dimanche 15 mars 2020

Sophie Wilmès et son gouvernement avec des pouvoirs spéciaux: «Le sens du devoir nous anime»


Le Soir

Le gouvernement Wilmès a obtenu des pouvoirs spéciaux pour lutter contre l’épidémie. Un accord est intervenu entre dix partis pour donner le soutien d’une majorité au gouvernement fédéral actuel qui pourra recourir aux pouvoirs spéciaux pendant une période maximale de 6 mois, ont annoncé dimanche les chargés de mission royaux, Sabine Laruelle et Patrick Dewael.
La Première ministre Sophie Wilmès, qui sera désignée lundi formatrice de ce gouvernement a réagi sur son compte Twitter : « L’équipe gouvernementale en place mesure la grande responsabilité que lui confère l’accord de ce soir. Le sens du devoir nous anime. La volonté de travailler dans l’intérêt de tous les Belges également. Cette grande union est à la hauteur des enjeux du moment. »
L’équipe gouvernementale en place mesure la grande responsabilité que lui confère l’accord de ce soir. Le sens du devoir nous anime. La volonté de travailler dans l’intérêt de tous les Belges également. Cette grande union est à la hauteur des enjeux du moment. 

PAUL MAGNETTE DIT NON AU GOUVERNEMENT D’URGENCE AVEC LA N-VA
Le PS tranche : il n’y aura pas de gouvernement avec les nationalistes. Il soutiendra le gouvernement actuel de l’extérieur, depuis le Parlement. Même chose pour Ecolo, qui appelle à « l’union nationale ». Le MR est dans le ton. La N-VA se cabre : elle ne veut pas soutenir l’exécutif Wilmès.
Le PS a tranché : non, il ne montera pas dans un gouvernement fédéral d’urgence avec la N-VA. « Ce n’est pas le moment de changer les ministres. Ce qu’il faut, c’est une union nationale, une collaboration renforcée entre le fédéral et les Régions. » Donc depuis le Parlement. Paul Magnette a aussi eu des mots très durs envers la N-VA, accusée d’avoir voulu « changer de Première ministre en pleine crise », d’avoir voulu « monnayer une réforme de l’État en pleine crise sanitaire » et de « vouloir refuser de soutenir le gouvernement en affaires courantes. »
Tout cela intervient après que, ces dernières 24 heures, il était question précisément de composer un gouvernement de plein exercice associant le PS, le MR, la N-VA, le VLD, le SP.A et le CD&V. Des réunions ont eu lieu tard dans la nuit, jusqu’à 2 heures du matin.
Le scénario semblait écrit. Mais l’on a rendu compte des tensions au sein du PS. De nombreux élus et responsables ont fait savoir qu’ils n’accepteraient pas d’engager le PS dans une majorité avec les partis de la suédoise. 
De son côté, la N-VA assure maintenant qu’elle ne soutiendra pas de l’extérieur, au Parlement, le gouvernement en affaires courantes : « Ce gouvernement ne serait pas efficace », dit Jan Jambon, ministre-président flamand.
