dimanche 31 mai 2020

De l'Etat de droit et de la particratie


Jules Gheude
Essayiste politique Le Vif

On se souvient des coups de gueule poussés par le général de Gaulle contre ce qu'il appelait " le régime des partis ", ces partis dont l'omnipuissance plongeait la République dans l'instabilité gouvernementale permanente.
Chez nous, le constitutionnaliste liégeois François Perin se fit connaître par la rédaction, en 1961, d'un ouvrage au titre percutant : "La Démocratie enrayée".
Dans cet essai "sur le régime parlementaire belge de 1918 à 1958", l'auteur constate que ce régime est celui "de la confusion entre gouvernement, parlement et partis". Des partis qui ont fini par envahir tout, grippant ainsi le bon fonctionnement des institutions.
Il appelle, dès lors, à une réforme profonde et à une conception différente des partis, lesquels, à ses yeux, doivent être "avant tout des associations libres de citoyens unis par une même conception politique et qui doivent être, par définition, totalement indépendants des pouvoirs, à peine de devenir des machines électorales groupant une médiocre clientèle intéressée, sans idéal et sans dynamisme".
Cette aspiration resta, hélas ! lettre morte. Dans le bref discours qu'il prononce, le 26 mars 1980, lors de sa démission spectaculaire du Sénat, François Perin explique que la Belgique est malade de trois maux incurables et irréversibles, l'un d'entre eux étant "une particratie bornée, souvent sectaire, partisane, partiale, parfois d'une loyauté douteuse au respect de la parole donnée et de la signature, mais très douée pour la boulimie avec laquelle elle investit l'Etat en jouant des coudes, affaiblissant son autorité, provoquant parfois le mépris public".
Un double exemple de ce phénomène vient de nous être encore donné aujourd'hui. Le premier avec la polémique entourant la candidature de l'ex-présidente d'Ecolo, Zakkia Khattabi, comme juge à la Cour constitutionnelle ; la seconde avec l'initiative prise d'autorité par les présidents du PS et du SP.A, pour relancer les négociations en vue de la formation d'un gouvernement de plein exercice.
Pour ce qui concerne le premier point, je ne peux qu'approuver le professeur Franklin Dehousse de l'Université de Liège, lorsqu'il considère que le rejet de la candidature de Zakkia Khattabi illustre la défaite de la particratie. Selon lui, les réactions engendrées de part et d'autre relèvent d'une belle hypocrisie : "L'enjeu de la candidature Khattabi peut être résumé en une question fort simple : Ecolo est-il disposé à soutenir demain la candidature de Bart De Wever, président sortant, présentée par la NVA à la Cour constitutionnelle ? (Ou, après-demain, de G.L Bouchez ?). Il ne faut pas être un mage pour anticiper la réponse. On attend aussi avec délectation suprême les plaidoyers à venir émouvants de MM. Uyttendaele, Demelenne et consorts pour défendre De Wever et Bouchez - au nom de la démocratie, bien sûr."
Pour ce qui est du second point, il est clair que les présidents du PS et du SP.A, en s'autoproclamant informateurs, ont empiété sur les prérogatives royales.
Personne n'ignore ce que je pense de la Belgique. Mais aussi longtemps qu'elle existe, elle demeure un Etat de droit et chaque citoyen, à commencer par le chef de l'Etat, est tenu d'en observer la Constitution et les lois.
La Constitution stipule, en son article 142, qu'il y a, "pour toute la Belgique, une Cour constitutionnelle, dont la composition, la compétence et le fonctionnement sont déterminés par la loi".
Cet article a été exécuté par la loi spéciale du 6 janvier 1989, modifiée depuis à plusieurs reprises. Et qui prévoit ce qui suit :
"La Cour est composée de douze juges, nommés à vie par le Roi sur une liste double présentée alternativement par la Chambre des représentants et le Sénat. Cette liste est adoptée à la majorité des deux tiers au moins des suffrages des membres présents. Six juges appartiennent au groupe linguistique français, six au groupe linguistique néerlandais. Un des juges doit avoir une connaissance suffisante de l'allemand. Dans chaque groupe linguistique, trois juges sont nommés sur la base de leur expérience juridique (professeur de droit dans une université belge, magistrat à la Cour de cassation ou au Conseil d'Etat, référendaire à la Cour constitutionnelle) et trois juges ont une expérience de cinq ans au moins comme membre d'une assemblée parlementaire. La Cour est composée de juges de sexe différent, à raison au moins d'un tiers pour le groupe le moins nombreux, étant entendu que ce groupe doit être représenté dans les deux catégories professionnelles précitées."
Zabbia Khattabi répond donc tout à fait aux critères requis : elle a une expérience de cinq ans au moins comme membre d'une assemblée parlementaire. En outre, selon les équilibres politiques à respecter, le poste revient légitimement à son parti.
On peut trouver ce mode de fonctionnement inongru déraisonnable. Mais aussi longtemps que la loi n'aura pas été modifiée, il restera d'application.
J'ai dit plus haut que, dans un Etat de droit, chaque citoyen, à commencer par le chef de l'Etat, devait observer la Constitution et les lois.
Dans le système de monarchie constitutionnelle qui est le nôtre, le Roi, s'il peut avoir des conceptions personnelles, doit toutefois s'abstenir de les exprimer publiquement. Il est tenu, comme on le dit souvent, de rester au-dessus de la mêlée et ne pas découvrir la Couronne.
Tel ne fut pas le cas en avril 1990, lorsque Baudouin Ier invoqua un problème de conscience personnelle pour ne pas signer la loi de dépénalisation de l'avortement, obligeant ainsi le gouvernement, pour éviter une crise majerure, à recourir à une entourloupette : se mettre (le souverain) en impossibilité de régner durant quarante-huit heures, alors qu'il était bien portant.
Autre entorse commise par le monarque à l'endroit de la Constitution : le remariage de Léopold III avec Lilian Baels, dont la cérémonie religieuse, le 11 septembre 1941, précéda la cérémonie civile.
"Je jure d'observer la Constitution et les lois du peuple belge". Serment solennel qui n'a pas empêché les responsables politiques francophones de bafouer la Loi fondamentale en transformant la "Communauté française" en "Fédération Wallonie-Bruxelles"...
(1) Dernier livre paru : "La Wallonie, demain - La solution de survie à l'incurable mal belge", Editions Mols, 2019.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"LA BELGIQUE EST UNE UNE PARTICRATIE BORNEE, SOUVENT SECTAIRE, PARTISANE, PARTIALE, PARFOIS D'UNE LOYAUTE DOUTEUSE AU RESPECT DE LA PAROLE DONNEE ET DE LA SIGNATURE, MAIS TRES DOUEE POUR LA BOULIMIE AVEC LAQUELLE ELLE INVESTIT L'ETAT EN JOUANT DES COUDES, AFFAIBLISSANT SON AUTORITE, PROVOQUANT PARFOIS LE MEPRIS PUBLIC". François Perin

Au vrai rien n’a changé depuis la mort de Perin, sauf que c’est pire encore et qu’une nouvelle génération de présidents de partis aux idées étriquées, aux dents longues qui raclent le parquet et à l’ego surdimensionné a pris le relais des vieux briscards parfaitement rodés à la dynamique du compromis. Pauvre Belgique, elle risque de ne pas y survivre. L’incident Zabbia Khattabi ainsi que le pas de deux des informateurs socialistes auto proclamés  du nord et du sud (PS et Spa) n’augurent rien de bon pour la suite. On sera obligé d’aller voter masqués : on le sait l’électeur en colère ne mettra pas de gants et donnera ses suffrages aux extrêmes. Il serait judicieux de conclure avant que n’ait lieu une telle catastrophe.
MG 




Steve Bannon: «La menace chinoise sera le sujet clé de la présidentielle de 2020»

GRAND ENTRETIEN - Ideologue controversé du national-populisme trumpien, l’ancien conseiller stratégique de Trump estime que les peuples d’Occident doivent forcer leurs élites à demander des comptes à Pékin pour le «carnage» causé par la pandémie de Covid-19.
Par Laure Mandeville
Le Figaro 

QUELLE LEÇON CENTRALE TIREZ-VOUS DE LA CRISE DU CORONAVIRUS?
Cette crise a révélé ce que beaucoup savaient déjà mais que peu voulaient reconnaître, à savoir que nous ne pouvons pas faire confiance au parti communiste chinois (PCC). Ce dernier est responsable de la peste qui s’est abattue sur son propre peuple et sur le monde! Mettons une seconde de côté l’hypothèse selon laquelle ce virus aurait pu s’échapper par inadvertance du laboratoire P4 de Wuhan. Nous n’avons pas les éléments là-dessus, même si nos services de renseignement enquêtent. Regardons juste la séquence des faits: dès la fin décembre, un collaborateur m’a alerté sur un blog chinois évoquant une épidémie à Wuhan. Le 31, la république de Taïwan a notifié l’OMS qu’il existait une transmission d’humain à humain d’un virus de type Sars à Wuhan. Le docteur Li Wenliang, ophtalmologiste de Wuhan, qui depuis a été contaminé et en est mort, a évoqué dès le 28 ou 29 décembre l’arrivée de ce virus à son hôpital, avant d’être arrêté et forcé de signer une confession selon laquelle il propageait de fausses rumeurs.
Soyons clairs: quand la direction chinoise a appris qu’il y avait une épidémie, elle a masqué la vérité. Selon la revue The Lancet, si les autorités avaient réagi en décembre, 95% des morts et des destructions économiques auraient été évitées! Le 12 janvier, l’OMS a officiellement expliqué qu’après consultation avec Pékin, ils n’avaient trouvé aucune transmission d’humain à humain. C’était un mensonge, l’OMS est complice de l’avoir propagé. Les dirigeants chinois sont venus signer un traité commercial à Washington le 15 janvier et ne nous ont informés de rien. Ils ont fermé la grande Muraille, bouclé la région de Wuhan, arrêté tous les voyages intérieurs. Mais ils n’ont pas arrêté les vols extérieurs! C’est ainsi que le virus est venu à nous. Tous les gens frappés à travers le monde par le Covid doivent recevoir compensation du PCC.
MAIS QUI DEMANDERA COMPENSATION? LES ÉTATS-UNIS?
Je peux vous dire qu’aux États-Unis, un vrai mouvement politique gagne du terrain, visant à priver la Chine de son immunité souveraine. L’État du Missouri et l’État du Mississippi ont déjà lancé des poursuites. Des avocats préparent des plaintes individuelles semblables à celles portées par les familles des victimes du 11 Septembre contre l’Arabie saoudite. Je pense que le gouvernement soutiendra. Un document de la campagne de Mitch McConnell, qui dirige la majorité républicaine au Sénat, recommande d’accuser le Parti communiste chinois des dévastations subies. Pour moi, ce sera le sujet déterminant de l’élection de 2020. Près de 91% des Américains estiment que le Parti communiste chinois et la montée en puissance de la Chine sont une menace directe pour la sécurité des États-Unis.
LE GOUVERNEMENT AMERICAIN AURA-T-IL L’ESTOMAC D’ALLER A UNE CONFRONTATION AVEC LA CHINE VU LES INTERETS ECONOMIQUES GIGANTESQUES EN JEU?
Non seulement le découplage n’est pas impossible mais il doit se faire. D’ailleurs, les Chinois avaient déjà commencé à le mettre en œuvre en annonçant qu’ils allaient passer à leurs propres standards technologiques. En dehors de cette pandémie, c’est même l’annonce géopolitique la plus importante des dernières années, même si elle est passée inaperçue. Les Chinois ont commencé ce découplage à travers leur projet de route de la soie, au centre duquel se trouve la compagnie Huawei, qui se pose en nouvel «hégémon» technologique. Bien sûr, les élites économiques occidentales comme la Cité de Londres, les financiers de Paris et les hommes de Wall Street, ne changeront pas le modèle d’eux-mêmes car ils font beaucoup d’argent. Ils devront être sommés d’agir par les peuples d’Occident en révolte contre la désindustrialisation.
Je veux vous ramener trois ans en arrière, en janvier 2017, quand le président Xi arrive dans la station suisse de Davos, alors que le président Trump vient d’être élu. Dans son discours, Xi déclare que le problème, c’est le mouvement nationaliste et populiste occidental qui menace l’ordre international. Il affirme que la Chine défendra la globalisation. Il est alors loué par le Financial Times et d’autres pour son côté visionnaire, alors que Donald Trump est vilipendé parce qu’il défend le système westphalien des nations. À ce moment à Davos, tous les gens des grandes agences financières, banques et corporations, étaient au courant des camps de rééducation pour les Ouïghours et de la répression politique. Mais ils saluaient Xi en héros et voyaient Trump comme un monstre parce qu’ils s’intéressaient exclusivement à leurs profits.
Sans le capital et la technologie occidentale, le Parti communiste chinois tombe comme un château de cartes!
CETTE CRISE CONFIRME-T-ELLE LA VISION DE TRUMP SUR LE FAIT QU’IL FAUT REVOIR LA GLOBALISATION ET RAPATRIER LES INDUSTRIES STRATEGIQUES?
Trump est arrivé au pouvoir dans une phase de déclin de l’Occident acceptée par nos élites globalistes qui ont perdu confiance en la force de l’Ouest judéo-chrétien. Elles s’en remettent au schéma du piège de Thucydide, selon lequel la Chine est la puissance ascendante et les États-Unis la puissance en déclin. C’est évident aussi chez vous, Macron pense que la capitale de la France, c’est Bruxelles, pas Paris, ce qui a déclenché les «gilets jaunes». Cette approche a conduit à faire de nos États des États vassalisés. Nous comprenons que nous avons abandonné des lignes de production stratégiques.
Ce constat provoque un choc énorme en France, où on parle d’un retourde certaines productions stratégiques.
Le choc n’existe que pour les élites qui ne voulaient pas voir. Aucun secret là-dedans! Bien sûr que les usines étaient parties. Bien sûr que les Chinois avaient pris le contrôle de l’industrie pharmaceutique. C’est ainsi que le système fonctionne.
L’AMERIQUE N’EST-ELLE PAS RESPONSABLE DES EXCES DE LA GLOBALISATION QU’ELLE COMBAT MAINTENANT AVEC LA GUERRE COMMERCIALE?
Ce n’est pas l’Amérique qui a promu la globalisation mais les «élites de Davos» qui croyaient en cette utopie. Il faut comprendre que la Chine n’est pas un État qui pratique le libre commerce mais un État mercantiliste totalitaire. Vous ne pouvez pas y commercer librement. C’est pour cela que le gouvernement Trump a lancé la guerre commerciale. L’idée était de forcer l’ouverture des marchés chinois.
Certains avertissent que si l’on blâme les Chinois, on manquera la leçon clé de la crise, qui est que la Chine a accompli un bond industriel spectaculaire, et que les Occidentaux n’ont qu’à s’en prendre qu’à eux-mêmes s’ils ne sont plus compétitifs sur la 5G par exemple.
Sans le capital et la technologie occidentale, le Parti communiste chinois tombe comme un château de cartes! Ceux qui avancent ces thèses veulent nous faire croire qu’on ne peut agir.
L’EXPERT DAVID GOLDMAN DIT QU’IL FAUT CREER UNE ALTERNATIVE EN MATIERE DE TECHNOLOGIE DES PUCES ELECTRONIQUES AU LIEU DE CRIER AU LOUP CHINOIS.
C’est juste. Mais il faut d’abord couper les approvisionnements en capital du PCC et les transferts de technologie. Et exiger des réparations. Car nous mettrons une décennie à nous relever.
Si l’Ouest permet au Parti communiste chinois d’abroger ses promesses de préserver un Hongkong libre et démocratique, alors plus rien ne les arrêtera
Steve Bannon
LES EUROPEENS ONT LE SENTIMENT QUE L’AMERIQUE DE TRUMP LES A ABANDONNES ALORS QUE LA CHINE PRATIQUE L’ENTRISME. SE LAISSERONT-ILS CONVAINCRE DE MENER UNE NOUVELLE GUERRE FROIDE CONTRE LA CHINE, DONT ILS SONT DEPENDANTS…
Ce n’est pas une guerre froide mais chaude, sur le cyber, sur la propagande, et bien sûr sur l’économie. Nous devons nous unir, sinon les pays européens deviendront des vassaux de la Chine. Ma conviction est qu’on va se réveiller et mener ce combat ensemble pour le gagner. Mais j’ai déjà averti les Européens sur le fait qu’ils ne devront pas se reposer sur Bruxelles, mais sur leurs nations.
TRUMP PEUT-IL ENCORE GAGNERCETTE ELECTION MALGRE LES MORTS ET LE DESASTRE ECONOMIQUE?
Joe Biden est un candidat très faible. Surtout sur la question de la Chine. Obama voulait un pivot vers l’Asie, et a dépêché Biden pour mener des négociations avec Pékin. Mais leur politique pour contrer Pékin n’a rien donné. La mer de Chine sud n’a jamais été aussi militarisée! De plus quand Trump a décidé de fermer les frontières fin janvier, Biden a dit que Trump était un raciste. Si les démocrates n’arrivent pas à se débarrasser de lui et mettre en piste quelqu’un d’autre, ils ne pourront pas gagner face à Trump.
APRES LA DECISION DE L’ASSEMBLEE NATIONALE CHINOISE DE VOTER UNE LOI SUR LA SECURITE NATIONALE QUI FOURNIRAIT UNE BASE LEGALE POUR INTERVENIRA HONGKONG, VOUS AVEZ APPELEA UNE REPONSE TRES FERME?
Les citoyens de France connaissent le prix qu’il a fallu payer pour ne pas avoir défendu la Tchécoslovaquie ou l’Autriche contre les nazis. Si l’Ouest permet au Parti communiste chinois d’abroger ses promesses de préserver un Hongkong libre et démocratique, alors plus rien ne les arrêtera. Taïwan tombera ensuite et nous serons inexorablement entraînés dans une guerre chaude pour défendre la mer de Chine sud.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PAS SI IMPREVISIBLE QUE CELA, LE DONALD TRUMP.

