dimanche 31 mai 2020

Steve Bannon: «La menace chinoise sera le sujet clé de la présidentielle de 2020»

GRAND ENTRETIEN - Ideologue controversé du national-populisme trumpien, l’ancien conseiller stratégique de Trump estime que les peuples d’Occident doivent forcer leurs élites à demander des comptes à Pékin pour le «carnage» causé par la pandémie de Covid-19.
Par Laure Mandeville
Le Figaro 

QUELLE LEÇON CENTRALE TIREZ-VOUS DE LA CRISE DU CORONAVIRUS?
Cette crise a révélé ce que beaucoup savaient déjà mais que peu voulaient reconnaître, à savoir que nous ne pouvons pas faire confiance au parti communiste chinois (PCC). Ce dernier est responsable de la peste qui s’est abattue sur son propre peuple et sur le monde! Mettons une seconde de côté l’hypothèse selon laquelle ce virus aurait pu s’échapper par inadvertance du laboratoire P4 de Wuhan. Nous n’avons pas les éléments là-dessus, même si nos services de renseignement enquêtent. Regardons juste la séquence des faits: dès la fin décembre, un collaborateur m’a alerté sur un blog chinois évoquant une épidémie à Wuhan. Le 31, la république de Taïwan a notifié l’OMS qu’il existait une transmission d’humain à humain d’un virus de type Sars à Wuhan. Le docteur Li Wenliang, ophtalmologiste de Wuhan, qui depuis a été contaminé et en est mort, a évoqué dès le 28 ou 29 décembre l’arrivée de ce virus à son hôpital, avant d’être arrêté et forcé de signer une confession selon laquelle il propageait de fausses rumeurs.
Soyons clairs: quand la direction chinoise a appris qu’il y avait une épidémie, elle a masqué la vérité. Selon la revue The Lancet, si les autorités avaient réagi en décembre, 95% des morts et des destructions économiques auraient été évitées! Le 12 janvier, l’OMS a officiellement expliqué qu’après consultation avec Pékin, ils n’avaient trouvé aucune transmission d’humain à humain. C’était un mensonge, l’OMS est complice de l’avoir propagé. Les dirigeants chinois sont venus signer un traité commercial à Washington le 15 janvier et ne nous ont informés de rien. Ils ont fermé la grande Muraille, bouclé la région de Wuhan, arrêté tous les voyages intérieurs. Mais ils n’ont pas arrêté les vols extérieurs! C’est ainsi que le virus est venu à nous. Tous les gens frappés à travers le monde par le Covid doivent recevoir compensation du PCC.
MAIS QUI DEMANDERA COMPENSATION? LES ÉTATS-UNIS?
Je peux vous dire qu’aux États-Unis, un vrai mouvement politique gagne du terrain, visant à priver la Chine de son immunité souveraine. L’État du Missouri et l’État du Mississippi ont déjà lancé des poursuites. Des avocats préparent des plaintes individuelles semblables à celles portées par les familles des victimes du 11 Septembre contre l’Arabie saoudite. Je pense que le gouvernement soutiendra. Un document de la campagne de Mitch McConnell, qui dirige la majorité républicaine au Sénat, recommande d’accuser le Parti communiste chinois des dévastations subies. Pour moi, ce sera le sujet déterminant de l’élection de 2020. Près de 91% des Américains estiment que le Parti communiste chinois et la montée en puissance de la Chine sont une menace directe pour la sécurité des États-Unis.
LE GOUVERNEMENT AMERICAIN AURA-T-IL L’ESTOMAC D’ALLER A UNE CONFRONTATION AVEC LA CHINE VU LES INTERETS ECONOMIQUES GIGANTESQUES EN JEU?
Non seulement le découplage n’est pas impossible mais il doit se faire. D’ailleurs, les Chinois avaient déjà commencé à le mettre en œuvre en annonçant qu’ils allaient passer à leurs propres standards technologiques. En dehors de cette pandémie, c’est même l’annonce géopolitique la plus importante des dernières années, même si elle est passée inaperçue. Les Chinois ont commencé ce découplage à travers leur projet de route de la soie, au centre duquel se trouve la compagnie Huawei, qui se pose en nouvel «hégémon» technologique. Bien sûr, les élites économiques occidentales comme la Cité de Londres, les financiers de Paris et les hommes de Wall Street, ne changeront pas le modèle d’eux-mêmes car ils font beaucoup d’argent. Ils devront être sommés d’agir par les peuples d’Occident en révolte contre la désindustrialisation.
Je veux vous ramener trois ans en arrière, en janvier 2017, quand le président Xi arrive dans la station suisse de Davos, alors que le président Trump vient d’être élu. Dans son discours, Xi déclare que le problème, c’est le mouvement nationaliste et populiste occidental qui menace l’ordre international. Il affirme que la Chine défendra la globalisation. Il est alors loué par le Financial Times et d’autres pour son côté visionnaire, alors que Donald Trump est vilipendé parce qu’il défend le système westphalien des nations. À ce moment à Davos, tous les gens des grandes agences financières, banques et corporations, étaient au courant des camps de rééducation pour les Ouïghours et de la répression politique. Mais ils saluaient Xi en héros et voyaient Trump comme un monstre parce qu’ils s’intéressaient exclusivement à leurs profits.
