mercredi 11 mars 2020

Un docteur italien désemparé: "Restez chez vous, vous n'avez pas idée de ce qui est en train de se produire"


Anesthésiste-réanimateur en Lombardie, région italienne confinée pour cause de contagion au coronavirus, le docteur Christian Salaroli explique que les médecins doivent aujourd'hui choisir qui soigner "en fonction de l'âge et de l'état de santé, comme dans les situations de guerre". 
"Dire qu'on ne meurt pas du coronavirus est un mensonge qui me remplit d'amertume", confie Christian Salaroli, 48 ans, dans un entretien lundi au quotidien Il Corriere della Sera. Contacté par l'AFP, le service de presse de l'hôpital Jean-XXIII de Bergame (nord de l'Italie), où il travaille, n'était pas joignable lundi.
Le praticien hospitalier précise que l'urgence est telle face au coronavirus que lui et ses collègues doivent à présent sélectionner, parmi les malades les plus graves, ceux qui pourront ou non accéder à une réanimation mécanique (par intubation).
Les patients atteints d'une pneumonie virale, en insuffisance respiratoire aiguë, sont d'abord placés sous ventilation non invasive (VNI), à l'aide d'un masque à oxygène.
"Restez chez vous, vous n'avez pas idée de ce qui est en train de se produire"
"C'est une première étape, mais après quelques jours, nous sommes obligés de choisir. Comme il y a malheureusement une disproportion entre les ressources hospitalières, les lits en réanimation et les malades en stade critique, tout le monde ne peut pas être intubé", reconnaît le médecin. "On décide en fonction de l'âge et l'état de santé. Si une personne entre 80 et 95 ans a une grave insuffisance respiratoire, il est vraisemblable qu'on ne poursuivra pas. Si elle a une insuffisance multi-organique, de plus de deux ou trois organes vitaux, cela signifie que son taux de mortalité est de 100%. C'est perdu", poursuit-il. Également médecin de secours en montagne, le Dr Salaroli raconte que certains de ses confrères sortent "broyés de cette situation". "Il se peut qu'un chef de service ou un jeune médecin à peine arrivé doive, au petit matin, décider du sort d'un être humain", poursuit-il.
Interrogé sur la mise en quarantaine de 15 millions d'habitants du nord de l'Italie, décidée dimanche par le gouvernement pour tenter d'endiguer l'épidémie, l'anesthésiste estime qu'elle est "juste mais arrive avec une semaine de retard".
Ce qui compte selon lui à présent, c'est de "rester chez soi, rester chez soi. Je ne cesse de le répéter. Je vois trop de gens dans la rue, vous n'avez pas idée de ce qui est en train de se produire"


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"RESTEZ CHEZ VOUS, VOUS N'AVEZ PAS IDEE DE CE QUI EST EN TRAIN DE SE PRODUIRE"

Il faut absolument regarder l’édition de mardi de c’est dans l’air pour prendre toute la mesure de ce qui est en train de se passer en Italie et qui se produira chez nous d’ici quelques jours ou une grosse semaine. QUAND VA T ON ENFIN FERMER LES ECOLES ET LES LIEUX DE RASSEMBLEMENT INUTILES ?", clame en lettres majuscules le médecin David Simon (Absym), qui recommande d'agir fort et vite pour ne pas avoir une situation à l'italienne Nous avons déjà toutes et tous dans notre proche entourage des personnes qui nous expliquent qu’elles ont été exposées au contact de sujets contaminés, autrement dit qu’elles sont contagieux, forcément à l’insu de leur plein gré. 
L’Europe entière est en guerre contre l’impréparation face à  l’imprévisible.  
« Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, 
mais tous étaient frappés » (La Fontaine)
« En Italie, ça ne  rigole plus, on est face à quelque chose qui nous dépasse. » Paolo Levi. « On est plongé dans une situation de guerre, un processus apocalyptique  inexorable, une pandémie plus large et plus meurtrière qu’on n' avait imagine. » Toute bataille perdue se résume toujours à deux mots : « trop tard » ! Ce qui arrive aux Italiens nous tombera dessus demain et on ignore combien de temps durera cette crise. On aimerait une Europe cohérente et unie quand on observe les ravages du chacun pour soi.
MG


