mardi 14 avril 2020

"Sans vaccin, les personnes âgées confinées le seront encore plusieurs mois" Ursula von der Leyen


Le Vif

Les contacts des personnes âgées avec leur environnement en Europe vont devoir rester limités jusqu'à au moins la fin de l'année en raison de l'épidémie de coronavirus, a mis en garde la présidente de la Commission européenne.
"Les enfants et les jeunes jouiront plus tôt de davantage de liberté de mouvement que les personnes âgées et celles avec des antécédents médicaux", a dit la dirigeante allemande de l'exécutif européen, disant "espérer" le développement d'un vaccin par un laboratoire européen "vers la fin de l'année".
"Pour qu'on puisse ensuite rapidement vacciner nous sommes déjà en discussion avec des fabricants sur des capacités de production mondiales", a-t-elle dit.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« PAS DE DECONFINEMENT EFFECTIF AVANT BIEN LONGTEMPS. » Ursula v d L.
« CECI EST VRAIMENT LE MOMENT KEYNESIEN PAR EXCELLENCE” Esther Duflo

Ursula  dit tout haut ce qui se murmure tout bas depuis longtemps : pas de dé confinement sans un vaccin administré à tous. On en est loin, vraiment très loin !
Puisque nous voici pour longtemps encore déconfits, profitons-en pour penser la crise mondiale  le plus dramatique de l'après-guerre. DSK, miraculeusement sorti du purgatoire,  nous propose son diagnostic quant à «  la capacité de résilience d'une société dont l'économie est mondialement intégrée.» 
Il dénonce « un défaut de prévoyance et d'une confiance –infondée– dans la capacité des systèmes sanitaires à protéger massivement leur population tout en s'approvisionnant en matériel de protection et en tests de dépistage au fil de l'eau, auprès de fournisseurs étrangers, majoritairement chinois. » 
Il importerait de se montrer capable de réorienter l’ offre et de mobiliser des réserves prédéfinies et recensées. Cette agilité, il semblerait bien qu'elle nous ait fait défaut. »
« La pandémie  porte atteinte au confort douillet dans lequel les pays économiquement développés se sont progressivement lovés. » Nous reprenons conscience de la précarité de l'être. Cette crise de l'être est aussi révélatrice d'une crise de l'avoir et d'une crise du pouvoir dont l'analyse est nécessaire pour guider les décisions à prendre.
« Cette récession mêle un choc sur l'offre et un autre sur la demande. » L’offre d’abord : la production chute. Des entreprises vont réduire leurs effectifs, d'autres vont fermer. 
Le choc sur la demande a plusieurs causes qui se cumulent : les revenus d'une partie de la population  s'évanouissent, les consommations jugées non indispensables sont reportées, la demande faiblit encore. C'est le cycle bien connu de la récession. 
C'est cette simultanéité des chocs d'offre et de demande qui rend la situation présente si exceptionnelle et si dangereuse.
Le retour à la normale ne se fera pas comme avant.
La solution ? 
L’économiste, Esther Duflo, prix Nobel d’économie 2019, a appelé à « ouvrir grand les vannes de la dépense publique pour restreindre les ravages économiques de la pandémie de coronavirus, estimant qu’il “n’y a absolument pas à s’inquiéter de la facture” face à la crise sanitaire.

“Quand on a une grosse crise de demande comme aujourd’hui, il faut injecter des ressources dans l’économie”, ce qui suppose pour les gouvernements qui le peuvent “d’emprunter massivement et de stimuler l’économie autant que possible”, a insisté r Mme Duflo.  « C’est vraiment le moment keynésien par excellence”
L’Etat providence remède miracle de l’après guerre  que l’on croyait plombé par le néo-libéralisme est-il en train,  comme le phénix de renaître de ses cendres ?   
MG

L'ETRE, L'AVOIR ET LE POUVOIR DANS LA CRISE
Dominique Strauss-Kahn — 7 avril 2020 
Dominique Strauss-Kahn livre son analyse des conséquences économiques et politiques de la crise provoquée par l'actuelle pandémie de Covid-19.

Cet article a été initialement publié dans Politique internationale.

