vendredi 24 avril 2020

L'après-crise, un sujet qui divise profondément les pays membres de l'UE


Le Vif

Les dirigeants européens semblent plus divisés que jamais au moment de débattre jeudi des solutions pour sortir l'UE de la récession due à la pandémie de coronavirus, ce qui devrait les contraindre à reporter toute décision d'envergure.
Les 27 ne parviennent pas, pour le moment, à s'entendre sur la façon de relancer le moteur économique et un détail en dit long sur leurs divergences: contrairement à l'habitude, ils ne devaient adopter aucune déclaration commune à l'issue de leur sommet en visioconférence.
Dans sa lettre d'invitation aux chefs d'Etat et de gouvernement, le président du Conseil européen Charles Michel, à la manoeuvre lors des sommets, leur "suggère de se mettre d'accord pour travailler sur un fonds de relance aussi vite que possible". Mission devrait être confiée à la Commission européenne de travailler rapidement sur le sujet, ce qui constituera "le principal résultat du Conseil", anticipe une source européenne.
Pourtant, la pandémie a percuté de plein fouet les économies: l'UE, dont les populations sont confinées dans la plupart des pays, devrait enregistrer une chute record de son PIB de 7,1% cette année, selon les prévisions du FMI. Et la crise qui menace les 19 pays de la zone euro risque d'être la pire de la courte histoire de la monnaie unique lancée en 1999.
Solidarité
Dans ce contexte, les vieux clivages, auxquels on avait déjà assisté après la crise financière de 2009, ont réapparu au grand jour.
D'un côté les pays du Sud, fortement endeuillés par la pandémie comme l'Italie et l'Espagne, réclament davantage de solidarité financière à leurs voisins du Nord. Mais ces derniers, en particulier l'Allemagne et les Pays-Bas, moins touchés par le virus, rechignent à payer pour des Etats à qui ils reprochent de ne pas avoir fait preuve de discipline budgétaire pendant les années de croissance.
"Les pays du Sud ont l'impression que certains Etats, actuellement plus forts économiquement, vont utiliser cette crise pour l'être encore davantage. Et ceux du Nord pensent que leurs voisins du Sud vont profiter de la pandémie pour leur léguer le fardeau de la dette qu'ils ont contractée par le passé", résume un haut responsable européen.
L'Elysée anticipe "encore des débats à l'issue du Conseil" et n'attend pas d'accord avant l'été. "Il faudra une réunion physique des chefs d'Etat et de gouvernement, au moins une", a résumé une source française.
"C'est le sommet typique sur lequel les rencontres bilatérales, la rencontre à côté de la salle, la possibilité de se parler, de se comprendre mieux dans un tête-à-tête, tout cela va manquer", a estimé l'ancien président du Conseil italien et président de l'Institut Jacques Delors, Enrico Letta.
"Coronabonds"
De l'avis de tous, le plan de relance devrait être de plusieurs centaines de milliards d'euros, mais un montant définitif est encore loin d'être acté.
Sur l'épineuse question du financement de fonds de relance, différentes options ont été présentées, mais aucune ne fait pour l'instant l'unanimité. Rome, Madrid ou Paris plaident pour un endettement commun, sous des formes variées, que l'on a souvent résumé par le terme de "coronabonds". L'intérêt de la mutualisation des dettes pour les pays du Sud de l'Europe, c'est de bénéficier des taux d'intérêt peu élevés des pays du Nord.
La question se pose également sur le lien entre le fonds de relance et le budget à long terme de l'UE, qui doit en principe être adopté d'ici la fin de l'année pour la période 2021-2027. Cette option rassure les pays du Nord car elle fournit un cadre légal mais elle risque de susciter d'autres questions tout aussi compliquées, comme la priorité de ces dépenses d'investissement d'après-crise par rapport à celles qui sont traditionnelles comme la Politique agricole commune (PAC).
Les dernières négociations sur ce budget pluriannuel, en février avant la crise sanitaire et économique, s'étaient soldées par un échec retentissant.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« LES DIRIGEANTS EUROPEENS DOIVENT CESSER DE SE FRITER ». « C’EST DANS UN MONDE SORTI DES BALISES ANCIENNES QU’ILS DOIVENT REDONNER FORME A LEUR DESTIN COMMUN. » Pascal Lamy

