lundi 9 mars 2020

Naissance du Collectif Laïcité Yallah à Bruxelles


FIL D'ARIANE

"Je veux l’État laïque, exclusivement laïque…, je veux ce que voulaient nos pères, l’Église chez elle et l’État chez lui." Victor Hugo

Composé exclusivement de militants d’origine musulmane (maghrébins, iraniens, albanais et turcs), le Collectif Laïcité Yallah (CLY) est né le 12 novembre 2019 à l’initiative du Comité d’Action Laïque de Bruxelles afin de fédérer les citoyens belges de culture musulmane. 
Il a organisé sa première conférence de presse le 5 mars 2020 dans les locaux de l’espace Magh, en plein centre de la capitale belge, en présence de ses membres fondateurs. 
Attachée viscéralement à la laïcité, Djemila Benhabib, auteur de nombreux opus dont « Ma vie à contre Coran », s’est affublée des habits que nous lui connaissons depuis toujours, ceux d’une vision universaliste de la laïcité. Elle a d’emblée indiqué 
« que contrairement aux communautaristes de tout bord, elle ne se plaçait pas sur le terrain de la victimisation mais sur celui du combat pour une égalité de droits et de devoirs en dehors de toute conception ethnique ou religieuse.
Que ce soit en Belgique, en France ou dans d’autres pays européens, le communautarisme a fait son apparition depuis quelques dizaines d’années. 
Le résultat est visible : délitement de la courroie qui lie les citoyens et une désagrégation du contrat social. A cela s’ajoute une montée de la xénophobie, de 
l’antisémitisme, de l’homophobie et du racisme avec une forte progression de l’extrême-droite.
Il faut combattre les courants qui victimisent à outrance et qui infantilisent les 
citoyens d’origine musulmane et qui encouragent le repli identitaire. 
Il faut absolument déconstruire ces discours qui assignent les citoyens suivant leur origine ou suivant leur religion. »
Soade Cherifi, enseignante et coach, a mis en exergue son propre parcours professionnel en indiquant qu’elle avait subi, dans les écoles où elle avait travaillé, le sectarisme d’un islam qui excluait, un islam qui rejetait et qui n’avait rien à voir 
avec celui, tolérant et ouvert de ses propres parents. 
C’est dans ces circonstances qu’elle avait pris les pleines mesures d’une idéologie paternaliste qui infantilise les femmes et qu’il conviendrait de combattre par tous les moyens légaux. Ce qui a frappé cette enseignante, c’est l’insistance des jeunes 
élèves qui demandaient de l’aide du fait que les radicaux de l’époque insistaient pour que le voile soit désormais la norme.
Le chef d’entreprise Abdel Serghini a insisté quant à lui sur un constat : 
l’évolution des populations installées dans les pays occidentaux est conforme à ce qu’il a observé naguère dans son pays d’origine – la salafisation des esprits. 
Sauf que, contrairement à ce qui semble couler de source et qui ne fait pas la une des journaux, il y a énormément de musulmans attachés à la laïcité, mais ce sont les obscurantistes qui font le plus de bruit. 
Jamila Si M’Hammed, psychiatre et présidente de la section belge de Ni putes ni soumises, invite l’ensemble des laïques de culture musulmane à se réunir pour faire entendre leurs voix. Ces derniers doivent avoir une attitude active qui leur permettrait
 de sortir du cycle de la victimisation. Le seul fait, pour ces citoyens, de se réunir autour de ces références instaurera un socle de valeurs communes. 
Radouane El Baroudi, cameraman pour la télévision, et Kaoukab Omani, éducatrice, forts de leur investissement dans la cité, se sont demandés où se 
trouvaient les laïques de culture musulmane.
Le comédien Sam Touzani, qui joue pendant quelques jours, dans la salle de l’espace Magh un spectacle intitulé « Cerise sur le ghetto » et qui affiche tous les soirs complet, se veut à la jonction des résistances et des solidarités venues d’ailleurs. 
Il veut incarner cette liberté que lui confèrent son humanisme et le sentiment de se sentir pleinement citoyen belge. Il a insisté sur le fait qu’il combattait le phénomène de l’assignation identitaire qui fait de gros dégâts et dont on ne se rend compte que 
lorsque l’explosion a lieu. « Il faut arriver à regarder la société sous le seul prisme de la citoyenneté » a-t-il insisté.
Et de finir sur cette note d’optimisme : « Tous les jours, des combats sont menés surtout par les femmes. Et ces victoires nous permettent de prendre de la distance pour scruter la réalité et l’apprécier à sa juste mesure. »
Dans son manifeste, le Collectif Laïque Yallah stipule qu’il combat « les courants de pensée qui enferment les musulmans dans un statut de victimes, réhabilitent les « races », dénigrent l’universalisme des Lumières et s’attardent sur nos différences faisant fi de ce que nous avons en commun : notre humanité. » 
Les membres du Collectif appellent « les États européens et leurs sociétés civiles à manifester une plus grande considération vis-à-vis de leur engagement et les soutenir dans leurs actions. »
Auteur
Kamel Bencheikh


