mardi 17 mars 2020

Le coronavirus et l'enfermement progressif du monde



France Culture

La pandémie pousse les gouvernements du monde entier à accélérer la mise en place de mesures de confinement et de "distanciation sociale"... quitte à ériger la défiance de l'autre et l'égoïsme comme modèle de survie ?
Un monde qui se barricade, chacun chez soi ; c’est le résumé qu’en fait Der Spiegel en Allemagne, nous annonçant parmi les dernières nouvelles de la nuit qu’un nouveau continent est en train de se replier sur lui-même : l’Amérique Latine. Hier soir les présidents du Pérou, de l’Argentine, du Panama et du Honduras ont décrété la fermeture de leurs frontières nationales pour ralentir, faut-il le préciser, la propagation du coronavirus.
Et pourtant, « ça ne sert plus à rien d’ériger à nouveau des frontières en Europe et ailleurs », professe Steven Erlanger dans le New York Times, puisque de toute façon « le mal est déjà parmi nous », le ver est déjà dans le fruit.
En parlant de fruit, j’apprend cette fois dans le New York Post que ça y est, grande étape franchie, la "grosse pomme" et son maire Bill de Blasio viennent d’ordonner la fermeture au public des bars et restaurant de New York : ils leur est donné pour consigne de ne plus faire que de la vente à emporter ou en livraison, et c’est tout d’un coup "la vie nocturne new-yorkaise qui s’éteint" face au coronavirus.
« Des rues qui se vident et des vies comme mises en suspens », voilà comment The Washington Post décrit ce triste visage qu’offre notre planète en ce lundi matin. Le quotidien de la capitale américaine illustre cet état des lieux avec un portfolio de l’absence qui nous emmène de Miami à Milan, en passant par  Séoul, Austin Texas et Yokohama. 
Rues désertées, vies suspendues : qu’on se le dise, la nouvelle frontière du Covid19 n’est déjà plus administrative, elle est sociale. 
Le « social distancing », la distanciation sociale comme arme de lutte contre la pandémie, voilà un sujet qui fait débat dans les journaux à travers la planète.
S’isoler, refuser tout contact physique et donc renoncer à l’essentiel de sa vie sociale pour faire barrière au virus, c’est ce que préconisent nos gouvernements, et dans un article du Guardian daté d’hier, on constate que chacun a sa manière de faire face à l’impératif de confinement : le quotidien britannique a interrogé des new-yorkais, plutôt jeunes et plutôt habitués à sortir entre amis, et entre ceux qui prévoient de ranger leur appartemment du sol au plafond, et ceux qui ont fait des stocks de livres à lire, de matériel de peinture ou même de bouteilles de vins à boire dans des soirées dégustation collectives à distance… on ne se laisse clairement pas abattre. Enfin tout de même cette voix dissonnante, entendue sur un trottoir du Queens, d’une jeune femme qui nous dit tout simplement que s’il faut juste « rester enfermé chez soi, à avoir peur de tout et à suspecter tout le monde à commencer par ses voisins », alors… et bien alors « ce n’est pas une vie ».
Pire même, selon Nicole Karlis du site d’opinions américain Salon, "les mesures de distanciation sociale, si elles sont mal menées et comprises dans le sens d’un repli sur soi strict, peuvent nous faire courir de plus grands risques encore face à la pandémie, car elles nous rendent vulnérables". La journaliste américaine fait un parallèle avec l’autre grand traumatisme collectif du 11 septembre 2001 : elle se rappelle à quel point cette tragédie avait généré des actes spontanés d’altruisme, d’entraide, de solidarité désintéressée qui avaient alors permis à la société américaine de faire corps, de se relever. Même chose après l’ouragan Kathrina en Louisiane en 2005.
Aujourd’hui face à la pandémie, on nous demande de mettre de la distance avec l’autre pour le protéger mais surtout pour nous protéger… avec un arrière-goût d’individualisme survivaliste : on pense à notre propre survie avant celle des autres. C’est humain, mais c’est dangereux, avec le risque de voir l’égoïsme l’emporter au niveau individuel comme national.
Trump a demandé à un laboratoire un vaccin exclusif pour les États-Unis
Et s’il est encore besoin de vous en convaincre, alors lisez cette enquête publiée hier par l’édition dominicale de Die Welt en Allemagne. Où l’on apprend que Donald Trump a tenté moyennant énormément d’argent d’acheter à un laboratoire médical germano-américain l’exclusivité d’un vaccin anti-Covid 19 encore en phase de test. 
Le président américain était donc prêt à priver le monde d’un remède pour le réserver à sa seule population. La Maison Blanche s’en est défendue hier soir,mais le gouvernement allemand a confirmé les informations de Die Welt selon lesquelles Berlin a du mettre son poids (et des contre-propositions financières) pour que le labo en question ne cède pas aux sommes d’argent promises par Trump. 
Tout de même, « le capitalisme a des limites », s’est indigné le spécialiste santé du SPD social-démocrate. Voilà qui mérite d’être rappelé en ces temps d’absolue mise en concurrence. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CACOPHONIE EUROPEENNE

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés.

Comment ne pas entendre ceci résonner aujourd’hui dans nos crânes vides comme ce puissant coup de gong de la « Rank Organisation » assené dans les salles obscures  de notre enfance par un hercule de foire au puissant torse huilé. Sommes-nous seulement sortis du mythe de la caverne ?
Malades, nous le sommes tous à des degrés divers, dépressions saisonnières,  burn-outs professionnels, spleen hivernal, migraines ou céphalées… On souffre tous d’une petite grippe espagnole ou asiatique, voire de cette peste virale, pandémique qui tous les deux ou trois siècles  surprend l’ensemble des hommes et des femmes et laisse pantelante une humanité tellement lasse de vivre. 
Un mal qui répand la terreur, mal que le Ciel en sa fureur inventa pour punir les crimes de la terre. 
Tu ne feras pas, dit le Coran, dégât sur terre. Mais lequel d’entre nous a seulement lu ce texte si singulier, à défaut de l’entendre. Les hommes, dit-il encore sont des scélérats quand ils s’égarent de la voie de rectitude n’écoutant que la voix des maîtres d’illusion  et des instigateurs sournois.
Ce formidable coup de gong soudain nous sort d’un somnambulisme collectif de morts vivants : « nous sommes en guerre ! »
«Nous sommes en guerre, une guerre sanitaire, certes. Nous ne luttons ni contre une armée ni contre une Nation. Mais l'ennemi est là, invisible et insaisissable, et il progresse. Nous sommes en guerre.
Beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées, seront remises en cause. Le jour d'après ne sera pas un retour au jour d'avant. 
Hissons-nous à la hauteur du moment dira encore le président des Français sans vareuse militaire ni képi à deux étoiles.
Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
Oui nous avons tous et chacun d’entre nous fait dégât sur notre bonne terre nourricière. Gaia se venge de l’audacieux Prométhée, provoquant le naufrage de son formidable paquebot à nom de Titan.
Le paquebot Terre a heurté l’iceberg nommé Hubris. 
Il se dit que le commandant de bord aurait oublié ses jumelles à terre.
MG

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