mardi 7 avril 2020

Après le coronavirus : inventer un monde moins féroce


Claude Demelenne Le Vif (extraits)

Lorsque nous sortirons de l'enfer, il faudra piétiner nos certitudes. Inventer un autre monde, moins féroce. L'après coronavirus sera audacieusement social, ou ne sera pas.
Nous étions donc des géants aux pieds d'argile. Un "petit" virus nous a fait trébucher. Nos pays riches, sur-développés, hyper-connectés, survitaminés à la high-tech, ont failli à leur mission première : protéger la santé des citoyens. (…)
UN UNIVERS IMPITOYABLE
Le contraste est ahurissant. D'un côté, une société de surabondance, où la loi du marché booste les dividendes d'une minorité de patrons voyous, adeptes du "toujours plus". De l'autre, un univers impitoyable, où le personnel soignant joue sa vie - et celle des patients - à la roulette russe.
L'Etat-providence était presque devenu un gros mot. Trop coûteux, trop généreux avec les oisifs. Trop glouton, l'Etat nounou. Il est l'ennemi à abattre, pour les évangélistes du marché. Dans le viseur, tous les assistés. Vaste programme. Il faut surveiller et punir les pauvres. Responsabiliser les chômeurs. Mettre à contribution les malades. Le petit peuple est suspecté de se prélasser dans le hamac de la Sécu.
REDISTRIBUTION A L'ENVERS
La gauche a défendu son bébé, cette sécurité sociale qui, en Belgique, vient de célébrer ses 75 ans d'existence. Hélas, pas toute la gauche. Au début des années 2000, quelques poids lourds de la social-démocratie européenne - emmenés par le leader travailliste Tony Blair et le chancelier allemand Gerhard Schröder - sont passés avec armes et bagages dans le camp des bigots du néolibéralisme. Ils ont martelé leurs slogans : compétition - dérégulation - privatisations. Ils ont fait beaucoup de dégâts. Un peu partout, la redistribution s'opère désormais à l'envers : davantage d'argent pour les riches , davantage de galères pour les classes populaires.
Chez nous, la gauche a résisté. Non sans mal. Les inégalités se sont accrues. Les poches de précarité sont tout sauf marginales. Aujourd'hui, un Belge sur cinq se trouve dans une situation de pauvreté (16,4% en 2018). Sans la sécurité sociale, ce chiffre dépasserait les 40%.(…)
NE PAS PERDRE SA VIE A ACCUMULER
Il faudra beaucoup d'argent et ceux qui se trouvent "en haut de la pyramide des richesses" tenteront de conserver leurs privilèges. La lutte sera dure. Comme l'écrit le sociologue Jean-Pierre Le Goff, "au lendemain de cette crise, les loups ne se transformeront pas en agneau". Pour inventer un monde moins féroce, il faudra aussi rompre avec l'hyper-consumérisme débilitant.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« L'APRES CORONAVIRUS SERA AUDACIEUSEMENT SOCIAL, OU NE SERA PAS. »

La barre à gauche toute et tout de suite ! Il y aura, c’est sûr des élections après le confinement et à n’en pas doter la Wallonie votera encore plus à gauche et la Flandre davantage à droite. C’est probable. L’après corona sera encore plus compliqué à gérer avec un déficit budgétaire estimé à 30 milliards. Le corona virus a donné le coup de grâce à la doxa néo libérale qui a crée une classe de super privilégiés, « les premiers de cordée » comme les appelle  Emmanuel Macron. Les partis socialistes qui sont à terre partout en Europe- sauf en Wallonie- renouent avec l’espérance. Ségolène Royal qui a du nez  envisage déjà de se présenter aux présidentielles : c’est un signe ! Les éditorialistes retrouvent des accents keynesiens et exigent un New Deal, un plan Marshall sans l’Amérique.


LA CRISE DU CORONAVIRUS PLONGE LA BELGIQUE DANS UN CATACLYSME BUDGETAIRE

Un cataclysme budgétaire. L’expression n’est pas trop forte pour qualifier l’impact sur les finances publiques de notre pays de la crise sanitaire du coronavirus en cours et de ses innombrables et désastreuses conséquences économiques. Selon certaines estimations, chaque semaine de confinement fait perdre 4 milliards à l’économie belge.(…)
Même si l’évolution de l’épidémie au vu des chiffres de ce week-end incite à un peu plus d’optimisme, rien ne permet d’affirmer aujourd’hui qu’une relance économique, même partielle, pourra avoir lieu à cette date-là. Car même si rien n’est officiel, c’est le scénario de début mai qui semble davantage tenir la corde. Dans ce cas, le déficit budgétaire pour cette année 2020 sera donc encore plus lourd : certains évoquent déjà une trentaine de milliards.
Et après ?
La situation est historique : un déficit budgétaire de 24 milliards, cela représente 5 % du PIB belge. Sans précédent et très loin de la barre de 3 % fixée par l’Europe. La Commission européenne a déjà fait savoir qu’elle se montrerait plus conciliante envers les États afin qu’ils puissent traverser cette tempête tout en créant les conditions d’un redémarrage économique une fois le gros de la crise sanitaire passé. Mais tôt ou tard, la Belgique devra modifier drastiquement sa trajectoire budgétaire. Entre baisses des dépenses publiques et nouvelles taxes, cela promet des débats politiques longs et houleux…