Voici deux moyens de comprendre celui dont on peut se demander parfois s’il se comprend lui-même tant le moins cartésien de tous les Présidents US est manipulé par son puissant ego et un inconscient plus erratique qu’erratique.
Interroger Steve Bannon c’est lire dans la boule de cristal clairvoyante de celui qui ne sait pas où il va mais qui y va franco. Certes Bannon semble banni de l’entourage de l’imprévisible Donald mais n’oublions pas qu’il est celui qui l’a conduit là où il est c'est-à-dire au fameux bureau ovale qui certes en a vu d’autres mais rien de comparable à l’incomparable Donald dont la novlangue n’a plus de secrets pour le robot Margaret qui parle trumpien avec tous les accents du locataire de la Maison blanche. Pauvre Américains.
Et dire que le vieux Biden est le seul challenger que les démocrates  aient réussi à lui opposer. « Si les démocrates n’arrivent pas à se débarrasser de lui et mettre en piste quelqu’un d’autre, ils ne pourront pas gagner face à Trump. » 
Le monde supportera-t-il un second mandat Trump ? J’en doute. 
MG


MARGARET, LE ROBOT CAPABLE DE COMPRENDRE DONALD TRUMP
 Courrier international
Extrait

Avec sa syntaxe si particulière, ses accès de colère et son comportement erratique, le président américain est parfois difficile à suivre. Des chercheurs tentent aujourd’hui d’utiliser l’intelligence artificielle pour mieux décrypter le personnage, nous raconte le Los Angeles Times.

Bill Frischling a eu la révélation il y a trois ans, alors que Margaret, son robot intelligent, tentait de transcrire 127 mots d’un discours de Donald Trump. Dans ce court extrait censé commémorer une bataille de la Seconde Guerre mondiale, tout tanguait dangereusement : Trump mélangeait allègrement les temps des conjugaisons et les sujets, la syntaxe était sens dessus dessous, les conjonctions valsaient. Le président allait de proposition subordonnée en proposition subordonnée, de parenthèse en parenthèse, de préposition en préposition.
C’est quand Trump a prononcé pour la quatrième fois le mot “winning” [“gagnant”] que Margaret a planté. “Le bot s’entêtait à vouloir suivre la ponctuation de la langue anglaise, au lieu d’identifier la ponctuation de la langue trumpienne”, explique Bill Frischling.
Comprendre le “trumpien”
Il a alors décidé de remettre son logiciel à zéro. Bill Frischling s’est adjoint les services d’un expert en informatique titulaire d’un doctorat en apprentissage automatique (ou machine learning) pour désapprendre à Margaret la grammaire et la syntaxe normales et lui apprendre, à la place, à décoder le “trumpien”.
Aujourd’hui, Margaret comprend mieux les constructions de phrases à la Trump, et, surtout, elle comprend sans doute mieux que bon nombre d’Américains le président, ses tics, ses formules, ses préférences et ses habitudes de langage.
Devant une allocution présidentielle, Margaret, baptisée du nom d’un personnage de la série À la Maison-Blanche [The West Wing], capable d’imiter la signature présidentielle, n’est pas du genre à siffler, à applaudir ou à changer de chaîne. Elle s’attache à analyser chaque mot que prononce Trump, et sa façon de le prononcer, et elle utilise des algorithmes pour tenter de mieux comprendre le tempérament erratique du président en puisant dans une base de données riche de quarante ans de déclarations trumpiennes.
L’art du mensonge
Et Margaret a fait plusieurs découvertes, dont celle-ci : quand Trump baratine à vitesse grand V après avoir proféré un mensonge flagrant, il est parfaitement à l’aise.
“La plupart des gens, quand ils ne disent pas la vérité, perdent de leur aisance, explique Frischling, 48 ans, codeur autodidacte en télétravail chez lui, à Great Falls (Virginie), en cette période de confinement. Lui, au contraire, gagne en assurance.”
Margaret est capable de reconnaître le stress chez Donald Trump, d’évaluer son calme et même de prédire les mots qu’il va prononcer en public avant même qu’il ne le fasse, assure son créateur. Le logiciel sait plutôt bien faire la différence, auss

vendredi 29 mai 2020


j

COMMENTAIRE DE DIVRCITY
« CE DECONFINEMENT PROGRESSIF ET CHAOTIQUE DESARÇONNE LES BELGES »
« LE VIRUS N'EST PAS PARTI »

Les phases se multiplient, des mesures sont annoncées sous pression, des secteurs crient à l'aide et les polémiques se succèdent : il était écrit que le déconfinement ne serait pas aisé, mais on est servi... »(Olivier Mouton)
« Le virus n'est pas parti. Si vous tombez malade, vos contacts doivent pouvoir être répertoriés et testés si nécessaire." 
Le dessin de Kroll me fascine. Il réussit en une image à exprimer tout le désarroi des adultes face à la vague d’enfants ravis de retrouver l’école et leurs copains surtout. Moi qui fus longtemps chef d’école, j’ai une pensée pour mes pauvres collègues et successeurs.
Franchement «  it isn’t exactly a soft job ! »
MG


"SUIVRE UNE FLANDRE QUI PRIVILEGIE LA REPRISE ECONOMIQUE AU BIEN-ETRE DES ENFANTS N'EST PAS ENCOURAGEANT"

La Ligue des Familles s'est dite satisfaite jeudi de la latitude laissée aux parents pour renvoyer ou non leur enfant à l'école dans le cadre de l'élargissement de la reprise des cours dans le maternel et le primaire. L'association redoute toutefois les conséquences de la liberté accordée aux écoles de rouvrir ou pas leurs portes. "À la suite de la réouverture des crèches il y a un mois, de nombreux parents s'étaient interrogés sur la différence de traitement entre crèches et écoles maternelles. Désormais, crèches, écoles maternelles et primaires seront logées à la même enseigne, l'évolution des connaissances épidémiologiques et sanitaires montrant, d'après le GEES (le groupe d'experts chargé de la stratégie de déconfinement, NDLR), que les enfants de 0 à 12 sont beaucoup moins à risque", relève la Ligue.
Celle-ci estime toutefois que la liberté laissée aux écoles quant à la décision de rouvrir ou pas leurs portes aux dates annoncées crée "de la confusion" chez les parents.
"On comprend bien la difficulté des établissements et des enseignants à se réorganiser en quelques jours mais, pour la Ligue des familles, cela pose problème que tous les enfants n'aient pas le même accès à l'école et que les parents ne sachent pas ce qu'il en sera dans l'école de leurs enfants ce mardi", regrette Christophe Cocu, directeur général de la Ligue des familles.
Ce dernier se réjouit toutefois que l'obligation scolaire ne soit pas formellement réintroduite. "Il était important que ce retour à l'école se fasse sur base volontaire pour les familles. La circulaire qui vient de sortir prévoit qu'il n'y aura pas de sanction pour les enfants qui ne retourneraient pas en classe. C'est une bonne chose", estime M. Cocu, qui demande à présent une plus grande clarté concernant les stages pour enfants cet été.
Dans un communiqué séparé, la Ligue des droits de l'enfant insiste de son côté pour que toutes les assurances sanitaires soient fournies si l'on veut encourager le retour de tous les élèves, y compris ceux qui pâtissent d'une santé plus fragile.
"La précipitation avec laquelle s'est prise cette décision n'est évidemment pas engageante. Suivre une Flandre qui privilégie la reprise économique au bien-être des enfants et des enseignants l'est encore moins", selon elle.
"Si on veut favoriser le retour d'un maximum d'élèves à l'école, il est indispensable d'avoir un langage commun clair et le plus précis possible. Arrêtez les batailles d'experts ! Il est temps de considérer les parents comme des adultes. Ceux-ci doivent pouvoir faire le choix du retour ou non à l'école en toute connaissance de cause. On a vu que le discours actuel ne rassure que moins de la moitié des familles (environ 40% des élèves de première primaire sont rentrés à l'école). Il est donc nécessaire de corriger le tir. Par exemple, en mettant tous les experts autour de la table (donc aussi - et surtout - ceux qui ont un avis contraire) et en se mettant d'accord sur un langage commun compréhensible par l'entièreté des citoyens. Ce langage comprendra des incertitudes mais, celles-ci aussi, les parents ont besoin de les connaître. Il reste quatre jours pour donner cette information claire. Ca ne devrait pas être impossible", estime son président, Jean-Pierre Coenen.
Le collectif de pédiatres qui, la semaine passée, avait appelé à ce retour massif des enfants à l'école s'est, pour sa part félicité, de la décision des autorités publiques. Tout en répétant que la maladie menace moins les enfants, ceux-ci disent comprendre les craintes que vivent certains parents. Ils les invitent à cette effet à prendre contact avec eux pour obtenir toutes les informations utiles.
DU CHANGEMENT A VENIR CONCERNANT LES CONTACTS SOCIAUX: "LE SYSTEME DES QUATRE PERSONNES A ATTEINT SES LIMITES"
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Depuis le jour de la fête des mères, le dimanche 10 mai, les Belges sont autorisés à côtoyer à nouveau leur famille ou leurs amis. Mais tout cela est strictement réglementé. Les citoyens n'ont ainsi la permission de recevoir à leur domicile que quatre personnes. Qui plus est, une fois ces quatre compagnons choisis, hors de question d'inviter dans les jours qui suivent d'autres personnes. Les contacts doivent ainsi se limiter à cette "bulle", initialement composée. Un système considéré comme complexe par un grand nombre de Belges qui ne comprennent pas, de plus, le maintien de cette limitation au vu des autres assouplissements (reprise des activités sportives, davantage de monde invité aux mariages...). Mais les jours de la "règle des quatre" pourraient bien être comptés. "Ce système a atteint ses limites", a ainsi estimé Erika Vlieghe, à la tête du groupe d'experts chargés du déconfinement (GEES), sur la VRT.
Selon les dires de la cheffe du service des maladies infectieuses de l'hôpital universitaire d'Anvers, il y aurait actuellement des discussions concernant les contacts sociaux en vue du prochain Conseil national de sécurité qui se tiendra ce 3 juin. "Il y a eu beaucoup d'agitation autour de cette mesure des quatre personnes, nous voulons donc la simplifier", a détaillé l'infectiologue. 