De son côté, le co-président d’Ecolo, Jean-Marc Nollet a indiqué que son groupe soutiendrait lui aussi le gouvernement en affaires courantes. « Je l’ai dit dès hier et je suis content que Paul Magnette se range lui aussi à cette option. J’appelle à l’union nationale ». Georges-Louis Bouchez, président du MR, explique lui aussi que ce n’est pas l’heure de négocier la formation d’un nouveau gouvernement


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
MAGNETTE A DIT NJET
« ON RESTE CHEZ SOI, TOUT LE MONDE A LA MAISON (TUTTI A CASA).  »  Fabrizio Bucella
« Outre la progression exponentielle qui, si elle est avérée, conduira inéluctablement à un nombre de cas très grands dans un avenir proche (800 cas lundi, 3 200 cas après 10 jours, 25 600 après 20 jours et 204 800 après 30 jours), la véritable inquiétude des autorités publiques est l'effondrement du système hospitalier »
« Un seul objectif : aplatir la courbe, soit diminuer la progression de l'épidémie afin de ne pas être submergés par un nombre de patients hospitalisés supérieur à la capacité d'absorption du système » (Prof. Fabrizio Bucella, Docteur en Sciences, Professeur à l’ Université Libre de Bruxelles)

« Plus personne n’en doute : cette pandémie aura un impact considerable sur le monde. »(Jacques Attali)
A mes filles, à mes petits enfants, nièces et neveux, à toutes mes chères amies à tous mes chers amis. A toutes mes lectrices et lecteurs,
Prenez tous bien soin de vous car ce qui nous arrive collectivement est terrifiant. De grâce ne  banalisez pas la situation. Oui je l’ai compris d’emblée et me suis fait traiter par beaucoup de pessimiste apocalyptique. Mais ce n’est que quand j’ai lu cette superbe lettre d’un professeur de physique à ses étudiants que j’ai pris la pleine mesure du drame qui est en train de se jouer et qui risque de mettre à mal la capacité de nos hôpitaux, ce qui déjà est le cas chez nos voisins italiens. De grâce limitez au maximum les contacts sociaux, il en va de la santé publique collective et de votre bien être personnel. Lisez cette lettre et efforcez vous, je vous en conjure d’en comprendre la portée dramatique.
Le gouvernement de Sophie Wilmès a pris ses responsabilités. Qu’il en soit de tout cœur remercié. Emmanuel Macron a commis l’erreur fatale de maintenir les élections municipales. Plus qu’une erreur c’est une faute qui risque fort de lui coûter sa réélection. Gageons que le second tour sera d’office reporté à plus tard. Paul Magnette a renoncé, sous la pression de ses propres partisans, à monter au fédéral avec la NVA. C’est selon nous une erreur qui se paiera en vies humaines. Nos grands hommes d’Etat nous ont habitués à conclure des compromis à la belge et non pas à se cabrer idéologiquement. Plus rien, c’est sûr, plus jamais ne sera en Belgique comme avant.
Cette crise du corona virus remet toutes nos certitudes en question et nous projette brutalement dans une ère nouvelle, celle de l’incertitude et de l’imprévisible. Il faudra s’y faire et nous aurons du mal, infiniment de mal à nous y habituer. Il s’agira en effet rien moins que d’apprendre à vivre autrement, à consommer plus sobrement à manger plus sainement, à renoncer solidairement aux excès d’un  l’individualisme insolent.  Cette crise du corona  agit comme un formidable accélérateur de particules  qui va nous précipiter dans une récession qui discrètement s’annonçait ; elle va nous faire prendre conscience brutalement de m’imminence d’une crise migratoire qui subrepticement  se prépare sur les côtes grecques, elle se manifeste déjà par un effondrement inédit des marchés et des bourses. 
Plus rien, non plus rien ne sera comme avant. C’est ce qui pousse certains à se précipiter dans les grandes surfaces sur les stocks de papier hygiénique et de boites de conserve et d’autres dans les cafés de la dernière tournée avant l’apocalypse. Réflexes idiots de moutons dignes de Panurge dictés par le désarroi et la sidération.
Ressaisissons nous, il est temps encore même si hélas il est déjà très tard. « Les temps à venir seront sombres, ne nous le cachons pas. » Fabrizio Bucella
Il n’est pas trop tard de réagir de réagir à condition de prendre chacune et chacun notre destin en main.
MG

Cela nous apprendra à prendre au sérieux la seule chose dans le monde qui est vraiment rare, qui a vraiment de la valeur : le temps. Le bon temps. Celui de notre vie quotidienne, qu’on ne doit plus perdre dans des activités futiles. Celui de notre vie personnelle, qu’on peut allonger en y consacrant plus de moyens. Celui de notre civilisation enfin, qu’on peut préserver, en cessant de vivre dans l’agitation, la superficialité, et la solitude. (Jacques Attali)

CRISE POLITIQUE : LE TOUT GRAND JOUR DES TOUT PETITS JEUX
Nicolas De Decker Journaliste Vif
Alors que la Belgique prend des dispositions inédites pour contrer l'épidémie de coronavirus qui la frappe, le gouvernement en affaires courantes a failli sauter au profit d'une alliance PS-N/VA-MR-Open VLD-CD&V. Mais Paul Magnette, rappelé à l'ordre par les siens, a changé d'avis.
