jeudi 30 avril 2020

Un poseur, pas de leaders: les gouvernements dézingués au nord du pays

Il va falloir s’accrocher. Au nord du pays, le ton est à la sourde colère et au vocabulaire choc. Des jours après la conférence de presse de la Première ministre Sophie Wilmès et des ministres-présidents régionaux et communautaire, le ton est à l’orage.

Par Béatrice Delvaux
Editorialiste en chef
Le Soir

Trois idées pour une descente en flamme : la Première ministre n’a pas de leadership, ce gouvernement n’est plus crédible et ce pays n’est pas gouverné. Circulez, il faut autre chose. Autant le savoir quand, au sud du pays, on conserve son calme.

« Un crash en slow motion, live à la télévision », écrivait ainsi lundi dans Het Laatste Nieuws, Noël Slangen, consultant en stratégie et communication politiques : « Ce qui devait être l’un des discours politiques les plus importants de l’après-guerre, s’est mué en un travail bricolé qu’aucun enfant n’aurait osé ramener à la maison. » L’ex-Open VLD pointe les failles d’une équipe intérimaire mais attribue le problème au camp francophone « avec des libéraux francophones venus d’un banc de réserve rempli d’une garniture de troisième rang, dirigé par un poseur (en français dans le texte, NDLR) comme Georges-Louis Bouchez qui ne sait rien faire de mieux en plein lockdown que d’organiser un déplacement non essentiel pour lancer sa présidence d’un club de foot amateur, les Francs Borains. Il y a des moments où on souhaiterait presque que la machine bien huilée du PS soit à la manœuvre. »

L’heure est grave !

Qu’un libéral flamand en appelle au retour des socialistes pour remplacer des… libéraux, tudieu, c’est que l’heure est grave ! On ne peut pas parler de lubie car le même jour, Bart Brinckman, l’éditoraliste du Standaard assassine le même GLB qui se comporte selon lui comme une version de « Balthasar Boma » (un personnage de la série flamande culte « FC De Kampioenen », NDLR) en se faisant couronner président d’un club de football local : « Son comportement témoigne de l’insupportable légèreté d’un danger ambulant. Le président du MR est plus haï en Flandre désormais que n’importe quel PS. » C’est dire… Le commentateur dit aussi au passage tout le mal qu’il pense du gouvernement : « L’idée que ce vilain monstre – accouché en position de siège – se transformerait en grandissant en une ballerine séduisante, relève du Royaume des fables. Ce qui a commencé comme une expérience branlante, reste une construction bizarre. La fin des pouvoirs spéciaux implique un vote de confiance et la fin du gouvernement Wilmès ». Impossible de changer les pilotes en cours de crise ? « Je suis très curieux de lire les commentaires une fois que le bateau aura sombré corps et biens. »

« Une construction confédérale »

Il y en a encore, je vous en remets ? Ce mercredi, Guy Tegenbos, ex-journaliste spécialisé en affaires sociales au Standaard met la touche finale : « Wilmès n’est pas un leader. Pourquoi ne pas avoir attendu quelques heures vendredi soir pour tenir un discours fort à la Macron ou à la Rutte ? Simple : parce que tous les autres politiciens auraient fait fuiter les informations pour se mettre en évidence. On dirait que plus aucun leadership n’est possible dans ce pays. (…) Le temps n’est-il pas venu d’adopter un modèle à la suisse ? » Et Tegenbos de remarquer que le Conseil National de Sécurité qui prend toutes les décisions dans cette crise et fait marcher tous les niveaux de pouvoir dans la même direction est en fait une construction confédérale. « Ne le dites à personne, sinon il est foutu. »

Prendre de la hauteur…

Voilà donc le peloton d’exécution flamand qui tire à balles de guerre contre la Première ministre, son gouvernement et la Belgique. Il faut attendre l’historien Marc Reynebeau pour retrouver un peu de pondération. Dans De Standaard, il remarque que si les commentateurs se sont déchaînés sur la forme et le timing de cette conférence de presse, peu ont mis l’accent sur un contenu, qu’ils n’ont en fait pas bien écouté. « C’est déjà arrivé qu’on critique à tort le Conseil de sécurité », remarque cet intellectuel qui déplore un débat très polarisé laissant peu de place à la nuance. « Avec des conversations qui se perdent en oppositions superficielles et souvent fausses, comme entre la santé et l’économie, la vie privée et la sécurité, le protectionnisme et la globalisation, la durabilité et le bien être (…). Comme si la politique ne pouvait pas gérer un débat plus complexe et plus riche. »

Du rôle de l’écrivain…

Prendre de la hauteur, réfléchir. C’est aussi ce que propose une chronique très forte de l’écrivain Stefan Hertmans (« Guerre et Térébenthine ») rédigée à la demande de la VRT (à lire intégralement sur VRT NU). « Chaque jour, tombent dans la mailbox d’un écrivain ou d’un artiste, trois invitations à faire un témoignage, écrire une chronique, un récit sur la solitude ou le vivre ensemble, une anecdote réconfortante, une variante du Decamerone de Boccace, un commentaire sur La Peste de Camus… (…) Mais pourquoi le producteur de culture, qui jusqu’il y a peu, était considéré comme un bouffeur de subsides, devrait-il soudain être le laitier qui fait des livraisons ? L’écrivain est-il le bon numéro à appeler ? Est-il un guérisseur miracle, une version gratuite du psychanalyste, un philosophe réconfortant ou le super-commentateur en temps de guerre symbolique ? » Et Stefan Hertmans d’appuyer là où cela peut nous faire mal : mais d’où vient ce besoin de remplir le vide soudain né du confinement d’un murmure sans fin ? « Nous rendons-nous service en veillant sans répit à notre distraction, comme si le silence qui s’est fait pouvait nous étrangler ? N’est-ce pas le silence qui nous permettrait de réfléchir plus longtemps, et surtout plus profondément, à la vie si agitée que nous étions en train de mener ? »
Comme si, écrit Hertmans, notre désir d’indépendance était surtout un désir de ne pas être confrontés avec nous-même. « Maintenant que notre liberté est limitée, il semble que nous ne disposions pas d’une liberté intérieure. »



COMMENTAIRE DE DIVERCITY
GOUVERNER, EST-CE TOUJOURS DECEVOIR ?

« Gouverner, c’est prévoir. Ne rien prévoir, ce n’est pas gouverner, c’est courir à sa perte. » écrivait Émile de Girardin ,1802 – 1881, patron de presse novateur et homme politique français) 
Ils n’ont rien vu venir et ils nous ont déçus, ils ne regardent que les sondages qui mesurent leur indice de popularité et les intentions de vote dans l’horizon étriqué d’une législation. C’est dire qu’ils ne connaissent que le court terme et n’ont que mépris pour le temps long. Les cycles économiques se mesurent en décennies et les virus millénaires comptent en millions d’années. Dans un éditorial musclé Natacha Poliny met le doigt là où ça fait mal :  « Cette crise aura finalement eu pour mérite de rappeler aux pays occidentaux que la politique, plus encore en démocratie, ne consiste pas à gérer l’existant à coups de tableurs Excel mais à affronter l’imprévu, le tragique, l’Histoire, en protégeant les populations et en préservant le bien commun. Hélas, nos dirigeants sont formés pour être des marins d’eau douce. D’excellents pilotes de péniche, avec une connaissance précise de la mécanique des fluides sur canal artificiel. Les voilà au milieu d’un océan déchaîné, ou pire, à devoir passer le détroit de Magellan et barrer cernés par les récifs. »
L’ex-Open VLD Noël Slangen, consultant en stratégie et communication politiques ne dit pas autre chose : « il pointe les failles d’une équipe intérimaire mais attribue le problème au camp francophone « avec des libéraux francophones venus d’un banc de réserve rempli d’une garniture de troisième rang, dirigé par un poseur comme Georges-Louis Bouchez qui ne sait rien faire de mieux en plein lockdown que d’organiser un déplacement non essentiel pour lancer sa présidence d’un club de foot amateur, les Francs Borains. Il y a des moments où on souhaiterait presque que la machine bien huilée du PS soit à la manœuvre. »
« Il faut juin 1940, insiste Poliny pour révéler un de Gaulle, qui s’apprêtait à prendre sa retraite dans un anonymat total. Emmanuel Macron, Edouard Philippe et leur armée d’énarques ne peuvent faire que ce qu’ils ont appris à faire » Il faut un événement dramatique comme la bataille d’Angleterre pour révéler un tempérament de  feu de la trempe de Winston Churchill dans un Royaume Uni totalement impréparé au typhon qui s’annonce. « Le phénomène Churchill » est admirablement bien décortiqué par Boris Johnson dans une biographie haut de gamme. Mais les talents d’écrivain et d’analyste de Boris ne font pas de lui un avatar de son héros de jeunesse. Sa gestion du Brexit et de la pandémie est tout simplement calamiteuse. Mais le prix d’excellence de l’incompétence et de la maladresse ne saurait être attribué qu’au couple improbable que forment Charles le pas très Téméraire et Ursula la Pusillanime au sommet d’une Europe à la dérive. Il est vrai que l’homme qui voulait rendre sa grandeur à l’Amérique a fait bien pire encore et que Victor Orban se prépare à l’imiter impunément au vu et au su de tous.

Poliny dénonce chez tous ces capitaines de pédalo une propension à menacer, au fur et à mesure que les dégâts économiques se profilent, « ce qui reste de consensus démocratique lequel se fissure irrémédiablement. » 
 « La sidération des milliers de morts, la crainte d’une deuxième vague doit retenir les esprits chagrins ou les fanfarons » commente encore l’éditorialiste de Marianne   « Mais elle ne doit pas interdire tout débat. » 
La question qui désormais se pose partout en Europe c’est va-t-on pour de bonnes raisons sanitaires prendre la décision de nous tracer et par conséquent de nous traquer joyeusement ? 
Une tribune d’épidémiologistes publiée dans le Monde pour défendre l’application destinée à tracer les malades propose de « substituer au terme “liberté” de notre devise française, temporairement, celui de “responsabilité” pour chacun d’entre nous ».  A tout le moins, s’insurge  Poliny, « devons-nous considérer que ces mesures, comme toutes celles, temporaires, que nous serions amenés à accepter, ne doivent servir ni à délester les citoyens de leur liberté, ni à abandonner la responsabilité politique au nom du seul impératif sanitaire, qui se substituerait aux autres dimensions de la vie sociale. »
Il s’agira donc bien après cette crise de reconstruire un équilibre entre liberté individuelle et sécurité collective. C’est l’exercice permanent de la liberté qui crée la conscience civique.
On n’est pas sorti de l’auberge, d’autant qu’il nous est interdit d’y entrer et qu’elle risque de demeurer encore longtemps fermée. Même notre mythique Métropole a déposé le bilan. 
MG

mercredi 29 avril 2020

Le langage des signes



OPINION
Le langage des signes

• Source : Le Vif
Anne-Sophie Bailly
Rédactrice en chef du Vif

Le vendredi 24 avril, on a perdu une certaine adhésion sociale. Non au combat contre le Covid-19. Mais sur les priorités de ce combat. Certains commencent d'ailleurs à exploiter cette frustration.
On a d'abord eu la foire d'empoigne autour des écoles pour voir si et quand elles rouvriraient. Signe du retour des débats communautaires.
On a ensuite eu les fuites des recommandations des experts dans la presse. Signe de la tension entre scientifiques et politiques.
On a eu de nouvelles fuites. Signe d'un manque de confiance.
On a eu la démission d'Emmanuel André. Signe que la tension devenait insupportable.
Et puis on a eu la conférence de presse de Sophie Wilmès. Celle que tout le monde attendait depuis des jours (et le jour J depuis des heures). Signe de l'attente extrême d'un plan de déconfinement.
On a alors eu les phases 1a, 2b, les PowerPoint foireux, les b2c, les b2b. Les "peut-être" et les "on verra". Signe de la difficulté d'énoncer un message clair.
On a eu la réouverture des commerces et le report des visites familiales. Signe de la prédominance de l'économie sur l'humain.
On a eu le retour partiel à l'école. Signe d'un compromis bancal.
On a eu la promesse de masques pour tout le monde le 4 mai. Signe de son importance.
Mais on a aussi eu le bandana et le foulard. Signe du besoin d'une alternative.
On a eu "on n'aura jamais de masques en suffisance pour le 4 mai". Signe que c'est le grand bordel.
Ni sur le fond, ni sur la forme, l'Exit Strategy de la Belgique n'a convaincu. Bien entendu, "le déconfinement est une opération jamais réalisée dans l'histoire de la Belgique. La Belgique n'a jamais dû se déconfiner", comme le pointe à chaque fois Sophie Wilmès. Personne ne dira le contraire. L'équation a de très nombreuses inconnues.
Le citoyen en est conscient. Il a bien intégré l'enjeu sanitaire et dans l'ensemble respecté les mesures du confinement. Jusqu'ici.
La population n'adhère pas à des mesures contradictoires ou infantilisantes. Le rapport à l'autorité vacille
Mais depuis le vendredi 24 avril, des appels plus nombreux à la désobéissance civile fleurissent. Sur les réseaux : "Annuler les taxes et des impôts pour les indépendants, pas les reporter." "Gardez vos masques pour les lacrymogènes, on va en avoir besoin après le déconfinement." "J'ai donné rendez-vous à ma famille chez C&A." Sur les murs de la ville : "J'accuse Sophie Wilmès de non-assistance à plat pays en danger."
En privé et plus discrètement : "Je n'en pouvais plus, j'ai pris mon vélo et j'ai été voir ma soeur." "Je retourne au bureau deux jours par semaine, tant pis."
La traduction est claire. Une population n'adhère pas à des mesures contradictoires ou infantilisantes. Le rapport à l'autorité vacille.
Le vendredi 24 avril, on a perdu une certaine adhésion sociale. Non au combat contre le Covid-19. Mais sur les priorités de ce combat.
Certains commencent d'ailleurs à exploiter cette frustration.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE RAPPORT A L'AUTORITE VACILLE