L'objectif des experts consiste donc, avant tout, à rendre cette mesure plus compréhensible. Mais si cette dernière devrait être assouplie, elle sera tout remplacée par une autre règle qui continuera tout de même à limiter les contacts des Belges. "Nous ne devons certainement pas recommencer soudainement à côtoyer de nombreuses personnes, a précisé Mme Vlieghe. Le nombre de contacts que vous avez doit rester clair. Le virus n'est pas parti. Si vous tombez malade, vos contacts doivent pouvoir être répertoriés et testés si nécessaire." 

jeudi 28 mai 2020

La virologue chinoise qui a identifié le nouveau coronavirus l'affirme: "Le Covid-19 n'est que la partie émergée de l'iceberg"


J.F. La Libre Belgique

La virologue chinoise qui a identifié le nouveau coronavirus a une nouvelle fois insisté sur la nécessité de répertorier les virus avant qu'ils ne se transmettent aux humains.
Shi Zhengli n'a pas attendu la crise sanitaire actuelle pour étudier les coronavirus. Cela fait plus de seize ans que la virologue chinoise prend part à des expéditions visant à recueillir des échantillons de chauve-souris, réputées pour être de véritables nids à virus. Surnommée "Bat Woman" dans le milieu, cette scientifique a un objectif bien précis en tête : séquencer les virus avant qu'ils ne se transmettent aux humains.
Dans une interview à CCTN, une chaîne de télévision chinoise, la scientifique a, une nouvelle fois, alerté la population. "Si vous voulez prévenir les nouvelles épidémies, il faut découvrir à l'avance quels virus se cachent dans les animaux sauvages. Si vous ne les étudiez pas, il y aura de nouvelles épidémies." Pour elle, le Covid-19 n'est que "la partie émergée de l'iceberg". "Les virus que nous avons découverts ne sont qu'une petite partie de ceux qui existent. Des tas de virus sont présents dans la nature, que nous l'admettions ou pas", explique-t-elle. "Il faut donc les découvrir le plus vite possible pour éviter une nouvelle crise."
L'experte parle en connaissance de cause. C'est elle qui a séquencé le nouveau coronavirus et qui a transmis ses découvertes à l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Avant cela, elle avait également travaillé sur l'épidémie de SRAS qui avait fait 774 morts en 2003. C'est d'ailleurs cette épidémie qui avait lancé ses recherches sur les coronavirus. Depuis, elle a répertorié et analysé de nombreux virus, ce qui lui a valu quelques critiques. La virologue est en effet la directrice adjointe du laboratoire de Wuhan, pointé du doigt par certains comme étant responsable de la "fuite" du virus dans la population. Des critiques qu'elle balaye d'un revers de la main. "Je jure sur ma vie que cela n'a rien à voir", a-t-elle déclaré dans les médias.
Déterminée, la virologue compte bien poursuivre ses recherches sur les coronavirus et comprendre la façon par laquelle il passe d'une chauve-souris à un animal intermédiaire puis aux humains. Elle appelle d'ailleurs les pays du monde à plus de coopération dans le domaine. "Nous ne pouvons pas réussir seuls", conclut-elle.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"Les virus que nous avons découverts ne sont qu'une petite partie de ceux qui existent. Des tas de virus sont présents dans la nature, que nous l'admettions ou pas", explique-t-elle. "Il faut donc les découvrir le plus vite possible pour éviter une nouvelle crise."
Shi Zhengli surnommée "Bat Woman" a un objectif bien précis en tête : séquencer les virus avant qu'ils ne se transmettent aux humains. Cela fait plus de seize ans que la virologue chinoise prend part à des expéditions visant à recueillir des échantillons de chauve-souris, réputées pour être de véritables nids à virus. 
Cela signifie en clair que la chauve souris est indirectement un prédateur pour l’homme. Pareil pour le rat et ses puces vecteurs de la peste. On n’a pas éliminé les rats mais les bacilles ont été identifiés et éradiqués. Réussira-ton à éliminer les virus ? L’hubris humaine est sans limites mais la créativité de la nature l’est également.
Ce qui me laisse perplexe, c’est le pourquoi de cette interview de Shi Zhengli maintenant ? L’hypothèse que le virus se serait « échappé » de son laboratoire n’est donc pas totalement irréaliste. Reste à se demander si cette fuite est un accident ou un acte volontaire. La guerre de quatorze  commencé à Sarajevo par un attentat aux conséquences imprévisibles ; celle de quarante dans une brasserie de Munich par une forme pernicieuse du bacille de la peste : sa variante brune.
Qu’est ce qui a surgi des marchés de Wuhan et/ de son laboratoire bactériologique ? On a de bonnes raisons de se le  demander.
MG

mercredi 27 mai 2020

Avec 47,6°C, New Delhi suffoque sous la chaleur


Avec un mercure grimpant jusqu'à 47,6°C mardi, New Delhi bout dans la vague de chaleur estivale sèche qui sévit ces jours-ci sur le Nord de l'Inde. La capitale indienne a connu mardi sa plus haute température pour un jour de mai depuis 18 ans. 
Dans l'État voisin du Rajasthan, la ville de Churu était au même moment le point le plus chaud du pays d'Asie du Sud, avec 50°C enregistrés.
En raison de vents nord-ouest secs au-dessus des plaines du centre de l'Inde, la canicule qui sévit ces derniers jours dans le Nord-Ouest du pays devrait persister jusqu'à jeudi, selon les services météorologiques indiens.
Les mois d'été de mai et juin sont extrêmement chauds et secs en Inde, avec des températures dépassant régulièrement les 40°C. Cette chaleur retombe avec l'arrivée progressive de la mousson au cours du mois de juin.
Aucun décès n'a pour l'instant été attribué à l'épisode caniculaire en cours. L'année dernière, le ministère de l'Intérieur indien avait indiqué que 3.500 personnes ont péri dans des vagues de chaleur entre 2015 et 2019.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CA VA BOUILLIR

L'été 2019 est, et continuera d'être, l'un des plus chauds que notre pays ait jamais connu. Impossible d'être passé à côté des nombreux articles de presse relatant les records de chaleur historiques atteints en juillet et en août. Tous s'accordent également pour dire que ces températures sont en passe de devenir la norme et qu'il faudra s'y habituer. Conséquences du réchauffement climatique qu'on ne présente plus, ces chaleurs entraînent sécheresses, baisses des productions agricoles et pénuries. C'est notamment le cas de l'eau qui menace de cesser de jaillir de nos robinets ; Un incendie s’est déclaré dans la Forêt de Soignes à Bruxelles
L’incendie s’étend sur environ 100 m². Les pompiers sont toujours sur place avec deux auto-pompes et trois camions citernes.
. « La cause n’est pas encore connue mais il s’agit probablement d’une cigarette mal éteinte, jetée par un passant imprudent ».
Notons que la Flandre est l'une des parties du monde la plus menacee par la penurie d'eau. Si rien n'évolue, une large partie du pays devrait bientôt manquer d'eau.
.
Le 6 août, l'institut américain World Resources Institute établissait un classement des pays les plus menacés par une pénurie d'eau. Les résultats inquiètent puisque un quart de la population mondiale risque de se retrouver à sec. Dix-sept pays – principalement situés au Moyen-Orient et au nord de l'Afrique – sont d'ailleurs en situation de pénurie hydrique grave et s'approchent dangereusement du "jour zéro", celui où l'eau potable deviendra introuvable. Dans ces pays-là, "l'agriculture, l'industrie et les municipalités absorbent 80% de la surface disponible des eaux souterraines lors d'une année moyenne", détaille le rapport.
Chez nous, le constat est d'autant plus inquiétant. Sur 164 pays, la Belgique se hisse à la 23e place de ce classement alarmant. Soit dans les premiers pays européens à risquer la pénurie.
 Depuis les années 60, notre consommation d'eau n'a eu de cesse d'augmenter. La situation dans le nord du pays est d'autant plus alarmante. Une grande partie de la Flandre est menacée de "pénurie hydrique extrême".
Comment l’esplique-t-on ?
Tout d'abord parce que "la Flandre est l'une des régions les plus densément peuplées et urbanisées d'Europe", comme le rappelle la VRT. Aussi, une large partie de notre eau est utilisée pour alimenter l'agriculture et l'industrie. Enfin, plus l'espérance de vie croît – ce qui est le cas – plus la population s'agrandit et a besoin d'eau. 
La pénurie en eau est la plus grande crise, dont personne ne parle. Ses conséquences prennent la forme d'insécurité alimentaire, de conflit, de migration, et d'instabilité financière. Le réchauffement climatique ne régressant pas, les températures n'auront de cesse d'augmenter chaque année. Même en hiver. D'ici 2040, plus d'une trentaine de pays devraient être confrontés à une pénurie hydrique grave.


Le chiffre d'affaires des commerces bruxellois a grise mine: les recettes oscillent entre 40 et 50% de la normale


Belga

Depuis la réouverture des commerces non essentiels, la fréquentation de l'artère commerciale de la rue Neuve à Bruxelles, contrôlée selon un système identique à celui utilisé lors des Plaisirs d'Hiver ou la Foire du Midi, connaît une affluence de 50.000 à 60.000 personnes par jour.
Les chiffres avant la période de pandémie oscillaient entre 110.000 et 130.000 par jour, a indiqué lundi soir l'échevin des Affaires économiques de la Ville de Bruxelles, Fabien Maingain (DéFI).
Au-delà de situations très différentes d'un magasin à l'autre, le chiffre d'affaires et de fréquentation tourne autour des 40 à 50% de la capacité normale, a-t-il ajouté, citant l'association des commerçants.
Comme l'ensemble des autres membres du collège, M. Maingain a fait le point sur l'impact de la pandémie de Covid-19 et la mise en oeuvre des mesures prises dans tous les domaines de compétence communale.
La Ville de Bruxelles a anticipé le déconfinement en étudiant artère commerciale par artère les aménagements nécessaires et les besoins des commerçants quant à cette réouverture au regard des conditions et recommandations sanitaires émises par le CNS.
Concernant la rue Neuve, un dispositif a été mis en place pour permettre la gestion des flux de circulation, les files d'attente devant les magasins, et permettre aux clients de se laver les mains à leurs entrée et sortie. En collaboration avec la police, les gardiens de la Paix de Bravvo, et les présidents d'associations de commerçants, ce dispositif est évalué tant rue Neuve que dans tous les quartiers commerçants du territoire de la Ville, a poursuivi M. Maingain.
Un dispositif de stewards et de gestion de flux a été appliqué rue Marie-Christine, à Laeken, au cours du weekend écoulé. Il sera renforcé par la suppression temporaire de quelques emplacements de stationnement afin de permettre la bonne organisation des files devant certains commerces ayant une forte fréquentation, sans obstruer le trottoir. Cette mesure va également être déployée rue De Wand, en concertation avec les commerçants.
Toujours selon M. Maingain, les chiffres de la reprise sont très différents d'un type de commerce à l'autre et d'un quartier à l'autre. Les Marolles - dont le coeur économique, le vieux marché de la Place du Jeu de Balle, est maintenu à l'arrêt par le Fédéral - connaît une reprise économique difficile; d'autres artères commerçantes ayant une clientèle de quartier fonctionnent mieux; d'autres encore ont besoin de la reprise de l'activité touristique et de l'Horeca pour voir leur activité économique revenir à la "normale".
Globalement, les commerces qui "fonctionnent" signalent une reprise aux alentours de 40 à 50% de leur chiffre d'affaires normal, a encore dit l'échevin des Affaires économiques.
Dans l'opposition, David Weytsman (MR) a plaidé pour des mesures urgentes de qualité de vie dans plusieurs quartiers de Laeken: rénovation des trottoirs et voiries; intensification du nettoyage des rues, en particulier dans la rue Marie-Christine, le boulevard Emile Bockstael et l'avenue Houba de Strooper; présence renforcée des équipes de Bravvo et de la police pour aider à l'organisation de files devant les commerces et au respect des règles de sécurité; et l'étude de la création des zones de rencontre, en particulier rue Marie-Christine mais aussi dans les rues de Laeken dont les trottoirs sont trop étroits.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
IL NOUS FAUDRA DONC DECHANTER

On s’est d’abord réjoui du retour de l’air pur et du chant des petits oiseaux dans Bruxelles qui se régénérait comme si c’était tous les jours dimanche sans voiture. Et voici qu’après avoir chanté l’ivresse du vélo, de la marche à pied sur le pavé bruxellois et de la trottinette, de  l’orgie  environnementale voilà qu’on déchante soudain face à la réalité commerciale dégradée par le confinement forcé. Et voilà  qu’on s’étonne que ce ne soit plus comme avant avec des chiffres d’affaire d’enfer. On voudrait donc le business as usual avec en sus l’air pur, le retour du même avec en plus le tout autre, de la rupture écologique.
Il nous faudra donc déchanter quand petit à petit on reviendra dans Bruxelles à la situation d’avant avec la pollution de l’air, le trafic infernal, le bruit des avions, le retour à l’école,  l’impossibilité de parquer sa bagnole mais aussi  le retour des bistrots, des terrasses de café et de la convivialité d’avant. Avant ? Après ? Pendant ! On ne sait plus trop où on en est ni surtout où on va avec la valse des milliards qu’il faudra, on le sent, on le  sait rembourser sans qu’on sache encore comment et qui va payer. Avec cette crise politique belgo belge qui dure et perdure depuis plus d’un an sans que l’on voie poindre la moindre fumée blanche. « Non habemus papam ». On n’est pas près d’avoir un gouvernement. Mais au fond on s’en fout, on aspire aux vacances. Ah les vacances se rapprochent, elles seront différentes on le sait mais ce seront quand même des vacances. Ce sera la Vlaamse Kust ou les Ardennes wallonnes. On s’en fout du moment que c’est enfin vacances. La rentrée d’automne sera redoutable, on le sait, mais pas vraiment ; on refuse d’imaginer ce qui nous attend.
Et ce ne sont pas les jeunes présidents de partis arrogants  sans charisme ni talent ni solutions surtout qui nous tireront du marais. Il faudra que nous nous arrachions de l’ornière comme fit ce brave baron von Münchhausen en tirant sur notre propre crinière.
MG  

lundi 25 mai 2020

Pour Noam Chomsky, les Etats-Unis "courent au précipice"


Le Vif

Les Etats-Unis courent à la catastrophe, en raison de l'absence de stratégie fédérale contre la pandémie, d'assurance-santé pour tous, et de leur mépris pour le changement climatique, a indiqué à l'AFP le philosophe américain Noam Chomsky, considéré comme l'un des pères de la linguistique moderne.

