lundi 27 avril 2020

"Si cela continue, on ne pourra pas commencer le déconfinement"


Marie Rigot
La Libre Belgique

Le nombre d'hospitalisations stagne en Belgique, ce qui ne rassure pas les experts à l'approche du déconfinement. 
La Première ministre n’a eu de cesse de le répéter ce vendredi 24 avril : l’évolution de la propagation du virus dans notre pays est scrutée à la loupe et déterminera la marche à suivre dans les prochaines semaines. Si les premières esquisses du déconfinement ont été présentées, elles n’en restent pas moins des projets qui ne deviendront réalité qu’une fois le feu vert donné. Pour l’obtenir, un indicateur est très important: la situation dans les hôpitaux.
À ce jour, 3.959 lits d’hôpitaux sont occupés par des patients Covid-19. La Belgique est repassée pour la première fois depuis presque un mois sous la barre des 4.000. Un cap important, qu’a notamment salué la ministre de la Santé Maggie De Block sur Twitter, mais que le virologue Marc Van Ranst a tenu à nuancer. En effet, si le nombre de lits occupés diminue, le nombre de personnes hospitalisées chaque jour, quant à lui, stagne. Selon le bilan épidémiologique de ce dimanche 26 avril, 204 personnes ont été admises dans un établissement de soins de santé depuis samedi. 368 patients ont pu, quant à eux, rentrer à la maison. “Le nombre d’admissions à l’hôpital ne diminue plus depuis quelques jours et se maintient au-dessus des 200 hospitalisations par jour”, a fait remarquer le virologue de la KULeuven. Une tendance qui ne permettrait pas, selon Marc Van Ranst, de passer à la phase de déconfinement. “Pour ça, il faudrait que ce chiffre baisse et passe sous les 100 admissions à l’hôpital par jour”, a déclaré l’expert membre de la task-force chargée de l’Exit Strategy sur VTM.
178 Belges ont perdu la vie, comme le montrent les données de Sciensano de ce dimanche 26 avril. 75 décès ont eu lieu à l’hôpital et 103 en maison de repos. Cela porte à 7.094 le nombre de personnes dans notre pays ayant succombé des suites d’une contamination au coronavirus. Le pic des décès semble derrière nous. Mais il ne faut tout de même pas s’attendre à ce que le virus cesse de faire des victimes du jour au lendemain, a expliqué Steven Van Gucht, porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19. Une étude de l’université de Seattle estimait pourtant que la Belgique ne compterait plus aucun décès dû au coronavirus d’ici mi-mai. “Difficile à prédire, a nuancé Steven Van Gucht. Je pense que les décès vont en effet diminuer dans les semaines à venir mais des morts seront toujours possibles.”


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
C’EST PAS GAGNE. NOUS VOICI PLUS DECONFITS QUE DECONFINES.