COMMENTAIRE DE DIVERCITY 
LA SALAFISATION DES ESPRITS

Nous vivons en Europe un double drame, d’une part la salafisation des communautés 
comme le montrent ces articles et d’autre part la lepénisation des esprits qui banalise
 la gangrénisation des esprits par une extrême droite qui adopte un discours soft.
Dans sa communication, le nouveau président du Belang montre  qu’il est 
déterminé à prendre le pouvoir en Flandre avec l’aide de la NVA.
L’esprit critique est plus nécessaire que jamais. Or il ne semble pas être la première
qualité d’une majorité de commentateurs.
MG 


FATIHA AGAG-BOUDJAHLAT: «IL Y A URGENCE A CLARIFIER la signification du voile»

plus.lesoir.be

Fatiha Agag-Boudjahlat: «Il y a urgence à clarifier la signification du voile»

Dans « Combattre le voilement », cette professeure française dénonce :
 « Le voilement s’est maintenant banalisé et s’inscrit dans le paysage ordinaire. 
Même la burqa n’étonne plus. »

Par Marianne Grosjean (La Tribune de Genève)


Dans son dernier essai, Fatiha Agag-Boudjahlat, enseignante d’histoire-géographie 
dans un collège à Toulouse, développe les idées déjà amorcées dans son premier ouvrage, Le grand détournement. Elle expose la curieuse façon dont le féminisme dit intersectionnel, en ce qu’il entend combattre toutes les discriminations à la fois, revendique la même chose que les militants islamistes les plus rétrogrades.

L’auteure de 40 ans s’inquiète des visuels féministes à la mode représentant une femme
 voilée comme étant émancipée, qui contribuent selon elle à « idéaliser une pratique 
rigoriste de l’islam comme pratique ordinaire et comme identité ethnique : 
une femme orientale est une femme musulmane, et une femme musulmane authentique est une femme voilée. » Pis, ils créeraient de nouvelles « icônes, images pieuses » pour normaliser « une pratique rigoriste ». 
S’insurgeant contre le terme d’islamophobie brandi par les militants islamistes envers 
quiconque critique le voilement des femmes, elle rappelle qu’une application de la religion est un choix, contrairement à l’origine ethnique : « On peut enlever son hijab. On ne peut enlever sa peau noire ou métisse. »

« Il y a urgence à clarifier la signification du voile », poursuit Fatiha Agag-Boudjahlat, 
« parce que le voilement s’est maintenant banalisé et s’inscrit dans le paysage ordinaire.
Même la burqa n’étonne plus. 
Que les femmes fassent le choix d’adopter un signe d’orthodoxie religieuse patriarcale 
est leur droit. Mais je pense aux conséquences sur leurs enfants. 
Les garçons qui grandissent et trouvent anormales, non pieuses et non pudiques les 
femmes qui ne font pas ce choix. Les filles qui veulent plaire et ressembler à leur mère,
 et qui veulent porter le voile de plus en plus tôt, comprenant ainsi qu’elles viennent en 
second, et qu’elles sont une vulnérabilité pour l’honneur de la famille et une proie. 
Une jeune fille ne doit plus grandir en se disant que sa tenue, sa démarche, sa 
circulation justifieront qu’on l’agresse. Une femme ne doit pas avoir à être plus pure, 
pudique, vierge qu’un garçon. »

 Son livre consacre une analyse détaillée de quelques nouvelles « images pieuses » 
qui ont secoué les médias français ces dernières années. 
Mennel, la chanteuse au turban, dans l’émission « The Voice » France. 
Les « mamans voilées » des sorties d’écoles. La jeune porte-parole d’un syndicat étudiant portant le hijab. Ou encore la petite fille voilée, figure qui dérange 
« encore un peu » en France, car « l’argument du libre choix ne tient plus ». 
Fatiha Agag-Boudjahlat démontre comment toutes ces figures féminines rassurantes font oublier le projet d’islam politique porté par des « barbus rigoristes » que l’opinion publique trouverait « bien moins sympathiques ».

Et si le voile, en ce qu’il s’oppose à l’hypersexualisation de la femme, était féministe ? 
L’auteure balaie cet argument en soulignant que femme objet et femme voilée sont les 
deux facettes d’une même pièce : « L’identité et la personnalité de la femme 
disparaissent au profit de son corps, présenté, dans les deux cas, comme objet de 
désir et arme du crime. La même logique est à l’œuvre. Dans le premier cas, on dénude 
et on accentue les stéréotypes intégrant les codes de la pornographie ; dans le second, 
on prétend réagir à ces codes, qui sont la conséquence naturelle du fait même d’être 
femme. »




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