La crise sanitaire que nous vivons est différente de toutes celles que les générations précédentes ont pu connaître. Les convocations de la grande peste noire de 1348 ou de la grippe espagnole de 1918-1919 sont intéressantes en ce qu'elles nous permettent de repenser les conséquences des pandémies. Mais elles ne disent rien, pour autant, de la capacité de résilience d'une société dont l'économie est mondialement intégrée, et qui avait perdu presque toute mémoire du risque infectieux.
Si la crise actuelle est de prime abord différente, ce serait par la vitesse de propagation de cette maladie. Trois mois après le début de la crise sanitaire, près de la moitié de la population de la planète est appelée au confinement. Même si la contagiosité du virus a vraisemblablement joué un rôle dans ce basculement, du stade épidémique à celui de pandémie, la mondialisation marquée par l'accélération de la circulation des personnes est au cœur du processus de propagation[1]. Le délai de réaction des pays développés, dont les systèmes de santé ont été rapidement submergés, doit sans doute être également incriminée. Il atteste d'un défaut de prévoyance et d'une confiance –infondée– dans la capacité des systèmes sanitaires à protéger massivement leur population tout en s'approvisionnant en matériel de protection et en tests de dépistage au fil de l'eau, auprès de fournisseurs étrangers, majoritairement chinois. Sans doute ceci n'était-il pas fatal. Taïwan, forte de ses expériences lors d'épidémies antérieures, disposait d'équipements de protection en quantité[2], d'une capacité de production de ceux-ci et d'un département dédié à la gestion des maladies infectieuses capable, notamment, de déployer rapidement des applicatifs de gestion et de partage de données sur les patients infectés. Il est, sans doute, normal qu'un système de soins ne soit pas fait pour traiter une demande brutale et temporaire. Mais, dans ce cas, il importe qu'il soit réactif, c'est-à-dire capable de réorienter son offre et de mobiliser des réserves prédéfinies et recensées. Cette agilité, il semblerait bien qu'elle nous ait fait défaut.
L'autre différence structurelle entre cette crise sanitaire et les crises antérieures tient à son ampleur. Nombreux sont ceux qui ont, dans un premier temps, tenté de relativiser la gravité de la situation en rappelant le nombre de morts dû à la grippe saisonnière, aux épidémies de VIH et d'Ebola, voire aux conséquences sanitaires des pratiques addictives telles que l'alcool ou le tabac. Outre que l'on ne connaîtra les conséquences létales du Covid-19 que lorsqu'on aura jugulé sa transmission, avancer ce type d'argument revient à faire fi du caractère global et absolu de cette pandémie. Global dans la mesure où aucune aire géographique n'est plus épargnée et parce que la pandémie vient croiser une démographie mondiale qui est sans comparaison avec celle de 1919: le simple nombre d'individus appelés à rester à domicile est aujourd'hui deux fois plus important que la population mondiale totale lors de l'épisode de grippe espagnole. Absolu, car il est évident qu'aucun individu ne peut se considérer comme étant à l'abri du risque de contamination.
Et c'est cette dernière spécificité de la crise sanitaire qui la distingue de tous les épisodes antérieurs: son caractère hautement symbolique heurte et choque une population mondiale qui avait presque oublié le risque infectieux. En cela, elle porte atteinte au confort douillet dans lequel les pays économiquement développés se sont progressivement lovés. La mort n'était pas seulement devenue lointaine en raison de l'augmentation de l'espérance de vie, elle était aussi devenue intolérable, comme en témoignent les réticences à engager des troupes au sol dans la plupart des conflits récents. La «valeur» de la vie humaine a considérablement augmenté dans l'inconscient collectif des pays les plus riches. Or aujourd'hui, nous reprenons conscience de la précarité de l'être. Cette crise de l'être aura certainement des conséquences considérables, qu'il est peut-être trop tôt pour aborder ici, mais elle est aussi révélatrice d'une crise de l'avoir et d'une crise du pouvoir dont l'analyse est nécessaire pour guider les décisions à prendre.
UNE CRISE DE L'AVOIR
Des crises économiques, nous en avons connu. Mais celle-ci est différente. Cette récession ne ressemble que très partiellement à celles que nous avons connues parce qu'elle mêle un choc sur l'offre et un autre sur la demande.
UN CHOC SUR L'OFFRE ET UN CHOC SUR LA DEMANDE
Nous pouvons difficilement éviter les conséquences en termes d'emplois du choc sur l'offre. Celui-ci résulte des consignes de confinement qui, par défaut, se sont révélées indispensables du point de vue sanitaire. Avec une partie de la force de travail confinée pour une durée indéfinie, il est inévitable que la production chute. Des entreprises vont réduire leurs effectifs, d'autres vont fermer. Ces emplois-là sont perdus, sans doute pour assez longtemps. C'est ce qui se passe en cas de catastrophe naturelle, mais elles ne touchent généralement qu'une partie de l'économie.
Certaines de ces entreprises seront peut-être sauvées par l'État. Et le recours à des «nationalisations temporaires», que je ne concevais que pour des raisons peu fréquentes d'indépendance nationale[3], peut en sauver certaines mais pas toutes.
Le choc sur la demande a évidemment plusieurs causes qui se cumulent. Les revenus d'une partie de la population qui s'évanouissent, les consommations jugées non indispensables qui sont reportées, celles qui sont rendues impossibles par le confinement, et comme «mes dépenses sont vos revenus», la demande faiblit encore. C'est le cycle bien connu de la récession.
À cela s'ajoute la fonte des actifs financiers. Dans une récession classique, la gestion la plus sage des actifs financiers consiste à attendre le retour à la normale, si on n'est pas obligé de vendre pour une raison ou une autre. Ici, le retour à la normale ne se fera pas comme avant.
Certains actifs financiers vont tomber à zéro parce que les entreprises qu'ils représentent vont fermer dans des proportions plus grandes que dans les crises précédentes. Cette fonte des actifs financiers renvoie à des comportements de précaution qui dépriment encore plus la demande globale. Ce «risque de ruine» de certains épargnants avait largement disparu depuis la Grande Crise, le voilà de retour.
C'est cette simultanéité des chocs d'offre et de demande qui rend la situation présente si exceptionnelle et si dangereuse.


