mercredi 13 mai 2020

Le Tsunami qui vient

Bertrand Henne Rtbf info

180.000 travailleurs en chômage temporaire risquent d’y rester définitivement. C’est le chiffre évoqué par l’ERMG, Economic Risk Management Group, un groupe d’économistes qui conseille les gouvernements avec à sa tête le directeur de la banque nationale.
D’après eux un travailleur en chômage temporaire sur cinq risque de perdre définitivement son travail en juin a la fin de sa période temporaire. Il y a près d’un million de travailleurs concernés, cela fait donc 180.000 personnes qui deviendraient chômeurs complets indemnisés.
Cela concerne surtout le secteur culturel et de l’Horeca. Mais beaucoup de secteurs sont concernés. A ce chiffre il faut encore ajouter les nombreux indépendants qui risquent de mettre la clef sous la porte. En janvier il y avait en Belgique 330.000 chômeurs complets indemnisés. Ce serait donc une augmentation de 60%, d’un coup d’un seul.
L’économiste flamand Geert Noels parlait ce week-end dans le Tijd d’un Coronatsunami.
Vous ressentez d’abord un choc. Voilà le tremblement de terre. Ensuite, il y a un reflux exceptionnel, charmant, innocent. Et alors seulement une énorme vague se précipite sur la côte, ce qui surprend tout le monde. Voilà comment se passe un tsunami. Le coronatsunami économique suit le même schéma. Aujourd’hui, nous sommes dans une phase faussement calme. Les entreprises seront bientôt affectées par les conséquences du choc. Une croissance négative de 10% du produit intérieur brut, peut-être plus, laissera des traces.
En ce moment selon Geert Noels, c’est donc le calme. Ce moment ou les eaux sont en train de se retirer et ou au large se forme la vague du Tsunami qui forcément va déferler sur les côtes. La baisse de la demande, les faillites d’entreprises et le chômage.
Pour retarder cette vague, le gouvernement peut prolonger les mesures de chômage temporaire et les autres mesures de soutien à l’économie, jusqu’à l’automne. Mais pour nous protéger de la vague il faudra des mesures économiques et sociales d’une ampleur inédites.
L’eau monte
La pression augmente donc sur les dirigeants, et sur la formation d’un gouvernement fédéral. Le chiffre de 180.000 chômeurs a été cité en exemple par Théo Francken de la N-VA. Il a tenu à rappeler à Paul Magnette les 5000 emplois perdus chez Caterpillar à Gosselies. Sur Twitter il dit :
Accrochez maintenant. 180.000 licenciements immédiats dans l’air et le PS dit "Hé peut-être qu’on devrait organiser des élections." Prenez vos responsabilités.
Ce genre d’appel à la mise en place d’un gouvernement avec le PS se multiplient de la part de la N-VA depuis deux semaines. Ils commencent à percoler, plusieurs responsables politiques, économiques ou éditorialistes ont soutenu cette idée comme une évidence.
Cette évidence n’est pas partagée au sud. Car c’est oublier un peu vite à quel point la N-VA a joué au pompier pyromane depuis 6 ans. Oublier que ça laisse des traces, et que côté francophone la plupart des partis n’y croient plus. Et même ceux qui y croient n’oseraient plus l’assumer devant leurs électeurs. Paul Magnette s’est pris le bureau du PS dans les dents quand il a essayé en mars et une bonne partie du MR est dégoûtée.
L’évidence c’est que le Tsunami qui vient exerce une pression de plus en plus forte sur les acteurs politiques pour qu’ils forment un gouvernement de plein exercice. Mais cette pression peut pousser à faire demain ce qu’ils n’ont pas réussi ou osé faire hier. Un gouvernement avec la N-VA, ou un gouvernement sans la N-VA, ou même un gouvernement minoritaire, ou même des élections. Car le problème reste entier. Aucune solution n’est évidente.