"Le déconfinement est une opération jamais réalisée dans l'histoire de la Belgique. La Belgique n'a jamais dû se déconfiner. Personne ne dira le contraire. L'équation a de très nombreuses inconnues.
Le citoyen en est conscient. Il a bien intégré l'enjeu sanitaire et dans l'ensemble respecté les mesures du confinement. Jusqu'ici. »
Attention que cela ne devienne dangereux, ingérable et non géré.
Le peuple s’est coupé des élites, les élites ne comprennent plus le peuple et inversement c’est tout à fait préoccupant. 
« Puisque le peuple se méfie du Gouvernement, il faut dissoudre le peuple. » Bertolt Brecht.
Ce matin, en me levant, j’ai marché sur mes lunettes ! Inutilisables ! Grosse panique,  ouf, j’ai retrouvé ma paire ancienne mais la dioptrie est moins bonne. En allumant mon PC je me suis aperçu que je n’avais plus internet. Panique totale : le confinement sans internet ?  Ces deux incidents, résolus tant bien que mal, m’ont fait prendre conscience de mon immense vulnérabilité. « Le vendredi 24 avril, on a perdu une certaine adhésion sociale. Non au combat contre le Covid-19. Mais sur les priorités de ce combat. Certains commencent d'ailleurs à exploiter cette frustration. »
Les banlieues françaises s’agitent, la police d’Anderlecht et de Molenbeek est sur les dents, les barbecues de jardins se multiplient à Lasne , Waterloo et dans les vertes banlieues de la capitale et de la métropole. Attention cela dévisse même si cela ne vacille pas encore. Le vivre ensemble devient difficile. Attention que le vivre ne se réduise pas à une simple volonté de survivre.
MG



mardi 28 avril 2020

Préavis de crise politique fin juin, si la situation sanitaire est sous contrôle

Olivier Mouton Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

N-VA, Ecolo-Groen et PS veulent la fin des pouvoirs spéciaux et un vote de confiance à Wilmès II. Après la crise sanitaire, la Belgique va-t-elle retrouver le blocage ? Le MR regrette que "certains renient leur parole".
La Belgique risque de replonger avec l'été dans une période de blocage politique, du moins si la crise sanitaire s'atténue. La N-VA, par la voix de son président Bart De Wever, avait déjà annoncé son souhait de renouer des négociations politiques cet été. Le parti nationaliste ne soutient pas le gouvernement Wilmès II de l'extérieur, mais il a par contre voté les pouvoirs spéciaux.
Les autres partis, qui soutiennent le gouvernement Wilmès II, allaient forcément suivre. De façon générale, c'est le préavis d'une crise annoncée, dans le prolongement de celle qui a fait suite au départ de la N-VA de la coalition suédoise, en décembre 2018, puis du résultat des élections de mai 2019.
Ce lundi matin, Ecolo et Groen ont eux aussi pris cette décision. Kristof Calvo, chef de file des verts à la Chambre, a exprimé le refus des écologistes de prolonger les pouvoirs spéciaux accordés fin mars pour une période de trois mois, renouvelable par le parlement.
Dans l'après-midi, La Libre annonçait que le PS serait sur la même longueur d'ondes : plus de pouvoirs spéciaux "sauf cas de force majeure", sous la forme d'un rebond de l'épidémie. Par ailleurs, toujours selon La Libre, le PS trouve logique que la confiance au gouvernement soit redemandée à la fin des pouvoirs spéciaux.
Le tout sur fond de tensions politiques sur la façon dont le déconfinement progressif est mené et de critiques éologistes sur la manière dont le Conseil national de sécurité fonctionne.
Traduction : la Belgique risque bien de se retrouver à nouveau avec un gouvernement minoritaire en affaires courantes aux portes de l'été. Même son de cloche en Flandre, en effet: "Le SP.A, Groen et la N-VA ve veulent pas prolonger les pouvoirs spéciaux, commente le politologue gantois Carl Devos. Même son de cloche au CD&V. Le PS veut tout de suite un vote de confiance. Lisez: une reprise de la formation gouvernementale est nécessaire".
A moins que des négociations rapides ne permettent de mettre en place un gouvernement majoritaire, que la Première ministre appelait de ses voeux, une nouvelle période de crise politique est probable. Difficile à croire que ce serait facile, au vu de l'impossible dialogue entre PS et N-VA.
Le président de DéFi, François De Smet, estime qu'il faut faire preuve de prudence : "Un accord est un accord, et celui-ci prévoit d'évaluer les pouvoirs spéciaux après trois mois. Nous n'y sommes pas. La situation sanitaire est toujours tendue. Qui peut vraiment jurer aujourd'hui qu'aucune mesure urgente ne devra être prise après mi-juin ?"
Maxime Prévot, président du CDH, est lui aussi plus réservé: "Beaucoup de partis disent déjà NON à la reconduction des pouvoirs spéciaux. On n'aurait pas d'autres priorités sur le feu actuellement ? L'ampleur de la crise sanitaire (qui n'est toujours pas finie!) et l'énormité du plan de relance économique nécessaire doivent forcer une analyse sereine. ¨Peut-être aura-t-on encore besoin de cet outil pour maîtriser la pandémie et accompagner la relance économique et budgétaire inédite qui sera requise? C'est donc un peu tôt pour déjà décider de tirer la prise alors que le pays est toujours sous respirateur. Basta les calculs partisans."
Au MR, le président Georges-Louis Bouchez estime, pour sa part, que la confiance au gouvernement Wilmès II a été accordée pour six mois. "Regrettable que certains oublient leurs engagements et renient leur parole, souligne-t-il. Les pouvoirs spéciaux devaient être évalués à la fin du mois de juin. Juin a été anticipé cette année. La confiance elle avait été donnée jusqu'à la rentrée parlementaire qui a aussi été avancée." Le président du MR ne manque pas de souligner à chaque critique combien il est irresponsable de poser de nouvelles hypothèques sur la gestion du pays alors que la crise sanitaire reste préoccupante.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TIRER LA PRISE ALORS QUE LE PAYS EST TOUJOURS SOUS RESPIRATEUR ?

« L'ampleur de la crise sanitaire et l'énormité du plan de relance économique nécessaire doivent forcer une analyse sereine. (…) Peut-être aura-t-on encore besoin de cet outil (Wilmès2)  pour maîtriser la pandémie et accompagner la relance économique et budgétaire inédite qui sera requise? » 
Pas besoin de sondage d’opinion pour comprendre que si des élections ont lieu en automne les conséquences risquent d’être délétères.
D’abord rien ne dit que la pandémie sera vaincue d’ici là : rien n’est moins sûr. Comme en France, beaucoup d’électeurs de plus de 60 ans s’abstiendront, par précaution sanitaire, de se rendre aux urnes et ce malgré l’obligation citoyenne de participer au scrutin. Ensuite la colère des Belges à l’égard du cafouillage gouvernemental dans la gestion de cette crise est de nature à créer la plus dangereuse des tensions  à savoir un déficit de confiance à l’égard des partis traditionnels. Pour s’en convaincre, il suffit de d’observer la chute de popularité spectaculaire de Maggie De Blok accusée de tous les maux de la terre notamment pour sa gestion calamiteuse des stocks de masques,  le tout « sur fond de tensions politiques sur la façon dont le déconfinement progressif est mené et de critiques éologistes sur la manière dont le Conseil national de sécurité fonctionne. »
C’est dire que les partis extrémistes  Belang et PTB, pour ne pas les citer, feront un bond énorme sans légitimité réelle car sur un nombre réduit d’électeurs. Tous les regards se tournent à nouveau vers Paul Magnette qui avait tenté un rapprochement avec la NVA, immédiatement récusé par la base de son parti et singulièrement  sa puissante alliée la FGTB, de plus en plus noyautée par le courant PTB. Il ne faut être ni sondeur ni politologue pour comprendre qu’on est en train de basculer dans une crise de régime aiguë que les pouvoirs spéciaux accordés à court terme au gouvernement dit Wilmes2 avaient maquillée à très court terme. La Belgique est en crise, l’Europe est en panne. Constatons que la responsabilité  de Charles Michel est largement engagée dans le développement de cette double crise. Il semble bien, en effet, qu’il ne maîtrise pas mieux la situation européenne que les tensions belgo-belges  qu’il a fuies pour se réfugier au Berlaimont. 
Difficile de se départir de l’idée que cette méga crise de management au somment (Ursula von der Leyen ne fait pas vraiment figure de capitaine courageux dans la tempête)  est de nature à accélérer de manière dramatique le déclin annoncé de l’Europe. Il aura suffit de beaucoup plus petit qu’un grain de sable pour gripper les rouages d’un mécanisme d’horlogerie européen aussi sophistiqué qu’une montre suisse. Gare à la montée des extrémismes et des populismes. Ils se profilent en détenteurs de solutions alternatives mais déboucheront sur le chaos. Il suffit pour s’en convaincre d’observer dans quel état de non démocratie a basculé la Hongrie de Victor Orban ou dans quel marasme  le brexiter Boris Johnson a plongé son Royaume Uni.
MG

EDITO: LA BELGIQUE NE PERDRA PAS DE SITOT SA PREMIERE PLACE AU HIT-PARADE DES PAYS SURREALISTES
La Libre

Un édito de Francis Van de Woestyne
Les jours du gouvernement de Sophie Wilmès sont bel et bien comptés. Les partis qui le soutenaient de l’extérieur ne prolongeront pas les pouvoirs spéciaux dont elle dispose. Ni même la confiance, normalement acquise pour six mois. Vivement que ce virus s’efface pour que la politique belge reprenne ses droits dans toute sa splendeur… 
Un rappel d’abord. Pourquoi Sophie Wilmès est-elle la Première ministre de Belgique ? Parce qu’elle a eu le courage, oui il en faut, d’accepter cette charge après que des présidents de parti, informateurs, préformateurs, missionnaires, ont passé dix mois à se quereller, à chercher l’impossible compromis qui ouvrirait la voie vers la sortie d’une profonde crise politique. Elle manque d’expérience, c’est vrai. Pas de charisme ? C’est selon. Elle goûte peu les critiques ? Comme tant d’autres. Mais elle est là, travaille nuit et jour. Et elle a un sens aigu de l’État. Faut-il rappeler aussi qu’elle vit quasiment avec un revolver sur la tempe : on guette la moindre erreur car son côté "belge" insupporte les nationalistes qui rêvent de la renvoyer à ses dossiers pour, enfin, refaire de la politique comme avant.
Car son gouvernement, en effet, a une date de péremption sur l’emballage. Elle a reçu la confiance de la part de neuf partis qui s’étaient engagés à la soutenir pour six mois, jusqu’à la rentrée parlementaire d’automne. Les pouvoirs spéciaux avaient été accordés pour trois mois, renouvelables une fois, le temps de gérer la crise sanitaire. Mais l’impatience grandit dans les écuries. Sans attendre l’évaluation prévue en juin, les partis flamands, suivis par le PS et les écologistes, annoncent déjà qu’en l’état actuel, ils retireront la prise à l’été sauf si, bien sûr, le virus nous fait un rebond.
Les Belges croyaient pouvoir passer l’été avec cet équipage. Raté. Il est probable que de bonnes vieilles négociations reprendront fin juin. Pour des mois et des mois, encore ? Pas sûr. Si, à l’automne, aucune fumée blanche n’apparaît rue de la Loi, nous irons sans doute voter. Ce sera une drôle de campagne électorale, avec des tracts largués par hélicoptère et des meetings de candidats masqués. La Belgique ne perdra pas de sitôt sa première place au hit-parade des pays surréalistes.

lundi 27 avril 2020

"Si cela continue, on ne pourra pas commencer le déconfinement"


Marie Rigot
La Libre Belgique

Le nombre d'hospitalisations stagne en Belgique, ce qui ne rassure pas les experts à l'approche du déconfinement. 
La Première ministre n’a eu de cesse de le répéter ce vendredi 24 avril : l’évolution de la propagation du virus dans notre pays est scrutée à la loupe et déterminera la marche à suivre dans les prochaines semaines. Si les premières esquisses du déconfinement ont été présentées, elles n’en restent pas moins des projets qui ne deviendront réalité qu’une fois le feu vert donné. Pour l’obtenir, un indicateur est très important: la situation dans les hôpitaux.
À ce jour, 3.959 lits d’hôpitaux sont occupés par des patients Covid-19. La Belgique est repassée pour la première fois depuis presque un mois sous la barre des 4.000. Un cap important, qu’a notamment salué la ministre de la Santé Maggie De Block sur Twitter, mais que le virologue Marc Van Ranst a tenu à nuancer. En effet, si le nombre de lits occupés diminue, le nombre de personnes hospitalisées chaque jour, quant à lui, stagne. Selon le bilan épidémiologique de ce dimanche 26 avril, 204 personnes ont été admises dans un établissement de soins de santé depuis samedi. 368 patients ont pu, quant à eux, rentrer à la maison. “Le nombre d’admissions à l’hôpital ne diminue plus depuis quelques jours et se maintient au-dessus des 200 hospitalisations par jour”, a fait remarquer le virologue de la KULeuven. Une tendance qui ne permettrait pas, selon Marc Van Ranst, de passer à la phase de déconfinement. “Pour ça, il faudrait que ce chiffre baisse et passe sous les 100 admissions à l’hôpital par jour”, a déclaré l’expert membre de la task-force chargée de l’Exit Strategy sur VTM.
178 Belges ont perdu la vie, comme le montrent les données de Sciensano de ce dimanche 26 avril. 75 décès ont eu lieu à l’hôpital et 103 en maison de repos. Cela porte à 7.094 le nombre de personnes dans notre pays ayant succombé des suites d’une contamination au coronavirus. Le pic des décès semble derrière nous. Mais il ne faut tout de même pas s’attendre à ce que le virus cesse de faire des victimes du jour au lendemain, a expliqué Steven Van Gucht, porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19. Une étude de l’université de Seattle estimait pourtant que la Belgique ne compterait plus aucun décès dû au coronavirus d’ici mi-mai. “Difficile à prédire, a nuancé Steven Van Gucht. Je pense que les décès vont en effet diminuer dans les semaines à venir mais des morts seront toujours possibles.”


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
C’EST PAS GAGNE. NOUS VOICI PLUS DECONFITS QUE DECONFINES.