Très engagé à gauche, cet influent intellectuel de 91 ans, auteur d'une centaine d'ouvrages et professeur à l'Université d'Arizona, est confiné depuis deux mois dans sa ville de Tucson, avec sa femme brésilienne, leur chien et leur perroquet. Extraits de l'entretien.
Comment analysez-vous ce qui se passe aux Etats-Unis, pays le plus durement touché par le coronavirus?
Il n'y a pas de direction cohérente. La Maison Blanche est tenue par un sociopathe mégalomane, qui ne s'intéresse qu'à son propre pouvoir, aux échéances électorales. Il faut bien sûr qu'il maintienne le soutien de sa base, qui comprend les grandes fortunes et les grands patrons.
QUEL PAYSAGE POLITIQUE EMERGERA SELON VOUS DE LA CRISE, AUX ETATS-UNIS ET DANS LE MONDE? VA-T-ON VERS UN MONDE PLUS DEMOCRATIQUE OU AU CONTRAIRE UN RENFORCEMENT DES NATIONALISMES ET EXTREMISMES?
Dès son arrivée au pouvoir, (Donald) Trump a démantelé toute la machine de prévention des pandémies, coupant le financement des Centres de prévention des maladies (CDC), annulant les programmes de coopération avec les scientifiques chinois pour identifier les virus potentiels. Les Etats-Unis étaient particulièrement mal préparés.
La société (américaine) est privatisée, très riche, avec de gros avantages (...) mais dominée par les intérêts privés. Il n'y a pas de système de santé pour tous, absolument crucial aujourd'hui. C'est l'ultime système néolibéral.
Par bien des aspects l'Europe est pire, avec des programmes d'austérité qui amplifient le danger, des attaques portées à la démocratie, le transfert de décisions à Bruxelles et la bureaucratie de la +troïka+, non élue (Commission européenne, BCE, FMI, ndlr). Mais au moins elle a un reste de structure socio-démocrate qui apporte un certain soutien, et qui manque aux Etats-Unis.
Mais aussi grave que soit la pandémie, ce n'est pas le plus grave. On se remettra de la pandémie, moyennant un coût très élevé. Mais on ne se remettra pas de la fonte des calottes glacières des pôles et de la montée du niveau des mers et autres effets délétères du changement climatique.
Que faisons-nous là-dessus? Chaque pays fait quelque chose, pas assez. Les Etats-Unis eux en font beaucoup, courant au précipice, en éliminant programmes et régulations qui pourraient atténuer la catastrophe.
C'est la situation actuelle, mais ça peut changer. Il y a des forces mondiales qui luttent contre. La question est de savoir comment ces forces émergeront. C'est ce qui déterminera le sort du monde.
DE NOMBREUX PAYS UTILISENT LA TECHNOLOGIE POUR SURVEILLER LEUR POPULATION AFIN DE COMBATTRE LE VIRUS. SOMMES-NOUS DANS UNE NOUVELLE ERE DE SURVEILLANCE NUMERIQUE?
Il y a des sociétés qui développent des technologies qui permettent aux employeurs de voir ce que leurs employés ont sur leur écran d'ordinateur, de vérifier vos frappes sur le clavier, et, si vous vous éloignez de votre écran, de comptabiliser ça comme une pause. L'"internet des choses" est en marche. Tout objet domestique contient de l'électronique. C'est pratique (...) mais l'information va aussi à Google, Facebook et au gouvernement. Cela donne un potentiel énorme de contrôle et de surveillance, et c'est déjà là, ce n'est pas dans le futur.
Si on laisse ces géants technologiques contrôler notre vie, c'est ce qui se passera. Ca ressemblera à la Chine, où il y a des systèmes de +crédits+ sociaux, de la technologie de reconnaissance faciale partout. Tout ce que vous faîtes est surveillé. Vous traversez au mauvais endroit, vous pouvez perdre des crédits.
Ce n'est pas inévitable, de même que le changement climatique n'est pas inévitable. On peut laisser ça se produire, ou l'arrêter.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE CAUCHEMAR AMERICAIN

Si du temps de la présidence Obama un roman décrivant les années Trump était sorti, il aurait sans doute eu le même effet sur le grand public que « la dictatrice »de Diane Ducret : la sidération.
La « dictatrice », c’est du grand n’importe quoi mais il se pourrait que les années Trump soient pires encore. On peut s’attendre d’ici novembre 2020, date des prochaines élections aux pires incartades de la part du plus erratique des présidents US.
S’il devait perdre ces élections, ce serait au très vieux et très peu charismatique Biden de réparer l’irréparable. En a-t-il la stature ?
Le rêve américain se métamorphose en véritable cauchemar.
MG


L’insoutenable vulnérabilité de l’Amérique de Trump
THE ATLANTIC 

Incurie gouvernementale, inégalités record, divisions profondes… Les Américains ne pouvaient que payer un lourd tribut à la pandémie de Covid-19, analyse le journaliste et essayiste George Packer.

À son arrivée aux États-Unis, le coronavirus a trouvé un pays en proie à de graves maux et les a exploités sans pitié. Voilà des années que nos maladies chroniques – corruption de la classe politique, sclérose de l’administration, dureté de l’économie, division et indifférence de la population – n’étaient pas traitées. Nous avions appris à vivre avec leurs symptômes. Il a fallu une pandémie pour prendre conscience de leur gravité et constater avec stupéfaction que nous étions vulnérables.
“ÉTAT DEFAILLANT”
Cette crise exigeait une réaction rapide, rationnelle, collective. Les États-Unis ont réagi comme le Pakistan ou la Biélorussie – comme un pays aux infrastructures insuffisantes, au gouvernement incompétent et corrompu. L’administration Trump a perdu deux mois irrécupérables. Le président nous a abreuvés de boucs émissaires, de vantardises, de mensonges, de théories de la conspiration et de traitements miracles. Quelques sénateurs et grands patrons se sont empressés non pas d’empêcher la catastrophe mais d’en profiter.
Les Américains se sont réveillés pour constater qu’ils étaient les citoyens d’un État défaillant. Faute de plan national et d’instructions cohérentes, les familles, les écoles et les entreprises ont dû décider seules de fermer ou non. Quand il est apparu qu’on manquait de tests, de masques, de vêtements de protection et de respirateurs, les gouverneurs des États ont prié la Maison-Blanche de leur en fournir. Celle-ci a traîné puis lancé un appel aux entreprises privées, qui n’ont pas pu répondre à la demande. États et municipalités ont dû se livrer à des enchères qui leur ont valu de payer des prix excessifs. La population s’est mise à coudre pour tenter de préserver la vie et la santé du personnel hospitalier.
UN ECHEC NATIONAL
Trump a envisagé cette crise presque entièrement en termes personnels et politiques. Craignant pour sa réélection, il a affirmé que cette pandémie était une guerre et qu’il était un président de temps de guerre.
Mais il rappelle surtout le maréchal Pétain, qui a signé l’armistice avec l’Allemagne après la défaite de la France puis formé le régime pronazi de Vichy. Comme lui, Trump a collaboré avec l’envahisseur et abandonné son pays à une catastrophe de longue durée. Lorsqu’on procédera à l’autopsie de la pandémie [aux États-Unis] dans quelques années, on pourra l’intituler L’Étrange défaite, comme le livre de l’historien Marc Bloch sur la chute de la France. Malgré d’innombrables exemples de courage et de sacrifice individuels dans tout le pays, l’échec est national.
FOSSE BEANT
C’est la troisième grande crise de notre jeune XXIe siècle. La première a eu lieu le 11 septembre 2001. Les Américains vivaient encore mentalement au siècle précédent et le souvenir de la grande dépression, de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre froide était encore vivace. Ce jour-là, pourtant, l’Amérique profonde n’a pas considéré New York comme un repaire d’immigrés et de gens de gauche qui méritait son sort, mais comme une grande ville américaine frappée pour tout le pays. Notre réflexe a été de nous mobiliser.
Puis la polarisation de la vie politique et plusieurs décisions catastrophiques, en particulier la guerre en Irak, ont détruit l’unité nationale et alimenté l’amertume vis-à-vis de la classe politique. La deuxième crise, en 2008, a intensifié cette amertume.
Vue d’en haut, cette crise financière peut presque être considérée comme une réussite. Le Congrès a adopté un plan d’aide qui a permis de sauver le système financier. Les experts de la réserve fédérale et du ministère des Finances ont mis en place une politique monétaire et budgétaire qui a permis d’éviter une deuxième grande dépression. Les grands banquiers ont été traînés dans la boue mais pas poursuivis. La plupart ont conservé leur fortune et certains leur emploi. Il ne leur a pas fallu longtemps avant de revenir aux affaires.
C’est le milieu et le bas de l’échelle sociale qui ont souffert le plus durablement, ces gens qui s’étaient endettés et avaient perdu leur emploi, leur maison et leurs économies. Beaucoup ne s’en sont jamais remis, et les jeunes qui ont atteint leur majorité pendant la grande récession sont condamnés à rester plus pauvres que leurs parents. Les inégalités – ligne de force de la vie américaine depuis la fin des années 1970 – ont empiré.
Cette deuxième crise a creusé un profond fossé entre les Américains : entre classes supérieures et inférieures, républicains et démocrates, urbains et ruraux, Américains de naissance et immigrés, citoyens ordinaires et dirigeants. Mis à rude épreuve depuis des dizaines d’années, les liens sociaux ont commencé à craquer.
L’AVENEMENT DU POPULISME
Aussi importantes qu’elles aient été, les réformes des années Obama – en matière de santé, de finances, d’énergie verte – n’ont eu qu’un effet palliatif. La longue convalescence a enrichi les grands groupes et les investisseurs, endormi les cadres et laissé la classe ouvrière loin derrière. La récession a eu pour effet durable d’accroître la polarisation et de discréditer l’autorité, en particulier celle du gouvernement.
Les deux partis, démocrate et républicain, ont mis du temps à comprendre à quel point ils avaient perdu en crédibilité. Le populisme s’est imposé. L’arrivée de Trump au pouvoir a signé la répudiation de l’establishment républicain.
La classe politique conservatrice et le nouveau président sont cependant rapidement parvenus à un accord. Ils partageaient un objectif fondamental : exploiter les ressources publiques au profit d’intérêts privés. Les élus et donateurs républicains qui voulaient que le gouvernement en fasse le moins possible pour l’intérêt général pouvaient parfaitement s’accommoder d’un régime sachant à peine gouverner. Ils sont devenus les valets de Trump.
Celui-ci s’est mis à détruire ce qu’il restait de la vie civique. Il n’a jamais prétendu être le président de tout le pays et nous a dressés les uns contre les autres en fonction de notre race, notre religion, notre sexe, notre éducation. Son principal instrument de gouvernement, c’était le mensonge.
Trump a hérité d’un gouvernement fédéral paralysé par des années d’offensive de la droite et de baisse constante des ressources. Il a entrepris de finir le boulot et de détruire la fonction publique. Il a chassé certains des fonctionnaires les plus compétents, laissé vacants des postes essentiels et placé ses fidèles avec un objectif unique : servir ses intérêts.
Sa grande loi, l’une des plus grandes réductions d’impôts de l’histoire, a fait gagner des centaines de millions de dollars aux entreprises et aux riches. Ils lui remplissent aujourd’hui les poches pour le faire réélire. Si le mensonge était le moyen de son pouvoir, la corruption en était la fin.
DES INEGALITES RENFORCEES
Voilà donc le paysage qui s’offrait au virus : des villes prospères avec une classe privilégiée connectée au monde dépendant d’une classe invisible de travailleurs précaires ; des campagnes en pleine déliquescence et en révolte contre le monde moderne ; sur les réseaux sociaux, haine mutuelle et vitupérations ; sur le plan économique, un fossé croissant entre le capital triomphant et une main-d’œuvre sous pression ; à Washington, un gouvernement vide dirigé par un escroc ; à travers le pays, un épuisement cynique et l’absence de vision d’un avenir commun.
Le virus aurait dû unir les Américains. Avec un gouvernement différent, il aurait pu. Il aurait également dû être un grand égalisateur. Or ses effets ont été viciés dès le début par les inégalités que nous tolérons depuis si longtemps.
Au moment où il était pratiquement impossible de trouver des tests de dépistage, les plus privilégiés ont pu se faire tester alors que nombre d’entre eux ne présentaient aucun symptôme. Pendant ce temps, des personnes ayant de la fièvre et des frissons devaient patienter dans de longues files d’attente pour finir par être renvoyées chez elles parce qu’elles n’étaient pas en détresse respiratoire.
Interrogé sur cette injustice flagrante, Trump a exprimé sa désapprobation, mais a ajouté : “Peut-être que c’est la vie.” Ces privilèges ne suscitent pas grand intérêt en temps normal, mais ils ont fait scandale au début de la pandémie. C’était comme si à l’heure de la mobilisation générale, les riches échappaient à la conscription et stockaient les masques à gaz. La maladie continue de se propager et ses victimes sont pour beaucoup les pauvres, les noirs et les minorités. L’inégalité choquante de notre système de santé est évidente quand on voit les camions frigorifiques alignés devant les hôpitaux publics.
PARASITISME
On a actuellement deux catégories de travail : l’essentiel et le non essentiel. Qui sont les travailleurs essentiels ? Ceux ayant un emploi mal payé qui exige leur présence et met leur santé en danger : employés de supermarché, livreurs, éboueurs, personnel hospitalier, aides à domicile, chauffeurs routiers.
La pandémie a également mis en évidence le rôle des travailleurs non essentiels. Citons par exemple la sénatrice républicaine Kelly Loeffler, qui est entrée au Sénat en janvier [après la démission d’un sénateur pour raison de santé] et dont la seule qualification était l’immense fortune. Moins de trois semaines après, elle a vendu certaines de ses actions après une réunion confidentielle [d’une commission du Sénat] consacrée au virus, ce qui lui a valu de devenir encore plus riche. Puis elle a accusé les démocrates d’exagérer le danger et a donné à ses électeurs de fausses assurances qui les ont peut-être tués. Ces agissements sont ceux d’un parasite. Un corps politique qui place quelqu’un comme elle à de hautes fonctions est dans un état de décomposition avancé.
NIHILISME POLITIQUE
L’incarnation parfaite du nihilisme politique n’est cependant pas Trump mais Jared Kushner, son beau-fils et conseiller. Au cours de sa courte vie, celui-ci n’a cessé de progresser sous le double auspice – mensonger – de la méritocratie et du populisme.
Né dans une riche famille ayant fait fortune dans l’immobilier, il a été admis à Harvard en dépit de résultats scolaires médiocres après que son père a promis un don de 2,5 millions de dollars à l’établissement. Celui-ci a en outre aidé son fiston à se lancer dans l’activité familiale, puis Jared a poursuivi son éducation d’élite à l’université de New York, à laquelle son père a fait don de 3 millions de dollars.
Jared Kushner n’a pas réussi dans l’immobilier ni dans la presse, mais il a toujours trouvé quelqu’un pour le tirer d’affaire et sa confiance en lui n’a fait que grandir. Il s’est drapé dans les atours de l’entrepreneur téméraire, du “disrupteur” de la nouvelle économie et a fait du conflit d’intérêts son modèle d’entreprise.
Quand son beau-père est devenu président, Kushner a rapidement pris du galon au sein d’une administration qui érige l’amateurisme, le népotisme et la corruption en principe de gouvernement. Tant qu’il s’occupait de la paix au Moyen-Orient, ses interventions inefficaces avaient peu d’importance aux yeux des Américains. Depuis qu’il est devenu conseiller de Trump sur la pandémie, elles se traduisent par une avalanche de décès.
Pendant sa première semaine à ce poste, mi-mars, Kushner a coécrit le pire discours entendu au Bureau ovale. Il a interrompu le travail essentiel de certains fonctionnaires, flirté avec le conflit d’intérêts et la violation de lois fédérales et fait des promesses stupides qui sont rapidement tombées en poussière.
“Le gouvernement fédéral n’est pas conçu pour régler tous nos problèmes”, a-t-il déclaré, ajoutant qu’il ferait appel à ses relations dans le monde des affaires pour créer des centres mobiles de dépistage. Ceux-ci ne se sont jamais concrétisés. Loin d’avoir perdu confiance en lui, il a fait porter la responsabilité de la pénurie d’équipement et de matériel sur l’incompétence des gouverneurs des États.
“RENDRE SA SANTE AU PAYS”
Regarder ce dilettante traverser une crise mortelle en dispensant un jargon d’école de commerce pour dissimuler l’énorme échec de son beau-père, c’est regarder l’effondrement de toute une approche du gouvernement.
Il apparaît qu’experts scientifiques et fonctionnaires sont essentiels ; leur préférer des idéologues et des sycophantes, c’est mettre la santé de la nation en danger. Il apparaît que les entreprises ne peuvent préparer à une catastrophe ou distribuer des biens vitaux, seul un gouvernement fédéral compétent est en mesure de le faire. Il apparaît que toutes ces années à attaquer le gouvernement, à le priver de ressources, à lui ruiner le moral, ont un prix très élevé que la population paie de sa vie. Les programmes publics privés de financement et les stocks épuisés ont fait de nous un pays de second ordre. Puis est arrivé le virus, et “L’Étrange défaite”.
La lutte contre la pandémie doit aussi être une lutte pour rendre la santé à notre pays et le reconstruire. Rien ne changera avec nos dirigeants actuels. Mettre fin à ce régime n’est toutefois que le début.
Nous sommes confrontés à un choix que la crise rend on ne peut plus clair. Nous pouvons continuer à faire profil bas, repliés sur nous-mêmes, à craindre et éviter les autres et laisser le lien qui nous unit se déliter. Ou nous pouvons retenir de ces jours terribles que la stupidité et l’injustice sont mortelles, que, dans une démocratie, être citoyen est un travail essentiel, et que l’alternative à la solidarité est la mort.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