Depuis jeudi que des dispositions jamais vues ont été prises pour contrer l'épidémie de coronavirus, en revanche, ce sont de tout petits jeux qui se sont joués, des calculs de notoriété et de nombre de mandats, des perspectives de gains à court terme et des humiliations de long terme.
L'idée, que beaucoup trouvent absurde vient, semble-t-il, de Bart De Wever. Elle est lancée jeudi matin, et est appuyée par les missionnaires royaux Patrick De Wael et Sabine Laruelle, dont la mission royale est censée se terminer lundi. Un gouvernement d'urgence succéderait à l'actuel exécutif en affaires courantes que dirige Sophie Wilmès afin de réduire les conséquences sanitaires et économiques dramatiques que provoquera le coronavirus.
Comme le demande, depuis le lendemain des élections, Bart De Wever. Et comme le refuse, depuis avant même ce lendemain-là, Paul Magnette.
C'est ce dernier qui a failli engager son parti dans un virage historique, dont le coronavirus aurait été, au fond, un prétexte.
Avant de se faire reprendre par certains des siens.
Elio Di Rupo, Laurette Onkelinx et Rudy Demotte étaient les plus enclins à conclure un accord. Jean-Claude Marcourt, pourtant promis à un mandat de vice-Premier, se montre le plus circonspect : "un gouvernement provisoire, ça n'existe pas : une fois installé on ne sait pas combien de temps il durera", dit-il.
Pendant ce temps, Paul Magnette et Bart De Wever négocient ensemble, et, pour la première fois, avec, vraiment, l'idée d'obtenir un accord. Ils se voient, et Paul Magnette promet de rédiger une note pour le lendemain.
Le compromis : un gouvernement d'urgence temporaire, limité à six mois, serait installé, après une brève mission de (pré)formation menée par Paul Magnette et un collègue flamand (Patrick De Wael, a priori).
L'intérêt pour le PS ? Jouer l'union nationale contre le danger mondial. Valoriser la responsabilité, au prix de la traîtrise. Les Bruxellois (Laaouej, Vervoort, Ben Hamou, Close) sont les plus dubitatifs, mais la décision est validée. 
Georges-Louis Bouchez profite de la surenchère de Bart De Wever. Puisque celui-ci se déclare candidat au 16 rue de la Loi, Paul Magnette ne peut que se montrer favorable à la prolongation du mandat de Sophie Wilmès. Un tweet du PS le confirme, samedi après-midi. Ensuite le piège s'est refermé sur Paul Magnette, forcé de défendre une forme de relance de la Suédoise... "Changer de capitaine en pleine tempête serait irresponsable", publie, samedi après-midi, le compte officiel du Part socialiste. Chez les socialistes, la résistance s'organise. De toutes les fédérations remontent des messages indignés. Des parlementaires, sur Twitter, annoncent publiquement leur opposition. À Liège dès vendredi soir, un exécutif de la fédération avait même vu Frédéric Daerden et Jean-Claude Marcourt, pour une fois, partager la même opinion. Les Jeunes Socialistes se déchaînent. La FGTB que dirige Robert Verteneuil est en colère, écrit Le Soir.
Le bureau censé valider le "coronavirage" socialiste, dimanche matin, est convoqué dans la confusion la plus complète. 
LA NUIT TERRIBLE DE PAUL MAGNETTE
La nuit est terrible pour Paul Magnette, qui négocie avec les autres présidents jusqu'à 2 heures du matin, mais qui reçoit ensuite, de plein fouet, les récriminations de camarades de tous les étages de son parti, de la base à son sommet.
La mutinerie est si puissante que Paul Magnette change d'avis.
Paul Magnette y explique que le PS soutiendra le gouvernement depuis l'opposition, et laissera Sophie Wilmès et son équipe gérer la crise en affaires courantes.
Et il se prépare à communiquer.