UN PLAN CATASTROPHE POUR LE CORONAVIRUS ? ET SI, CETTE FOIS, DE WEVER AVAIT RAISON

Olivier Mouton
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Il faut agir plus vite et plus fort en Belgique pour éviter une situation à l'italienne et déjouer les prévisions qui font état de 60 à 70% d'Européens contaminés.
Et si Bart De Wever avait finalement raison ? Pas en se livrant à un sinistre jeu politicien, mardi soir, en menaçant de ne pas respecter les recommandations fédérales dans le cadre de la crise du coronavirus. Là, le bourgmestre N-VA d'Anvers aurait mieux fait de se taire. Mais le leader nationaliste a corrigé le tir en appellant ce mercredi au déclenchement d'un plan catastrophe pour rendre des mesures uniformes sur tout le territoire. Et là, on doit reconnaître qu'il vise juste.
L'idée vient certes d'un leader nationaliste qui cherche à se racheter, conscient de son erreur. Elle contient son pesant de populisme et d'ironie de la part d'un indépendantiste flamand soudain prêt à donner les pleins pouvoirs d'urgence à l'Etat fédéral. Force est toutefois de constater que la communication actuelle des autorités pour tenter de freiner l'épidémie peine à convaincre et manque de clarté - et De Wever n'a pas aidé à ce que ce soit le cas, loin de là. Il est temps de rassembler les forces, de prendre des mesures claires et aussi fermes que possibles. Car la "distanciation sociale" préconisée par les autorités fédérales risque très rapidement d'être dépassée, si ce n'est déjà le cas.
Depuis hier, de nombreux acteurs impliqués dans la chasse au coronavirus préconisent des mesures plus drastiques. Leur constat est tranché : les autorités politiques tiennent des discours contradictoires, n'osent pas prendre des décisions impopulaires et sont dépendantes d'un système institutionnel inadéquat. "Si les politique ne veulent pas le dire, moi je le dis: interdisez tous les événements", clame un homme qui a pourtant l'écoute du pouvoir, le virologue Marc Van Ranst (KU Leuven). "MAIS NOM DE DIEU !!!! QUAND VA T ON ENFIN FERMER LES ECOLES ET LES LIEUX DE RASSEMBLEMENT INUTILES ?", clame en lettres majuscules le médecin David Simon (Absym), qui recommande d'agir fort et vite pour ne pas avoir une situation à l'italienne (tout le pays en quarantaine, 631 morts). Les manifestations de plus de mille personnes sont annulées peu à peu. Y compris des carnavals en plein air, d'ailleurs. Mais comment comprendre que l'on jouera normalement le championnat belge de football, ce week-end, alors que tous les pays voisins reportent la compétition ou jouent à huis-clos?
Des mesures complémentaires pourront être prises en fonction de l'évolution de la situation, soulignent les experts qui accompagnent les autorités. En attendant, chaque politique y va de son petit refrain, de son annulation, de sa communication... Face à ce charivari, un "plan catastrophe" serait utile en ce sens qu'il unifierait les canaux de décision et de communication.
Nous sommes tous responsables du combat pour éviter une propagation de l'épidémie qui menace immanquablement les plus fragiles. Pour cela, des consignes claires sont nécessaires. Il convient d'éviter la panique, mais ce ne sera le cas que si la population a le sentiment que le gouvernail est tenu de main ferme. Parce que les prévisions font réfléchir. Lors d'une réunion des dirigeants européens, des experts ont mis en avant la possibilité que 60 à 70% de la population européenne soit contaminée. Si l'on tient compte de 60% de contaminés et d'un taux de mortalité de 3%, plausible à l'heure qu'il est, cela signifie que l'on risque huit millions de morts dans les vingt-sept pays de l'Union. Si cela n'est pas une catastrophe annoncée... 

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