Pas moyen de penser à autre chose qu’à ce maudit virus. La radio, la télé, les medias ne nous parlent que de cela, tout le reste est passé à la trappe. Demain le reste se vengera.
Encore heureux qu’il ait fait beau
Et qu’la Marie-Joseph soit un bon bateau
Cette rengaine des frères Jacques me trotte en tête en cette nième journée de soleil ardent.
Pas un souffle de vent sur la Meuse endormeuse, pas une seule moto à l’horizon.  Seulement le son des cloches lointaines qui incite mon chien à pousser des cris de loup : étrange !  
Une amie suisse m’envoie régulièrement des documents à caractère scientifique sur les origines présumées de cette peste des temps post modernes. Oui, c’est comme ça qu’on appelle désormais notre époque. Je ne sais trop qu’en penser n’ayant pas l’ombre d’une formation scientifique.  Certes on m’a enseigné jadis à l’athénée les vertus de l’esprit critique mais en l’occurrence, il tourne à vide.
Pour nos dirigeants démocratiques, l’équation est complexe, extrêmement délicate : ménager la chèvre sanitaire sans mettre en danger le chou économique tout en tenant en respect le loup corona. Dans cette équation à plusieurs inconnues, le plus facile n’est pas de donner une valeur au « x » du virus corona. Certains pensent qu’il serait apparu sur un marché chinois dans la grande promiscuité  entre animaux domestiques, animaux sauvages et partisans de la médecine traditionnelle,  grands amateurs de pangolins et de chauves souris. D’autres nous parlent de la possible bévue d’un apprenti sorcier qui aurait manqué de vigilance et laissé s’échapper d’un laboratoire de Wuhan un virus Frankenstein si petit qu’il ne saurait être vu par les meilleurs microscopes. Pour les obsédés du complot, ce serait soit un coup fumant de l’oncle Sam, l’oncle  Donald en l’occurrence,  soit pire encore le dernier avatar du machiavélisme des dirigeants chinois. Allez savoir ?
Et je ne parle pas des éternels millénaristes qui croient y déceler une punition divine comme les nuées de sauterelles bibliques, les plaies d’Egypte ou le feu divin qui  anéantit autrefois Sodome et Gomorrhe. 
Rien de tout cela ne me convainc. J’y vois plutôt une sorte de vengeance aveugle et très involontaire de la nature qui aurait ouvert sa boîte de Pandore aux innombrables virus qu’elle cachait au fond des forêts humides menacées et sous la couche fondante d’un permafrost victime du réchauffement. 
Qui a le monopole de la science ? se demande Natacha Polony
et de répondre : « La défiance envers la science et l'abandon de la rationalité sont profondément mortifères. Ils ouvrent la porte aux sectarismes de tous ordres. Sans doute, pour les enrayer, nous faudra-t-il retrouver la juste mesure : sortir de l'illusion technologique qui ne croit qu'aux protocoles et aux performances, et développer l’intelligence de chacun. » Autrement dit : ménager la chèvre et le chou en faisant preuve de discernement. Et de constater avec dépit :
« Ainsi donc, nous allons ressortir. Les voitures rouleront à nouveau, les embouteillages fleuriront dans les grandes villes… Ils ont commencé dans certains endroits pour un motif pour le moins impératif : la réouverture de certains McDonald's, ce qui laisse entrevoir que la vie d'après pourrait fort ressembler au pire de la vie d'avant. » Le confinement partout se relâche doucement. Des exemples ? Ces derniers jours, révèle La Libre Belgique, les forces de police de Waterloo ont été mises fort à contribution. Vendredi soir, ce sont trois jeunes qui ont été surpris vers 21 heures en train de fumer un joint de cannabis près de l'église du Chenois. Un peu plus tôt dans cette journée de vendredi, vers 16 heures, ce sont deux autres Waterlootois âgés de 21 ans qui ont été surpris après s'être donné rendez-vous au domaine d'Argenteuil pour un petit pique-nique entre copains. Toujours vendredi en fin d'après-midi, vers 17 heures, la police est tombée nez à nez avec un Waterlootois de 21 ans qui se trouvait avec une jeune femme de 24 ans, originaire de Linkebeek, alors qu'ils se trouvaient dans un recoin de la chaussée de Tervuren. L'homme a prétendu bien connaître cette jeune femme sauf qu'il ignorait l'adresse de celle qu'il prétendait être sa dulcinée. "On n'est pas sympa mais on est intraitable", conclut goguenard le commissaire divisionnaire Vandewalle. Business as usual et crimes de lèse confinement.
En attendant, des dizaines de milliers d’emplois sont  menacés dans le petit commerce, de l'hôtellerie-restauration indépendante ; de quoi doucher l'enthousiasme des gentils utopistes qui nous expliquaient, DiverCity en tête,  que le coronavirus allait redessiner le monde. 
Mais voici que soudain, la grande préoccupation est d’un tout autre ordre : allons-nous éviter une nouvelle vague de contamination alors que la doctrine énoncée par les autorités politiques et sanitaires n'a pas fondamentalement changé ?
On a essayé vainement de nous expliquer qu'il faudra atteindre une supposée « immunité de groupe » pour que cesse la pandémie, ce qui apparaissait à n'importe quel esprit à peu près rationnel comme en contradiction totale avec la stratégie du confinement.
Aucune immunité de groupe à espérer, nous dit-on désormais. Mais que ne nous dit-on pas ?
Les médecins, épidémiologistes et virologues ont, autant que les politiques ou les « idéologues », une propension à l'affirmation péremptoire, un goût prononcé pour les luttes d'ego et de pouvoir, et une capacité marquée à écarter de leurs réflexions toute idée qui ne vient pas du sérail
Cette crise sanitaire met à rude épreuve notre confiance en l'expertise scientifique. Les médecins, épidémiologistes et virologues, Marc Van Ranst en tête, ont, autant que les politiques ou les « idéologues », une propension à l'affirmation péremptoire, un goût prononcé pour les luttes d'ego et de pouvoir, et une capacité marquée à écarter de leurs réflexions toute idée qui ne vient pas du sérail. Bref, ils sont humains.
La science n'est pas seule en jeu. Elle croise et toise la technologie et surtout le marché. La science n'a pas réponse à tout, face à un virus qui la défie et qu’elle peine à  comprendre. 
La défiance envers la science et l'abandon de la rationalité, que cette crise n'a pas vu naître mais qu'elle amplifie, sont profondément mortifères. Ils ouvrent la porte aux sectarismes de tous ordres. Sans doute, pour les enrayer, nous faudra-t-il, conclut Poliny, retrouver la juste mesure : sortir de l'illusion technologique qui ne croit qu'aux protocoles et aux performances, et surtout développer la rationalité et l'intelligence de chacun »
Le rideau tombe sur le confinement et ce « drôle de drame » se conclut comme la bonne âme de Sezuan (et non pas de Wuhan) la pièce la plus brillante de Brecht :  
„Wir stehen selbst enttäuscht und sehn betroffen
Den Vorhang zu und alle Fragen offen.“
Plus déconfits que déconfinés, « nous voici déçus et fort affligés, nous voyons le rideau  fermé et ouvertes toutes les questions. »
MG



dimanche 26 avril 2020

Paul De Grauwe: "Le capitalisme restera le capitalisme. Il ne faut pas se bercer d’illusions"

Vincent Slits
La libre Belgique

La parole de Paul De Grauwe est toujours très écoutée. Economiste et professeur à la London School of Economics, il décrypte les conséquences de la crise du coronavirus. Et prévient: "le manque de solidarité de l'Europe se retournera contre elle". L'implosion de l'Europe est devenu "un scénario possible". Il est l'Invité du samedi de LaLibre.be.
Paul De Grauwe, 73 ans, a commencé une nouvelle vie professionnelle il y a 8 ans, après avoir longtemps enseigné à la KU Leuven. Il partage ainsi son temps entre Londres, la semaine où il enseigne et fait de la recherche, et Leuven, le week-end. “Certains me voient comme un économiste socialiste, d’autres comme un économiste libéral”, s’amuse Paul De Grauwe. “En réalité, je n’aime pas ce genre de classification. Je crois au système de l’économie de marché qui est inévitable et qui a permis de créer un bien-être matériel. Mais il y a des limites à ce système qui génère beaucoup d’inégalités et d’externalités qu’il convient de corriger. Il faut donc des États forts pour faire fonctionner ce système”, ajoute-t-il. 
QUEL SERA L’IMPACT DE CETTE CRISE DU CORONAVIRUS? CERTAINS PENSENT QUE L’ON VA ASSISTER A UN SCENARIO EN V AVEC UNE CHUTE BRUTALE AVANT UNE REPRISE RAPIDE, D’AUTRES PARIENT SUR UNE CRISE EN U AVEC UN RALENTISSEMENT PLUS PROLONGE. D’AUTRES ENCORE PARLENT DE GRANDE DEPRESSION ET DE LA PLUS GRAVE CRISE DEPUIS 1929. OU VOUS SITUEZ-VOUS? 
Il est très difficile de répondre à cette question car même les virologues ne savent pas très bien quelle est la nature de ce virus et de son évolution future. Pour les économistes, il est dès lors très difficile de faire une prédiction. Est-ce que cela sera une crise en V, U ou W ? Personnellement, je ne fais de prévision car je dois admettre que je ne sais pas. Il faut attendre davantage d’informations. Il se pourrait que l’on assiste, quelques semaines après le redémarrage de l’économie, à une nouvelle multiplication des cas de contamination qui obligerait à tout confiner à nouveau. La réalité, c’est que l’on ne sait pas. Ceux qui disent que c’est une crise en V ou en U, sur quoi se basent-ils ? Ils n’ont rien de vraiment objectif pour affirmer tel ou tel scénario. Ce ne sont que des spéculations. 
LES ECONOMISTES NE FONT-ILS PAS ASSEZ PREUVE DE MODESTIE EN LA MATIERE? 
Absolument car nous sommes dans l’obscurité pour le moment. Les prédictions, dans les circonstances actuelles et avec ce que celles-ci comptent d’incertitudes, nuisent à la crédibilité des économistes qui n’était déjà pas très élevée. 
COMMENT CONCILIER L’URGENCE DU COURT TERME - EVITER LA FAILLITE DE NOMBREUSES ENTREPRISES, SAUVER DES EMPLOIS, SOUTENIR LES INDEPENDANTS...- ET LA PERSPECTIVE DE VOIR LE CAPITALISME EVOLUER A PLUS LONG TERME? 
Il faut en premier lieu se préoccuper du court terme. Car, à long terme, on sera tous morts… Il faut éviter que cette épidémie ne provoque des dégâts permanents dans l’économie. Il faut faire en sorte que les entreprises – qui en ce moment ne parviennent pas à vendre leurs produits ou services – puissent continuer à exister, de manière à ce qu’elles puissent redémarrer rapidement lorsque l’économie sera relancée. La survie des entreprises, c’est cela la priorité absolue. Et l’État a la capacité de les aider : il a des possibilités de dépenses et de financements et il doit les utiliser. Et puis après, sur le long terme, on verra bien… Il est clair qu’il y aura des effets à plus long terme sur la mondialisation mais la priorité aujourd’hui doit être au court terme. 
LES GOUVERNEMENTS EN FONT-ILS ASSEZ POUR LE SAUVETAGE DES ENTREPRISES QUI SONT SOUVENT A COURT DE TRESORERIE? 
Dans une certaine mesure, oui. Mais ce qui manque aujourd’hui, c’est la volonté d’employer tous les instruments disponibles. Personnellement, je pense que la Banque centrale européenne (BCE) devrait intervenir et financer les déficits budgétaires qui sont la conséquence de l’épidémie. Car nous avons un problème aujourd’hui : les États doivent mobiliser beaucoup de ressources et sont acculés à émettre de la dette qui, plus tard, deviendra insoutenable. C’est un problème qui se pose surtout dans les pays du sud de la zone euro et qui pourrait entraîner une crise de la dette plus tard. Il faut éviter ce scénario et on a la capacité de le faire. Mais nous sommes prisonniers de dogmes qui partent du principe que ce n’est pas possible, que l’on ne peut pas le faire. Il faut mettre ces dogmes de côté. Il n’y a aucune raison de ne pas le faire. 
LA PISTE DES “CORONA BONDS”, DES OBLIGATIONS POUR FINANCER LES CONSEQUENCES DE CETTE CRISE, A ETE ABANDONNEE... 
En effet. C’était ma solution préférée. Cela aurait été un bon instrument de solidarité d’émettre conjointement de telles obligations, où la responsabilité du remboursement était aussi collective. Mais on n’en veut pas en Europe. Quelles sont les alternatives ? Il y a celle de la BCE que je viens d’évoquer. Ce serait techniquement très facile à faire mais, encore une fois, l’Europe est victime de dogmes. Pourtant, c’est ce qui a été fait pendant les épisodes de guerre mondiale car il fallait financer les dépenses liées à la guerre. Aujourd’hui, la crise est existentielle pour l’Europe, qui a un instrument de politique économique puissant et qui ne veut pas l’employer. Cela n’a pas de sens et ce n’est pas rationnel. 
DE MANIERE PLUS GENERAL, QUEL REGARD PORTEZ-VOUS SUR LA GESTION DE CETTE CRISE PAR L’EUROPE? ELLE A MONTRE UN CERTAIN NOMBRE DE DIVISIONS ET TARDE A S’ACCORDER SUR UN PLAN DE RELANCE DIGNE DE CE NOM. ETES-VOUS DEÇU PAR L’ACTION DE L’EUROPE? 
Oui, absolument. Le manque de solidarité est terrifiant en Europe et il se retournera contre elle. Dans certains pays comme l’Italie, où l’euroscepticisme est devenu très fort, il se pourrait qu’on replonge dans une crise de la dette. C’est un scénario qui est devenu de l’ordre du possible. Il y a beaucoup d’incertitudes mais des mécanismes politiques sont en train de se développer, qui pourraient déboucher sur une crise après la crise. En Italie, mais aussi en Espagne, il y a la perception que l’Union européenne ne représente rien du tout puisque les autres pays ne veulent pas les aider. Ce manque de solidarité, cette absence de volonté d’aider les pays les plus vulnérables pourrait entraîner une catastrophe. L’Europe risque de se défaire. 
L’EUROPE JOUE DONC SA SURVIE DANS LA GESTION DE CETTE CRISE? UN RISQUE D’IMPLOSION EXISTE? 
C’est un scénario possible. Je ne fais pas de prévision, c’est trop difficile, mais il faut mettre en garde face à un tel risque. Dans certains pays européens, au lieu de la solidarité européenne, on a tourné un tout autre bouton qui est celui de la moralisation. Les Néerlandais expliquent qu’ils ont été vertueux, alors que les Italiens ne le sont pas, et estiment donc que ces derniers doivent être punis. Cette attitude-là est une attitude protestante. On la retrouve aussi en Allemagne. Si on continue dans cette direction, cela va détruire l’Europe. 
UN MOT SUR LA BELGIQUE QUI EST UNE TERRE DE PME ET DE TPE. SERA-T-ELLE PLUS TOUCHEE PAR CETTE CRISE QUE D’AUTRES PAYS? 
Non, je ne pense pas. En Allemagne, en Italie ou dans d’autres pays, il y a partout beaucoup de PME et TPE. Cela ressort d’ailleurs des données de l’OCDE ou du FMI. L’onde de choc économique est semblable en Belgique et en Allemagne. Donc la Belgique ne souffrira pas plus que d’autres pays. 
CERTAINS EVOQUENT, APRES CETTE CRISE, L’EMERGENCE D’UN “NOUVEAU MONDE” AVEC A LA FOIS DES FORMES DE DEGLOBALISATION DE L’ECONOMIE MONDIALE, LE RETOUR DE PRODUCTIONS PLUS LOCALES ET DURABLES... PENSEZ-VOUS QUE LE VISAGE DU CAPITALISME VA CHANGER? 
Il y aura après cette crise des tendances au protectionnisme. Dans certains secteurs de l’économie, il y aura une grande pression pour que les pays deviennent indépendants sur le plan de production de tel ou tel produit. Mais dire que cela débouchera sur un capitalisme plus humain, c’est autre chose… Ce sera toujours du capitalisme, même si certains secteurs seront probablement protégés par des tarifs à l’importation, par exemple. Mais, pour le reste, le capitalisme restera le capitalisme. Il ne faut pas se bercer d’illusions à ce sujet. Quelle est d’ailleurs l’alternative ? L’État belge ne va pas commencer subitement à tout produire. 
UN AUTRE DEBAT A LIEU, CELUI DE LA NECESSITE DE SAUVER DES VIES AU DETRIMENT DE L’ECONOMIE AVEC LE RISQUE DE FAIRE PESER SUR CETTE GENERATION ET LES GENERATIONS FUTURES UN RISQUE D’APPAUVRISSEMENT GENERALISE. COMPRENEZ-VOUS CE DEBAT? 
C’est un choix mais il ne faut pas exagérer la portée de ce débat. Car si on commence à ouvrir trop rapidement l’économie, il se pourrait que ce virus devienne tellement virulent et son expansion telle que les gens ne voudront pas aller retravailler. On aurait alors le pire des deux mondes avec une haute mortalité et une économie qui ne tourne pas non plus. 
QUE PENSEZ-VOUS DE LA GESTION DE LA CRISE SANITAIRE PAR DONALD TRUMP? RECEMMENT, IL A ENCORE INCITE CERTAINS ETATS A NE PAS RESPECTER LES REGLES DE CONFINEMENT… 
Oui, il n’y a plus de mots pour exprimer ce que je pense. C’est de l’incompétence, de la vulgarité, du mensonge et cela ne fait que s’aggraver. Il est incroyable qu’autant d’Américains le supportent encore. C’est difficile à comprendre… 
RECEMMENT EMMANUEL MACRON A PLAIDE POUR UNE ANNULATION PARTIELLE DE LA DETTE DES PAYS D’AFRIQUE. UNE VOIE A SUIVRE? 
Je suis absolument favorable à cela. C’est le moment de le faire. Mais il y a aussi des blocages, surtout venant des États-Unis. Il y aurait pourtant moyen de le faire et cela ne coûterait pas grand-chose. Car, d’un point de vue économique, ces pays sont relativement petits.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« LE MANQUE DE SOLIDARITE, CETTE ABSENCE DE VOLONTE D’AIDER LES PAYS LES PLUS VULNERABLES POURRAIT ENTRAINER UNE CATASTROPHE. L’EUROPE RISQUE DE SE DEFAIRE. » 

