mardi 28 avril 2020

Préavis de crise politique fin juin, si la situation sanitaire est sous contrôle

Olivier Mouton Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

N-VA, Ecolo-Groen et PS veulent la fin des pouvoirs spéciaux et un vote de confiance à Wilmès II. Après la crise sanitaire, la Belgique va-t-elle retrouver le blocage ? Le MR regrette que "certains renient leur parole".
La Belgique risque de replonger avec l'été dans une période de blocage politique, du moins si la crise sanitaire s'atténue. La N-VA, par la voix de son président Bart De Wever, avait déjà annoncé son souhait de renouer des négociations politiques cet été. Le parti nationaliste ne soutient pas le gouvernement Wilmès II de l'extérieur, mais il a par contre voté les pouvoirs spéciaux.
Les autres partis, qui soutiennent le gouvernement Wilmès II, allaient forcément suivre. De façon générale, c'est le préavis d'une crise annoncée, dans le prolongement de celle qui a fait suite au départ de la N-VA de la coalition suédoise, en décembre 2018, puis du résultat des élections de mai 2019.
Ce lundi matin, Ecolo et Groen ont eux aussi pris cette décision. Kristof Calvo, chef de file des verts à la Chambre, a exprimé le refus des écologistes de prolonger les pouvoirs spéciaux accordés fin mars pour une période de trois mois, renouvelable par le parlement.
Dans l'après-midi, La Libre annonçait que le PS serait sur la même longueur d'ondes : plus de pouvoirs spéciaux "sauf cas de force majeure", sous la forme d'un rebond de l'épidémie. Par ailleurs, toujours selon La Libre, le PS trouve logique que la confiance au gouvernement soit redemandée à la fin des pouvoirs spéciaux.
Le tout sur fond de tensions politiques sur la façon dont le déconfinement progressif est mené et de critiques éologistes sur la manière dont le Conseil national de sécurité fonctionne.
Traduction : la Belgique risque bien de se retrouver à nouveau avec un gouvernement minoritaire en affaires courantes aux portes de l'été. Même son de cloche en Flandre, en effet: "Le SP.A, Groen et la N-VA ve veulent pas prolonger les pouvoirs spéciaux, commente le politologue gantois Carl Devos. Même son de cloche au CD&V. Le PS veut tout de suite un vote de confiance. Lisez: une reprise de la formation gouvernementale est nécessaire".
A moins que des négociations rapides ne permettent de mettre en place un gouvernement majoritaire, que la Première ministre appelait de ses voeux, une nouvelle période de crise politique est probable. Difficile à croire que ce serait facile, au vu de l'impossible dialogue entre PS et N-VA.
Le président de DéFi, François De Smet, estime qu'il faut faire preuve de prudence : "Un accord est un accord, et celui-ci prévoit d'évaluer les pouvoirs spéciaux après trois mois. Nous n'y sommes pas. La situation sanitaire est toujours tendue. Qui peut vraiment jurer aujourd'hui qu'aucune mesure urgente ne devra être prise après mi-juin ?"
Maxime Prévot, président du CDH, est lui aussi plus réservé: "Beaucoup de partis disent déjà NON à la reconduction des pouvoirs spéciaux. On n'aurait pas d'autres priorités sur le feu actuellement ? L'ampleur de la crise sanitaire (qui n'est toujours pas finie!) et l'énormité du plan de relance économique nécessaire doivent forcer une analyse sereine. ¨Peut-être aura-t-on encore besoin de cet outil pour maîtriser la pandémie et accompagner la relance économique et budgétaire inédite qui sera requise? C'est donc un peu tôt pour déjà décider de tirer la prise alors que le pays est toujours sous respirateur. Basta les calculs partisans."
Au MR, le président Georges-Louis Bouchez estime, pour sa part, que la confiance au gouvernement Wilmès II a été accordée pour six mois. "Regrettable que certains oublient leurs engagements et renient leur parole, souligne-t-il. Les pouvoirs spéciaux devaient être évalués à la fin du mois de juin. Juin a été anticipé cette année. La confiance elle avait été donnée jusqu'à la rentrée parlementaire qui a aussi été avancée." Le président du MR ne manque pas de souligner à chaque critique combien il est irresponsable de poser de nouvelles hypothèques sur la gestion du pays alors que la crise sanitaire reste préoccupante.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TIRER LA PRISE ALORS QUE LE PAYS EST TOUJOURS SOUS RESPIRATEUR ?