C’est décidément plus alarmant encore que ce qu’on avait imaginé de pire… 



dimanche 24 mai 2020

L’Open VLD se choisit un président proche de la N-VA


Jacques Hermans La libre Belgique

Le Gantois Egbert Lachaert succède à Gwendolyn Rutten à la tête des libéraux flamands.
Le verdict est tombé vendredi à la mi-journée : le chef de groupe à la Chambre Egbert Lachaert présidera l’Open VLD durant les cinq prochaines années. Il a été élu vendredi, dès le premier tour. L’avocat de 42 ans domicilié à Merelbeke l’emporte haut la main avec 61 % des suffrages soit largement le double du score réalisé par son principal rival, Bart Tommelein, le bourgmestre d’Ostende. La députée bruxelloise Els Ampe obtient 7,3 % et Stefaan Nuytten moins de 2 %.
Le Gantois succède à Gwendolyn Rutten qui dirigea le parti pendant plus de sept ans et dont on se souvient qu’elle se voyait bien, fin 2019, endosser l’habit de Première ministre dans une coalition Vivaldi excluant la N-VA.
Vendredi, à l’annonce de sa victoire, le nouveau président a dit vouloir assurer un retour aux fondamentaux de la doctrine libérale.
Le nouvel homme fort de l’Open VLD devra cependant d’abord s’atteler à remettre de l’ordre dans sa formation politique. Qualifié de "parti le moins fiable de Flandre" (selon l’étude relayée dans le livre Het DNA van Vlaanderen ), l’Open VLD ne parvient plus à relever la tête.
Une tuile après l’autre
Même le processus de désignation du président a foiré. Programmée pour la fin mars, l’élection a dû être ajournée de deux mois à cause de la crise sanitaire. Et lorsque le scrutin a enfin pu avoir lieu, on s’est rendu compte que les membres pouvaient émettre plusieurs votes. La procédure informatique a dû être suspendue. De quoi écorner un peu plus l’image d’un parti qui se prétend pourtant à la pointe dans la numérisation de la société.
Le parti semble paralysé par la guerre des clans qui le ronge. Des sensibilités très différentes - allant d’un libéralisme populaire plus à gauche (tendance Bart Tommelein, Bart Somers) à un libéralisme plus fondamental, bleu foncé, plus à droite - doivent co-exister au sein de l’Open VLD. Et c’est loin d’être simple.
En ces temps sans sondages, sans débats, sans repères, la méfiance et la suspicion prennent le pas sur la sérénité. Certains appellent de leurs vœux une refonte des structures, d’autres tablent sur une nécessaire continuité en ces temps troublés. L’Open VLD est un parti en déclin qui plafonne aujourd’hui à 15 % des suffrages alors qu’il dépassait les 25 % il y a quinze ans…
Si Bart Tommelein, le candidat de l’establishment, prônait un libéralisme populaire, le président élu Egbert Lachaert promet de revenir à un libéralisme décomplexé. Lachaert fut déjà candidat à la présidence il y a huit ans. Mais il avait dû s’effacer devant Gwendolyn Rutten.
CHANGER DE NOM
Le nouveau boss réussira-t-il à faire cohabiter toutes ces sensibilités sous un même toit ? Ou la famille libérale s’achemine-t-elle vers une scission comme c’est actuellement le cas aux Pays-Bas avec D66 plus à gauche et le VVD davantage à droite ? Le président Egbert Lachaert, que l’on dit assez proche de la N-VA, pourrait incarner un Open VLD nouvelle mouture et pourrait tenter de mener une opération de renouvellement à l’image de celle que mène actuellement Conner Rousseau au SP.A. Il annonce la tenue de divers congrès à l’automne et propose que le parti change de nom pour mieux relever les défis de demain.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
RADICALISATION ?

L’Open VLD, un parti en déclin qui plafonne aujourd’hui à 15 % des suffrages alors qu’il dépassait les 25 % il y a quinze ans, s’est  choisi un président proche de la N-VA. C’est dire que  Vivaldi ne verra jamais le jour. En revanche une coalition NVA/PS/MR/VLD peut devenir une option. Mais c’est compter sans le frein de la FGTB qui fera tout pour l’empêcher.
Constatons avec inquiétude que le Vlaams Belang est de plus en plus plus populaire en Flandre. Dans les sondages, il est devenu  le premier parti en Flandre avec 24,5% d'intentions de vote, une progression de 6% par rapport au dernier scrutin régional de mai 2019, selon une étude des universités de Bruxelles (VUB) et d'Anvers rapportée par la VRT et le Standaard samedi. Le Belang plaide clairement en faveur de l’indépendance de la Flandre.  La principale victime de sa progression est la N-VA, qui recule de 4,5% à 20,3%. Suivent le CD&V à 11,9% (-3,6%), l'Open Vld à 11,6% (-1,5%), Groen à 11,1% (+1%) et le sp.a à 11% (+0,6%). C’est dire qu’ensemble le Belang, la NVA et un éventuel VLD « droitisé » totaliseraient une majorité capable d’envisager une sécession du royaume e Belgique. 
A l'extrême gauche, le PVDA progresse de 2,9% à 8,2%. Bart De Wever reste la personnalité la plus populaire, devant Tom Van Grieken (Vlaams Belang), Alexander De Croo (Open Vld), Conner Rousseau (sp.a), Peter Mertens (PVDA), Jan Jambon (N-VA), Koen Geens (CD&V), Maggie De Block (Open Vld), Theo Francken (N-VA) et Hilde Crevits (CD&V).
Il es remarquable que Lachaert, candidat de droite ait totalement distancié les autres candidats plus marqués sociaux libéraux. En somme, on observe la même droitisation qu’au MR qui a opté pour Bouchez au détriment de la socio libérale Christine Dufraigne  
Lachaert entend bien imposer de l'innovation  en se concentrant sur un certain nombre de thèmes dans les domaines du travail, de l'économie et de l'efficacité gouvernementale, « les gens attendent de nous que nous soyons les leaders du marché le libéralisme doit redevenir un vaste mouvement qui s'adresse à de larges couches de la population. » En somme comme au temps de Guy Verhofstadt.
Il parie sur le fait que l'Open Vld (ou son successeur) pourra à nouveau obtenir 20 % des voix. Avant la crise Corona , Lachaert est surtout apparu comme la figure de proue de la résistance du parti libéral à un gouvernement violet-vert autrement dit Vivaldi.
Tommelein, son challenger, ne veut pas que l'Open Vld devienne un parti de droite. La Flandre se radicalise en se « droitisant » tandis que la Wallonie se cabre sur sa gauche.
MG

'BELGISCHE ZIEKTE MAAKT OOK ECHTE ZIEKEN'

Tom Van Grieken , Voorzitter Vlaams Belang (Knack)

