vendredi 17 avril 2020

L’Europe survivra-t-elle au coronavirus ? Le cri d’alarme de Guy Verhofstadt


Une opinion de Guy Verhofstadt, député européen, président de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE).

La Libre


La pandémie de coronavirus s’attaque d’abord aux organismes fragiles et c’est donc sans surprise qu’elle est en train d’emporter l’Union Européenne, fragilisée par l’égoïsme de ses Etats membres, la pusillanimité de sa classe politique et la passivité de ses Institutions. C’est dur pour moi de le reconnaitre, alors que la construction européenne est le projet de ma vie. Mais il faut être réaliste : quand on entend la vague de protestations, venue des tréfonds de nos peuples, accusant l’Europe d’être inutile en cette période de crise historique, que répondre ? Ce n’est d’ailleurs pas un hasard, si les nationalistes ont sauté sur cette occasion inespérée de cracher leur venin populiste. Leur perfidie est sans borne car si l’Europe fonctionne mal, c’est aussi parce qu’ils refusent de concevoir qu’elle pourrait fonctionner mieux. Mais parmi les pro-européens, ou supposés tels, qui s’engage vraiment à proposer une Europe qui fonctionne, une Union politique disposant en toutes circonstances des outils et moyens de protéger la population et l’intérêt commun?
Chaque Etat membre a développé sa stratégie comme s'il existait 28 variantes du Covid-19
Dès le début, la gestion de cette crise en Europe a été chaotique. Seuls les Etats-Unis ont réussi à faire pire, le Président Trump traitant le sujet comme un canular pendant des jours. Il nous a fallu quasiment deux mois après l’irruption de la pandémie à Wuhan, en Chine, pour prendre la mesure de sa gravité. Entretemps l’Italie sombrait, sans qu’aucune mesure sérieuse ne soient prises dans les pays voisins, ni pour l’aider, ni pour se préparer eux-mêmes à l’invasion inéluctable du virus. Rien n’a été tenté pour empêcher sa propagation aux quatre coins du continent et outre-Manche, pas même la fermeture des stations de sport d’hiver, hauts lieux de brassages des populations urbaines européennes. Au contraire, chaque Etat membre a commencé à développer sa propre stratégie, conseillée par son propre comité scientifique, comme s’il existait 28 variantes du Covid-19. Les uns ont opté pour un confinement immédiat et strict, les autres ont hésité avant de s’y résoudre ; d’autres, encore jusqu’à récemment, ne prenaient aucune disposition d’envergure, pariant sur la théorie de l’ "immunité collective". Et au milieu de cette cacophonie, les Institutions européennes multipliaient les recommandations sans l’ombre d’une approche commune.
POUR SAUVER L'ECONOMIE, UNE APPROCHE MINIMALISTE QUI OUBLIE L'ESSENTIEL
Mais admettons. Après tout, la politique de santé n’est pas une compétence de l’UE. En revanche, la politique économique en est une ; de première importance. Et davantage encore pour ceux qui partagent l’euro. Pourtant, sur ce chapitre crucial, l’Europe n’est pas plus à la hauteur que sur le plan sanitaire. Alors que les Institutions fédérales américaines se sont ressaisies et qu’un vote trans-partisan au Congrès a d’ores et déjà décidé d’un paquet de relance et de reconstruction de 2 200 milliards de dollars, l’Union tergiverse depuis des semaines. Heureusement que la BCE a stabilisé le système financier en garantissant un stock de 750 milliards d’euros de dette, et que la Commission a vidé les fonds de caisse du budget européen pour venir en aides aux régions, chômeurs et PME européennes. Car sinon, à quoi sont parvenus jusqu’à présent nos ministres des finances: un programme d’emprunts à taux réduit de quelques centaines de milliards afin d’alléger les finances publiques des États les plus touchées par la crise. Une approche certes nécessaire, mais hautement minimaliste qui oublie l’essentiel : comment faire redémarrer l’économie réelle, dans quelques semaines, avec des entreprises au bord de la faillite et des comptes publics nationaux exsangues ? C’est un spectacle pitoyable dans lequel certains de nos États-membres démontrent un tel degré de manque de solidarité et de prévoyance que l’âme même du projet européen risque de s’évanouir.