« L'ampleur de la crise sanitaire et l'énormité du plan de relance économique nécessaire doivent forcer une analyse sereine. (…) Peut-être aura-t-on encore besoin de cet outil (Wilmès2)  pour maîtriser la pandémie et accompagner la relance économique et budgétaire inédite qui sera requise? » 
Pas besoin de sondage d’opinion pour comprendre que si des élections ont lieu en automne les conséquences risquent d’être délétères.
D’abord rien ne dit que la pandémie sera vaincue d’ici là : rien n’est moins sûr. Comme en France, beaucoup d’électeurs de plus de 60 ans s’abstiendront, par précaution sanitaire, de se rendre aux urnes et ce malgré l’obligation citoyenne de participer au scrutin. Ensuite la colère des Belges à l’égard du cafouillage gouvernemental dans la gestion de cette crise est de nature à créer la plus dangereuse des tensions  à savoir un déficit de confiance à l’égard des partis traditionnels. Pour s’en convaincre, il suffit de d’observer la chute de popularité spectaculaire de Maggie De Blok accusée de tous les maux de la terre notamment pour sa gestion calamiteuse des stocks de masques,  le tout « sur fond de tensions politiques sur la façon dont le déconfinement progressif est mené et de critiques éologistes sur la manière dont le Conseil national de sécurité fonctionne. »
C’est dire que les partis extrémistes  Belang et PTB, pour ne pas les citer, feront un bond énorme sans légitimité réelle car sur un nombre réduit d’électeurs. Tous les regards se tournent à nouveau vers Paul Magnette qui avait tenté un rapprochement avec la NVA, immédiatement récusé par la base de son parti et singulièrement  sa puissante alliée la FGTB, de plus en plus noyautée par le courant PTB. Il ne faut être ni sondeur ni politologue pour comprendre qu’on est en train de basculer dans une crise de régime aiguë que les pouvoirs spéciaux accordés à court terme au gouvernement dit Wilmes2 avaient maquillée à très court terme. La Belgique est en crise, l’Europe est en panne. Constatons que la responsabilité  de Charles Michel est largement engagée dans le développement de cette double crise. Il semble bien, en effet, qu’il ne maîtrise pas mieux la situation européenne que les tensions belgo-belges  qu’il a fuies pour se réfugier au Berlaimont. 
Difficile de se départir de l’idée que cette méga crise de management au somment (Ursula von der Leyen ne fait pas vraiment figure de capitaine courageux dans la tempête)  est de nature à accélérer de manière dramatique le déclin annoncé de l’Europe. Il aura suffit de beaucoup plus petit qu’un grain de sable pour gripper les rouages d’un mécanisme d’horlogerie européen aussi sophistiqué qu’une montre suisse. Gare à la montée des extrémismes et des populismes. Ils se profilent en détenteurs de solutions alternatives mais déboucheront sur le chaos. Il suffit pour s’en convaincre d’observer dans quel état de non démocratie a basculé la Hongrie de Victor Orban ou dans quel marasme  le brexiter Boris Johnson a plongé son Royaume Uni.
MG

EDITO: LA BELGIQUE NE PERDRA PAS DE SITOT SA PREMIERE PLACE AU HIT-PARADE DES PAYS SURREALISTES
La Libre

Un édito de Francis Van de Woestyne
Les jours du gouvernement de Sophie Wilmès sont bel et bien comptés. Les partis qui le soutenaient de l’extérieur ne prolongeront pas les pouvoirs spéciaux dont elle dispose. Ni même la confiance, normalement acquise pour six mois. Vivement que ce virus s’efface pour que la politique belge reprenne ses droits dans toute sa splendeur… 
Un rappel d’abord. Pourquoi Sophie Wilmès est-elle la Première ministre de Belgique ? Parce qu’elle a eu le courage, oui il en faut, d’accepter cette charge après que des présidents de parti, informateurs, préformateurs, missionnaires, ont passé dix mois à se quereller, à chercher l’impossible compromis qui ouvrirait la voie vers la sortie d’une profonde crise politique. Elle manque d’expérience, c’est vrai. Pas de charisme ? C’est selon. Elle goûte peu les critiques ? Comme tant d’autres. Mais elle est là, travaille nuit et jour. Et elle a un sens aigu de l’État. Faut-il rappeler aussi qu’elle vit quasiment avec un revolver sur la tempe : on guette la moindre erreur car son côté "belge" insupporte les nationalistes qui rêvent de la renvoyer à ses dossiers pour, enfin, refaire de la politique comme avant.
Car son gouvernement, en effet, a une date de péremption sur l’emballage. Elle a reçu la confiance de la part de neuf partis qui s’étaient engagés à la soutenir pour six mois, jusqu’à la rentrée parlementaire d’automne. Les pouvoirs spéciaux avaient été accordés pour trois mois, renouvelables une fois, le temps de gérer la crise sanitaire. Mais l’impatience grandit dans les écuries. Sans attendre l’évaluation prévue en juin, les partis flamands, suivis par le PS et les écologistes, annoncent déjà qu’en l’état actuel, ils retireront la prise à l’été sauf si, bien sûr, le virus nous fait un rebond.
Les Belges croyaient pouvoir passer l’été avec cet équipage. Raté. Il est probable que de bonnes vieilles négociations reprendront fin juin. Pour des mois et des mois, encore ? Pas sûr. Si, à l’automne, aucune fumée blanche n’apparaît rue de la Loi, nous irons sans doute voter. Ce sera une drôle de campagne électorale, avec des tracts largués par hélicoptère et des meetings de candidats masqués. La Belgique ne perdra pas de sitôt sa première place au hit-parade des pays surréalistes.

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