Het is stilletjes aan voor iedereen duidelijk, de Belgische structuren zijn medeplichtig aan de slechte aanpak van de coronacrisis. In de plaats moeten we werk maken van homogene bevoegdheden voor de deelstaten, zo schrijft Vaams Belang-voorzitter Tom Van Grieken.
België werkt niet. In normale omstandigheden zorgt de 'Belgische warboel' (de woorden van Het Laatste Nieuws) voor grappige en minder grappige Belgenmoppen en heel veel staatsschuld. U kent het, de permanente paradox tussen onze grote belastingvoet en onze matige tot slechte publieke diensten. Maar afgelopen weken en maanden was er weinig om te lachen. Want deze keer eiste onze Belgische staat geen hoongelach op in het buitenland, maar medelijden en rouwbetuigingen. Deze keer eiste België levens op.
Wanbeheer in België meer de schuld van België zelf dan van wat anders
De overheidsdocumenten maken duidelijk dat het geen kwestie is van luiheid van onze ambtenaren. Ik citeer: de rapporten "stellen dat er lange dagen geklopt worden - de verslagen bewijzen dat ook - maar dat ze al te vaak op de limieten van onze staatsstructuur botsen." Wat die limieten zijn, is duidelijk. De Belgische structuren zijn ingewikkeld en zorgen voor slecht en/of laattijdig beleid. Het ene niveau weet vaak niet wat het wel en niet kan en wie de rekeningen moet betalen is al even snel een hekel vraagstuk.
De vele staatshervormingen van de afgelopen decennia hebben een ingewikkeld spinnenweb gemaakt waar het doel vooral bleek te zijn om alles in België te blokkeren, en zo het status quo en België zelf te beschermen. Bevoegdheden werden vooraleer ze werden geregionaliseerd, eerst opgesplitst. Zo kregen de deelstaten wel het vet van de staat, maar nooit de spieren. We kregen gezondheidszorg, maar niet volksgezondheid. We kregen werkloosheidmonitoring, maar niet de werkloosheidsuitkeringen. We kregen de kosten, maar niet de inkomsten. Maar nu hebben we gemerkt wat dit cynisch Belgisch gebruik ons kan kosten behalve miljarden euro's aan Vlaamse transfers.
Wordt het geen tijd voor wat realisme?
Herfederalisering als oplossing voor Belgisch kluwen is een fata morgana
Maar als we beginnen met te praten over duurzame oplossingen, laat je dan niet bedotten. De cynici die medeplichtig zijn aan dit decenniaoude wanbeleid en het ontwerpen van het spinnenweb waar we niet van kunnen ontsnappen, zijn nu dezelfde stemmen die oproepen tot herfederalisering. Want, zo klinken hun sofismen, 'de bevoegdheden zijn te verspreid, we concentreren ze best op één centraal, federaal niveau'. Laat dat nu net het niveau zijn dat het slechtst van allemaal werkt. Laat dat nu net het niveau zijn dat het wereldrecord houdt in om ter langst zonder een regering zitten. Een wereldrecord overigens dat volgende maand verbroken kan worden, tenzij iemand natuurlijk Wilmès II als een volwaardige regering wil beschouwen. Dat zou bijna even cynisch zijn als België als een volwaardig land beschouwen.
Neen. De oplossing ligt in homogene bevoegdheden beschikbaar stellen voor Wallonië en Vlaanderen. Daar bestaat wel democratische cohesie, daar kunnen wel regeringen gevormd worden die min of meer de democratische uitslag respecteren. Met homogene bevoegdheden kan je werken als een lichaam met vet én spieren. Een lichaam heeft verder nog eten nodig, en het liefst kiezen we dat eten zelf in plaats van dat we ons dat laten voorschrijven. Vlaanderen - en Wallonië - dienen dus echt fiscaal autonoom te worden. Niet de fiscale schijnautonomie die we hebben verkregen met de mogelijkheden om bij gottekes wat opcentiemen of afcentiemen in te stellen, maar om echt belastingen te kunnen heffen of knippen, om te doen wat we willen doen.
Mijn partij stelt zich daarom dan ook constructief op. We weten dat de enige duurzame oplossing Vlaamse onafhankelijkheid is, maar in tussentijd willen we graag meewerken aan elke meerderheid in het parlement die homogene bevoegdheden wil delegeren aan de deelstaten, dit met de bijhorende financiële capaciteiten. Zo vermijden we bijvoorbeeld vijf (federale!) ministers voor mondmaskers en krijgen we één Waalse bevoegde minister en één Vlaamse. Dit het liefst voor meer bevoegdheden dan mondmaskers alleen. En dit het liefst vroeger dan later. Het liefst voor een volgende crisis. We hebben genoeg mensen ten grave gedragen, laten we nu de 'Belgische warboel' maar eens voorgoed begraven.

samedi 23 mai 2020

Les plages de la Côte d’Opale bondées: le préfet du Nord pourrait revenir sur leur réouverture


Le Soir
Les plages et les commerces de la Côte d’Opale ont été pris d’assaut en cette fin de semaine ensoleillée.
Les plages de la Côte d’Opale ont eu du succès en ce jeudi d’Ascension. Une équipe de France 2 a réalisé un reportage sur ce sujet, et les images parlent d’elles-mêmes : plages bondées et files devant les magasins du littoral.
Les journalistes ont suivi une équipe de policiers chargés de faire respecter les mesures sur une plage de Bray-Dunes. Interdit de faire un pique-nique sur le sable ou de bronzer : les plages sont seulement ouvertes pour le sport et la promenade, pas les activités statiques. La police municipale de Dunkerque est venue en renfort pour faire respecter ces règles. Ce jour-là, 35 amendes ont été distribuées.
 « Le but de nôtre présence, c’est d’éviter une fermeture et de vivre un déconfinement progressif supportable, rappelle Franck Chacon, commandant de la compagnie gendarmerie de Dunkerque-Hoymille. Si personne ne comprend, le danger et le risque, c’est la fermeture. »
Le préfet du Nord, Michel Lalande, avait été clair sur ce point : ces mesures de réouverture des plages sont « dérogatoires et précaires. Si des débordements sont constatés, le préfet sera amené à revenir sur cette dérogation ».


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UN DECONFINEMENT ROCK AND ROLL ?

C’était à redouter. « Le printemps du déconfinement donne des airs de fête à ce pays encore endolori, au point de lui faire oublier que la crise économique à venir sera plus cruelle encore que l'épidémie elle-même. Le temps est suspendu. » (N. Poliny)
 Le Français n’en peuvent plus d’être confinés. A la belle discipline démocratique respectée pendant près de deux mois exemplaires a succédé le relâchement collectif sur les plages d’opale de la République où la flamme de l’esprit français a vacillé. Une seconde vague de contamination est donc à redouter. 
Surtout, il est à craindre que se produise exactement le même relâchement quand la Vlaamse Kust sera à son tour envahie par des hordes de vacanciers d’un jour ou en séjour.  
« Rien n'est plus tentant que de s'appuyer sur l'esprit grégaire.. Si les citoyens soupçonnent que les appels à la mobilisation générale n'ont pour but que de leur faire accepter ce qu'ils refusaient avant la crise, ils se replieront sur leurs intérêts particuliers et la défense tatillonne de leurs prérogatives. Mais, pour la défense sincère du bien commun, les Français ont encore dans leur majorité des trésors de courage et de ferveur. »
On lira avec affliction le parallèle que Natacha Poliny établit entre « l’étrange  défaite de mai 40 » et la situation actuelle.
En juin quarante la bannière de la démocratie fut mise en berne en France et en Europe pendant quatre ans. Est-il insensé d’imaginer que seule une dictature verte sera capable  de discipliner les peuples d’Europe frappés par une nouvelle montée des périls. C’est apparemment le pas que va franchir  Diane Ducret qui signe avec "La dictatrice" un roman d'anticipation, qui attrape  sa lectrice, son lecteur par la manche et qui le secoue jusqu'à lui faire se poser des questions qu'il ne s'était pas, ou n'avait pas envie de se poser sur le féminisme, la démocratie, le rapport aux autres, l'écologie, le militantisme, la douleur physique et morale, la politique, la liberté. Ce roman est bruissant de tous les remous entrechoqués de notre monde, qu'ils soient politiques, sociaux ou environnementaux. A la lectrice, au lecteur de voir, de se faire une idée ! La société d'Aurore Henri ne résoudra rien. Elle est liberticide : la surveillance détecte ceux qui ne respectent pas les principes eunomiques abusifs... "Nous avions toujours pensé que le monde serait en paix lorsque les femmes le gouverneraient. Nous avions tort". 
À la fin de la lecture, il nous reste cette question: Aurore Hernri, qui voulait affranchir les femmes des codes sociétaux du genre pour les voir devenir égales des hommes, est-elle parvenue à ses desseins ?
Et si l'avenir de l'Europe était synonyme de pauvreté, de crises économiques, de crises politiques? Que ce passerait-il si une femme décidait de s'opposer au discours des hommes politiques qui veulent détruire l'Union Européenne?
Diane Ducret imagine le destin possible de l'Europe à travers la vie d'une femme qui au départ n'a rien d'une révolutionnaire. Suite à un geste fou dans une manifestation populaire, Aurore Henri se retrouve en prison. Cependant l'actualité ne l'oublie pas, et sa popularité ne fait que s'accroitre grâce à des messages féministes hebdomadaires destinés aux femmes européennes. A sa sortie de détention, le destin de la jeune femme prend une toute autre tournure... La voilà propulsée sous les feux de la rampe, et elle ne tarde pas à devenir dirigeante de la "Nouvelle Europe". Mais peut-on résister aux affres du pouvoir sans tomber dans la dictature?
On sort de ce bouquin comme quand on se réveille d’un mauvais cauchemar. Il est vrai qu’on se réveille dans un monde gagné par l’étrangeté et la confusion.
MG


LA FLAMME DE L'ESPRIT FRANÇAIS
Natacha Polony
Directrice de la rédaction de Marianne

Le soleil brille, les oiseaux chantent et les milliards volent. Le printemps du déconfinement donne des airs de fête à ce pays encore endolori, au point de lui faire oublier que la crise économique à venir sera plus cruelle encore que l'épidémie elle-même. Le temps est suspendu. Nous flottons dans une bulle spéculative de bien-être, entre les reportages télévisés sur ces Français qui préparent leurs vacances et les chiffres encore rassurants des baisses du nombre d'entrées aux urgences. Les trains sont vides, comme les rues et les boutiques, mais la facture n'arrivera qu'à l'automne, quand les banques auront allègrement refusé les prêts pourtant garantis par l'Etat et quand les entreprises qui ne cochent pas toutes les cases auront été privées d'aides.
La façade, quant à elle, est sauve. Comme au bon vieux temps du traité de Versailles, on peut proclamer que « l'Allemagne paiera », même si nous sommes les vaincus et que tout cela est monnaie de singe. Emmanuel Macron et Angela Merkel sont tout sourire : le couple franco-allemand est « relancé » et l'Europe est sauvée. Cinq cents milliards. France et Allemagne vont proposer aux Vingt-Sept de s'endetter en commun à hauteur de 500 milliards d'euros. Qui s'ajoutent, donc, aux 750 milliards de la Banque centrale européenne, aux 540 prévus par le « mécanisme européen de stabilité » et par la Banque européenne d'investissement, aux 1.100 milliards de l'Allemagne, aux 110 plus 300 milliards du prêt garanti par l'Etat de la France… L'Europe devient une immense auberge espagnole. Mais peu importe, puisque l'unique but de cette annonce est de contrer l'effet douche froide de l'arrêt de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. Le 5 mai, l'institution allemande avait rappelé sèchement que la primauté du droit communautaire sur la Loi fondamentale votée par le peuple allemand comme sur tout droit national (primauté imposée en 1964 par une jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne sans aucune consultation des citoyens) ne lui semble pas s'appliquer lorsque ce droit communautaire va à l'encontre de l'« identité constitutionnelle » allemande. Aussitôt, panique à bord : l'Allemagne allait-elle laisser les pays de l'Europe du Sud se débrouiller seuls face à la pire crise économique de l'histoire récente ? Mais non ! Victoire : Emmanuel Macron a convaincu Angela.
UN AVERTISSEMENT
La vérité est autre. La chancelière allemande sait qu'un refus de solidarité risquerait de se solder par un éclatement de l'euro. Le jeu solitaire de l'Allemagne pourrait lui valoir une monnaie réévaluée à la mesure de son économie, donc renchérie de 30 % par rapport à la France. Adieu compétitivité. Adieu marché européen soumis. Cette apparence de solidarité dans laquelle la France ou l'Italie contribueront à peu près autant qu'elles toucheront sauvera les apparences et la balance commerciale allemande. Mais ne soyons pas chagrins alors que nous sommes enfin dehors. Nous nous ferons croire qu'Emmanuel Macron a sauvé la France et l'Europe, et qu'il est ce jeune colonel posant à Montcornet, le 17 mai 1940, les bases du redressement futur.
Le président devrait pourtant lire une œuvre majeure qui nous raconte ce que fut ce printemps 1940 aussi sûrement que le fait l'Etrange Défaite de Marc Bloch. Manuel Chaves Nogales était un journaliste réfugié espagnol qui assista de l'intérieur, au plus proche du pouvoir, à la débâcle. Et l'Agonie de la France* est le portrait d'un pays à la fois rongé depuis 1936 par ce qu'il appelle la « guerre civile larvée », menant à des haines farouches, et prêt à se lever en masse pour défendre la patrie. Ce qu'il observe est une formidable énergie du peuple savamment éteinte par un commandement militaire réactionnaire qui vouait à ces citoyens soldats un mépris sans nom. La « drôle de guerre » fut avant tout le moment de la destruction méticuleuse, par des procédures absurdes, de la combativité, de l'engagement et du sentiment d'union nationale. Ces officiers savaient intimement que leur stratégie était calamiteuse et qu'ils couraient à l'échec, mais aucun, nous dit Nogales, ne fit l' « effort intellectuel » d'imaginer autre chose. Une chose, cependant, est certaine : malgré les tentations révolutionnaires, du côté des ligues comme de celui des communistes - tentations inassouvies et nourrissant les frustrations -, ce n'est pas le peuple qui a rêvé d'un régime autoritaire mais les élites qui ont cessé de croire en la démocratie, provoquant l'effondrement. 
« En voulant en finir avec la démocratie, on en finit avec la France, écrit le républicain espagnol. En voulant détruire l'esprit libéral, on détruisit l'esprit français. »
Souvenons-nous de cet avertissement alors que rien n'est plus tentant que de s'appuyer sur l'esprit grégaire et la peur du chaos, et de mentir allègrement, pour masquer l'incurie. Si les citoyens soupçonnent que les appels à la mobilisation générale n'ont pour but que de leur faire accepter ce qu'ils refusaient avant la crise, ils se replieront sur leurs intérêts particuliers et la défense tatillonne de leurs prérogatives. Mais, pour la défense sincère du bien commun, les Français ont encore dans leur majorité des trésors de courage et de ferveur.
* L'Agonie de la France, de Manuel Chaves Nogales, La Table ronde, coll. « Quai Voltaire », 2013.


vendredi 22 mai 2020

Que fêtent les chrétiens en ce jeudi de l'Ascension?