SAUVER QUELLE ENTREPRISE? AU NOM DE QUOI?
Anne-Sophie Bailly Le Vif

La restructuration de Brussels Airlines est un prélude aux négociations sur le plan d'aide entre la Belgique et Lufthansa pour soutenir la compagnie. Le choix du gouvernement en dira long sur l'orientation qu'il choisira en terme d'entreprises à sauver. Dans un contexte de transition écologique et de crise post-corona.
Ce sont 1000 personnes qui sont concernées par le plan social de Brussels Airlines.
Le couperet est donc tombé. Ce sont 1000 personnes, soit environ un quart de l'effectif global, et 30% de la flotte qui sont concernés par le plan de restructuration de Brussels Airlines. Un plan social qui reste en travers de la gorge des syndicats et du gouvernement belge. Par son ampleur bien sûr. Par son timing aussi.
On sait que la Belgique négocie âprement avec Lufthansa, la maison-mère de Brussels Airlines, un plan d'aide pour sortir la compagnie aérienne de l'ornière dans laquelle elle est plongée depuis des années.
Difficile donc de se défaire du sentiment qu'on ait voulu faire le ménage avant d'entrer dans le vif du sujet. Et surtout de revenir à la table des négociations avec une entreprise qui affiche "une marge Ebit suffisamment positive qui permettra à la compagnie aérienne d'assurer son avenir", comme le pointe le communiqué officiel.
C'est qu'en effet, à l'heure de la transition climatique et de la relance économique post-coronavirus, voir l'Etat belge verser au pot pour sauver une entreprise, déficitaire, dont le modèle économique est régulièrement critiqué, et pour le moins polluante ne serait pas passé comme une lettre à la poste. Et même si cette coupe drastique permet de remettre la compagnie sur les rails, le choix de sauver une telle entreprise avec des deniers publics fera encore et à juste titre couler encore beaucoup d'encre.
D'autant que Lufthansa semble particulièrement dur en affaires. Et que l'ardoise monte de semaine en semaine.
A contrario, on peut pointer le fait que Brussels Airlines soit génératrice de milliers d'emplois indirects. Et que se passer d'une compagnie aérienne nationale réduira sans doute aucun le rayonnement international de Bruxelles, d'abord, de la Belgique ensuite.
La direction de Brussels Airlines en présentant ce plan pour le personnel a fait sa douloureuse part du job. Reste maintenant à savoir quelle stratégie sera suivie par le gouvernement. Car elle en dira long sur l'orientation qu'il suivra en matière de sauvetage des entreprises. Qui sera sauvé? Avec quels moyens? Selon quels critères?


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
QUI SERA SAUVE? AVEC QUELS MOYENS? SELON QUELS CRITERES?

« Reste à savoir quelle stratégie sera suivie par le gouvernement. Car elle en dira long sur l'orientation qu'il suivra en matière de sauvetage des entreprises. Qui sera sauvé? Avec quels moyens? Selon quels critères? » 
Brussels Airlines présente toutes les caractéristiques du canard boiteux qui marche sur une patte et vole sur une aile depuis sa création mais, symboliquement, BAL incarne l’honneur perdu de la Sabena. Brussels Airlines est un phare qui sert à baliser l’aéroport national de Zaventem que la Flandre rêve de régionaliser au prétexte qu’il est situé sur son territoire, un peu comme l’était autrefois l’université de Louvain francophone.
Que la Flandre donc vienne à son secours si elle estime que le jeu en vaut la chandelle. 
Sauver le soldat BAL c’est, dans tous les cas de figure sauver un mort en sursis comme l’étaient la métallurgie wallonne et les charbonnages du borinage et du Limbourg au siècle dernier. Ce serait donner un bonus  à un canard boiteux emblématique quand  tous les experts nous disent qu’il faut investir créatif et intelligent dans une économie durable tournée vers l’avenir.
La pandémie en cours ne devrait, pour bien faire, pas  renforcer la  tendance au conservatisme économique,, le sacro saint néo libéralisme.
Un retour irréaliste à des stratégies nationales autocentrées conduirait inévitablement à retirer aux entreprises le pouvoir de prendre des décisions microéconomiques décisives. 

Je ne vois pas que les princes de l’intérêt général qui sont aux manettes, si compétents soient-ils, (qui détient le ministère des finances, qui gère celui de l’économie ? Des deuxièmes couteaux !), soient en situation de jouer les chefs d’orchestre de l’économie réelle et de régler comme dans les années 1950 le bal des investissements au sein de l’entreprise Belgique

Les conséquences de l’endettement massif de l’Etat pour répondre au choc actuel sont pour le moins  inquiétantes.
Comment ne pas regarder sans effroi la combinaison d’une perte de richesse qui devrait être supérieure à 10 % du PIB et une augmentation sidérale en quelques mois de notre endettement? Les dettes se payent toujours, ne serait-ce que par l’inflation, même si on ne les rembourse pas.
Qui va payer?
Dans un premier temps, le gouvernement paraît vouloir s’interdire un tour de vis fiscal. Il pourra peut-être compter sur le retour d’une inflation modérée, mais la seule voie raisonnable, c’est celle d’une croissance modérée retrouvée par accroissement de la productivité. Innover, investir dans le durable et l’économie verte devraient être les priorités du gouvernement. 

Or ce discours de l’effort ne fait pas consensus. Nous sommes donc sérieusement menacés de déclassement et d’appauvrissement.
Il est bien certain qu’on a tout à craindre dans ce contexte de l’amateurisme d’un gouvernement de bras cassés vaguement soutenu par une majorité parlementaire qui s’effiloche. Bart De Wever a raison sur un point essentiel : il est urgent de doter la  Belgique qui navigue à vue avec un équipage de fortune un gouvernement crédible et représentatif capable de prendre des décisions fortes et  relever l’un des plus grands défis économiques que ce pays en décomposition ait jamais eu à relever. Ce gouvernement ne sera crédible que s’il est composé des partis forts de Flandre et de Wallobrux. Vivaldi on peut carrément l’oublier. Le PS n’en veut en aucun cas. On aura donc des élections avec des masques, des gants et du gel hydro alcoolique.
MG


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