Les esprits qui se veulent progressistes se sont déchaînés en proposant une « économie de la vie » (Attali). et non point du marché. En prônant un retour aux pouvoirs régaliens de l’Etat, ces prophètes de la rupture on crut voir poindre une métamorphose ou plus simplement un changement de paradigme, un retour à l’Etat social redistributeur. On attendait avec impatience l’analyse du très sage économiste flamand Paul De Grauwe. 
Egal à lui-même , il nous annonce « qu’il ne sait pas » alors qu’il sait mieux que personne les difficultés qui attendent notre chère Europe : "le manque de solidarité de l'Europe se retournera contre elle". Pire encore : « L'implosion de l'Europe est devenu un scénario possible ».
De Grauwe pense que la Banque centrale européenne (BCE) devrait intervenir et financer les déficits budgétaires qui sont la conséquence de l’épidémie.  « Mais nous sommes prisonniers de dogmes qui partent du principe qu’on ne saurait le faire. Il faut faire un sort à ces dogmes. » 
En clair, la piste des “corona bonds”, des obligations communes  (les « euro bonds » chers à Verhofstadt) pour financer les conséquences de cette crise désastreuse, a été abandonnée. C’était la solution préférée de Paul De Grauwe. Cela aurait été un bon instrument de solidarité d’émettre conjointement de telles obligations, où la responsabilité du remboursement serait collective. Mais on n’en veut pas en Europe du nord. 
Quelles sont les alternatives ? « Il y a celle de la BCE. Ce serait techniquement très facile à faire mais, encore une fois, l’Europe est victime de ses dogmes. Pourtant, c’est ce qui a été envisagé pendant les guerres mondiales : car il fallait financer les dépenses militaires. Aujourd’hui, l’Europe traverse une crise existentielle  mais elle possède un instrument de politique économique puissant auquel elle répugne à recourir. « Ce n’est pas rationnel. » 
« Le manque de solidarité européenne est choquant. Il se retournera contre elle. » 
Le manque de volonté d’aider les pays les plus vulnérables pourrait tourner à la catastrophe. L’Europe risque carrément de se déliter. 
L’implosion de l’Union européenne est devenue un scénario envisageable,  les Néerlandais faisant valoir qu’ils ont été vertueux, quand les Italiens ne le sont pas : ces derniers doivent selon eux  être punis en vertu d’une mentalité très « protestante », partagée par les Allemands. « Continuons dans cette direction, et on détruira l’Europe.» « En tout état de cause, gardons nous de relancer trop rapidement l’économie, « il se pourrait que ce virus corona  devienne tellement agressif et son expansion tellement ravageuse que les gens refuseront de retourner travailler. On se retrouverait  alors le pire des mondes avec une mortalité élevée et une économie qui ne tourne plus. »
Retenons de cette brillante leçon d’économie européenne qu’il «  y a des limites à un système qui génère beaucoup d’inégalités et d’externalités qu’il convient de corriger. »
C’est dire qu’au-delà de la situation sanitaire qui est dramatique et que les 27 abordent dans le plus grand désordre, il manque une volonté commune d’harmonisation des politiques économiques et financières des pays membres. C’est un camouflet pour les pères fondateurs de l’Europe et une remise en cause radicale du projet d’unification européenne. Delors reviens, tes successeurs ne savent pas ce qu’ils font ! Risquons une hypothèse folle : et si DSK et Verhofstadt étaient à la barre du vaisseau Europa  en lieu et place de l’inconsistant Charles Michel et de la pusillanime Ursula ?
MG

samedi 25 avril 2020

Carte blanche «Lettre à mes enfants et petits-enfants, le jour de mes 70 ans en plein confinement»


Le Soir
Les événements des dernières semaines ont inspiré à un père et à un grand-père une lettre

J’ai septante ans aujourd’hui.
J’ai été marqué par la catastrophe de Marcinelle et la banquise à Ostende, en 1956. J’ai été marqué par l’arrivée dans ma classe des filles et fils de colons du Congo et par l’assassinat de Patrice Lumumba en 1960. J’ai été marqué par l’arrivée de la télévision à la maison, en 1963, et l’assassinat de Kennedy, le 22 novembre (je me souviens de la date). J’ai été marqué par 1968 (mai, bien sûr, mais aussi Prague, Leuven Vlaams et encore un assassinat, celui de Martin Luther King). J’ai été marqué par le premier pas de Neil Amstrong sur la lune (le 21 juillet 1969)… et la victoire d’Eddy Merckx au Tour de France la veille. J’ai été marqué par les crises pétrolières, en 1974 et 1979, et les premiers dimanches sans voiture, frustrants pour beaucoup, déjà libératoires pour certains. J’ai été marqué par la mort d’Allende en 1973 et la fuite des Américains de Saigon en 1975 (la dernière interview d’Allende, par l’ami Josy Dubié, et la fuite de Saigon, filmée par lui aussi). J’ai été marqué par l’élection de François Mitterrand en 1981 (le 10 mai, je me souviens aussi de la date). J’ai été marqué en 1989 par la chute du mur de Berlin, symbole d’un espoir qui a très vite muté en dictature, et par le 11 septembre et l’effondrement des tours jumelles, symbole de l’Amérique triomphante.
Tous ces événements m’ont construit ensemble avec l’éducation de mes parents, avec l’éducation acquise dans mes écoles grâce à de profs remarquables, avec la culture de ma génération, avec la culture de mon pays singulier, la Belgique, et celle de mon continent si riche de diversité, d’histoire et de futur, l’Europe (qui s’est unie).
Vous serez marqués indélébilement par ce printemps 2020 et son confinement. Tout comme des milliards d’enfants, d’adolescents et d’adultes, jeunes encore, seront marqués dans le monde entier. Et construits ensemble avec l’éducation de leurs parents et de leur école et la culture de leurs communautés. Vous aurez appris à vivre tout le temps avec votre famille, ce qui ne vous était jamais arrivé. Vous aurez fait, dans votre éducation, un bond en avant digital sans précédent, même s’il fut souvent chaotique, mais apprendre à vivre le chaos vous sera bien utile dans le monde de demain. Vous aurez été patients, impatients, calmes, nerveux, supportables et insupportables. En même temps. Mais vous vous serez renforcés par ces contradictions quotidiennes.
Ces événements nous auront rappelé, ou révélé, le rôle essentiel des médecins, infirmières, éboueurs, enseignants, réassortisseurs et caissières. Et ce sont souvent des femmes qui se sont révélées plus fortes, caissières ou enseignantes, infirmières et médecins, premières ministres ou réassortisseuses. Hé les garçons, regardez ce que fait votre sœur !
Ces évènements nous auront, vous auront, aussi montré combien les populismes et, plus encore, les leaders populistes sont hors de propos (« irrelevant » en anglais, Matteo). Ceux qui sont au pouvoir, Trump et Bolsonaro, par leur incompétence criminelle et ceux qui n’y sont pas, Matteo Salvini et Bart De Wever, par leur volatilité et leurs comportements contre-exemplaires.
Il faudra bien sûr en venir au déconfinement et retourner à la normalité. Même si ce sera une nouvelle normalité. Il faudra y venir de manière ordonnée, progressive, sans inventer nos propres règles, en faisant confiance aux décisions des autorités qui devront se montrer à la hauteur de cette confiance et qui s’appuieront, du mieux qu’elles peuvent, sur les recommandations des experts. La balance entre d’une part la nécessité de revivre et de faire repartir suffisamment rapidement l’économie, indispensable à notre bien-être, à votre bien-être, et d’autre part le souci de ne pas faire repartir la maladie sera délicate.
Certains, dans ma génération, en quête de l’éternelle jeunesse et sûrs de leur invulnérabilité, voudraient inventer leurs propres règles et s’indignent à l’idée que les plus anciens, population à risque, se verraient restreindre leur liberté plus longtemps que les plus jeunes. Sacrifier le retour des plus jeunes à la normalité, plus rapidement et de façon ordonnée, à la santé ou au confort des vieux n’a pas de sens. Oui, je suis plus à risque que vous. Tout comme votre grand-mère et arrière-grand-mère, Janine, ma mère, qui aura 95 ans dans quelques jours, est encore plus à risque. Oui il faudra patienter pour nous voir, Véronique et moi, et pour voir Janine. Mais il est de la responsabilité des générations plus anciennes de contribuer par leurs actes au bien-être des générations les plus jeunes. Les vieux anglais, de ma génération, qui ont massivement voté pour le Brexit auraient bien fait d’avoir la même responsabilité vis-à-vis des jeunes Britanniques qui ont, eux et elles, massivement voté contre ce Brexit.
Le monde de demain sera différent. Certains rêvent à la grande révolution qui changera tout. Cela n’aura pas lieu. D’autres s’emploient à ce que rien ne change (les lobbies sont en pleine action à Washington et à Bruxelles). Mais vous aurez à agir car sans changements cela sera pire. La banquise ne reviendra pas à Ostende mais il faudra poursuivre vos efforts pour le climat. Il faudra qu’en Allemagne et en Chine, le charbon s’éteigne du paysage. Et que les autres fossiles reculent pas à pas. Il faudra que nos biens collectifs, la santé, l’éducation, le bien vivre en ville, bénéficient de plus d’efforts. Et donc le profit comme seul moteur du vivre économiquement ensemble ne pourra plus constituer l’alpha et l’omega. Il faudra que l’individualisme forcené, l’arrogance et le mépris de certains, mieux lotis, s’estompent pour qu’en même temps le bien commun retrouve tout son sens. Vous aurez à agir et ma génération, moi compris, devra être à vos côtés.
Vous serez marqués. Soyez le pour le meilleur.
*L’auteur est bien connu de la rédaction du Soir. Il a voulu au travers de ce courrier apparaitre comme un père et un grand-père et mettre en retrait les qualités professionnelles qui l’ont mis en avant durant sa carrière

  
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
GENERATION PERDUE
« NOUS NE SAVONS PAS SI NOUS DEVONS EN ATTENDRE DU PIRE, DU MEILLEUR, UN MELANGE DES DEUX : NOUS ALLONS VERS DE NOUVELLES INCERTITUDES. »

