vendredi 8 mai 2020

POUR TRUMP, LE CORONAVIRUS EST "PIRE" QUE PEARL HARBOR ET LES ATTENTATS DU 11-SEPTEMBRE


Avec près de 72.000 morts aux Etats-Unis, l'épidémie de coronavirus est "pire" que l'attaque sur Pearl Harbor et les attentats du 11-Septembre, a affirmé mercredi Donald Trump.
"Ce fut l'attaque la pire à laquelle notre pays a jamais été confronté. C'est pire que Pearl Harbor", a déclaré M. Trump en évoquant l'attaque surprise du Japon contre la base militaire américaine à Hawaï en 1941, qui avait poussé les Etats-Unis à entrer dans la Seconde Guerre mondiale.
"C'est pire que le World Trade Center", a-t-il ajouté, en référence aux attentats du 11 septembre 2001 qui ont fait près de 3.000 morts.
Le président américain s'en est encore pris à la Chine, berceau de la pandémie, en estimant que "cela n'aurait jamais dû arriver".
Pékin et Washington ont en effet continué leurs échanges d'invectives: le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a de nouveau affirmé disposer de "preuves significatives" que le Covid-19 s'était propagé depuis un laboratoire de Wuhan, dans le centre de la Chine, même s'il a admis n'avoir "pas de certitudes".
Depuis son apparition officiellement déclarée en décembre à Wuhan, le nouveau coronavirus a fait plus de 260.500 morts dans le monde, selon un bilan très certainement sous-estimé, et a contraint plus de la moitié de l'humanité à rester confinée.
La pandémie semble désormais maîtrisée en Europe, le continent le plus endeuillé, qui a enclenché depuis environ deux semaines un déconfinement progressif et prudent.
En Belgique, la Première ministre Sophie Wilmès a annoncé la réouverture lundi des commerces non essentiels. Dès dimanche, chaque famille pourra accueillir sous son toit quatre personnes, famille ou amis, à condition qu'elles soient "toujours les mêmes".
Mais en Espagne, le Parlement a voté la prolongation de l'état d'alerte jusqu'au 23 mai. Un déconfinement "précipité" du pays serait une "erreur absolue, totale et impardonnable", a mis en garde le Premier ministre Pedro Sanchez pour défendre ce régime limitant strictement les déplacements.
EMMANUEL ANDRE: «SI ÇA NE TENAIT QU’AUX VIROLOGUES, CE SERAIT LOCKDOWN PENDANT UN AN»
Le virologue a donné une interview au journal flamand Het Nieuwsblad. Pour lui, les prochaines semaines seront cruciales.
Pendant un mois et demi, Emmanuel André avait rendez-vous tous les jours à 11h avec la presse pour donner les chiffres du coronavirus dans notre pays. Aujourd’hui remplacé par le virologue Yves Van Laethem comme porte-parole interfédéral, Emmanuel André continue d’œuvrer contre le virus : il a été nommé « coordinateur du comité interfédéral pour la gestion du tracing ».
Dans Het Nieuwsblad, le scientifique de 38 ans estime que les prochaines semaines seront « hypercruciales » pour notre pays, et qu’il est « facile de mettre les gens en lockdown, mais que ce sera bien plus compliqué de les en faire sortir en toute sécurité ».
Si on sait que le gouvernement travaille au déconfinement progressif du pays, pour les experts, il faudrait encore attendre : « si ça ne tenait qu’aux virologues, ça serait très simple : tout le monde en lockdown durant un an » a-t-il déclaré.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
POUR QUE DECONFINEMENT NE RIME PAS AVEC DECONFITURE