Les rebelles de la nuit sont soulagés, et les enthousiastes de la veille sont priés de se taire. L'annonce est faite sur RTL par Paul Magnette. Il profite de son talent d'orateur. "Le voir défendre chez Deborsu avec une telle conviction le contraire de ce qu'il a défendu pendant trois jours, franchement, c'est une performance exceptionnelle !", résume un membre du bureau soulagé.
La N-VA, elle, s'isole. Jan Jambon estime qu'un gouvernement en affaires courantes, même soutenu par l'opposition, ne serait pas efficace. Les jours qui ont précédé lui donnent pourtant, jusqu'à présent, factuellement tort.
Paul Magnette a failli tout perdre, mais n'a rien perdu, sauf une très large partie de son autrefois très large soutien interne.
Qu'Ecolo n'avait rien à perdre et n'a rien perdu.
Et ainsi que tout va presque bien pour presque tout le monde.
Presque comme si une épidémie jamais vue dans l'histoire récente ne frappait pas la Belgique. 

SP.A-VOORZITTER CONNER ROUSSEAU IS NAAR EIGEN ZEGGEN ‘GEDEGOUTEERD’ over de gang van zaken bij de federale formatiegesprekken. “Terwijl mensen vechten voor hun leven en mensen vechten voor de levens van andere, vechten sommige politici enkel voor zichzelf of voor hun partij. Ik ben gedegouteerd”, laat hij via Twitter weten.


LA COURBE EXPONENTIELLE DE L'EPIDEMIE DE CORONAVIRUS EXPLIQUEE PAR UN PHYSICIEN
Carte blanche in le Vif
Privé de donner cours à ses étudiants de l'Université Libre de Bruxelles, ce professeur de physique a écrit une lettre à ses étudiants qui lui "manquent déjà".
Chères Étudiantes, Chers Étudiants,
Les bars, restaurants, boîtes de nuit sont fermés, comme les magasins le week-end, jusqu'aux écoles et aux universités suspendant tous leurs cours, séminaires et travaux pratiques. Il s'agit d'une nouvelle mesure de distanciation sociale dont le but est de ralentir autant que faire se peut l'épidémie de la maladie COVID-19.
En effet, le coronavirus se propage par contact interindividuel direct et non par le biais d'un vecteur tel un moustique. Dans un tel cas, les modèles théoriques sont formels : limiter les interactions, les contacts, les rencontres entre les personnes permet de ralentir la propagation. Il s'agit donc d'une mesure de santé tant individuelle (vous avez moins de chance de contracter la maladie) que collective (celle-ci a moins de chance de se propager dans son ensemble).
N'ayant plus la possibilité de vous donner cours physiquement, je vous fais suivre quelques données mises à jour et des éléments de réflexion.
En vérité, la seule véritable information accessible est la courbe épidémique qui reporte le nombre de cas détectés en fonction des jours écoulés. Celle-ci permet d'estimer le temps de doublement, soit la durée pour que le nombre de cas soit multiplié par deux.
Rappelez-vous les cours du premier quadrimestre, le bon vieux temps (je sais c'est déjà loin) : nous avions déjà abordé des croissances exponentielles et en particulier les suites géométriques de raison 2 (dont le terme double à chaque itération), avec les histoires rocambolesques de la légende de Sissa (*), l'inventeur du jeu d'échecs ou bien de l'affaire Charles Ponzi, le petit malhonnête qui vous promettait de doubler le capital investi tous les mois, l'arnaque s'effondra après 7 mois (7 périodes de doublement).
Le problème avec les croissances exponentielles est que nous n'avons pas une bonne perception des choses, l'être humain préférant de loin les phénomènes linéaires.
Prenons un point de départ facile à retenir. Le nombre de cas répertoriés en Belgique le dimanche 8 mars était de 200. La courbe épidémique en Italie semble indiquer un temps de doublement compris entre 3 et 4 jours. Nous devions avoir environ 400 cas mercredi 11 mars (annonce journalière du vendredi matin), car la durée depuis dimanche aura comptabilisé 4 jours : lundi, mardi, mercredi et jeudi. Le nombre de cas fut de 399, tout à fait dans les clous des prévisions. Si la croissance est bien celle évoquée, le nombre de cas lundi prochain (annonce de mardi matin) sera environ de 800 (4 jours depuis jeudi : vendredi, samedi, dimanche et lundi).