• L'ETOILE ROUGE SE DEGRADE : PAUL MAGNETTE A-T-IL PERDU LA CONFIANCE DE SON PARTI ? 
Nicolas De Decker Le Vif/L'Express 
Il a voulu gouverner avec la N-VA. Sa base, les parlementaires notamment, l'en a dissuadé.
Dimanche 15 mars au soir, Paul Magnette sort de plusieurs heures de négociations. Le gouvernement Wilmès sera soutenu de l'extérieur. Il avait pourtant négocié plusieurs jours avec la N-VA
Il y est arrivé avec l'indomptable assurance du conquérant. Le PS lui était promis depuis tant de temps, l'absence de rival aidant, qu'à peine installé, il l'avait incarné. Paul Magnette au PS, élu le 20 octobre 2019 avec 95 % des suffrages militants, ceignant la couronne rouge après vingt ans de pouvoir d'Elio Di Rupo.
(…)Le jeudi 12 mars pourtant, lorsqu'il entame, avec Bart De Wever et notamment Conner Rousseau, le président du SP.A, des discussions visant à la constitution d'un gouvernement fédéral associant le PS à la N-VA, Paul Magnette n'imagine pas que les siens, en bout de course, l'en empêcheront. Il ne sait pas non plus qu'il en perdra beaucoup de ses soutiens les plus attachés. 
La révélation de ces discussions, sur le site de La Libre, va pourtant dévoiler la couronne de Paul Magnette. A partir de ce moment et jusqu'au dimanche matin où le bureau extraordinaire du parti entérine la décision de soutenir de l'extérieur le gouvernement Wilmès plutôt que d'entrer dans une coalition avec la N-VA, le Parti socialiste entre en incendie. (…)Beaucoup de ceux qui ont, depuis des mois, défendu partout une ligne ferme contre la N-VA, à l'initiative de la présidence, se montrent indisposés à devoir professer le contraire à l'avenir. Ils se sentent trahis. 
(…)Sorti éreinté, y compris dans une confiance jusqu'alors inaltérable, de sa soirée de négociation de samedi, Paul Magnette passe donc une mauvaise nuit et traverse un aigre matin. Un vent puissant s'ajoute à la tempête qu'il affronte : Jean-Marc Nollet, coprésident d'Ecolo, menace de rompre l'association de fait nouée avec Paul Magnette après les élections si celui-ci en boucle une avec la N-VA. Le premier convainc le second, qui au fond ne demandait plus que ça, de soutenir le gouvernement Wilmès de l'extérieur. Le bureau de parti qui suit, par vidéoconférence, confirme le virage après le virage. En trois jours, Paul Magnette aura accompli un long tour, 360 degrés.

(…)Les députés fédéraux et les députés bruxellois sont ceux qui se sont le plus mobilisés. 
(…)Ces événements, ces éloignements et ces rapprochements seront-ils un tournant dans un parcours jusqu'alors rectiligne, celui de Paul Magnette ? (…) On espère que la base aura oublié, d'ici à quelques mois où tout peut se passer. C'est très possible. 
On croit que la population ne l'aura même pas remarqué, pendant ces quelques mois de pandémie où le monde a changé.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE COME BACK EN FORCE DE LA SOCIAL DEMOCRATIE ?

Les déboires et désenchantements de Paul Magnette seront sans doute de courte durée car la crise du corona induit une rupture radicale d’avec le modèle néo libéral imposée par Bruxelles  et l’Allemagne à l’ensemble du continent européen mettant la gauche réformiste au pain sec pendant une vingtaine d’année. Il y a de fortes chances que le peuple exige un nouveau contrat social, comme à la Libération. Le peuple ? Tout le peuple ? Le peuple flamand sans doute pas , mais le peuple francophone ? Reste à savoir qui du PS ou du PTB touchera les dividendes de la crise corona.
MG


  PAUL JORION : "LE CAPITALISME A LA TRUMP EST REMIS EN QUESTION"
L'anthropologue qui avait annoncé la crise des subprimes de 2008 prédit que le nombre de morts du Covid-19 aux Etats-Unis sera au moins dix fois supérieur à celui des décès en Chine : "Dans six semaines, les Etats-Unis seront à terre." Il fustige les dangers de l'ultralibéralisme et appelle à un retour de l'Etat-providence.