CORONAVIRUS : «IL N’Y A PAS A S’INQUIETER DE LA FACTURE», SELON LA NOBEL D’ECONOMIE
Le Quotidien , Luxembourg 

Selon Esther Duflo, si les gouvernements hésitent à la dépense aujourd'hui, la crise risque de devenir "plus mortelle, et d'un point de vue strictement financier, plus grave" 
L’économiste Esther Duflo, prix Nobel d’économie 2019, a appelé mardi à ouvrir grand les vannes de la dépense publique pour restreindre les ravages économiques de la pandémie de coronavirus, estimant qu’il “n’y a absolument pas à s’inquiéter de la facture” face à la crise sanitaire.

Elle a aussi plaidé pour un système d’imposition “extrêmement progressif” , c’est-à-dire devenant plus lourd au fur et à mesure que les revenus s’élèvent, afin de financer les systèmes de santé, et de soutenir les ménages modestes. “Quand on a une grosse crise de demande comme aujourd’hui, il faut injecter des ressources dans l’économie”, ce qui suppose pour les gouvernements qui le peuvent “d’emprunter massivement et de stimuler l’économie autant que possible”, a insisté sur la radio France Inter Mme Duflo.

La professeure au prestigieux MIT (États-Unis) a estimé que “c’est vraiment le moment keynésien par excellence”, en référence à l’économiste anglais John Maynard Keynes qui avait prôné l’interventionnisme de l’État tous azimuts après la crise financière de 1929. “Il s’agit de savoir si on aura plutôt la crise de 2008 ou celle de 1929”, qui avait durablement plombé l’économie mondiale, et “la différence viendra de la volonté de dépenser beaucoup d’argent aujourd’hui, de manière juste”.

«Dépenser plus» maintenant, «cela fait économiser de l’argent»

Selon elle, “dépenser plus d’argent à la fois pour lutter contre le virus (…) et pour essayer de mitiger au maximum l’impact économique, cela fait économiser de l’argent en fait”. Faute de quoi, la crise risque de devenir “plus mortelle, et d’un point de vue strictement financier, plus grave”, avec un “effet boule de neige”, et dans ce cas “on passe d’une récession à une dépression, dont les ravages économiques sont beaucoup plus forts et plus longs”.

L’économiste, spécialiste de la pauvreté, encourage les pays du G20 à soutenir les pays moins développés, moins armés face à l’épidémie, et pointe les incertitudes sur la “sortie de crise”, notamment sur la vigueur de la reprise de la consommation, facteur qui déterminera “l’ampleur finale du désastre économique”.

Pour un système d’imposition «extrêmement progressif»

Esther Duflo a par ailleurs balayé les craintes sur l’endettement public : pour l’heure, les gouvernements “peuvent emprunter à taux extrêmement faibles” et “si on a beaucoup d’argent à dépenser, on a aussi beaucoup de temps pour rembourser”. “Il n’y a absolument pas à s’inquiéter de la facture pour l’instant, c’est le dernier de nos soucis”, insiste-t-elle, mettant en garde contre un retour prématuré à “une orthodoxie un peu frileuse” sur les déficits.

Pour Mme Duflo, la crise serait l’occasion d’encourager un système d’imposition “extrêmement progressif” dans les pays développés : “Comment financer à la fois les transferts aux plus pauvres, qui leur permettront de soutenir leur consommation, et les systèmes de santé qu’il va falloir reconstruire? Le financer par l’impôt sur les hauts revenus (…) semble le moyen le plus raisonnable et le plus réaliste”.

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