On n’ arrête pas le progrès ! C’est bien  notre problème.
En vérité, un bras de fer est engagé  entre le scientifiquement correct-une notion qu’on découvre avec la crise du corona- et l’économiquement correct. Et c’est au politique-non pas au politiquement correct, quoique- qu’il convient d’arbitrer. Trump, Bolsonaro, Poutine… qu’ils exercent en démocratie ou qu’il s’agisse d’autocrates confirmés, le résultat est le même : un bilan désastreux.
Pour les populistes au pouvoir, la crise due au Covid-19 se solde par une débâcle. Démocrates (Trump) ou autocrates confirmés, le résultat est le même : ils ont manifesté une incapacité à gouverner de proportion historique. En revanche et nonobstant les critiques, nos dirigeants bons démocrates s’en tirent relativement mieux, y compris en Belgique quoi qu’en disent les esprits chagrins. 
Ce qui est sûr, c’est que le progrès dans sa version néo-libérale est bel et bien mis entre  parenthèses un peu partout dans le monde,  singulièrement dans les medias qui le bombardent à boulets rouges. La question que tous se posent concerne la nature et le calendrier du redémarrage des activités économiques pour que déconfinement ne rime pas avec déconfiture. On déplorera évidemment, et c’est une tragédie, un manque total de coordination européenne. Et d’abord de quelles activités parlons- nous? En Belgique le gouvernement a choisi de renflouer les plus grosses entreprises.  Il ne faudrait évidemment pas qu’il  tente de sauver, à l’aveugle, des canards boiteux comme le fit la Wallonie après guerre en arrosant de subsides  des branches  mortes de son industrie : la grosse métallurgie et les charbonnages. Il serait bienvenu de soutenir au contraire, par des investissements massifs, des projets novateurs et durables, de préférence non polluants : qu’en est-il concrètement du Green Deal annoncé à grands cris par Ursula et Charles ? Une relance  brutale de l’économie d’avant le corona  aurait - on en est tous  persuadé mais pas les Chinois -apparemment des conséquences gravissimes pour la planète. Il est grand temps de penser une refonte radicale de notre appareil productiviste quitte à ramener des pans entiers de l’industrie manufacturière en Europe (produits pharmaceutiques, informatiques, 
Agriculture et on ne parle même pas des masques et autres divers) . Des décennies de gestion- d’indigestion- néolibérale ont mis à mal nos dispositifs publics de santé, l’enseignement tel que l’organise wallobrux est un gouffre financier à cause d’une concurrence des réseaux qui le rend très peu efficace en réalité. 
Le vieux  slogan : « on n’arrête pas le progrès » a fait long feu. Nous le savons tous, il n’y aura pas de « retour à la normale » avant l’arrivée d’un vaccin efficace, perspective encore lointaine. Relâcher le confinement n’est en effet envisageable qu’à grand renfort de tests, masques, et  adoption dans la plus grande autodiscipline  de gestes barrières pour empêcher le taux de contamination de provoquer une seconde vague virale. Formidable défi sachant que si les citoyens devaient manquer d’auto discipline, nous devrons  très vraisemblablement faire face demain à une seconde vague virale.  Mais à la vérité, il semble bien que d’autres virus sans doute plus meurtriers encore nous menaceront demain, notamment tous ceux qui sont tapis sous la couche épaisse du permafrost que le réchauffement climatique menace de faire fondre rapidement. Ne sommes nous pas entrés depuis l’été 2018 dans l’enfer du dérèglement climatique ? Vagues de chaleur, sécheresses, inondations et autres aléas climatiques font désormais de la production alimentaire une activité à hauts risques.
Nous avons besoin de déterminer ce qu’ Edgar Morin appelle un « nouveau cap de civilisation » en nous fixant un, voire d’autres paradigmes. Le retour brutal  à la norme d’avant la crise corona, fût-ce sous la forme d’une relance keynésienne de nos activités économiques en sortie de crise, serait problématique. Nous le savons désormais : nous devrons impérativement réduire dans les 10 ans nos émissions carbonées. Il ne s’agit pas d’un serrage momentané du frein à main, comme pour le Covid, mais d’une décélération nécessaire à moyen terme de nos économies, pour engager ensuite une vitesse de croisière, en vue d’un profil d’activités nouveau, en rupture avec les schémas du passé. Mauvaise nouvelle, la Chine, impatiente de renouer avec la croissance a déjà annoncé qu’elle ferait tourner ses centrales à charbon à plein rendement.
Nous avons été productivistes, jusqu’à la folie. Continuons dans cette folle direction et nous risquons de transformer notre planète terre en un désert brûlant ? À côté de cela le Covid-19 est une peccadille sanitaire. 
Nous nous étions assignés comme but de produire toujours plus, et de redistribuer cette richesse. Tel était le fondement de notre civilisation. Macron a voulu donner carte blanche aux premiers de cordée et voilà que le système sanitaire et l’économie en mode survie/confinement a braqué le projecteur sur les derniers de cordée.  Hélène Carrère d’Encausse  est formelle, le moment est venu de repenser une Europe construite sur l’héritage des Lumières. Surtout de « repenser l’ Europe fondée sur la civilisation, qui s’étende à tout le continent en englobant la Russie. »  Oui vous avez bien lu : la Russie qui depuis Pierre le grand s’efforce de se rapprocher de l’Europe. Il s’agit de repenser toutes nos priorités, nos orientations, au risque de changer d’orient et d’arrêter franchement ce progrès matériel d’inspiration néo-libérale.
Globalement nous devrons nous efforcer  produire beaucoup moins et de réduire les inégalités et plafonner la richesse au risque de détruire la vie sur une planète exsangue. 
De tels choix impliquent une refonte de l’appareil productif. Ce dernier devrait s’orienter plus sur les infrastructures collectives  que sur des petits objets-souvent inutiles- de consommation. Que l’on songe seulement à la nécessaire transformation de nos villes energievores en smart cities à visage plus humain. Nos villes deviennent tellement polluées et saturées de trafic automobile que les privilégiés depuis des décennies les fuient pour les vertes périphéries générant ainsi un supplément de pollution par les bagnoles de navetteurs. Bruxelles a vécu sept semaines comme quasiment cinquante dimanches  sans circulation et sans pollution :jamais le fond de l’air ne fut aussi pur.  
Quid des modalités nouvelles de réalisation de soi, d’une réflexion hardie sur nos besoins essentiels comme le confinement nous y invite ? Quant à la  santé, connaissance et la culture, elles constituent à nos yeux des  valeurs fondamentales qui pourtant  n’ont pas cours sur les marchés boursiers. C’est pourtant  par la connaissance que nous pourrons tant échapper aux ravages du Covid qu’anticiper la menace climatique. 
Le vrai, le juste devrait à nouveau être associés au beau et au bien, commun conclut  le philosophe Dominique Bourg (AOC).
Mais il est a redouter que le futur qui nous attend, c’est « un marché encore moins régulé, une industrie pharmaceutique toujours plus forte et une accentuation du discours populiste. » C’est du moins la vision pessimiste de Philippe Mitowski dans Libération. Il explique que les crises focalisent notre attention sur des problèmes urgents de court terme à gérer, permettant aux néolibéraux mieux organisés de mettre en place le modèle de société qu’ils souhaitent : un marché moins régulé, devenu une institution autonome. En politique et dans l’histoire, c’est généralement le pire qui se produit. Tout nous pousse dans la direction du monstrueux système chinois : un techno-totalitarisme numérique capitaliste. »
Mais n’oublions pas que : "La plus haute forme de l'espérance, c'est le désespoir surmonté." Bernanos
MG