Heureux les septuagénaires en bonne santé, car ils ont connu la période probablement la plus riche, la plus douce, la plus  protégée de l’histoire de l’humanité, du moins en Europe. Ils n’ont vécu ni guerre, ni occupation, contrairement à leurs parents et grands-parents ; ils ignorent l’angoisse de l’avenir qui est celle de leurs enfants et petits-enfants. Ils ont savourés les fruits exquis de la liberté et goûté les fruits amers d’une fallacieuse prospérité. Ils savent qu’ils laissent à leurs descendants un monde moins harmonieux que celui qu’ils ont contribué à faire naître. La moisson est maigre et les défis à affronter gigantesques. Ils ont compris au cours de cette période de confinement imposé qu’ils n’ont rien fait pour préserver l’environnement mais ont commis, au contraire, grand dégât sur terre pour assumer leur insatiable désir de confort, assouvir leur soif inextinguible  d’individualisme  et de surabondance. Ils sont les enfants d’un Zeitgeist, d’un esprit du temps matérialiste qui n’a que mépris pour l’environnement et la solidarité. Ils comprennent, sans doute un peu tard, en observant leurs petits enfants défiler avec Greta, qu’il est urgent d’apprendre à vivre autrement, à consommer autrement, à penser autrement, comme les y invitent les survivants de l’ère d’avant que sont Noam Chomsky et Edgar Morin qui envisage le confinement comme une occasion inespérée de régénérer la notion même d’humanisme, mais aussi pour chacun d’opérer un tri entre l’important et le frivole. Car il s’agit de ressentir plus que jamais la communauté de destin de toute l’humanité.
Ils avaient vingt ans en mai 68 qu’ils se sont empressés de renier à la faveur des golden eighties matérialistes à l’excès. Ils se sont accommodés du néo libéralisme, ce suicide collectif qui ne dit pas son nom.
Maudits soient les septuagénaires satisfaits qui n’ont pas réussi à fédérer l’Europe et consentent mollement à la résistible évaporation de la Belgique. Jamais la terre n’a porté de génération plus accapareuse, plus opportuniste,  plus égocentrée. 
Il nous faut désormais changer de paradigme et combiner sortie de crise sanitaire et développement durable! En dehors de cela point de salut pour l'humanité! » « Attends-toi à l’inattendu. »  « Nous ne savons pas si nous devons  attendre du pire, du meilleur, un mélange des deux : nous allons vers de nouvelles incertitudes. »  (Morin)
Et dîtes-vous bien que c’est un septuagénaire heureux/honteux de la race homo sapiens/demens qui affirme ceci.
MG

vendredi 24 avril 2020

L'après-crise, un sujet qui divise profondément les pays membres de l'UE


Le Vif

Les dirigeants européens semblent plus divisés que jamais au moment de débattre jeudi des solutions pour sortir l'UE de la récession due à la pandémie de coronavirus, ce qui devrait les contraindre à reporter toute décision d'envergure.
Les 27 ne parviennent pas, pour le moment, à s'entendre sur la façon de relancer le moteur économique et un détail en dit long sur leurs divergences: contrairement à l'habitude, ils ne devaient adopter aucune déclaration commune à l'issue de leur sommet en visioconférence.
Dans sa lettre d'invitation aux chefs d'Etat et de gouvernement, le président du Conseil européen Charles Michel, à la manoeuvre lors des sommets, leur "suggère de se mettre d'accord pour travailler sur un fonds de relance aussi vite que possible". Mission devrait être confiée à la Commission européenne de travailler rapidement sur le sujet, ce qui constituera "le principal résultat du Conseil", anticipe une source européenne.
Pourtant, la pandémie a percuté de plein fouet les économies: l'UE, dont les populations sont confinées dans la plupart des pays, devrait enregistrer une chute record de son PIB de 7,1% cette année, selon les prévisions du FMI. Et la crise qui menace les 19 pays de la zone euro risque d'être la pire de la courte histoire de la monnaie unique lancée en 1999.
Solidarité
Dans ce contexte, les vieux clivages, auxquels on avait déjà assisté après la crise financière de 2009, ont réapparu au grand jour.
D'un côté les pays du Sud, fortement endeuillés par la pandémie comme l'Italie et l'Espagne, réclament davantage de solidarité financière à leurs voisins du Nord. Mais ces derniers, en particulier l'Allemagne et les Pays-Bas, moins touchés par le virus, rechignent à payer pour des Etats à qui ils reprochent de ne pas avoir fait preuve de discipline budgétaire pendant les années de croissance.
"Les pays du Sud ont l'impression que certains Etats, actuellement plus forts économiquement, vont utiliser cette crise pour l'être encore davantage. Et ceux du Nord pensent que leurs voisins du Sud vont profiter de la pandémie pour leur léguer le fardeau de la dette qu'ils ont contractée par le passé", résume un haut responsable européen.
L'Elysée anticipe "encore des débats à l'issue du Conseil" et n'attend pas d'accord avant l'été. "Il faudra une réunion physique des chefs d'Etat et de gouvernement, au moins une", a résumé une source française.
"C'est le sommet typique sur lequel les rencontres bilatérales, la rencontre à côté de la salle, la possibilité de se parler, de se comprendre mieux dans un tête-à-tête, tout cela va manquer", a estimé l'ancien président du Conseil italien et président de l'Institut Jacques Delors, Enrico Letta.
"Coronabonds"
De l'avis de tous, le plan de relance devrait être de plusieurs centaines de milliards d'euros, mais un montant définitif est encore loin d'être acté.
Sur l'épineuse question du financement de fonds de relance, différentes options ont été présentées, mais aucune ne fait pour l'instant l'unanimité. Rome, Madrid ou Paris plaident pour un endettement commun, sous des formes variées, que l'on a souvent résumé par le terme de "coronabonds". L'intérêt de la mutualisation des dettes pour les pays du Sud de l'Europe, c'est de bénéficier des taux d'intérêt peu élevés des pays du Nord.
La question se pose également sur le lien entre le fonds de relance et le budget à long terme de l'UE, qui doit en principe être adopté d'ici la fin de l'année pour la période 2021-2027. Cette option rassure les pays du Nord car elle fournit un cadre légal mais elle risque de susciter d'autres questions tout aussi compliquées, comme la priorité de ces dépenses d'investissement d'après-crise par rapport à celles qui sont traditionnelles comme la Politique agricole commune (PAC).
Les dernières négociations sur ce budget pluriannuel, en février avant la crise sanitaire et économique, s'étaient soldées par un échec retentissant.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« LES DIRIGEANTS EUROPEENS DOIVENT CESSER DE SE FRITER ». « C’EST DANS UN MONDE SORTI DES BALISES ANCIENNES QU’ILS DOIVENT REDONNER FORME A LEUR DESTIN COMMUN. » Pascal Lamy

"Les pays du Sud ont l'impression que certains Etats, actuellement plus forts économiquement, vont utiliser cette crise pour l'être encore davantage. Et ceux du Nord pensent que leurs voisins du Sud vont profiter de la pandémie pour leur léguer le fardeau de la dette qu'ils ont contractée par le passé", résume un haut responsable européen. Ce qui est fascinant c’est que la  frontière qui sépare le Nord du Sud passe par la Belgique et, on l’a vu dans mon commentaire d’hier, la coupe en deux. De Wever fait  son Trump à tous petits pieds en caressant la classe moyenne flamande dans le sens du portefeuille. 
Rome, Madrid ou Paris plaident pour un endettement commun, sous des formes variées, que l'on a souvent résumé par le terme de "coronabonds". L'intérêt de la mutualisation des dettes pour les pays du Sud de l'Europe, c'est de bénéficier des taux d'intérêt peu élevés des pays du Nord. 
Ursula von der Leyen : Les fond -540 milliards d'euros élaborés par les ministres des Finances pour répondre dans l'immédiat au choc économique de la crise du coronavirus.- qui seront attribués aux Etats devront présenter "un bon équilibre" entre prêts et subsides, les premiers devant être remboursés au contraire des seconds, dès lors plus représentatifs d'une véritable solidarité. » Cet équilibre et cette harmonisation semblent difficiles à créer. On avait espéré que suite à cette méga crise plus rien ne serait comme avant et que de nouvelles et audacieuses initiatives. 
L’Europe s’était soudée, créée et instituée après la guerre contre le virus soviétique. Elle semble aujourd’hui se désunir au risque d’imploser face au Corona Virus.
Nous, avions imaginé dans notre grande naïveté qu’on changerait de paradigme après cette trêve forcée de néo libéralisme outrancié. Que nenni. C’est reparti comme en quarante : chacun pour soi ; business as usual… « Cette crise conforte la proximité : le national est solide, l’Europe est plus liquide et l’international est gazeux. » (Pascal Lamy) Où sont les grands formats politiques du temps de pères fondateurs. Le couple Michel/Ursula n’est guère plus performant que Tusk/Juncker.  Angela Merkel , qui comme le Phénix sort comme régénérée de cette crise habilement gérée par elle, est déterminée à relancer, coûte que ciûte, la puissante machine économique allemande avec son slogan « wir schaffen das » 
« C’est dans ce monde sorti des balises anciennes que les dirigeants européens doivent redonner forme à leur destin commun. »
En vérité , ils ne se soucient de rien davantage que leur réélection.
MG


L'UE ENTERINE UN PLAN D'URGENCE A 540 MILLIARDS D'EUROS
Le Vif

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne ont entériné jeudi le plan d'urgence à 540 milliards d'euros élaboré par les ministres des Finances pour répondre dans l'immédiat au choc économique de la crise du coronavirus.
Pour le redémarrage de l'économie, ils ont chargé la Commission d'établir les besoins par Etat et par secteur et de présenter rapidement une proposition de fonds de relance qui pourrait être lié au budget 2021-2027 de l'UE, a indiqué le président du Conseil Charles Michel.
"Nous sommes tous d'accord de travailler à un fonds de relance spécifique, pour dire que c'est urgent et nécessaire, qu'il doit être d'une ampleur suffisante pour l'importance de la crise et qu'il soit orienté vers les secteurs et les régions géographiques de l'Europe qui ont été les plus touchés", a commenté le Belge à l'issue d'une réunion de plus de quatre heures.
La présidente de la Commission Ursula von der Leyen a évoqué la 2e ou 3e semaine de mai pour valider une proposition en collège, après une étroite concertation avec les Etats membres. 
"Nous parlons en millier de milliards, pas en milliard", a averti l'Allemande. La Commission envisage de collecter sur les marchés financiers, avec les garanties des Etats membres, des fonds à canaliser vers les Etats via le budget pluriannuel. Ce budget, sur lequel les 27 n'étaient pas encore parvenus à s'entendre avant l'éclatement de la crise du coronavirus, est à ses yeux l'instrument de cohésion et de solidarité le plus fiable.
"Un bon équilibre" entre prêts et subsides
Elle a aussi évoqué la nécessité de relever de 1,2% à 2% de la somme des RNB de tous les États membres le plafond jusqu'auquel l'UE peut se financer par ses propres ressources pour effectuer ses paiements. Le débat sur les ressources propres de l'UE, lié notamment aux impôts européens, est l'un des volets les plus sensibles du débat budgétaire.
Les fonds qui seront attribués aux Etats devront présenter "un bon équilibre" entre prêts et subsides, les premiers devant être remboursés au contraire des seconds, dès lors plus représentatifs d'une véritable solidarité.
Quant au plan d'urgence de l'Eurogroupe, il devra être opérationnel le 1er juin prochain, ont demandé les chefs d'Etat et de gouvernement. Ce plan, pour rappel, consiste en des prêts aux Etats membres via le Mécanisme européen de stabilité (MES), des garanties aux entreprises via la Banque européenne d'investissement (BEI) et le programme "SURE" de la Commission en soutien aux plans nationaux de chômage partiel.
Les chefs d'Etat et de gouvernement ont également validé ce jeudi les principes d'un stratégie commune de déconfinement telle qu'annoncée par la Commission, pour éviter que les Etats membres ne sortent de la crise dans le même désordre qu'ils y sont entrés.

LA SURVIE DE L’UNION EUROPEENNE, ENTRE NATIONALISME ET BRUTALITE DU MONDE

Pour Pascal Lamy, ancien directeur de l’Organisation mondiale de la santé, « les dirigeants européens doivent cesser de se friter ».

Par Béatrice Delvaux. Le Soir

Cette crise conforte la proximité : le national est solide, l’Europe est plus liquide et l’international est gazeux. » C’est Pascal Lamy qui décrit ainsi au « Soir » le nouvel état du monde à la veille d’une nouvelle réunion du Conseil européen. L’ex-directeur de cabinet du président de la Commission Jacques Delors, ex-directeur général de l’OMC aujourd’hui président de l’institut Delors, met les chefs d’États et de gouvernement de l’Union devant leur responsabilité historique dans ce champ européen explosé par le chacun pour soi et un univers mondial totalement déstructuré. « Les dirigeants européens doivent cesser de se friter », poursuit-il en faisant appel à la solidarité seule à même de sauver la construction européenne.

Cet Européen de toujours a raison lorsqu’il dénonce, face au Covid-19, la réponse européenne la moins coordonnée des trente dernières années. Pour sortir de la crise, il n’en appelle pas à la générosité, mais à la méthode, au bon sens et au… souvenir. Il plaide ainsi pour l’élaboration sérieuse et ambitieuse d’un budget européen d’exception qui serve les défis à dix ans, sans passer du temps sur l’objectif 2021 qui peut être géré à la belge par douzièmes provisoires. Il se fait l’avocat de la mutualisation où tout le monde emprunte ensemble pour payer moins. Il en appelle enfin, au rayon « solidarité », aux souvenirs des Allemands, qui à une période de leur histoire ont bien eu besoin de tout le monde, Anglais, Français, etc.

