizon "une crise sociale".
Cette crise "risque de frapper l'essence même de l'Occident, la liberté et l'indépendance de l'individu, mais aussi les valeurs de l'UE: solidarité, ouverture, tolérance, marché libre".
Il a rappelé que le prochain sommet du Conseil européen devra décider des finances de l'UE pour les temps de la pandémie.
"L'Europe sera prête à de grands compromis mais cela demande une pleine harmonie et l'abandon de la pensée nationaliste", a-t-il estimé.
Par ailleurs, M. Tusk a critiqué l'obstination du parti conservateur nationaliste au pouvoir en Pologne à maintenir le premier tour de l'élection présidentielle le 10 mai prochain.
"Au mois de mai, nous allons vivre la situation de pandémie. Seul un fou ou un criminel pourrait proposer aux gens d'aller alors dans les bureaux de vote", a estimé M. Tusk.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ET POURQUOI N’EST-CE PAS CHARLES MICHEL QUI FAIT LE JOB



Crise du coronavirus: vers un retour en grâce du bien commun ?

• Source : Le Vif/L'Express 
 Gérald Papy 
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Pour le sociologue français Patrick Pharo, un regain durable du souci de l'intérêt général, qui prévaut dans la crise du coronavirus, dépend de la restauration de l'Etat social et de la responsabilité des entreprises.
 La sollicitude actuelle des gouvernements européens envers le secteur de la santé tranche avec les mesures d'économie qui lui ont été imposées ces dernières années, notamment en France.  
Patrick Pharo énonce une remarque préalable : " On est tellement habitués à voir des films de science-fiction et des images qui nous paraissent irréelles parce que lointaines qu'on a du mal à réaliser que nous avons plongé dans un film de science-fiction dont on ignore encore la fin... ". Auteur de Eloge des communs (1), le chercheur en sociologie morale analyse l'impact du bouleversement de notre mode de vie sur la perception future de la notion de bien commun. 
En prenant des décisions importantes pour lutter contre l'épidémie de coronavirus, les gouvernements français et belge remplissent-ils les missions d'un Etat du bien commun ? 
La santé est clairement un bien commun et, face à une crise sanitaire majeure, aucun Etat ne peut se dérober à ses obligations de bien commun. Toutefois, les stratégies actuelles résultent du mixage d'une parole politique largement désorientée et d'une parole scientifique qui comporte encore beaucoup d'incertitudes. On ne saura donc qu'après-coup ce qu'il en a été du bien commun dans les politiques suivies. En France et en Belgique, par exemple, la stratégie n'est plus d'empêcher la propagation du virus qui, aux dires d'un ministre français, devrait toucher à terme la moitié de la population, mais de la ralentir pour ne pas engorger les hôpitaux. On est proche ici de la stratégie d' " immunité collective " qui semble à l'oeuvre en Allemagne ou au Royaume-Uni : au-delà d'un certain seuil d'infection de la population, la contagion devrait se tarir si le virus ne peut pas se transmettre à des personnes déjà touchées. Cette stratégie est différente de celle de la Chine, confinement drastique et brutal des zones touchées, ou de la Corée du Sud, ciblage très précis et intrusif des foyers d'infection pour empêcher la propagation - avec néanmoins des risques de rebond lorsque le virus réapparaît dans des zones non touchées. En dehors même du repoussoir que constituent les méthodes de la dictature chinoise, les différentes stratégies sont toutes, à des degrés divers, liberticides. Elles se justifient néanmoins par la nécessité communément admise de surmonter la pandémie, mais aussi d'assurer la continuité de la vie économique. Or, c'est justement sur le plan économique que resurgiront inévitablement les questions et controverses au sujet du bien commun, lorsque les frustrations et les souffrances endurées pendant la crise s'ajouteront au fond de rancoeur et de méfiance qui s'est si souvent exprimé ces dernières années face à la spéculation financière, aux politiques d'austérité, au détricotage de l'Etat social ou à la catastrophe écologique en cours. Le bilan final de l'épidémie sera sans doute difficile à tirer. Mais son traitement contribuera d'autant mieux au bien commun qu'il aura été l'occasion d'un examen de conscience et d'une remise en question des politiques néoconservatrices qui ont si longtemps désarmé les institutions publiques. 
Ce sont plutôt les gouvernants qui se sont éloignés du bien commun. 
Vous écrivez que, de manière générale, "la sollicitude publique est particulièrement présente dans le domaine de la santé", notamment en matière de prévention. Ce constat facilite-t-il le respect de décisions très directives ? 
En affichant son souci de la santé publique et de la prévention du malheur, n'importe quel gouvernement joue, si l'on peut dire, " sur du velours ", puisque ce sont là des préoccupations cruciales pour n'importe qui. On peut donc supposer qu'au moins dans un premier temps, les injonctions de plus en plus directives des autorités seront acceptées, sinon réellement suivies. Le vent de panique entretenu par les annonces officielles sur la dangerosité de l'épidémie peut aussi contribuer à cette acceptation. Et on peut encore ajouter la solidarité avec le personnel soignant qui souhaite désespérément un étalement de l'épidémie pour ne pas être débordé par un afflux brutal de malades. Toutefois, pour que la confiance soit durable, il faudrait qu'il n'y ait pas trop d'écart entre la sollicitude affichée et la réalité de l'effort consenti pendant, mais aussi avant et après la période de crise. Le fait est, par exemple, que les hôpitaux publics français sont aujourd'hui d'autant plus engorgés qu'on leur a appliqué depuis des années des mesures sévères d'économie et de réorganisation qui ont mis à rude épreuve le personnel soignant. De même, les pharmacies sont en rupture de stock de matériel de prévention parce que les délocalisations industrielles ont anéanti certaines capacités productives locales... L'effort des habitants pour faire face au confinement est soutenu aujourd'hui par la promesse officielle de relancer l'économie " quel qu'en soit le coût ". Mais cette promesse rompt avec des années d'affirmation, le coeur sur la main, qu'il est économiquement impossible d'augmenter les financements publics, de satisfaire les revendications des salariés ou de maintenir en l'état les systèmes de retraite ou d'aide sociale. Comme l'ont noté beaucoup d'observateurs, ce retour de l'Etat régulateur et garant du bien commun impliquerait une profonde conversion du regard des dirigeants économiques, qui risque de faire défaut au moment de la sortie de crise, à moins qu'elle soit soutenue et imposée par une expression démocratique forte. 