"IL FAUT PROFITER DE CE MOMENT DE REFLEXION POUR ORGANISER UNE RUPTURE AVEC L'AVANT COVID-19" 
Si on en croit Dominique Méda, l’invitée des matins sur France culture ce 3 avril : (3 »L’épidémie de coronavirus met en lumière les inégalités sociales, et révèle que les activités les plus exposées sont loin d’être celles les plus valorisées.  L’épidémie de coronavirus révèle de façon redoutable les disparités sociales. Mal-logement, fracture numérique ou encore inégalités dans le monde du travail. La crise rend visible ceux “en premières lignes”, et réactive le débat sur la valorisation de leur activité. Quels enseignements tirer ? Quels changements sont appelés ? 
UNE CRISE REFLET D'UNE VOLONTE DE CHANGEMENTS PROFONDS ? 
« Ce que demande la société, c’est un profond désir de changement, mais aussi de comprendre comment on en est arrivé là ? » 
"Ce qui est important, c’est ce qu’on voit le fossé entre la hiérarchie du prestige, de la reconnaissance et de l’utilité sociale. Si on regarde l’ensemble des personnes en première ligne, ce sont toutes les professions de la santé et tous les métiers de la vente. Et ces métiers, on dit souvent qu’ils sont non-qualifiés et occupés par des femmes. Ce sont les femmes qui sont en première ligne. Et ce sont des professions vraiment mal rémunérées. Donc il y a une interrogation sur la rémunération de ces métiers."
FAIRE LES BONS CHOIX POUR PREPARER LES PROCHAINES CRISES 
" Il faut produire certains produits en plus grand nombre. Il faut relocaliser la plupart de nos productions dont les plus stratégiques." 
Est-ce qu’on va oser profiter de la crise dans laquelle nous sommes pour préparer les crises suivantes ? 

 TRANSITION CLIMATIQUE ET CHANGEMENT DE MODES DE CONSOMMATION 
" Si on relocalise nos entreprises, un certain nombre de produits seront plus chers. Mais, il faudra penser à changer nos modes de productions et de consommations. On va devoir changer nos mentalités pour remplacer nos pulsions de consommation. Ça va empêcher que des crises plus graves adviennent." 
"La question fondamentale à laquelle on est confrontée est la suivante : comment aider l’économie ? Est-ce qu’on, va faire une relance qui repose sur l’extraction fossile ou consentir à mettre en place une relance verte ? Tout ça s’inscrit parfaitement dans le contexte de la revalorisation écologique. Donc on pourrait bien tout gagner en même temps. On peut profiter de la crise sanitaire pour mieux préparer la société à la crise écologique que l’on va connaître."


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« ON VA DEVOIR CHANGER NOS MENTALITES POUR REMPLACER NOS PULSIONS DE CONSOMMATION »

Changer seulement de mentalité ou carrément de mode de vie ?
« Profiter de la crise sanitaire pour mieux préparer la société à la crise écologique que l’on va connaître." C’est vite dit et bien dit mais cela induit une stratégie à moyen terme (« à long terme on est tous morts » disait Keynes, ce revenant qui hante nos esprits).
Nos gouvernants ne connaissent que le court terme (d’une élection à la suivante) et en ce moment le très court terme :  vaincre au plus vite l’ennemi corona. Ils sont l’objet de toutes les critiques mais comme le dit si bien Alain Duhamel : « Les exécutifs des démocraties ne sont pas infaillibles, mais contrairement à leurs homologues populistes, ils écoutent les experts, entendent les oppositions. Et comprennent qu’ils ne réussiront qu’en coordonnant leurs efforts ».
Or c’est précisément là que le bât blesse en Europe qui semble répugner à coordonner quoi que ce soit.  « C’est dans les crises que les caractères se révèlent, dans l’épreuve que l’on juge les gouvernants. » (Duhamel) Nos gouvernants européens brillent par leur absence ; Le couple von der Leyen/Macron ne coordonne rien, n’induit rien ne gouverne rien. Le vieux Jacques Delors a eu beau sortir de sa réserve et de sa retraite pour protester, rien n’y fait. Lisons et méditons à ce propos les excellents éditos de Béatrice Delvaux dans le Soir.
On a quelque raison de penser que l’Europe  désunie aujourd’hui face au corona virus, le sera demain face à la grande vague migratoire de l’été qui se prépare ensuite face au réchauffement climatique. 
« Nous étions donc des géants aux pieds d'argile » Demelenne
L’Europe serait-elle l’homme malade de l’Europe.
MG 

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