LE PHILOSOPHE AMERICAIN DE LA PENSEE ECONOMIQUE PHILIP MIROWSKI CRAINT QUE L’AUGMENTATION TEMPORAIRE DE LA SOLIDARITE NE SOIT QU’UN PROGRES EN TROMPE-L’ŒIL, AVANT UNE ACCELERATION VERS UN SYSTEME ENCORE PLUS DEREGULE.
Libération
Le monde d’après le confinement sera-t-il celui d’hier ou de demain ? D’un côté, les partisans de l’écologie militent pour une relance verte, sobre, centrée sur les besoins essentiels. De l’autre, les industries se préparent à mettre les bouchées doubles pour combler le retard, annoncent qu’il va falloir travailler plus et demandent des subventions colossales. 
Le philosophe de la pensée économique, professeur à l’université Notre-Dame-du-Lac (Indiana), qui milite depuis plus de deux décennies contre les néolibéraux, souligne que si la réponse à un moment de crise peut être une augmentation temporaire de la solidarité, ce n’est qu’un progrès en trompe-l’œil.

L’après ne sera pas favorable au modèle de société de la gauche, mais plutôt à une accélération des mesures néolibérales. Un très petit groupe de gens va s’accaparer un immense pouvoir. 
On voit se profiler une récession comparable à celle de la Grande Dépression. 
La réaction politique sera elle aussi bien pire qu’en 2008, car il y aura cette fois une tonalité populiste et nationaliste plus prononcée. 
Les gens vont simplement apprendre qu’ils détestent leur voisin. C’est déjà ce qu’il se passe aux Etats-Unis comme en Europe : l’Union européenne n’a pas aidé l’Italie alors que c’était le geste le plus facile à faire. 
Les néolibéraux, eux, ont tiré les enseignements de 2008 pour savoir comment transformer une crise en une bonne occasion. 
Les néolibéraux ont toujours affirmé que la santé devait être privée, réservée à ceux qui auraient les moyens de l’acheter. 
Les néolibéraux ont aussi toujours été hostiles à l’éducation pour tous. Ce confinement général, associé au fait de transférer l’éducation en ligne, fait exactement ce qu’ils souhaitaient : les étudiants sont très inégaux face à l’éducation à distance