FOCUS FIGARO - Selon le catéchisme de l'Église catholique, l'Ascension du Christ «marque l'entrée définitive de l'humanité de Jésus dans le domaine céleste de Dieu d'où il reviendra».
Par Jean-Marie Guénois Figaro

L'Ascension est un pont prisé du mois de mai. Très pratique, cette fête chrétienne tombe toujours un jeudi puisqu'elle est célébrée quarante jours après Pâques. Mais rien n'empêcherait la conférence des évêques de France de décider qu'elle soit désormais fêtée un… dimanche!
C'est déjà le cas dans des pays très catholiques comme l'Italie ou l'Espagne. Mais aussi aux États-Unis. Au cours des années 70, et avec l'accord du Vatican, les évêques de ces Églises ont décidé de fêter l'Ascension le dimanche qui suit ce jeudi, soit quarante-trois jours après Pâques. Pourquoi? Par esprit civique précisément afin d'éviter un… pont et une cessation d'activité pour la société!
Dans le contexte d'ultralaïcité française - chasse aux crèches de Noël ou autres croix des portes des cimetières -, il serait très intéressant d'observer les réactions politiques si l'Église de France décidait de ne plus fêter l'Ascension un jeudi! Verrait-on se lever une défense laïque pour le maintien d'une fête pourtant très chrétienne?
Aucun évêque de France n'oserait toutefois formuler cette idée. Dans l'Hexagone, le pont de l'Ascension a donc encore de beaux jours devant lui. Il est une institution comme en Autriche, Allemagne, Suisse, Islande, où le sens de la fête religieuse ne s'est toutefois pas perdu comme en France. Il existe aussi en Indonésie, pourtant premier pays musulman du monde mais où la communauté chrétienne est respectée…
«ET IL MONTA AU CIEL»
Mais que fêtent les chrétiens ce jeudi de «l'Ascension»? Un point essentiel de leur foi même s'il est difficile à concevoir. Au point que bon nombre de protestants réformés ont tendance à laisser tomber cette célébration en désuétude.
Tout part de la Bible. Selon deux récits des Évangiles - Marc (chapitre 16, verset 19) ; Luc (chapitre 24, verset 51) - et selon un récit des actes des apôtres (chapitre 1, versets 6-11), le Christ est «monté aux cieux» après avoir été «ressuscité des morts». Le «credo» qui est résumé de la foi chrétienne écrit noir sur blanc à propos du Christ: «Et il monta au ciel». Et ce dans sa version la plus œcuménique, le «symbole de Nicée» commun aux trois confessions chrétiennes, catholique, orthodoxe et protestante.
Voici ce que dit l'évangéliste Marc: «Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s'assit à la droite de Dieu.».
Encore plus précis, voici ce que relatent les actes des apôtres: «C'est à eux (les apôtres, ndlr) qu'il s'était montré vivant (Le Christ, ndlr) après sa Passion: il leur en avait donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur était apparu, et leur avait parlé du royaume de Dieu. (…) Réunis autour de lui, les Apôtres lui demandaient: “Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël?” Jésus répondit: “(…) vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. Après ces paroles, ils le virent s'élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée”. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s'en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se tenaient devant eux et disaient: “Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller vers le ciel”.»
Le catéchisme de l'Église catholique définit donc la fête de l'Ascension du Christ comme suit: «Elle marque l'entrée définitive de l'humanité de Jésus dans le domaine céleste de Dieu d'où il reviendra». (n°665)
Comme l'indique le texte des actes des apôtres, la fête de l'Ascension précède de dix jours dans l'Église la fête de la Pentecôte. Elle marque la «descente de l'Esprit Saint» sur les apôtres et le début de leur prédication. Ce qui sera aussi le début de l'Église catholique: les apôtres sont délivrés de la peur et partent prêcher publiquement pour annoncer la résurrection du Christ.
Aspect moins connu, la fête de l'Ascension est liée à la Pentecôte mais tout autant à la croyance des Chrétiens dans le «retour» du Christ sur terre «à la fin des temps», comme le dit le credo, symbole de Nicée: «Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts et son règne n'aura pas de fin.»


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DRÔLE DE FÊTE !

« Mais que fêtent les chrétiens ce jeudi de «l'Ascension»? Un point essentiel de leur foi même s'il est difficile à concevoir. Au point que bon nombre de protestants réformés ont tendance à laisser tomber cette célébration en désuétude. »
Il faut bien dire que pour tous ceux, et ils sont nombreux, qui se sont détachés du joug catholique, cette fête de l’ascension est une totale incongruité. Cela a du sens de fêter le 11 novembre qui marque le retour de la paix après quatre ans de guerre et cela en aurait de fêter le 8 mai comme la délivrance du joug nazi en Europe et dans le monde. Curieusement le 8 mai n’est pas chômé quand l’Ascension bénéficie d’un pont. Il serait judicieux dans une Europe sécularisée de revoir une fois pour toute ces traditions catholiques désuètes et de renoncer à introduire d’autres célébrations religieuses au nom de la présence de nouvelles religions sur le sol européen. N’est- il pas grand temps que la religion devienne une affaire essentiellement privée et personnelle, complètement étrangère à la chose publique, à la sphère publique et au calendrier public ?
MG   

mercredi 20 mai 2020

« Il est des moments où des actions sont possibles et où une politique plus juste peut émerger… Nous vivons un moment de ce genre »