Pas moyen de penser à autre chose qu’à ce maudit virus. La radio, la télé, les medias ne nous parlent que de cela, tout le reste est passé à la trappe. Demain le reste se vengera.
Encore heureux qu’il ait fait beau
Et qu’la Marie-Joseph soit un bon bateau
Cette rengaine des frères Jacques me trotte en tête en cette nième journée de soleil ardent.
Pas un souffle de vent sur la Meuse endormeuse, pas une seule moto à l’horizon.  Seulement le son des cloches lointaines qui incite mon chien à pousser des cris de loup : étrange !  
Une amie suisse m’envoie régulièrement des documents à caractère scientifique sur les origines présumées de cette peste des temps post modernes. Oui, c’est comme ça qu’on appelle désormais notre époque. Je ne sais trop qu’en penser n’ayant pas l’ombre d’une formation scientifique.  Certes on m’a enseigné jadis à l’athénée les vertus de l’esprit critique mais en l’occurrence, il tourne à vide.
Pour nos dirigeants démocratiques, l’équation est complexe, extrêmement délicate : ménager la chèvre sanitaire sans mettre en danger le chou économique tout en tenant en respect le loup corona. Dans cette équation à plusieurs inconnues, le plus facile n’est pas de donner une valeur au « x » du virus corona. Certains pensent qu’il serait apparu sur un marché chinois dans la grande promiscuité  entre animaux domestiques, animaux sauvages et partisans de la médecine traditionnelle,  grands amateurs de pangolins et de chauves souris. D’autres nous parlent de la possible bévue d’un apprenti sorcier qui aurait manqué de vigilance et laissé s’échapper d’un laboratoire de Wuhan un virus Frankenstein si petit qu’il ne saurait être vu par les meilleurs microscopes. Pour les obsédés du complot, ce serait soit un coup fumant de l’oncle Sam, l’oncle  Donald en l’occurrence,  soit pire encore le dernier avatar du machiavélisme des dirigeants chinois. Allez savoir ?
Et je ne parle pas des éternels millénaristes qui croient y déceler une punition divine comme les nuées de sauterelles bibliques, les plaies d’Egypte ou le feu divin qui  anéantit autrefois Sodome et Gomorrhe. 
Rien de tout cela ne me convainc. J’y vois plutôt une sorte de vengeance aveugle et très involontaire de la nature qui aurait ouvert sa boîte de Pandore aux innombrables virus qu’elle cachait au fond des forêts humides menacées et sous la couche fondante d’un permafrost victime du réchauffement. 
Qui a le monopole de la science ? se demande Natacha Polony
et de répondre : « La défiance envers la science et l'abandon de la rationalité sont profondément mortifères. Ils ouvrent la porte aux sectarismes de tous ordres. Sans doute, pour les enrayer, nous faudra-t-il retrouver la juste mesure : sortir de l'illusion technologique qui ne croit qu'aux protocoles et aux performances, et développer l’intelligence de chacun. » Autrement dit : ménager la chèvre et le chou en faisant preuve de discernement. Et de constater avec dépit :
« Ainsi donc, nous allons ressortir. Les voitures rouleront à nouveau, les embouteillages fleuriront dans les grandes villes… Ils ont commencé dans certains endroits pour un motif pour le moins impératif : la réouverture de certains McDonald's, ce qui laisse entrevoir que la vie d'après pourrait fort ressembler au pire de la vie d'avant. » Le confinement partout se relâche doucement. Des exemples ? Ces derniers jours, révèle La Libre Belgique, les forces de police de Waterloo ont été mises fort à contribution. Vendredi soir, ce sont trois jeunes qui ont été surpris vers 21 heures en train de fumer un joint de cannabis près de l'église du Chenois. Un peu plus tôt dans cette journée de vendredi, vers 16 heures, ce sont deux autres Waterlootois âgés de 21 ans qui ont été surpris après s'être donné rendez-vous au domaine d'Argenteuil pour un petit pique-nique entre copains. Toujours vendredi en fin d'après-midi, vers 17 heures, la police est tombée nez à nez avec un Waterlootois de 21 ans qui se trouvait avec une jeune femme de 24 ans, originaire de Linkebeek, alors qu'ils se trouvaient dans un recoin de la chaussée de Tervuren. L'homme a prétendu bien connaître cette jeune femme sauf qu'il ignorait l'adresse de celle qu'il prétendait être sa dulcinée. "On n'est pas sympa mais on est intraitable", conclut goguenard le commissaire divisionnaire Vandewalle. Business as usual et crimes de lèse confinement.
En attendant, des dizaines de milliers d’emplois sont  menacés dans le petit commerce, de l'hôtellerie-restauration indépendante ; de quoi doucher l'enthousiasme des gentils utopistes qui nous expliquaient, DiverCity en tête,  que le coronavirus allait redessiner le monde. 
Mais voici que soudain, la grande préoccupation est d’un tout autre ordre : allons-nous éviter une nouvelle vague de contamination alors que la doctrine énoncée par les autorités politiques et sanitaires n'a pas fondamentalement changé ?
On a essayé vainement de nous expliquer qu'il faudra atteindre une supposée « immunité de groupe » pour que cesse la pandémie, ce qui apparaissait à n'importe quel esprit à peu près rationnel comme en contradiction totale avec la stratégie du confinement.
Aucune immunité de groupe à espérer, nous dit-on désormais. Mais que ne nous dit-on pas ?
Les médecins, épidémiologistes et virologues ont, autant que les politiques ou les « idéologues », une propension à l'affirmation péremptoire, un goût prononcé pour les luttes d'ego et de pouvoir, et une capacité marquée à écarter de leurs réflexions toute idée qui ne vient pas du sérail
Cette crise sanitaire met à rude épreuve notre confiance en l'expertise scientifique. Les médecins, épidémiologistes et virologues, Marc Van Ranst en tête, ont, autant que les politiques ou les « idéologues », une propension à l'affirmation péremptoire, un goût prononcé pour les luttes d'ego et de pouvoir, et une capacité marquée à écarter de leurs réflexions toute idée qui ne vient pas du sérail. Bref, ils sont humains.
La science n'est pas seule en jeu. Elle croise et toise la technologie et surtout le marché. La science n'a pas réponse à tout, face à un virus qui la défie et qu’elle peine à  comprendre. 
La défiance envers la science et l'abandon de la rationalité, que cette crise n'a pas vu naître mais qu'elle amplifie, sont profondément mortifères. Ils ouvrent la porte aux sectarismes de tous ordres. Sans doute, pour les enrayer, nous faudra-t-il, conclut Poliny, retrouver la juste mesure : sortir de l'illusion technologique qui ne croit qu'aux protocoles et aux performances, et surtout développer la rationalité et l'intelligence de chacun »
Le rideau tombe sur le confinement et ce « drôle de drame » se conclut comme la bonne âme de Sezuan (et non pas de Wuhan) la pièce la plus brillante de Brecht :  
„Wir stehen selbst enttäuscht und sehn betroffen
Den Vorhang zu und alle Fragen offen.“
Plus déconfits que déconfinés, « nous voici déçus et fort affligés, nous voyons le rideau  fermé et ouvertes toutes les questions. »
MG



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