Cette pandémie aura détruit nos économies autant qu’une guerre. Le lancement d’un nouveau plan Marshall est donc urgent. Il est plus que temps que la Commission européenne s’émancipe et lance l’initiative d’un plan global de reconstruction. Elle doit prendre à témoin l’opinion publique et lui montrer qu’un autre chemin est possible que la catastrophe annoncée. En plus, c’est le seul moyen de placer le Conseil européen devant ses responsabilités. Pas dans deux ans, pas dans six mois, mais maintenant. Lors de la prochaine réunion des chefs d’Etat et de gouvernement le 26 avril. C’est en effet maintenant qu’il faut préparer la reprise d’activité de nos entreprises. C’est maintenant qu’il faut créer de l’espoir pour nos entrepreneurs et nos travailleurs. C’est maintenant que l’on peut anticiper, pas quand notre tissu industriel et nos services seront au bord du collapse.
VISER PLUS HAUT
Les économistes sont pour une fois tous d’accord : pour être efficace, ce plan doit être massif, de l’ordre d’au moins 8 % du PIB, soit au bas mot 1 000 milliards d’euros. Cette reconstruction sera l’occasion ou jamais de décarboner nos modes de production pour passer à une économie durable et combler notre terrible retard dans le numérique. Naturellement, il ne peut s’agir de crédits. On s’adresse à des entreprises déjà surendettées. Ce plan de redressement et de transition doit reposer sur des aides directes et des subventions aux investissements. Et ce ne sont pas les Etats, eux-mêmes surendettés, qui pourront le financer. C’est par l’appel aux marchés financiers, aux épargnants et aux investisseurs institutionnels que doit se financer cette reprise. Par l’émission d’obligations européennes, adossées au budget européen, et dont le risque financier sera garanti par de nouvelles ressources propres, telle la taxe carbone et la taxe GAFA.
NON, L’UNION EUROPEENNE N’EST PAS ETERNELLE
Comme à l’époque de Jacques Delors, la Commission est désormais convoquée au tribunal de l’histoire. Face à l’impéritie des Etats, elle doit prendre sans attendre le leadership, sous peine de voir l’UE se déliter, et beaucoup plus vite que ses détracteurs n’ont jamais osé l’espérer. Non, l’Union européenne n’est pas éternelle. Rien n’est éternel dans ce monde. L’Union européenne aussi peut disparaître. Par manque de courage. Par négligence. Par défaut de solidarité. Le sentiment d’abandon est ainsi tel en Italie, même s’il est exacerbé par Salvini, que le désamour européen de ce pays fondateur prend des proportions inquiétantes. Si la réponse à la crise économique consécutive à cette crise sanitaire n’est pas à la hauteur, une sortie de l’Italie de l’UE n’est pas à exclure. Après le Brexit, le projet européen n’y survivrait pas. Dans ce drame, le comportement des pays dits radins, je dirais même mesquins, est affligeant. Qui peut croire à La Haye ou Berlin que la prospérité du Nord pourrait perdurer sur un champ de ruine au Sud ? L’Allemagne a-t-elle oublié le Traité de Versailles et jusqu’où peut conduire la misère d’un peuple ? Le marché unique - et accessoirement le marché italien -, n’est-il pas depuis prés de 30 ans le moteur de ses succès industriels et commerciaux ? Où sont passés les Adenauer, les Brandt, les Schmidt, les Kohl, les champions de l’Europe fédérale ? Aujourd’hui l’Allemagne n’a que des solutions intergouvernementales à proposer, dans une sorte de caricature du Gaullisme qu’on croyait disparu.
Comme le disait Antonio Gramsci, "le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres". Certains sont déjà montés sur scène, à l’instar de Viktor Orban, s’arrogeant tous les pouvoirs, tel un Horthy aux petits pieds, au prétexte de lutter contre la pandémie, profitant de cette période trouble pour pousser au paroxysme son coup de force contre la démocratie libérale dans l’indifférence de ses collègues. Une indifférence que je ressens comme un véritable sentiment de trahison envers les Pères fondateurs. Envers ceux qui ont eu le courage de repousser les démons guerriers du nationalisme et du protectionnisme pour bâtir une Europe démocratique et prospère. Il faut nous ressourcer à leur exemple si nous ne voulons que nos générations apparaissent comme des lâches et des capitulards dans les futurs manuels scolaires. Il faut faire preuve d’audace et de courage pour achever leur projet et faire émerger une vraie union politique.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
GUY VERHOFSTADT RENVERSE LES TABLES

On a l’impression de revivre la scène clé des évangiles : Jésus renversant les tables des changeurs et les chassant du temple Europe, son parlement dans la capitale Bruxelles.
« Jésus entre dans la ville de Jérusalem et se rend au Temple pour aller prier Dieu, son Père. Quand il arrive, il voit des marchands de colombes, et aussi les tables des changeurs d’argent. Alors Jésus se met en colère et pour chasser tous les marchands du Temple, il renverse les tables et les chaises des vendeurs. Et il leur dit très fort » :
 « Il est écrit que la maison de mon Père est appelée une maison de prière. Et vous, vous l’avez transformée en un repaire de brigands ! »
Traduisons en langage contemporain : 
« Il est écrit que la maison Europe des Pères fondateurs est appelée  maison de l’unité. Et vous, vous l’avez transformée en un repaire de lobbyistes, de tièdes, de sceptiques et de nationalistes corrompus ! »
Guy Verhofstadt est fait du même bois que les Adenauer, les  Brandt, les Schmidt, les Kohl ou les Spaak. On pourrait même ajouter Churchill à la liste et sûrement Jacques Delors.
Pères fondateurs pardonnez leur car ils ne savent pas ce qu’ils font !
« C’est par l’appel aux marchés financiers, aux épargnants et aux investisseurs institutionnels que doit se financer cette reprise. Par l’émission d’obligations européennes, adossées au budget européen, et dont le risque financier sera garanti par de nouvelles ressources propres, telle la taxe carbone et la taxe GAFA. »
Les Hollandais refusent et l’Allemagne renâcle et dit nein. 
Il serait bon que madame Merkel, fille de pasteur, se souvînt que l’Allemagne par deux fois en un siècle a transformé l’Europe en un champ de ruines dont elle s’est redressée comme le Phénix régénéré de ses cendres.  « La fille du pasteur d’Amsterdam a perdu plus de coeurs que son père n’a sauvé d’âmes ! »
« Il faut faire preuve d’audace et de courage pour achever leur projet et faire émerger une vraie union politique. »
A qui s’adresse cette harangue ? A Ursula von der Leyen la pusillanime, à Charles le pas très Téméraire, aux chefs d’Etats européens qui confinent et déconfinent sans le moindre souci d’harmonisation. Ou s’adresse-t-il à nous tous, citoyens européens malgré nous ? Il n’y a pas de peuple européen ni d’opinion publique européenne et trop peu de leaders politiques européens de cœur comme peut l’être notre bouillant Guy Verhofstadt, le dernier des grands Européens. 
MG






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