Il est à noter que, même en Italie, les physiciens théoriciens analysant les équations épidémiques et la courbe de la maladie ne sont pas encore tout à fait certains qu'il s'agisse d'une progression exponentielle. Ils ne peuvent exclure qu'elle soit linéaire. À la vérité, nous ne le saurons qu'après l'épidémie, quand nous aurons la courbe complète (avec la progression, le pic et le reflux).
La seule chose que nous puissions affirmer est que les données empiriques sont compatibles avec une progression exponentielle tant en Italie qu'en Belgique. Ce débat est plutôt d'ordre théorique, comme nous le verrons juste après.
Outre la progression exponentielle qui, si elle est avérée, conduira inéluctablement à un nombre de cas très grands dans un avenir proche (800 cas lundi, 3 200 cas après 10 jours, 25 600 après 20 jours et 204 800 après 30 jours), la véritable inquiétude des autorités publiques est l'effondrement du système hospitalier. Il suffit d'une petite proportion des malades nécessitant une hospitalisation pour que les hôpitaux soient débordés. En Italie, au moment de la fermeture du pays (lockdown), on dénombrait 12 462 cas recensés et 5 838 hospitalisations, principalement pour des syndromes respiratoires aigus et sévères, la maladie COVID-19 étant provoquée par un virus de la famille du SRAS.
Les 5 832 hospitalisations italiennes concentrées dans les régions septentrionales ont conduit le système hospitalier au bord de l'implosion. Cela a justifié la mise en quarantaine généralisée de tout le pays depuis la semaine écoulée avec des restrictions drastiques aux libertés individuelles : aucun déplacement autorisé, fermeture des bars et restaurants et de tous les magasins, seuls les pharmacies, magasins d'alimentation et marchands de journaux restant ouverts, aucune activité collective, restriction des transports en commun et des activités productives, promenades très limitées, pratique du sport même solitaire en plein air interdite, pas de visite à la famille et aux amis, plus de dîner sympathique à la maison avec quelques potes pour refaire le monde. En bref et en résumé : on reste chez soi, tout le monde à la maison (tutti a casa).
Il y a donc deux courbes à surveiller, celle des cas totaux et celle des cas hospitalisés. La mauvaise nouvelle est que ces courbes se suivent (le site le plus complet et le plus clair concernant le cas italien).
Les mesures de distanciations sociales déjà prises en Belgique et celles qui ne manqueront pas d'être prises dans les jours qui viennent, visent tout un seul objectif : aplatir la courbe, soit diminuer la progression de l'épidémie afin de ne pas être submergés par un nombre de patients hospitalisés supérieur à la capacité d'absorption du système
Voilà une application un peu impromptue, mais non moins intéressante de votre cours de mathématique et physique dans notre faculté.
N'hésitez pas à me revenir si l'un ou l'autre de ces points ne devait pas être tout à fait clair ou si vous avez d'autres questions.
Si vous me le permettez, je terminerai par un message plus personnel. Nous nous en sortirons grâce à une mobilisation de l'ensemble de la population du simple quidam aux plus hautes autorités. Au moment d'écrire ces lignes, les mesures individuelles restent les classiques : lavage régulier des mains, mouchoirs en papier à usage unique, éternuement dans le coude, pas de poignées de main ni d'embrassade, distance de sécurité de 150 centimètres. Elles viennent d'être complétées de la recommandation suivante : rester à la maison 7 jours même en cas de simple rhume, et ce dès les premiers symptômes.
Quand on parle du lavage des mains, cela prête à sourire, je le répète à ma nièce depuis des années et elle a neuf ans. Malgré son côté un peu "grand-mère", passez-moi l'expression, la mesure est tout à fait efficace, elle vous protège vraiment contre le virus. Comptez le nombre de fois que vous vous lavez les mains sur la journée, si vous n'arrivez pas à 10, vous pouvez mieux faire. Votre santé le vaut bien et celle des personnes chère à votre coeur.