En quelques années, des chocs successifs – la crise financière de 2008, le terrorisme islamique, la « bombe » Trump, la montée en puissance chinoise, le défi climatique, la montée des extrémismes en Europe, la crise migratoire, le Covid-19 « saupoudré » désormais d’un effondrement pétrolier – ont fait sauter l’« ordre » sorti de la Seconde Guerre mondiale. Résultat : un monde éclaté, en panne de chefs d’orchestre. Les États-Unis, centrés sur eux-mêmes, refusent désormais d’assurer tout leadership. Pire : ils sabotent, discréditent, torpillent les instruments qui ont été mis en place pour gérer ce multilatéralisme global (OMS, ONU, Otan, etc.) et sont devenus par nombre d’actes ou de déclarations/tweets, la source d’une grande instabilité géopolitique. La Chine fait tout pour reprendre le flambeau – à la faveur du Covid-19 notamment –, mais la fascination et l’appétit économiques qu’elle suscite sont à la mesure de la méfiance et du rejet qu’inspirent ses intentions et ses pratiques.

Drôle d’impression aujourd’hui que d’être le citoyen d’un monde où beaucoup de mauvais coups sont désormais permis, donnés et surtout revendiqués. Où même les « grands » gèrent ouvertement la planète à coup de mensonges et de boucs émissaires sur fond de continents et de peuples oubliés, comme l’Afrique, abandonnée aux visées chinoises ou à la charité de Bill Gates.

C’est dans ce monde sorti des balises anciennes que les dirigeants européens doivent redonner forme à leur destin commun. Et cela au pire des moments pour ces Etats-membres qui ont repris goût, encore davantage avec cette pandémie, à la chaleur de la « nation ». « L’espace européen est frigide, l’espace national est excitable », rappelle Pascal Lamy en citant Elie Barnavi. Voilà qui ne facilitera pas la tâche de l’Union, « très mal barrée » dans ce monde d’après qui s’annonce surtout plus brutal. Pour y exister, il faudrait du poids, de la puissance et de l’influence, analyse Pascal Lamy, trois qualités dont est dépourvu « cet animal géopolitique faible ». D’où son exhortation qui tient de l’urgence existentielle : « Le temps n’est pas aux compromis ordinaires. »

jeudi 23 avril 2020

"Le bien-être des prochaines décennies dépendra des prochains mois", estime Bart De Wever



La Belgique doit préparer rapidement "un plan de sortie global" du confinement pour la reprise de l'économie, a répété le président de la N-VA, Bart De Wever, lundi matin dans l'émission De Ochtend (vrt). "Le bien-être des décennies à venir se décidera dans les prochains mois", a-t-il estimé en assurant par ailleurs être prêt à se rasseoir à la table des négociations en vue de former un gouvernement fédéral "qui ne serait pas basé sur le PS et Ecolo".
S'il ne tenait qu'au président des nationalistes flamands, la Belgique s'engagerait rapidement dans un plan global de sortie de crise, à l'image de ce qui se fait en Allemagne, en Autriche ou aux Pays-Bas. "Les pays intelligents sont en train de gagner l'avenir", a-t-il dit. "Rien n'est plus faux que l'opposition entre l'économie et la santé. (…) Bart De Wever s'est enfin dit prêt à se rasseoir à la table des négociations en vue de former un gouvernement fédéral, son parti n'étant pas favorable à une prolongation des pouvoirs spéciaux accordés à l'exécutif actuel. La situation doit être évaluée en juin. "Pour moi, les discussions pour un nouveau gouvernement fédéral peuvent débuter en juin, au plus tard en septembre. Mais il ne faut absolument pas un gouvernement dominé par le PS et Ecolo", a martelé le président de la N-VA. 
"Nous sommes prêts à des compromis mais à partir de notre logique et du programme que nous jugeons important", a-t-il conclu en appelant les autres présidents de partis flamands à ne pas se laisser embarquer dans un gouvernement dominé par le PS et Ecolo.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« NOUS SOMMES PRETS A DES COMPROMIS » BDW
MAGNETTE SERAIT PRET A RENOUER DES CONTACTS POUR FORMER UN GOUVERNEMENT
BDW est d’une habileté machiavélique sinon diabolique.  "Nous sommes prêts à des compromis mais à partir de notre logique et du programme que nous jugeons important", a-t-il conclu en appelant les autres présidents de partis flamands à ne pas se laisser embarquer dans un gouvernement dominé par le PS et Ecolo.
Très bien mais il reste qui comme partenaire  en dehors du PS en région francophone ? Un MR affaibli dirigé par un Bouchez prêt à tout pour rester au pouvoir ? 
Il est clair que Bart est en perte de vitesse et qu’il joue, non sans panache, sa dernière carte en misant sur l’appui des milieux d’affaires et de la classe moyenne flamande.
Et voici que Le Soir annonce que Paul Magnette « serait » prêt à renouer des contacts pour former un gouvernement de plein exercice. Objectif juin ou septembre. Au PS, on ne confirme pas, on n’infirme pas. 
Le déconfinement progressif auquel nous aurons droit à partir de vendredi écrit  David Coppi « accroîtra graduellement la pression en vue de la négociation d’un gouvernement de plein exercice. Dès lors que l’agenda deviendra, jour après jour, plus socio-économique et (un peu) moins sanitaire, la question se posera : faut-il rouvrir des négociations visant à mettre sur pied un gouvernement à même de gérer le passif budgétaire, d’entreprendre des politiques de relance, et de boucler la législature 2019-2024 ? »
 Claude Demelenne dans le Vif : « L’appel de la FGTB à négocier, avec le patronat, un Pacte social-économique-écologique d’après-guerre sanitaire (l’organisation syndicale se réfère au Pacte de reconstruction de 1944) va dans ce sens : difficile à imaginer sans le coaching d’un gouvernement fédéral à part entière, fort d’une majorité au Parlement. »
Georges-Louis Bouchez quant çà lui ne souhaite pas de négociations gouvernementales en juin. Les libéraux francophones prolongent leur long séjour au pouvoir. Une rente de situation grâce aux crises : pas moins de sept ministères, dont le Seize rue de la Loi, pour à peine plus d'un cinquième de l'électorat francophone: c'est fameux.  Le temps a passé et le MR est resté tout aussi surreprésenté. La crise sanitaire est arrivée et le MR a non seulement maintenu sa position, mais sa Première ministre Sophie Wilmès dispose désormais de pouvoirs spéciaux et de l'appui... des partis francophones d'opposition qui le conspuaient. Le MR a même obtenu le maintien... de tous ses ministres. Une prouesse ! commente Le Soir.
Réponse de Georges-Louis Bouchez, président du MR, au Soir: "Il n'est pas question de parler de négociations gouvernementales alors qu'on a encore aucune certitude sur la sortie de crise sanitaire. Nous n'entamerons pas le moindre processus de formation tant qu'il n'y a pas de stratégie stable de déconfinement.  Plus probablement, le président du MR opte pour d'éventuelles négociations en septembre... si tout va bien.
Le MR prend visiblement goût à cette situation prolongée où il prend ses responsabilités avec un nombre important de ministres. 
De Wever au Laatste Nieuws : "Sacrifier la richesse risque de coûter très cher en années de vie en bonne santé. Pas de prospérité robuste signifie pas de soins de santé performants. Nous devons nous efforcer de faire en sorte que la réaction à la crise ne soit pas pire que la crise elle-même à long terme".
De Wever qualifie de " plutôt déséquilibrée " la composition du groupe de travail autour de la stratégie de sortie, le "volet économique" de ce groupe de travail aurait pu être, selon lui,  un peu plus important.
Tout ceci constitue un signal évident que le landerneau politique voit poindre la fin du confinement. Est-ce à dire que la crise du corona virus se termine doucement ? Rien n’est moins sûr. Nous assistons, semble-t-il, à la fin du commencement. Il semble, en tout état de cause que la balle soit dans le camp de la FGTB comme le montre bien l’analyse de Claude Demelenne. Le syndicat socialiste plaide pour "un pacte social comme au sortir de la Seconde Guerre, quand les syndicats, les patrons et le gouvernement avaient négocié la reconstruction, la relance, la redistribution, et projeté la Belgique d'après " La FGTB ne se trompe pas lorsqu'elle prévoit "une phase de conflictualité sociale, une épreuve de force, pour obtenir notamment un refinancement de la Sécu et, globalement, un gouvernement de la solidarité"
Le plan de déconfinement va-t-il causer un choc politique Wallonie-Flandre? Se demande la Libre. Opposera-t-il une Flandre bosseuse et volontaire à une Belgique francophone frileuse ? Le clivage entre les partisans d’un déconfinement rapide destiné à préserver l’économie et les partisans d’un déconfinement lent - voire d’une absence de déconfinement – dépasse-il les codes habituels ? »
Il ne les dépasse pas mais comme l’illustre formidablement  Kroll, il les confirme. Se pourrait qu’il amorce  le commencement de la fin de la Belgique ?
MG

mercredi 22 avril 2020

Tracking: de la poudre aux yeux pour faire croire que nos gouvernants font quelque chose?


Thierry Bingen IN Le Vif
Membre des instances dirigeantes du Mouvement DEMAIN

Le nouveau buzz qui a infecté le pays, y compris le Parlement fédéral, concerne la mise en place d'un "tracking" via le smartphone des citoyens. Cette idée s'inspire de mesures prises en Chine, à Singapour et en Corée. On notera le caractère autoritaire de certaines de ces contrées, ce dont on peut encore se réjouir n'est pas le cas chez nous. Le danger pour notre vie privée est-il compensé par une "efficacité" reconnue? On va le voir, il n'en est rien.
Ne parlons évidemment pas de la Chine. En Corée, les résultats atteints l'ont beaucoup plus vraisemblablement été grâce au recours au port généralisé du masque et le recours massif aux tests dans une population au grand sens civique. À Singapour, un régime presque aussi totalitaire qu'en Chine, l'usage "imposé" de ce type d'application n'a pourtant été accepté que par 15% de la population ; le recours, comme presque partout sur la planète, au confinement a finalement permis d'enrayer l'épidémie ce que le "tracking" n'avait pas fait. Des spécialistes estiment en effet que, à moins d'une adoption sincère de ce type d'application par 60% des citoyens, elle ne peut avoir d'effet.
Qu'en serait-il chez nous?
Il est totalement impossible d'imposer ce "tracking". Son utilisation resterait donc volontaire, mais par qui ? Nul doute que nombre de citoyens croyant sincèrement qu'ils ne sont pas dangereux car asymptomatiques, éventuellement testés négatifs (tests généralement pas réalisés jusqu'ici, et pas près de l'être), signaleront leur présence dans l'espace public. Peu importe. Mais que feront tous ceux qui, testés ou non, ne présentant pas de symptômes graves, ont des raisons de penser qu'ils sont porteurs "sains"? S'ils sont des citoyens avec un grand sens civique, ils resteront confinés chez eux ou ne fréquenteront l'espace public qu'en prenant des mesures sérieuses (à commencer par le port d'un masque); pas besoin de les tracer donc. Mais les autres ? S'ils sont au pire réfractaires ou au mieux menacés dans leur emploi, ils n'auront aucune envie de signaler le danger qu'ils représentent...
Ajoutons en plus tous les asymptomatiques non testés, et nous pouvons conclure que le "tracking" ne tracera que très peu de cas dangereux; on sera loin des 60% qui pourraient justifier son usage.
Et quand bien même ce "tracking" donnerait-il des résultats, à quoi bon? S'imagine-t-on un instant qu'on pourrait tirer le moindre enseignement d'apprendre qu'on a "frôlé" trois infectés certifiés sans rien savoir (puisque les tests PCR donnent plein de faux négatifs) des 53 autres personnes qu'on a croisées dans des conditions identiques ce jour-là?
Alors, pourquoi ce buzz au sommet de l'État ? Cette idée de "tracking" n'est de nouveau que de la poudre aux yeux pour faire semblant que nos gouvernants font quelque chose. On évite ainsi de parler de l'amateurisme et de l'incurie de la gestion libérale de la santé publique: où sont les moyens pour les hôpitaux et les maisons de repos. Où restent les masques? Où sont les tests sérologiques? Comment comptent-ils en gérer les résultats?
Vu le danger, très réel lui, d'un glissement progressif vers une société où le contrôle des mouvements des citoyens serait accepté, il est urgent de tout faire pour enrayer l'épidémie du Covid et d'abandonner cette idée saugrenue de "tracking".


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« ATTENDS-TOI A L’INATTENDU. »
LA QUINTESSENCE DE LA QUINTESSENCE

« Pourquoi ce buzz au sommet de l'État ? Cette idée de "tracking" n'est de nouveau que de la poudre aux yeux pour faire semblant que nos gouvernants font quelque chose. »
Raison de plus pour nous concentrer avec discernement et esprit critique sur l’essentiel, singulièrement en cette période qui incline à l’introversion et à la méditation.
Edgar Morin, sage inoxydable et presque centenaire est persuadé que « cette crise nous pousse à nous interroger sur notre mode de vie, sur nos vrais besoins masqués dans les aliénations du quotidien »

Edgar Morin : une vie pleinement réussie.
Cet homme de la décantation est avant tout capable de discernement. 
Sa pensée décantée m’interpelle depuis des décennies mais plus encore aujourd’hui.  Après « la méthode de la méthode », voici, selon le même : la quintessence de la quintessence. 
Mon ami Jacques De Decker était fait du même bois mais tout s'est arrêté pour lui dimanche dernier, dans un taxi.
Quelle tragédie, comme une bibliothèque qui brûle. Il m'a fait découvrir Cynthia Fleury un peu verbeuse à mon goût mais brillante.
Paul Briot, feu notre professeur de latin et de morale à l’athénée Fernand Blum pensait qu'il fallait interroger les grands sages de notre temps, ceux qu’il regardait comme les « prophètes de l’âge moderne » on dit aujourd’hui les sonneurs d’alerte et les donneurs d’alarme.
Les anciens vénéraient les très anciens quand nous sommes obsédés par le jeunisme en jeans et basquets Nike.
J'écoute en boucle les témoignages du vieux Chomsky sur You Tube en ce moment et je me souviens de la grande sagesse de Christian de Duve.
Il y avait de cela aussi chez Helmut Schmidt et surtout chez l'immense Pierre de Locht que j’ai eu le bonheur de rencontrer quelquefois. Ce sont les gens de l'essentiel. Mon ami Pierre Vander Elst, pédagogue de génie mais à peu près inconnu était pareil, le corona me l'a enlevé.
N'oublions pas Jacques Attali de plus en plus synthétique et prophétique. Beaucoup ne l’aiment pas, c’est pareil pour Michel Onfray, Comte-Sponville, Régis De Bray, Pascal Bruckner ou Alain Finkielkraut. 
« Cette crise nous demande de réfléchir pour une politique de civilisation » (Morin)
Mais pourquoi aller chercher ailleurs quand l’essentiel est souvent à  portée de main dans notre immédiate proximité, je songe au philosophe bruxellois Lambros Couloubaritsis autre grand penseur de la complexité, je songe surtout aux échanges nombreux et denses avec mes amis confinés, éloignés mais que cette épreuve tend à rapprocher via la toile.
Ne devons nous pas tous retisser les fils distendus du tissus complexe que sont nos vies ?