"Les pays du Sud ont l'impression que certains Etats, actuellement plus forts économiquement, vont utiliser cette crise pour l'être encore davantage. Et ceux du Nord pensent que leurs voisins du Sud vont profiter de la pandémie pour leur léguer le fardeau de la dette qu'ils ont contractée par le passé", résume un haut responsable européen. Ce qui est fascinant c’est que la  frontière qui sépare le Nord du Sud passe par la Belgique et, on l’a vu dans mon commentaire d’hier, la coupe en deux. De Wever fait  son Trump à tous petits pieds en caressant la classe moyenne flamande dans le sens du portefeuille. 
Rome, Madrid ou Paris plaident pour un endettement commun, sous des formes variées, que l'on a souvent résumé par le terme de "coronabonds". L'intérêt de la mutualisation des dettes pour les pays du Sud de l'Europe, c'est de bénéficier des taux d'intérêt peu élevés des pays du Nord. 
Ursula von der Leyen : Les fond -540 milliards d'euros élaborés par les ministres des Finances pour répondre dans l'immédiat au choc économique de la crise du coronavirus.- qui seront attribués aux Etats devront présenter "un bon équilibre" entre prêts et subsides, les premiers devant être remboursés au contraire des seconds, dès lors plus représentatifs d'une véritable solidarité. » Cet équilibre et cette harmonisation semblent difficiles à créer. On avait espéré que suite à cette méga crise plus rien ne serait comme avant et que de nouvelles et audacieuses initiatives. 
L’Europe s’était soudée, créée et instituée après la guerre contre le virus soviétique. Elle semble aujourd’hui se désunir au risque d’imploser face au Corona Virus.
Nous, avions imaginé dans notre grande naïveté qu’on changerait de paradigme après cette trêve forcée de néo libéralisme outrancié. Que nenni. C’est reparti comme en quarante : chacun pour soi ; business as usual… « Cette crise conforte la proximité : le national est solide, l’Europe est plus liquide et l’international est gazeux. » (Pascal Lamy) Où sont les grands formats politiques du temps de pères fondateurs. Le couple Michel/Ursula n’est guère plus performant que Tusk/Juncker.  Angela Merkel , qui comme le Phénix sort comme régénérée de cette crise habilement gérée par elle, est déterminée à relancer, coûte que ciûte, la puissante machine économique allemande avec son slogan « wir schaffen das » 
« C’est dans ce monde sorti des balises anciennes que les dirigeants européens doivent redonner forme à leur destin commun. »
En vérité , ils ne se soucient de rien davantage que leur réélection.
MG


L'UE ENTERINE UN PLAN D'URGENCE A 540 MILLIARDS D'EUROS
Le Vif

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne ont entériné jeudi le plan d'urgence à 540 milliards d'euros élaboré par les ministres des Finances pour répondre dans l'immédiat au choc économique de la crise du coronavirus.
Pour le redémarrage de l'économie, ils ont chargé la Commission d'établir les besoins par Etat et par secteur et de présenter rapidement une proposition de fonds de relance qui pourrait être lié au budget 2021-2027 de l'UE, a indiqué le président du Conseil Charles Michel.
"Nous sommes tous d'accord de travailler à un fonds de relance spécifique, pour dire que c'est urgent et nécessaire, qu'il doit être d'une ampleur suffisante pour l'importance de la crise et qu'il soit orienté vers les secteurs et les régions géographiques de l'Europe qui ont été les plus touchés", a commenté le Belge à l'issue d'une réunion de plus de quatre heures.
La présidente de la Commission Ursula von der Leyen a évoqué la 2e ou 3e semaine de mai pour valider une proposition en collège, après une étroite concertation avec les Etats membres. 
"Nous parlons en millier de milliards, pas en milliard", a averti l'Allemande. La Commission envisage de collecter sur les marchés financiers, avec les garanties des Etats membres, des fonds à canaliser vers les Etats via le budget pluriannuel. Ce budget, sur lequel les 27 n'étaient pas encore parvenus à s'entendre avant l'éclatement de la crise du coronavirus, est à ses yeux l'instrument de cohésion et de solidarité le plus fiable.
"Un bon équilibre" entre prêts et subsides
Elle a aussi évoqué la nécessité de relever de 1,2% à 2% de la somme des RNB de tous les États membres le plafond jusqu'auquel l'UE peut se financer par ses propres ressources pour effectuer ses paiements. Le débat sur les ressources propres de l'UE, lié notamment aux impôts européens, est l'un des volets les plus sensibles du débat budgétaire.
Les fonds qui seront attribués aux Etats devront présenter "un bon équilibre" entre prêts et subsides, les premiers devant être remboursés au contraire des seconds, dès lors plus représentatifs d'une véritable solidarité.
Quant au plan d'urgence de l'Eurogroupe, il devra être opérationnel le 1er juin prochain, ont demandé les chefs d'Etat et de gouvernement. Ce plan, pour rappel, consiste en des prêts aux Etats membres via le Mécanisme européen de stabilité (MES), des garanties aux entreprises via la Banque européenne d'investissement (BEI) et le programme "SURE" de la Commission en soutien aux plans nationaux de chômage partiel.
Les chefs d'Etat et de gouvernement ont également validé ce jeudi les principes d'un stratégie commune de déconfinement telle qu'annoncée par la Commission, pour éviter que les Etats membres ne sortent de la crise dans le même désordre qu'ils y sont entrés.