Concernant les mesures collectives, celles venant d'être prises sont qualifiées de fortes, car ce sont les toutes premières, il est possible qu'elles ne suffisent pas. Surveillez la courbe épidémique, vous saurez rapidement si nous nous dirigeons vers un scénario à l'italienne dans les prochains jours.
Il y a bien entendu un risque à courir après l'épidémie avec des contraintes qui arrivent toujours un peu trop tard, mais lesdites mesures de distanciation sociales sont très couteuses à prendre. Il y a la peur d'en faire trop et de créer un sentiment de panique. De plus, les décisions doivent être acceptées par les citoyens afin d'être concrètement mises en oeuvre, car l'Etat n'a pas la capacité de coercition nécessaire pour forcer l'ensemble des habitants à les suivre (en Italie, des peines d'emprisonnement sont prévues pour qui ne respecte pas les mesures de confinement, mais leur existence revêt de l'ordre du symbole, les représentants de l'État ne pouvant surveiller que chaque citoyen reste bien calfeutré à la maison).
Les temps à venir seront sombres, ne nous le cachons pas. Déjà dans notre université toutes les activités étudiantes intra et extra-muros ont été interdites, les cours ex cathedra, séminaires et travaux pratiques sont suspendus. Il n'est pas impossible que l'ULB ferme ses portes totalement. Vous avez maintenant cours grâce à l'Internet (oui je sais, on ne dit plus "l'Internet", j'assume mon âge), mais perdrez la joie du contact humain, de retrouver vos camarades, de discuter avec vos professeurs, de la vie étudiante enfin.
De notre côté, en tant qu'enseignants, ce ne sera pas beaucoup plus drôle. Ce qui me fait me lever le matin est la joie de préparer les leçons et puis de les donner, de retrouver vos questionnements, vos sourires et vos blagues presque aussi foireuses que les miennes.
De nature optimiste, je ne cède pas au fatalisme. Il est une loi qui n'a jamais été falsifiée : après la pluie vient le beau temps. La probabilité de cette prévision est de 1, elle est donc toujours vraie, quand bien même la pluie dure un peu.
Je ne doute pas que nous aurons l'occasion de partager une et deux bonnes bières au soleil, quand cette affaire sera derrière nous. Ce sera ma joie de vous les offrir !
Si nous ne nous voyons pas de sitôt, sachez que vous me manquez déjà.
Très affectueusement,
Prof. Fabrizio Bucella,Master en Physique, DEA en Sciences, Docteur en Sciences,Professeur des Universités,Université Libre de Bruxelles
(*) La légende de Sissa raconte que l'inventeur du jeu d'échecs aurait demandé pour prix de son idée, un présent particulier. Celui-ci sembla très simple à l'empereur de l'époque dont j'ai oublié le nom si je ne l'ai jamais su. Sissa, c'est l'inventeur, suggéra de disposer un grain de riz sur la première case du jeu d'échecs, puis deux sur la deuxième case, quatre grains sur la troisième, 8 sur la suivante... Comme cadeau, il se serait contenté de recevoir le nombre de grains de riz posés sur la dernière case (un jeu d'échecs en comporte 64). L'empereur crut le satisfaire à peu de frais, mais il lui fut impossible d'honorer sa promesse, car le nombre de grains de riz qu'il eût fallu poser sur la dernière case eût équivalu à la production annuelle de riz de l'ensemble de la terre... sur près de mille ans !
Ce nombre vaut 2 exposant 63, la première case comptant un seul grain de riz, soit 9,2 suivis de 18 zéros, soit encore 9,2 milliards de milliards de grains de riz, quelque chose qu'il est impossible de se représenter, enfin pour moi cela reste très très grand, mais totalement hors de portée.
L'histoire se termine avec un empereur courroucé de s'être fait berner par la suite géométrique de raison 2, honteux de ne pouvoir honorer sa promesse, et supprimant l'objet de sa déconvenue en ordonnant le décolletage du Sissa. "Ce sont toudi les petits qu'on sprotche" (ce sont toujours les petits qu'on flingue, c'est du Wallon de chez nous, mais dit par un Italien de Milan).
PLUS PERSONNE N’EN DOUTE : CETTE PANDEMIE AURA UN IMPACT CONSIDERABLE SUR LE MONDE.