 Mais il existe un groupe de personnes très reliées, organisées autour d’un certain nombre de think tanks. Ils interagissent, échangent des idées, découvrent qu’ils peuvent restructurer des lois grâce à des investissements appropriés.
Ils avaient déjà, avant que tout cela n’arrive, quelque chose qui ressemble à un programme concret. Cela va plus loin que ce que dit l’essayiste Naomi Klein dans la Stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre [Actes Sud, 2008], qui cite l’économiste néolibéral Milton Friedman se réjouissant de la tournure des événements, pour montrer que les néolibéraux tirent profit de la crise. Ils ne se contentent pas de cela : les néolibéraux peuvent s’appuyer sur un groupe de personnes qui va travailler de manière concrète sur une réponse de court terme à la crise, qui permettra de transformer la société.
Il ne faut pas s’imaginer que les néolibéraux ne croient pas au changement climatique. 
Tant que la solution passe par le recours au privé, cela convient à une vision néolibérale de la société.
Un marché encore moins régulé, une industrie pharmaceutique toujours plus forte et une accentuation du discours populiste : voilà le futur qui nous attend. 
VINCENT CHEYNET : "IL Y A QUELQUE CHOSE DE LA PASSION MORTIFERE DANS LA FASCINATION POUR L’EFFONDREMENT"
Propos recueillis par Kévin Boucaud-Victoire Marianne 
Vincent Cheynet : Cette crise sanitaire peut être la cause d’un effondrement à l’échelle global. Toutefois les pandémies sont vieilles comme le monde. Le phénomène est simplement décuplé par l’aboutissement de la globalisation. Un scénario probable est qu’elle ne sera qu’un accro, même très sévère et provoquant des dégâts considérables, dans l’expansion. Pour ma part je pense que le facteur déterminant est l’énergie. Tant que l’on alimente la mégamachine productiviste en joules, l’unité de mesure de l’énergie, celle-ci poursuit sa logique. Une logique fondamentale bien décrite par l’astrophysicien François Roddier et que notre société élude pourtant quasiment totalement. Le compteur peut être devenu complètement fou, comme c’est le cas de la bourse aujourd’hui, notre système alimenté en énergie fonctionne. La raréfaction de l’énergie est le premier risque pour provoquer un véritable effondrement systémique. Bien sûr, d’autres phénomènes peuvent aussi y conduire comme un emballement climatique. Mais ils ne sont que la conséquence du premier.
CERTAINS ECOLOGISTES ET COLLAPSOLOGUES SE REJOUISSENT DE LA SITUATION ACTUELLE. QU’EN PENSEZ-VOUS ?
"Pablo Servigne, théoricien de l’effondrement", titrait Le Monde le 10 avril 2020 pour introduire une énième interview. Faut-il un "théoricien" bardé d’une "science" : la "collapsologie", pour nous apprendre que les civilisations comme les hommes sont mortelles ? "Rien n'est debout que pour tomber, et la même fin attend l'homme" disait déjà Sénèque voilà 2 millénaires. "Un effondrement mondial va arriver, j’en suis encore plus sûr maintenant" martèle Yves Cochet, (23 avril 2020). 
La pseudo-science dite "collapsologie" tout comme Greta Thunberg ou Nicolas Hulot représentent des symptômes de la crise et surement pas des réponses conséquentes. Que les grands médias s’acharnent à les imposer comme des prophètes écolos éclairant le monde demain a sa logique, ce n’est bien sûr pas celle d’un regard critique et constructif pour affronter la crise écologique. On le voit, tant que les grands médias resteront aux mains en France d’une dizaine de millionnaires qui défendent logiquement leurs intérêts, la situation n’est pas prête d’évoluer !
Mais Yves Cochet n’est pas le seul Paco Rabanne à plastronner de plus belle dans les grands médias : dans son best-seller Homo Deus de 2017, un Yuval Noah Harari célébré dans le monde entier nous annonçait que nous en avions fini avec les épidémies. Ce technoprophète prodigue pourtant plus que jamais conseils. Autre exemple, notre génie Jacques Attali enchaine sur Skype les interviews. Le champion du "nomadisme" planétaire a pourtant quelques responsabilités dans la situation actuelle.
Nous sommes-là dans une forme d’obscurantisme conduit au nom du Progrès
LA CRITIQUE DU NUMERIQUE QUE PORTE LES DECROISSANTS NE RISQUE-T-ELLE PAS DE DEVENIR INAUDIBLE, APRES CETTE PERIODE DE CONFINEMENT OU LA DEPENDANCE AUX NOUVELLES TECHNOLOGIES S’EST ACCRUE ?
Ce qui est frappant est que notre société était déjà largement confinée dans le numérique avant la crise. Cette dernière ne fait qu’accélérer le phénomène. Tout nous pousse dans la direction du monstrueux système chinois : un techno-totalitarisme numérique capitaliste. Bien entendu, tout sera fait au nom de notre sécurité, de notre santé ou de l’écologie, voire demain de la décroissance si cela s’avère nécessaire. En ce sens, le confinement préfigure non pas notre idée de la décroissance, dont la revendication première est la liberté, mais bien au contraire l’aboutissement de l’idéologie du développement. Bernard Charbonneau alertait que le risque n’était pas son échec mais sa réussite.
Jacques Ellul : "Ce n'est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique."

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