LA SURVIE DE L’UNION EUROPEENNE, ENTRE NATIONALISME ET BRUTALITE DU MONDE

Pour Pascal Lamy, ancien directeur de l’Organisation mondiale de la santé, « les dirigeants européens doivent cesser de se friter ».

Par Béatrice Delvaux. Le Soir

Cette crise conforte la proximité : le national est solide, l’Europe est plus liquide et l’international est gazeux. » C’est Pascal Lamy qui décrit ainsi au « Soir » le nouvel état du monde à la veille d’une nouvelle réunion du Conseil européen. L’ex-directeur de cabinet du président de la Commission Jacques Delors, ex-directeur général de l’OMC aujourd’hui président de l’institut Delors, met les chefs d’États et de gouvernement de l’Union devant leur responsabilité historique dans ce champ européen explosé par le chacun pour soi et un univers mondial totalement déstructuré. « Les dirigeants européens doivent cesser de se friter », poursuit-il en faisant appel à la solidarité seule à même de sauver la construction européenne.

Cet Européen de toujours a raison lorsqu’il dénonce, face au Covid-19, la réponse européenne la moins coordonnée des trente dernières années. Pour sortir de la crise, il n’en appelle pas à la générosité, mais à la méthode, au bon sens et au… souvenir. Il plaide ainsi pour l’élaboration sérieuse et ambitieuse d’un budget européen d’exception qui serve les défis à dix ans, sans passer du temps sur l’objectif 2021 qui peut être géré à la belge par douzièmes provisoires. Il se fait l’avocat de la mutualisation où tout le monde emprunte ensemble pour payer moins. Il en appelle enfin, au rayon « solidarité », aux souvenirs des Allemands, qui à une période de leur histoire ont bien eu besoin de tout le monde, Anglais, Français, etc.

En quelques années, des chocs successifs – la crise financière de 2008, le terrorisme islamique, la « bombe » Trump, la montée en puissance chinoise, le défi climatique, la montée des extrémismes en Europe, la crise migratoire, le Covid-19 « saupoudré » désormais d’un effondrement pétrolier – ont fait sauter l’« ordre » sorti de la Seconde Guerre mondiale. Résultat : un monde éclaté, en panne de chefs d’orchestre. Les États-Unis, centrés sur eux-mêmes, refusent désormais d’assurer tout leadership. Pire : ils sabotent, discréditent, torpillent les instruments qui ont été mis en place pour gérer ce multilatéralisme global (OMS, ONU, Otan, etc.) et sont devenus par nombre d’actes ou de déclarations/tweets, la source d’une grande instabilité géopolitique. La Chine fait tout pour reprendre le flambeau – à la faveur du Covid-19 notamment –, mais la fascination et l’appétit économiques qu’elle suscite sont à la mesure de la méfiance et du rejet qu’inspirent ses intentions et ses pratiques.

Drôle d’impression aujourd’hui que d’être le citoyen d’un monde où beaucoup de mauvais coups sont désormais permis, donnés et surtout revendiqués. Où même les « grands » gèrent ouvertement la planète à coup de mensonges et de boucs émissaires sur fond de continents et de peuples oubliés, comme l’Afrique, abandonnée aux visées chinoises ou à la charité de Bill Gates.

C’est dans ce monde sorti des balises anciennes que les dirigeants européens doivent redonner forme à leur destin commun. Et cela au pire des moments pour ces Etats-membres qui ont repris goût, encore davantage avec cette pandémie, à la chaleur de la « nation ». « L’espace européen est frigide, l’espace national est excitable », rappelle Pascal Lamy en citant Elie Barnavi. Voilà qui ne facilitera pas la tâche de l’Union, « très mal barrée » dans ce monde d’après qui s’annonce surtout plus brutal. Pour y exister, il faudrait du poids, de la puissance et de l’influence, analyse Pascal Lamy, trois qualités dont est dépourvu « cet animal géopolitique faible ». D’où son exhortation qui tient de l’urgence existentielle : « Le temps n’est pas aux compromis ordinaires. »

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