 On ne peut d’abord pas exclure que sa léthalité sera beaucoup plus élevée qu’elle ne l’est aujourd’hui ; que les systèmes de santé se révèleront incapables de soigner tous ceux qui seront atteints ; et en particulier, qu’on n’aura pas partout assez d’équipements de soins intensifs, et qu’il faudra, dans les pays les moins préparés, choisir, parmi les malades les plus gravement atteints, ceux qu’on pourra soigner. Pire encore, une telle situation pourrait faire définitivement basculer nos civilisations dans le comble de l’individualisme, de la lutte sauvage pour la vie. Plus de respect de l’autre. Plus d’empathie. En route pour la dictature.
On ne peut pas non plus écarter que la pandémie finisse par avoir un impact très grave sur l’économie mondiale. Une crise de la demande, suivie d’une crise de l’offre, aggravée par l’interruption des réseaux de production, pouvant entraîner des pénuries, donc de l’inflation, qui pousserait à une hausse des taux d’intérêt, pouvant déclencher la faillite des entreprises incapables de financer leurs endettements et la ruine d’établissements financiers assez imprudents pour les avoir soutenues ; le chômage exploserait ; une crise sociale majeure en découlerait, aux conséquences politiques, là encore, incalculables. D’autant plus que les plus riches trouveraient toujours, dans ces circonstances, les moyens de faire plus encore fortune.
On n’en est pas là, et on peut encore tout faire pour l’éviter. Pour y parvenir, il faudrait aussi que cette crise, sans faire plus de victimes, marque vraiment les esprits ; et qu’on y décèle au plus vite, dans les interstices de ces catastrophes menaçantes, quelques indices d’un possible monde meilleur. Les actions les plus importantes se dessinent clairement :  
D’une part, agir massivement sur les éléments les plus directs de la crise :   Il nous faut plus d’hygiène individuelle, et collective ; plus de médecins, d’infirmières, d’équipements hospitaliers, de moyens de soins intensifs ; plus de moyens de recherche fondamentale et appliquée. Il nous faut enfin réguler les systèmes financiers et défaire les folles pyramides de dettes qui nous ont emmené là où nous sommes aujourd’hui.
D’autre part, tirer le meilleur des nouvelles pratiques que cette crise, quelle que soit sa gravité, nous aura imposé : se respecter, se laver, se surveiller ; passer plus de temps avec les siens, avec ses amis, et avec la nature ; cuisiner et passer du temps à table ; sélectionner les déplacements les plus utiles ; découvrir les vertus du télétravail ; réduire la durée et le nombre de participants des réunions, réelles ou virtuelles ; utiliser vraiment ces nouvelles technologies pour bien écouter de la musique, pour informer, pour enseigner et pour diagnostiquer. Produire autrement, avec une division géographique du travail beaucoup moins dispersée et fragile. Et, en conséquence, promouvoir un tout nouveau mode de croissance, et de nouveaux secteurs économiques jusqu’ici, pour certains, négligés. Surtout ceux de la santé et de l’éducation, dans toutes leurs dimensions. Il n’a d’ailleurs pas fallu longtemps pour que Wall Street regroupe certaines de ces entreprises dans un nouvel index, indice dit Stay Home, où on retrouve, à coté de Netflix, 33 entreprises directement bénéficiaires de cette crise, aussi diverses que Activision Blizzard, Slack, Teladoc, New York Times, Sonos, Amazon, Blue Apron, Alibaba, Campbell Soup, Central Garden and Pet Co. 
Plus généralement, cela nous apprendra à prendre au sérieux la seule chose dans le monde qui est vraiment rare, qui a vraiment de la valeur : le temps. Le bon temps. Celui de notre vie quotidienne, qu’on ne doit plus perdre dans des activités futiles. Celui de notre vie personnelle, qu’on peut allonger en y consacrant plus de moyens. Celui de notre civilisation enfin, qu’on peut préserver, en cessant de vivre dans l’agitation, la superficialité, et la solitude. Dans un tout nouvel équilibre entre nomadisme et sédentarité. 


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