Les stratégies face au coronavirus conjuguent une " parole politique désorientée " (Emmanuel Macron) et " une parole scientifique avec beaucoup d'incertitudes ". 
Faut-il craindre ou se réjouir du renforcement d'un " maternalisme politique " qui gouvernerait les conduites ? 
Contrairement au paternalisme, qui est un autoritarisme fort recommandant le bien tel qu'il est vu par la partie forte sous peine de coercition, le maternalisme est un autoritarisme doux qui prétend exprimer si bien l'intérêt de la partie faible qu'il n'a pas besoin de recourir à la coercition. En temps normal, le maternalisme peut sembler préférable au paternalisme car il a au moins le mérite d'attirer l'attention sur les besoins et les sentiments de la partie faible. Cela étant, la crise épidémique est une occasion de découvrir des effets pervers du maternalisme lorsque, par exemple, les plus de 70 ans peuvent avoir le sentiment d'être traités comme de nouveaux intouchables du fait de leur vulnérabilité, ou que des plus jeunes intériorisent une peur panique de devenir le vecteur de la maladie d'autrui. On peut aussi constater que la coercition, fût-ce pour la bonne cause, reste toujours un horizon possible de la gestion officielle des conduites, puisque dans un nombre croissant de pays, la police et l'armée sont appelées à imposer un confinement transgressé par l'insouciance publique, sévèrement jugée. 
L'épreuve que vivent les sociétés démocratiques européennes dans ce combat contre l'épidémie peut-elle redonner le sens du bien commun, négligé depuis plusieurs années, aux citoyens ? 
Je ne pense pas que le sens du bien commun ait été perdu par les citoyens qui, sans même parler des dons, activités caritatives ou associatives, n'ont jamais cessé d'honorer fidèlement leurs fonctions sociales dans tous les secteurs économiques, et en particulier la santé et l'éducation publique, si mal traitées par certains Etats européens. Ce sont plutôt les gouvernants qui, pour des raisons philosophiques et politiques que j'analyse dans le livre, se sont éloignés du bien commun en rompant avec la vision de l'Etat social qui avait inspiré la résistance au nazisme et fondé les plans de reconstruction d'après-guerre. La réaction idéologique à la propagation des idées socialistes et aux mouvements de contestation des années 1960 a eu en effet des conséquences calamiteuses en posant la suprématie de l'investissement créateur d'emploi et de croissance sur toute autre considération sociale ou écologique. Pour renouer avec les obligations du commun, il faudrait donc d'abord renouer avec la vision d'une économie sociale et décente. Cela passe, à mon avis, par un retour de l'Etat social pour réguler et orienter l'économie, ce qui n'implique pas forcément un ultradirigisme. Les recherches contemporaines sur les communs montrent en effet que les ressources communes ne sont jamais mieux gérées que par ceux, propriétaires ou non, qui les utilisent. 
En affichant son souci de la santé publique, n'importe quel gouvernement joue "sur du velours". 
Selon vous, les libertés individuelles appartiennent au bien commun. N'y a-t-il pas une contradiction à les réduire au nom de la recherche de ce même bien commun ? Y a-t-il une hiérarchie entre ses composantes ? 
Bien sûr, c'est une contradiction manifeste ! On est un peu abasourdi aujourd'hui par la facilité avec laquelle un Etat libéral et démocratique peut imposer des restrictions inouïes de mouvement et de contact aux populations. On découvre aussi, dans le cas de la Corée du Sud, avec quelle facilité les données personnelles collectées par les plateformes informatiques, et qui sont censées être protégées, peuvent être utilisées par les pouvoirs publics au nom de la préservation de la santé publique. L'ordre des composantes du bien commun dépend bien sûr de la situation, et clairement aujourd'hui, c'est la crise sanitaire qui prend le pas sur tout le reste, ce qui, encore une fois, semble justifier l'obéissance. Mais les libertés individuelles, qui ne sont pas toutes aussi bonnes les unes que les autres, sont des communs qu'il faut absolument préserver. Comment les habitants vont-ils, dans l'après-crise, réagir à ces atteintes à leurs libertés ? C'est la principale question de l'histoire à venir. 
Le bien commun, vu d'Italie 
" Pourquoi l'Europe ne s'est-elle pas chargée de mettre en place un plan de production commun des équipements élémentaires, tels que les masques et les gants [...] ? " 
Gianluca Di Feo, rédacteur en chef de La Repubblica, dans Le Figaro. 
" Nous autres, Italiens, avons un sens du civisme peu prononcé. Nous préférons que les choses nous soient imposées, car, ainsi, nous avons tendance à mieux les comprendre. " 
L'écrivain Roberto Ferrucci dans Le Monde. 
" Que se serait-il passé si le fléau avait éclaté en Calabre ? [...] Dans ce cas, le nord se serait barricadé contre le sud, sans changer de mode de vie. Et la réponse de Rome aurait été moins audacieuse. Et sans doute pas nationale. " 
Valérie Segond, journaliste correspondante en Italie, dans Le Figaro. 
 (1) Eloge des communs, par Patrick Pharo, PUF, 278 p. 

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