Dans un entretien au « Monde », le sociologue et philosophe, le moraliste  Edgar Morin estime que la course à la rentabilité comme les carences dans notre mode de pensée sont responsables d’innombrables désastres humains causés par la pandémie de Covid-19. »
Il y plaide pour un nouveau contrat social, et propose une analyse d’une crise globale qui le « stimule énormément ».
En voici quelques extraits qui interpellent et que nous serions  toutes et tous bien inspirés de méditer.
 « Nous ne savons pas si nous devons en attendre du pire, du meilleur, un mélange des deux : nous allons vers de nouvelles incertitudes. »
  « L’arrivée d’un imprévisible était prévisible, mais pas sa nature »
 « Le confort intellectuel et l’habitude ont horreur des messages qui les dérangent. » 
« Cette épidémie nous apporte un festival d’incertitudes. » 
« Tout ce qui semblait séparé est relié, puisqu’une catastrophe sanitaire catastrophise en chaîne la totalité de tout ce qui est humain. » 
« Les carences dans le mode de pensée, jointes à la domination incontestable d’une soif effrénée de profit, sont responsables d’innombrables désastres humains dont ceux survenus depuis février 2020. ».
 « C’est l’occasion de comprendre que la science n’est pas un répertoire de vérités absolues (à la différence de la religion) mais que ses théories sont biodégradables sous l’effet de découvertes nouvelles. »
 « Des remèdes peuvent apparaître là où on ne les attendait pas. » « Dans les systèmes vivants et surtout sociaux, le développement vainqueur des déviances devenues tendances va conduire à des transformations, régressives ou progressives, voire à une révolution. » 
« "Il y a espoir que la lente évolution commencée s’accélère. » 
 « Ce sont des déviants, de Pasteur à Einstein en passant par Darwin, et Crick et Watson, les découvreurs de la double hélice de l’ADN, qui font progresser les sciences. » 
« Le confinement stimule les capacités auto-organisatrices pour remédier par lecture, musique, films à la perte de liberté de déplacement. Ainsi, autonomie et inventivité sont stimulées par la crise des confinements ethniques, nationaux, religieux qui se sont aggravés dans les premières décennies de ce siècle. »
« Faute d’institutions internationales et même européennes capables de réagir avec une solidarité d’action, les Etats nationaux se sont repliés sur eux-mêmes »
 « J’espère que l’exceptionnelle et mortifère épidémie que nous vivons nous donnera la conscience non seulement que nous sommes emportés à l’intérieur de l’incroyable aventure de l’Humanité, mais aussi que nous vivons dans un monde à la fois incertain et tragique »
« Les Skype et Zoom ne donnent pas le contact charnel, le tintement du verre qu’on trinque. » 
« Quel sera l’avenir de la mondialisation ? Le néolibéralisme ébranlé reprendra-t-il les commandes ? Est-ce que se prolongera et s’intensifiera le réveil de solidarité provoqué pendant le confinement, non seulement pour les médecins et infirmières, mais aussi pour les derniers de cordée »
« Les déconfinés reprendront-ils le cycle chronométré, accéléré, égoïste, consumériste ? Ou bien y aura-t-il un nouvel essor de vie conviviale et aimante vers une civilisation où se déploie la poésie de la vie, où le « je » s’épanouit dans un « nous » ? »
« Nous pouvons craindre fortement la régression généralisée qui s’effectuait déjà au cours des vingt premières années de ce siècle (crise de la démocratie, corruption et démagogie triomphantes, régimes néo-autoritaires, poussées nationalistes, xénophobes, racistes). Toutes ces régressions (et au mieux stagnations) sont probables tant que n’apparaîtra la nouvelle voie politique-écologique-économique-sociale guidée par un humanisme régénéré. Celle-ci multiplierait les vraies réformes, qui ne sont pas des réductions budgétaires, mais qui sont des réformes de civilisation, de société, liées à des réformes de vie.»
« L’après-épidémie sera une aventure incertaine où se développeront les forces du pire et celles du meilleur, ces dernières étant encore faibles et dispersées. Sachons enfin que le pire n’est pas sûr, que l’improbable peut advenir, et que, dans le titanesque et inextinguible combat entre les ennemis inséparables que sont Eros et Thanatos, il est sain et tonique de prendre le parti d’Eros. »
« Toute crise me stimule, et celle-là, énorme, me stimule énormément. »
Il nous reste à vivre les plus belles heures et les plus riches journées de confinement en méditant ces réflexions puissantes et inspirantes. 
MG

mardi 21 avril 2020

LES 10 PRINCIPALES STRATEGIES DE LA MANIPULATION DE MASSE


Article révisé par le Comité Psychologue.net

On vous explique les principales techniques par lesquelles les médias et les politiciens mettent en œuvre la manipulation

«Dans un État, qu'il soit démocratique ou totalitaire, les dirigeants doivent s'appuyer sur le consensus. Ils doivent s'assurer que les gouvernés ne comprennent pas qu'ils sont réellement au pouvoir. C'est le principe fondamental du gouvernement », Noam Chomsky.
Depuis plusieurs années, un décalogue circule sur Internet inspiré des textes de Noam Chomsky, le célèbre intellectuel américain, qui concerne la soi-disant "manipulation de masse" et ses stratégies mises en œuvre par les médias et les politiques.
Reprenons ces 10 principes qui peuvent être utiles pour pouvoir passer au travers de l'actualité et des promesses électorales.
1) La distraction
Afin de manipuler les gens, l'une des armes les plus puissantes est la distraction. Déplacer votre attention vers des nouvelles moins importantes ou insignifiantes vous permet en fait de détourner votre intérêt de questions beaucoup plus vitales qui, dans ce cas, passent en arrière-plan.
2) Problème et solution
Montrer un certain thème comme un problème vous permet de créer une solution souvent impopulaire et qui a déjà été décidée a priori. Un exemple ? Aggraver un service public pour pouvoir proposer sa privatisation.
3) Gradualité
Dans certains cas, pour manipuler les masses, il est nécessaire de le faire progressivement. Dans le cas de l'élimination de certains droits fondamentaux, par exemple, il est préférable de les éliminer à petites doses afin de ne pas provoquer de protestations des citoyens.
4) Différer
Dans ce cas, une certaine réforme intervient, garantissant qu'à court terme, bien que négative pour les citoyens, elle sera positive pour tous. De cette façon, les gens sont moins susceptibles de protester, en attendant les avantages. Quand il s'avère que ces avantages étaient faux, il sera déjà trop tard et les gens auront pris l'habitude de changer.
5) Infantiliser le public
Dans les publicités et les discours politiques, les gens ont souvent tendance à parler aux auditeurs comme s'ils étaient des enfants. De cette façon, le sens critique des personnes qui sont plus susceptibles d'accepter le message est éliminé.
6) Utiliser les émotions
Les messages qui tentent de manipuler la masse n'invitent pas à la réflexion mais, au contraire, sont basés sur des émotions. De cette façon, plus que la rationalité, nous nous concentrons sur l'inconscient des destinataires qui pourront percevoir le message général mais pas tous les détails, neutralisant ainsi l'aspect critique.
7) Garder le public ignorant
Un public ignorant est le meilleur allié de la manipulation de masse. Pour cette raison, la détérioration du système éducatif est une arme très puissante pour contrôler les citoyens.
8) Un public consentant
Les médias ont l'habitude de montrer à quel point les modes et les tendances sont superficielles, ignorantes et vulgaires. De cette façon, les citoyens sont poussés à s'habituer à la médiocrité.
9) Renforcer le sentiment de culpabilité
Cette stratégie de manipulation de masse a tendance à faire croire aux gens que tous leurs problèmes viennent d'eux-mêmes. Au lieu de se rebeller contre le système, les citoyens penseront donc qu'ils sont directement responsables de ce qui se passe.
10) Connaître l'être humain
Le système a une vaste connaissance de l'être humain, grâce aux progrès réalisés et, par conséquent, parvient à avoir un plus grand contrôle sur les citoyens.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
SOMMES-NOUS MANIPULES ?

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement.
Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que bien souvent, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes. C’est extrêmement préoccupant.
Si j’ai bien compris, au départ, tout ce barnum de confinement visait un seul but : éviter l’engorgement des hôpitaux afin que les médecins ne doivent pas faire face à des choix cornéliens : choisir par manque de lits et de respirateurs entre sauver un vieillard sain ou un jeune fragile.
Tout tournerait autour de cela. Si on avait eu assez de respirateurs et de personnel médical par l’impéritie de nos gouvernants,  on ne ferait pas autant de cas du confinement.
Cela dit, le bombardement continu et quotidien de l’ensemble des medias  me rappelle tous les jours que je suis à risque majeur. C’est insupportable et je commence à le supporter très mal tout en en étant très conscient.
J’avais jusqu’ici le confinement heureux grâce à mon jardin. Je commence à la trouver mauvaise avec des proches et des amis devenus invisibles dont les couples se disloquent et qui me renvoient leur mal être. En plus j’ai perdu trois amis chers dont deux de mon âge.
Surtout, je ne vois absolument pas de quelle manière cela va se terminer. On a réussi à me persuader que tant qu’il n’y aurait pas de vaccin massivement fabriqué par l’industrie pharma et largement inoculé rien ne  serait résolu. Je ne sache pas que l’industrie pharma soit une entreprise philanthropique.
La cacophonie du déconfinement qui s’opère  chez nous sans aucune coordination européenne et dans un début de confusion ne me convainc absolument pas. Ce qui me rassure encore moins, c’est la propension de plus en plus affirmée des Etats à tout mettre en œuvre pour faciliter la traçabilité des malades et des sujets transmetteurs involontaires.  Je n’y reviens pas mais l’inquiétude demeure. Aussi j’invite chacune et chacun à méditer la liste des six principales stratégies de la manipulation de masse établie par le grand Noam Chomsky. Restons vigilents.
MG

lundi 20 avril 2020

Demain tous tracés ?


Une opinion de Sophie Everarts de Velp, juriste spécialisée en propriété intellectuelle et RGPD, SEDV Legal Services.
La Libre Belgique

La crise sanitaire qui touche notre planète entière depuis plusieurs mois demande des efforts considérables de la part de tous.
Comment s’en sortir ? Quels sont les moyens à privilégier pour permettre un déconfinement progressif et une victoire contre le Covid-19 ? Nous entendons tous les jours parler de différentes pistes : tests de dépistage à grande échelle, port systématique du masque, recherche d’un vaccin, couvre-feux, mesures d’hygiène, distanciation sociale. Une des solutions envisagée et déjà en cours de réalisation dans plusieurs pays du monde : La géolocalisation et le traçage des personnes contaminées.
En Belgique, une application permettant aux personnes à risques d'être prévenues lorsqu’elles entrent en contact avec des cas contaminés va probablement voir le jour. Pour Emmanuel André, virologue, le traçage de cas positifs est une solution nécessaire en vue du déconfinement. "D'un point de vue technologique, nous instiguons une série de pistes et nous sommes déjà forts avancés pour proposer des solutions". Avant de préciser que "ces technologies devront s'accompagner d'un contexte épidémiologique, social et de l'infrastructure nécessaire".
BLACK MIRROR-BIG BROTHER
Mais la géolocalisation pose de réelles questions, tant relatives à la protection des données personnelles qu’éthiquement. Est-ce vraiment une solution indispensable pour gérer cette gigantesque crise sanitaire ? Les masques et tests produits en grande quantité et un bon respect de la distanciation sociale ne pourraient-ils pas suffire ?
Google, Apple ainsi que différents opérateurs de télécommunications (Proximus,..) se disent prêts à divulguer nos informations afin de permettre un traçage précis des personnes atteintes du Covid-19. Traqués comme en liberté conditionnelle, les malades, parfois déjà très affaiblis ou isolés, pourraient devenir davantage des "pestiférés" de la société : jugés, évités.
En outre, la géolocalisation des malades pose évidement la question du respect de la vie privée. Localiser les personnes positives au Coronavirus, et donner accès à ces informations aux autres citoyens me semble tout à fait disproportionné. Ce scénario à la "Black Mirror" déterminerait notre niveau de liberté et deviendrait la porte d’entrée à toutes autres pratiques douteuses en matière de traitement de données personnelles.
Bien entendu, je souhaite, comme beaucoup de monde, que toute cette crise se termine, qu’on puisse retrouver cette liberté d’antan. Qu’on puisse retrouver notre liberté, mais à quel prix ? Comment aura-t-on la certitude que le traçage de nos moindres faits et gestes par le gouvernement aura pris fin ? Nous devrons avoir la certitude que les mesures entreprises durant cette crise, le seront dans le respect de nos droits et libertés individuelles, et qu’elles resteront temporaires.
MESURES EXCEPTIONNELLES ET TEMPORAIRES
La Ligue des Droits Humains met en garde contre les mesures inédites prises par le gouvernement qui dispose désormais de pouvoirs exceptionnels. " Il faut tout mettre en œuvre pour éviter que les mesures exceptionnelles prises pour faire face au Covid-19 n’impliquent des restrictions injustifiées dans les droits et libertés ". La Ligue ajoute toutefois que les restrictions dans les droits et libertés des citoyens doivent être proportionnées et nécessaires. Elle insiste pour que ces mesures exceptionnelles ne puissent être prises, si cette piste est choisie, que provisoirement.
UNE SOLUTION EUROPEENNE
Le projet européen Pan-European Privacy Preserving Proximity rassemble 130 chercheurs et scientifiques de huit pays européens. Leur initiative s’inspire des mesures mises en place dans les pays asiatiques où la localisation des smartphones a permis de suivre la propagation du virus et de faire respecter la quarantaine. Évidemment, en Europe, l’application devrait suivre certaines règles strictes en termes de protection de données et du respect de la vie privée, en particulier le RGPD.
Le smartphone sur lequel serait installée l’application émettrait un signal Bluetooth sur une courte distance et enregistrerait tous les appareils à proximité de manière anonyme. De cette manière, il ne serait pas nécessaire d’accéder aux données de localisation de la population.
Les informations récoltées seraient anonymisées, comme l’exige le Règlement général sur la protection des données de l’Union européenne. Seules les autorités sanitaires pourraient avoir accès aux données.
"Tout ce que nous fournissons est basé sur la participation volontaire, fournit l’anonymat, n’utilise pas de données personnelles ni d’informations de géolocalisation, fonctionne en totale conformité avec le RGPD et a été certifié et testé par des professionnels de la sécurité", indique le site du PEPP-PT.
Cette solution permettrait un traçage des malades volontaires, qui seraient tracés uniquement après avoir donné leur consentement. Néanmoins, je doute quelque peu de l’efficacité de ce type de mesures, qui bien qu’elles respectent les règles de vie privée, risquent de n’être utilisées que par une petite partie de la population. La géolocalisation des malades s’est vue être une solution plutôt intéressante dans les pays asiatiques mais rappelons que les règles en matière de vie privée y sont beaucoup moins strictes, voir quasi inexistantes, et que la population est conditionnée à être filmée, traquée, surveillée de manière excessive tant en ligne que dans la vie réelle.
CONCLUSION
Trois pistes sont étudiées pour vaincre le coronavirus grâce aux technologies : Premièrement, une mise en place de mesures exceptionnelles et provisoires (uniquement le temps de la crise sanitaire actuelle) qui limiteraient nos libertés individuelles et ouvriraient les portes à diverses pratiques douteuses de traçage. Deuxièmement, la solution européenne, respectant les règles strictes européennes en matière de vie privée mais qui pourrait s’avérer peu efficace à une aide au déconfinement. Troisièmement, ne pas utiliser les données des citoyens mais privilégier des commandes massives de masques, tests de dépistage à grande échelle, le respect des règles de distanciation sociale, et bien entendu, la recherche d’un vaccin. Cela s’est avéré efficace dans de nombreux pays. En tant que juriste spécialisée en matière du respect de la vie privée, c’est la piste que je privilégierais.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LIBERTE SURVEILLEE ?