Match
PARIS MATCH BELGIQUE : En 1918, la « grippe espagnole » a fait plus de 50 millions de morts dans le monde. Après cette gigantesque pandémie, d’autres fléaux épidémiques ont marqué le siècle qui a suivi. La « grippe asiatique » en 1958-1959, la « grippe de Hongkong » en 1968-1969, et au cours des vingt dernières années seulement : Sras, Mers, Ebola, Zika. Les experts avaient alerté au sujet de l’apparition inévitable d’un nouveau virus grippal dévastateur. Pourtant, face au Covid-19, le monde a été pris au dépourvu. Sommes-nous incapables de tirer les leçons de l’histoire et d’anticiper les dangers qui nous menacent ?
PASCAL CHABOT : Vivre est de toute manière un exercice risqué. Il faut partir de là. Parmi tous les risques possibles, chaque société crée sa propre hiérarchisation. Dans la nôtre, cette hiérarchie a placé au premier rang des risques majeurs celui d’un accident technologique, parce que nous avons été très marqués par la catastrophe de Tchernobyl survenue en 1986. On a vu apparaître ensuite le risque terroriste, qui a traumatisé les imaginaires et les consciences. Et désormais, le risque climatique s’impose à nous. Il s’agit en l’occurrence d’un risque global, mais qui s’exprime localement au travers des tsunamis ou des incendies australiens, par exemple. Au cours des 30 dernières années, ce sont ces trois types de risques qui ont dominé. Ce qui ne veut pas dire que les experts n’en voyaient pas d’autres, mais ils étaient considérés comme moins prépondérants. Des plans étaient prêts sans doute, mais pas suffisamment car, le propre du risque, c’est justement d’être imprévisible. Des consciences étaient alertées, mais sans que cela permette de modifier la hiérarchie des risques. Ce qui est compréhensible d’une certaine manière, parce qu’on ne peut pas gérer une société en martelant sans cesse la possibilité d’un accident majeur, d’une pandémie ou de ravages causés par des destructions. La relativisation du risque, voire son calcul si on est une compagnie d’assurances, sont une manière pour les sociétés humaines de le mettre hors de leur champ de vision. On a donc relativisé le risque de pandémie virale avec les conséquences que l’on sait aujourd’hui. Ce qui illustre le fait que vivre est un exercice risqué et que l’imprévisible est la constante de la condition humaine. On vous parlera toujours de prévisibilité du risque, mais la vérité, c’est qu’on ne sait jamais ni quand, ni comment, et que le réel est bien plus puissant.
PARTANT DE CE POINT DE VUE, PEUT-ON FAIRE LE PROCES EN IMPREVOYANCE DES DIRIGEANTS ?
Je trouve qu’on a toujours beau jeu de dire après coup : « je le savais », « cela nous pendait au nez », etc. Vu la multiplicité des risques, ces procès ne sont globalement pas très sérieux. Ceci étant dit, l’intendance est une nécessité. Je m’explique : il n’est pas raisonnable de vivre au quotidien dans la crainte de l’incendie, mais il faut cependant faire en sorte d’avoir des extincteurs à portée de main au cas où il se produirait. C’est la question des masques et de leur pénurie. Il s’agit de deux choses différentes : d’un côté, l’intendance pour être en capacité de faire face à un risque prégnant ; de l’autre, l’impossibilité pour nos sociétés d’avoir pour unique horizon la perspective d’une pandémie. J’ajoute que dans ce procès en imprévoyance, il faut tenir compte d’un phénomène grandissant : la demande du contrôle total de tout ce qui peut sembler nocif à l’existence humaine. Nous vivons dans des bulles artificielles à l’intérieur desquelles cette notion de contrôle est centrale. Cela correspond à la mentalité de l’époque : nous demandons du contrôle par rapport aux grandes infrastructures, aux technologies numériques, à la sécurité routière, à l’alimentation, à la santé et à bien d’autres domaines. D’une certaine façon, la société de la connaissance est également une société du contrôle. Nous sommes tellement imprégnés par cette manière de penser et d’agir que, lorsque qu’un événement échappe à notre contrôle, d’abord, on s’en étonne – pourquoi n’y a-t-il pas de vaccin contre ce virus ? – et ensuite, on incrimine ceux qui sont en dernier recours les responsables de l’intendance du monde globalisé, c’est-à-dire les politiques. Il y a là une profonde immaturité. Parce que, certes, il existe une obligation de moyens, de sorte que l’on soit en mesure de maîtriser le plus de choses possibles, mais on ne peut pas réclamer une obligation de résultat sous la forme d’un contrôle absolu. Sauf à se méprendre totalement sur ce qu’est vivre, sur la possibilité de l’imprévisibilité et puis, surtout, sur le concept de liberté, car une société du contrôle total est une société liberticide. D’ailleurs, on l’expérimente en ce moment : la façon la plus efficace de lutter contre le coronavirus, c’est de supprimer tous les contacts sociaux. Ca fonctionne, mais ce n’est pas une solution viable sur le long terme. Le risque de vivre doit donc demeurer ce qu’il est : une expérience surprenante, agréable et parfois très problématique.
Il n’est pas raisonnable de vivre au quotidien dans la crainte de l’incendie, mais il faut cependant faire en sorte d’avoir des extincteurs à portée de main au cas où il se produirait.
JUSTEMENT, A LA FAVEUR DE LA CRISE SANITAIRE, ON VOIT POINDRE CERTAINES DERIVES LIBERTICIDES POTENTIELLES, DES EXCES D’AUTORITARISME, DE NOUVELLES FORMES DE CONTROLE, NOTAMMENT CELUI DE NOS DONNEES PRIVEES, JUSTIFIES PAR LA NECESSITE DE NOUS PROTEGER CONTRE LA MENACE VIRALE. Y VOYEZ-VOUS UN DANGER ?
C’est un risque réel qui, effectivement, s’est approché de nous comme jamais avec cette crise. Les technologies numériques occupent désormais une place centrale dans nos existences. Nos ordinateurs et nos smartphones savent tout de nos comportements et de nos échanges. Tout peut être en principe écouté et analysé. Cette confiance que nous faisons aux technologies de la communication est une dépossession d’un droit à la vie privée. C’est le premier grand problème. Le second tient au fait que nous sommes consentants et même désireux d’avoir du contrôle. Un peu comme dans « 1984 » (Ndlr. Roman d’anticipation de Georges Orwell publié en 1949) où les citoyens demandent et acceptent le contrôle. Autrefois, on parlait de servitude volontaire ; à présent, nous vivons une sorte d’acceptation volontaire du contrôle. Je le répète, nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir que tout soit contrôlé, y compris les virus. Ce désir croissant ouvre la porte à des dérives qui peuvent être liberticides. Pour s’en prémunir, il n’y a guère que les limites imposées par la loi à cette société du contrôle. A cet égard, le RGPD (Ndlr. Règlement général sur la protection des données à caractère personnel adopté par l’Union européenne) est une avancée majeure. Au nom de la liberté, cette protection institutionnelle constitue un garde-fou. Néanmoins, il existe une grande ambiguïté dans la mesure où il est paradoxal de vouloir nous arracher à la toile du contrôle que nous tissons nous-mêmes. Notre dépendance aux smartphones et aux autres outils numériques qui captent toutes nos informations personnelles est telle, qu’il est devient très difficile de penser une société qui contrôlerait sans vraiment le faire. L’anonymisation des données est peut-être une piste de solution.
Il est paradoxal de vouloir nous arracher à la toile du contrôle que nous tissons nous-mêmes
DANS CETTE CRISE, QU’EST-CE QUI VOUS INTERPELLE LE PLUS ?
La prise de conscience, jamais expérimentée auparavant dans toute mon existence, que le gel d’une société soit possible et qu’on finit par s’y habituer. Je suis frappé par le côté incongru, absurde peut-être de la situation, tout à fait inédite, aberrante même, ressentie les premières semaines quasiment comme un état de guerre, avec tous les affects qui l’accompagnent, la peur, l’incertitude, les émotions très négatives. Et puis, au bout de quelque temps, par une sorte de plasticité humaine, on s’habitue à ne voir personne, à mettre des masques, à garder ses distances. Cette grande habituation humaine est étonnante, mais elle fait peur aussi, car elle peut déboucher sur des formes de vie que nous n’imaginions pas possibles. Hannah Arendt disait d’ailleurs que « les hommes normaux ne savent pas que tout est possible ». Je trouve cette phrase d’une grande actualité.
BEAUCOUP S’INTERROGENT SUR LE MONDE D’APRES. LA PANDEMIE A REVELE TOUTE UNE SERIE DE FAILLES DANS NOTRE SOCIETE. ENTRE CEUX QUI PENSENT QU’ELLE NE SERA PLUS JAMAIS LA MEME, ET CEUX QUI SONT AU CONTRAIRE PERSUADES QUE RIEN NE VA CHANGER, LE CHAMP DES POSSIBLES EST LARGE. QUEL SCENARIO A VOTRE FAVEUR ?
Pour réfléchir à cette question, on a tendance à se nourrir de ce que nous venons de vivre. Dès lors, on est amené à envisager le monde de demain au départ des trois artifices qui se sont imposés à nous depuis deux mois. Tout d’abord, l’artifice de la solitude. Quiconque se promenait en ville ces dernières semaines, avait pratiquement la rue pour lui tout seul et pouvait profiter pleinement du calme extraordinaire. C’était une expérience assez plaisante, mais il s’agit d’un artifice, car une ville ça coûte extrêmement cher et personne ne peut se payer l’usage exclusif d’une rue. Le deuxième artifice, c’est celui de la conservation du mouvement. Nous nous sommes arrêtés, la société s’est globalement arrêtée, mais en réalité beaucoup de choses ont continué de tourner pour nous permettre de profiter malgré tout de ce gel temporaire des activités humaines. Enfin, il y a l’artifice de la temporisation. Cette agréable sensation d’apaisement, tout à la joie de prendre du temps pour soi et pour les siens. Le confinement, c’était en quelque sorte un dimanche, un long dimanche, même si ce n’est bien sûr pas vrai pour une série de professions comme les soignants, les métiers de la logistique, les pouvoirs publics, etc. Par conséquent, lorsque nous réfléchissons à l’après, nous le faisons en ayant en tête le souvenir de ces artifices dominicaux qui nous incitent à rêver. Je crois qu’il faut certainement pouvoir s’en inspirer, mais en même temps se dire qu’une société hyper complexe comme la nôtre ne peut pas être faite uniquement de dimanches.
VOUS VOULEZ DIRE QUE LE REVEIL DU LUNDI MATIN RISQUE D’ETRE DOULOUREUX ?
Il existe aussi, c’est le côté pragmatique. De cette vie du dimanche, il faut pouvoir conserver une conscience assez forte du rapport physique différent que nous avons éprouvé relativement au temps, à la qualité de l’air, au stress, à l’odeur des villes, etc. Je crois que nous en garderons longtemps la trace dans nos corps et cela nous permettra de poser des choix existentiellement différents pour l’après. Nous avons là un terreau phénomélogique d’expériences qui aura fait évoluer les mentalités et qui va certainement nourrir les transitions à venir. Toutefois, il y a d’un côté les mentalités et, de l’autre, les faits. C’est-à-dire l’appareil de production. Le système en tant que tel répond a des impératifs matériels extrêmement puissants. Par exemple, si nous avons pu télétravailler confortablement, on le doit à Internet dont on oublie parfois qu’il fonctionne grâce à une infrastructure colossale en termes de satellites, de câblages et d’énergie. Dans le monde d’avant, nous étions confrontés au « value gap », c’est-à-dire le fossé entre nos désirs et nos comportements. Très souvent, nous nous retrouvions en porte-à-faux entre les deux. Nous pouvions par exemple exprimer le souhait sincère de ne plus prendre l’avion, puis nous finissions par le prendre quand même, avec un peu de mauvaise conscience, en se disant qu’après tout il n’était pas possible de faire autrement. La crise sanitaire a selon moi agrandit ce fossé en rendant nos mentalités peut-être plus vertueuses et plus résilientes, mais tout en nous faisant mieux percevoir la nécessité de conserver un ensemble de réalités matérielles issues de l’appareil de production. Nous voyons que la nature n’est pas toujours notre grande alliée comme les discours écologiques voudraient nous le faire croire, elle est aussi capable de nous envoyer la pire des saloperies. Pour subsister, l’existence humaine a donc besoin de s’abriter derrière d’importantes couches immunitaires. Or, il s’agit de couches technologiques qui consomment de grandes quantité d’énergie, qui produisent du plastique nécessaire pour la fabrication de nos masques, qui s’appuient sur des tests nucléaires, etc., on pourrait multiplier les exemples. Bref, le « value gap » est un fait incontournable. Je ne crois dès lors pas du tout à un monde d’après qui soit magique. Mais je pense cependant que l’on va se nourrir des expériences positives vécues pendant la crise pour trouver un équilibre harmonieux entre ce que j’appelle le progrès utile et le progrès subtil. Le premier étant en raccourci le rendement, la productivité, l’efficacité, tandis que le second recouvre tout ce qui n’est pas l’utilitarisme, c’est-à-dire la durabilité, la diversité, bref la trame véritable de l’existence.
Je ne crois pas du tout à un monde d’après qui soit magique
QUELLE FORME DE TRANSITION POURRAIT PRENDRE CETTE SOCIETE POST-COVID ?
Elle se situerait quelque part entre l’hypothèse écologique de la remise à zéro et celle, très économique, du retour au « business as usual ». Je disais en début d’entretien que nous vivons dans des bulles. Toute la question est à présent de savoir ce que nous voulons laisser entrer dans nos bulles et ce dont nous ne voulons plus. La notion la plus opérante pour effectuer ce choix, c’est celle de qualité et, singulièrement, de qualité de vie. Il nous appartient de définir de nouveaux standards de qualité en-dessous desquels tout ce qui nous est proposé serait automatiquement disqualifié. Il s’agit d’une réponse institutionnelle qui permet d’en finir à la fois avec la grande utopie du « reset » et les discours cyniques sur le thème du « tout va reprendre comme avant ».
POURQUOI LA QUALITE DE VIE COMME POINT FOCAL DE CETTE VOIE MEDIANE QUE VOUS PRIVILEGIEZ ?
Dans notre société cosmopolite et muticulturelle, plus personne ne s’accorde sur ce qu’est le bien. Nous vivons un pluralisme de la définition du bien. En revanche, nous nous accordons de mieux en mieux sur ce qu’est la qualité de l’air, de l’eau, de l’alimentation, des soins de santé, etc. Partant, nous devons travailler à définir un concept systémique de la qualité qui prenne également en compte les aspects qualitatifs de la production, des chaînes d’approvisionnement ou encore du travail. Mais pour en arriver là, il faut sortir de l’opposition stérile entre écologie et technologie. On a vécu un XXe siècle complètement polarisé autour de l’antagonisme entre, d’un côté, le retour à la nature toute entière positive et, de l’autre, les technologies capables du pire, ce qu’elles ont été au regard des deux guerres mondiales. Cette contradiction ne peut plus alimenter notre réflexion pour affronter les défis du XXIe siècle. Le rapprochement entre les deux est possible et nécessaire, mais il réclame toutefois un effort plus important de la part des technologies qui doivent devenir plus vertes et s’accompagner d’une fiscalité plus juste. Si nous parvenons à les voir non pas comme la cause de tous les maux, mais comme une partie de la solution, avec en point de mire un idéal de qualité défini de façon politique, nous pourrons alors sortir de la querelle entre les tenants du nouveau radical et les cyniques de l’ancien monde. Ancien monde duquel on ne peut pas dire qu’il n’y a rien à sauver. La preuve, c’est qu’en en ayant été privé à cause du confinement, nous sommes beaucoup à regretter certains de ses bons côtés. Ce temps de parenthèse que nous avons vécu, il faut maintenant tâcher d’en faire un temps de bascule.
Il faut sortir de l’opposition stérile entre écologie et technologie
LA CRISE PEUT-ELLE ACCELERER CE PROCESSUS DE BASCULEMENT VERS LE « NOUVEAU MONDE »?
Je le pense, en effet. C’est sans doute l’aspect positif de cette crise qui s’impose comme un principe de réalité. Les scénarios-catastrophes peuvent parfois se transformer en situations réelles auxquelles les sociétés humaines se retrouvent alors exposées. En ce sens, ce que nous vivons en ce moment, est peut-être une sorte de répétition générale de certains événements catastrophiques qui nous attendent dans le futur. J’imagine donc, et j’ose espérer qu’il y aura une accélération de certaines décisions. Du reste, la crise montre qu’elle n’est pas uniquement l’affaire des scientifiques, des activistes ou des élites très informées, c’est celle de tout un chacun. Les actions à mener ne sont pas guidées seulement par la politique d’en haut, car il existe également une politique du quotidien, chacun étant devenu l’acteur civique de la lutte contre la propagation du virus.
ETES-VOUS OPTIMISTE QUANT AUX CHANCES D’ALLER VERS UNE SOCIETE QUI MISERAIT DAVANTAGE SUR LE PROGRES SUBTIL ET LA QUALITE DE VIE ?
L’optimisme, c’est finalement un rapport au temps. Il est des moments où des actions sont possibles et où une politique plus juste peut émerger. Il me semble que nous vivons un moment de ce genre. Il nous appartient de saisir l’occasion. L’existence même de cette occasion, ainsi que les relais dans l’action, permettent de faire preuvre d’un certain optimisme. D’autant que je pense que nos sociétés, en 2020, possèdent déjà énormément de qualités très remarquables. Pour ma part, je ne suis pas un contempteur du monde dans lequel on vit. Je ne pense pas que notre société soit la pire que l’histoire humaine ait engendré. Je crois, au contraire, qu’elle est bien moins cruelle que d’autres, même si elle comporte encore beaucoup trop d’injustices et d’inégalités qu’il faut combattre. Le temps est donc au pragmatisme plutôt qu’à l’optimisme béat.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« NOUS VIVONS UNE REPETITION GENERALE DE CERTAINS EVENEMENTS CATASTROPHIQUES QUI NOUS ATTENDENT DANS LE FUTUR. »
I
Il ressort de ce bel exercice une trentaine de constatations qui méritent qu’on s’y arrête et qu’on les médite dans le silence du confinement.
Gramsci l’avait prédit : « La crise consiste justement dans le fait que l'ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés. »
Alvin Toffler nous avait annoncé  il y un demi siècle le « choc du futur » et la « troisième vague ». En voici les contours définis par le philosophe belge Pascal Chabot.
1. Vivre est un exercice risqué. 
2. Trois risques majeurs : l’accident technologique et désormais, le risque climatique s’imposent à nous. 
3. le propre du risque, c’est justement d’être imprévisible. 
4. on ne peut pas gérer une société en martelant sans cesse la possibilité d’un accident majeur.
5. On a donc relativisé le risque de pandémie virale avec les conséquences que l’on sait aujourd’hui. 
6. L’intendance est une nécessité. Gouverner c’est prévoir.
7. Notre société de la connaissance est une société du contrôle. 
8. Une société du contrôle total est une société liberticide. 
9. Le risque de vivre doit demeurer ce qu’il est : une expérience surprenante, agréable et parfois très problématique.
10. La confiance que nous faisons aux technologies de la communication est une dépossession d’un droit à la vie privée.
11. Nous sommes consentants, voire même désireux d’avoir du contrôle. 
12. Autrefois, on parlait de servitude volontaire ; à présent, nous vivons une sorte d’acceptation volontaire du contrôle. 
13. L’anonymisation des données est peut-être une piste de solution.
14. La plasticité humaine est considérable   : on s’habitue à ne voir personne, à mettre des masques, à garder ses distances. 
15.   Les hommes « normaux » ne savent pas que tout est possible. 
16. Le confinement, c’était en quelque sorte un long dimanche. 
17. Cela nous permettra de poser des choix existentiellement différents pour l’après. 
18. Dans le monde d’avant, nous étions confrontés au « value gap », entre nos désirs et nos comportements. 
19. La nature n’est pas toujours notre grande alliée comme les discours écologiques voudraient nous le faire croire, elle est aussi capable de nous envoyer la pire des saloperies.
20. Je ne crois dès lors pas du tout à un monde d’après qui soit magique. 
21. Le progrès utile(le rendement, la productivité, l’efficacité)  s’oppose au progrès subtil. (durabilité, la diversité, bref la trame véritable de l’existence.)
22. La transition se situerait quelque part entre l’hypothèse écologique de la remise à zéro et celle, très économique, du retour au « business as usual ».
23. Le choix doit être celui de la qualité de vie. 
24. Dans notre société cosmopolite et muticulturelle, plus personne ne s’accorde sur ce qu’est le bien.
25. Nous vivons un pluralisme de la définition du bien. 
26. Nécessité d’une fiscalité plus juste. 
27. Sortir de l’opposition stérile entre écologie et technologie
28. L’optimisme, c’est finalement un rapport au temps. Il est des moments où des actions sont possibles et où une politique plus juste peut émerger. Il me semble que nous vivons un moment de ce genre. 
29. Notre société est bien moins cruelle que d’autres, même si elle comporte encore beaucoup trop d’injustices et d’inégalités.
30. Le temps est donc au pragmatisme plutôt qu’à l’optimisme béat.
On en revient donc une fois de plus à la  citation de Hölderlin  chère à Edgar Morin : Là où est le danger croît aussi ce qui sauve.
Dans son ambitieux article paru dans la revue Ulenspiegel, Lambros Couloubaritsis regarde la recherche d’une dynamique interculturelle comme le nouvel horizon, le  grand défi pour réussir une Europe cosmopolite après les échecs de la tentative de faire l’Europe par le marché ou par la monnaie. Le grand défi de la M :. serait, si je l’ai bien lu, dans la mise à feu de cette dynamique interculturelle. DiverCity dit et affirme précisément cela  depuis près de dix ans.
MG