Nous avons basculé brutalement dans un monde du confinement qui, pour des raisons sanitaires sont relativement bien comprises par la majorité et acceptées par le plus grand nombre. Elles ont débouché sur une restriction sans précédent de notre liberté de mouvement et de notre liberté tout court. Une sorte de couvre feu permanent a transformé nos vies à tous égards : professionnel, familial, sociologique, psychologique.
Restrictions sur nos loisirs : horeca fermé, théâtres, cinémas et salles de spectacle fermées, vacances à l’étranger compromises, voyages déprogrammés. Les conséquences sont délétères : tensions dans les couples et les familles, violences conjugales, dépressions individuelles, augmentation des suicides et désarroi individuel et collectif. Mais tout cela est peu de chose au regard de ce qui est en train de se mettre subrepticement en place, à savoir une société de la surveillance inspirée du modèle chinois où chacun est tracé en permanence dans tous ses mouvements, voire dans son mode de consommer, de se déplacer jusque dans sa manière de réfléchir et de penser. Ce qui se passe est fascinant mais à bien des égards terrifiant. Les moyens technologiques permettent à un Etat qui serait mal intentionné de tracer de nous un profil extrêmement précis nous forçant à une obéissance « cadavérique ».  Le salut, disait Burgers avant de tomber sous les balle du peloton d’exécution nazi, ne viendra pas des esprits au garde à vous. De fait. Mais attention le régime chinois exige le garde à vous permanent de ses citoyens de même que le régime nord coréen. Quant aux démocratures russe, turque et désormais hongroise elles exigent ce que les régimes totalitaires imposent à leurs ressortissants: l’obéissance sans condition et surtout sans discernement.
En tout état de cause, il conviendra d’utilisez l' "application corona" avec précaution et surtout avec le plus grand discernement ! Elle soulève non seulement des problèmes juridiques, mais aussi éthiques, sociaux, politiques et techniques. Demain nous serons tous tracés dans tout ce que nous faisons à tout moment. La logique des algorithmes est capable de repérer nos préférences intellectuelles politiques et sociales. Les moyens de coercition  dont disposaient la Gestapo et le KGB ou la redoutable Stasi ne sont rien à côté de ceux dont disposent aujourd’hui les gouvernants chinois.
 Il va sans doute falloir entrer en résistance contre cette dérive totalisante autrement dit cette tentation totalitaire des Etats modernes. Des intellectuels avertis et inquiets signent des pétitions et lancent un avertissement à l’opinion publique. Puissent-ils être entendus. " Il faut tout mettre en œuvre pour éviter que les mesures exceptionnelles prises pour faire face au Covid-19 n’impliquent des restrictions injustifiées dans les droits et libertés ".
Prenons garde que quand la marée du confinement se retirera enfin- ce n’est pas, loin s’en faut, pour demain-on ne se retrouve dans une toute autre société un tout autre univers dont la liberté et la démocratie se seraient retirées un peu comme dieu dans les théologies négatives du retrait. Il surgit, il apparaît, énigmatique dans le temps puis disparaît. Il y chez Hans Jonas un devenir du divin : il reviendrait désormais à l'homme de réaliser le bonheur et la paix ici-bas.  Vaste programme !
MG  

NECESSITE ET URGENCE D'UN DEBAT PUBLIC SUR L' "APPLICATION CORONA"
Le Vif
En Chine, en Israël, en Russie, en Corée du Sud, à Singapour et à Taiwan, une forme de technologie très spécifique est déjà utilisée dans la lutte contre le virus : la soi-disant "application Corona". Entre-temps, l'idée s'est également répandue dans nos régions.
Dans divers pays voisins, les gens travaillent d'arrache-pied sur cette application pour smartphone, et la Commission européenne elle-même a diffusé une recommandation à ce sujet. Dans notre pays, de nombreuses entreprises ont déjà soumis des propositions pour de telles applications au Ministre De Backer. Le virologue Marc Van Ranst (membre du groupe d'experts du Gouvernement) a récemment déclaré que nous ne sommes pas loin de déployer une telle technologie en Belgique.
Comment fonctionne l'application ?
L'idée est relativement simple. Vous téléchargez l'application sur votre téléphone mobile, et vous participez ainsi à un réseau mobile spécifique créé via l'application : votre téléphone se connecte à d'autres appareils qui disposent de l'application dans votre quartier. Si vous êtes infecté par Covid-19, votre appareil peut envoyer cette information aux autres appareils ; si un membre de votre réseau est infecté, vous pouvez recevoir cette information vous-même. Notez qu'il existe plusieurs variantes : certaines applications fonctionnent avec l'intelligence artificielle, d'autres non ; certaines sont basées sur Bluetooth, d'autres sur GPS.
Utilisez l' "application corona" avec précaution et discernement ! Elle soulève non seulement des problèmes juridiques, mais aussi éthiques, sociaux, politiques et techniques
À première vue, la nouvelle application semble très intéressante pour réduire le virus et guider la transition vers l'ère du post-confinement. Cela permettrait d'avoir une vision claire du nombre de personnes infectées, de sorte que les infections puissent être détectées plus rapidement et les personnes infectées plus efficacement isolées. Néanmoins, l'application fait face à un peu de résistance, surtout en Europe. Aux Pays-Bas, par exemple, des collègues ont écrit une lettre à leur Gouvernement pour faire part de leurs préoccupations. Dans la foulée, nous nous tournons vers les Autorités belges compétentes : utilisez l' "application corona" avec précaution et discernement ! Elle soulève non seulement des problèmes juridiques, mais aussi éthiques, sociaux, politiques et techniques - que l'usage de l'application soit volontaire ou obligatoire n'y change rien.
Nécessité et urgence d'un débat public sur l' "application Corona"
PEUT-ON RENDRE UNE TELLE APPLICATION OBLIGATOIRE ?
Tout d'abord, il n'y a aucune preuve que l'application soit efficace. Il existe un risque réel de faux positifs. Par exemple, l'application peut détecter que vous vous êtes approché d'une personne infectée, alors qu'en réalité il y avait un mur entre vous. L'inverse est également possible : vous pouvez être infecté sans que votre application ne vous en avertisse, ce qui vous fait croire que vous n'infecterez pas les autres.
Pour qu'une telle application fonctionne efficacement, non seulement tous les groupes de population doivent être bien représentés, mais avant tout, il doit y avoir suffisamment d'utilisateurs. Cependant, tout le monde n'a pas de smartphone. Et si l'efficacité de l'application est basée sur un choix volontaire, il est peu probable que suffisamment de personnes utilisent la technologie. Une alternative est d'obliger l'application. Mais peut-on vraiment prendre cette proposition au sérieux dans une société moderne, libre et ouverte ? Devoir utiliser une application obligatoirement est très problématique sur le plan éthique et juridique.
ET NOS DROITS FONDAMENTAUX ?
Une récente enquête d'opinion auprès de la population sur ce type d'application a démontré que de nombreux citoyens sont préoccupés par leur vie privée. Nous partageons pleinement cette préoccupation et les dernières semaines ont montré que plusieurs propositions pour de telles applications sont contraires à la Loi. De plus, il y a aussi des désaccords. Les développeurs et les entreprises estiment que nos droits ne sont pas menacés, tandis que les experts contestent si les lois sur la protection de vie privée peuvent être respectées.
Les problèmes juridiques ne concernent pas seulement la vie privée. C'est une chose qu'un Gouvernement démocratique en temps de crise puisse imposer des restrictions à certains droits fondamentaux tels que l'autodétermination ou le droit d'association ; C'en est une autre de faire reposer ces restrictions sur une simple application, alors que le risque est grand que cette application ne fonctionne pas correctement. Par exemple, est-il légitime de ne pas être autorisé à se promener ou à faire du vélo avec les membres de votre famille sur la base de l'application ? Et supposons que l'application vous interdise ce droit fondamental, alors qu'il s'avère que vous n'êtes pas infecté. Qui en est responsable ? Qui pouvez-vous poursuivre pour cette violation ? Comment faire cela ?
Le manque de transparence - aussi bien dans le fonctionnement de l'application que dans l'action du Gouvernement - interroge. A ce stade, par exemple, les actions concrètes de la Task Force "Data Against Corona" du Ministre De Backer demeurent peu lisibles ; Il en résulte que le contrôle public - et la responsabilité politique - s'avèrent difficiles à exercer.
La technologie est socio-politique
L'application peut également avoir des effets sociaux. Par exemple, son utilisation peut perpétuer la discrimination existante. Par exemple, il existe un risque qu'un employeur soit guidé par l'application pour vous donner un emploi ou non, même si cela est indépendant des capacités pertinentes. Plus largement, cela risque également de saper la confiance en nos semblables, par exemple en évitant les gens tant que nous ne savons pas quel signal leur smartphone envoie.
Enfin, des questions politiques se posent également. Les données transmises par nos téléphones seront-elles collectées ou non par le Gouvernement ? Si oui, combien de temps les données seront-elles conservées ? Deux semaines, trois mois, un an ? Si nous choisissons de construire une infrastructure qui se concentre sur l'utilisation de ces applications, nous devons également nous interroger sur l'avenir de cette infrastructure. Ne risquons-nous pas d'utiliser soudainement la même application pour d'autres problèmes sociaux futurs ? Supposons qu'il y ait un crime qui n'a rien à voir avec l'épidémie de corona. Les gens ne seront-ils pas enclins à retrouver les téléphones des personnes qui se trouvaient à proximité du crime sur la base de l'application corona ?
En outre, il existe également un risque que le Gouvernement poursuive sa politique sur la base de données - possiblement incomplètes et non représentatives - issues de l'application, perpétuant ainsi une tendance problématique existante : croire erronément que de telles données peuvent guider sans ambiguïté les choix politiques.
Ne vous fixez pas aveuglément sur la technologie
Ces problèmes soulignent non seulement la nécessité d'une équipe multidisciplinaire autour de l'application, mais provoquent également l'appel suivant à nos politiciens : ayons un débat parlementaire approfondi sur l' "application Corona", qui soit nourri par des voix multiples et diverses. Avant que l'application puisse être introduite, la question fondamentale se pose de savoir si elle est nécessaire. N'y a-t-il vraiment pas d'alternatives moins drastiques ?
Sinon, vous devez garder à l'esprit que l'efficacité de l' "application Corona" ne dépend pas uniquement du bon fonctionnement de la technologie elle-même. Une telle application doit toujours faire partie d'un ensemble plus large de mesures qui sont en tout cas nécessaires pour lutter contre la pandémie. Tout d'abord, la capacité de test doit être suffisamment élevée. S'il n'y a pas assez de gens qui savent s'ils sont infectés ou non par le Covid-19, l'application n'a aucun sens. Deuxièmement, il y a le problème de la responsabilité individuelle. Une application ne sera efficace que si l'utilisateur le permet. Ceux qui sont allés faire un barbecue avec des amis pendant le week-end de Pâques seront les mêmes qui contourneront joyeusement l'application.
Que l'application fonctionne ou non (à Singapour, ils commencent déjà à abandonner l'idée après des résultats décevants), il est plus important de réaliser que beaucoup ne voudront pas l'utiliser - pour des raisons tout à fait légitimes. Et que ceux qui pourraient tirer le meilleur parti d'une application efficace - des personnes handicapées aux personnes âgées ou défavorisées - sont souvent exactement ceux qui n'y auront pas accès.
Enfin, bien sûr, la responsabilité politique compte également. Certes, il est primordial que les politiciens réfléchissent au sens et contresens possibles dans la mise en oeuvre des nouvelles technologies pour contenir la pandémie. Cela ne change rien au fait qu'ils doivent continuer à considérer des problèmes et des solutions qui vont au-delà de l'application et qui sont également beaucoup plus fondamentaux qu'une telle application : comment organiser la solidarité au sein de l'Union européenne ? Comment transcender les lignes de fracture idéologiques et politiques des partis pour une politique efficace ? Comment pouvons-nous garantir que les groupes concernés reçoivent une compensation et une reconnaissance appropriées ?
100 universitaires co-signent cet appel