Sans le capital et la technologie occidentale, le Parti communiste chinois tombe comme un château de cartes!
CETTE CRISE CONFIRME-T-ELLE LA VISION DE TRUMP SUR LE FAIT QU’IL FAUT REVOIR LA GLOBALISATION ET RAPATRIER LES INDUSTRIES STRATEGIQUES?
Trump est arrivé au pouvoir dans une phase de déclin de l’Occident acceptée par nos élites globalistes qui ont perdu confiance en la force de l’Ouest judéo-chrétien. Elles s’en remettent au schéma du piège de Thucydide, selon lequel la Chine est la puissance ascendante et les États-Unis la puissance en déclin. C’est évident aussi chez vous, Macron pense que la capitale de la France, c’est Bruxelles, pas Paris, ce qui a déclenché les «gilets jaunes». Cette approche a conduit à faire de nos États des États vassalisés. Nous comprenons que nous avons abandonné des lignes de production stratégiques.
Ce constat provoque un choc énorme en France, où on parle d’un retourde certaines productions stratégiques.
Le choc n’existe que pour les élites qui ne voulaient pas voir. Aucun secret là-dedans! Bien sûr que les usines étaient parties. Bien sûr que les Chinois avaient pris le contrôle de l’industrie pharmaceutique. C’est ainsi que le système fonctionne.
L’AMERIQUE N’EST-ELLE PAS RESPONSABLE DES EXCES DE LA GLOBALISATION QU’ELLE COMBAT MAINTENANT AVEC LA GUERRE COMMERCIALE?
Ce n’est pas l’Amérique qui a promu la globalisation mais les «élites de Davos» qui croyaient en cette utopie. Il faut comprendre que la Chine n’est pas un État qui pratique le libre commerce mais un État mercantiliste totalitaire. Vous ne pouvez pas y commercer librement. C’est pour cela que le gouvernement Trump a lancé la guerre commerciale. L’idée était de forcer l’ouverture des marchés chinois.
Certains avertissent que si l’on blâme les Chinois, on manquera la leçon clé de la crise, qui est que la Chine a accompli un bond industriel spectaculaire, et que les Occidentaux n’ont qu’à s’en prendre qu’à eux-mêmes s’ils ne sont plus compétitifs sur la 5G par exemple.
Sans le capital et la technologie occidentale, le Parti communiste chinois tombe comme un château de cartes! Ceux qui avancent ces thèses veulent nous faire croire qu’on ne peut agir.
L’EXPERT DAVID GOLDMAN DIT QU’IL FAUT CREER UNE ALTERNATIVE EN MATIERE DE TECHNOLOGIE DES PUCES ELECTRONIQUES AU LIEU DE CRIER AU LOUP CHINOIS.
C’est juste. Mais il faut d’abord couper les approvisionnements en capital du PCC et les transferts de technologie. Et exiger des réparations. Car nous mettrons une décennie à nous relever.
Si l’Ouest permet au Parti communiste chinois d’abroger ses promesses de préserver un Hongkong libre et démocratique, alors plus rien ne les arrêtera
Steve Bannon
LES EUROPEENS ONT LE SENTIMENT QUE L’AMERIQUE DE TRUMP LES A ABANDONNES ALORS QUE LA CHINE PRATIQUE L’ENTRISME. SE LAISSERONT-ILS CONVAINCRE DE MENER UNE NOUVELLE GUERRE FROIDE CONTRE LA CHINE, DONT ILS SONT DEPENDANTS…
Ce n’est pas une guerre froide mais chaude, sur le cyber, sur la propagande, et bien sûr sur l’économie. Nous devons nous unir, sinon les pays européens deviendront des vassaux de la Chine. Ma conviction est qu’on va se réveiller et mener ce combat ensemble pour le gagner. Mais j’ai déjà averti les Européens sur le fait qu’ils ne devront pas se reposer sur Bruxelles, mais sur leurs nations.
TRUMP PEUT-IL ENCORE GAGNERCETTE ELECTION MALGRE LES MORTS ET LE DESASTRE ECONOMIQUE?
Joe Biden est un candidat très faible. Surtout sur la question de la Chine. Obama voulait un pivot vers l’Asie, et a dépêché Biden pour mener des négociations avec Pékin. Mais leur politique pour contrer Pékin n’a rien donné. La mer de Chine sud n’a jamais été aussi militarisée! De plus quand Trump a décidé de fermer les frontières fin janvier, Biden a dit que Trump était un raciste. Si les démocrates n’arrivent pas à se débarrasser de lui et mettre en piste quelqu’un d’autre, ils ne pourront pas gagner face à Trump.
APRES LA DECISION DE L’ASSEMBLEE NATIONALE CHINOISE DE VOTER UNE LOI SUR LA SECURITE NATIONALE QUI FOURNIRAIT UNE BASE LEGALE POUR INTERVENIRA HONGKONG, VOUS AVEZ APPELEA UNE REPONSE TRES FERME?
Les citoyens de France connaissent le prix qu’il a fallu payer pour ne pas avoir défendu la Tchécoslovaquie ou l’Autriche contre les nazis. Si l’Ouest permet au Parti communiste chinois d’abroger ses promesses de préserver un Hongkong libre et démocratique, alors plus rien ne les arrêtera. Taïwan tombera ensuite et nous serons inexorablement entraînés dans une guerre chaude pour défendre la mer de Chine sud.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PAS SI IMPREVISIBLE QUE CELA, LE DONALD TRUMP.

Voici deux moyens de comprendre celui dont on peut se demander parfois s’il se comprend lui-même tant le moins cartésien de tous les Présidents US est manipulé par son puissant ego et un inconscient plus erratique qu’erratique.
Interroger Steve Bannon c’est lire dans la boule de cristal clairvoyante de celui qui ne sait pas où il va mais qui y va franco. Certes Bannon semble banni de l’entourage de l’imprévisible Donald mais n’oublions pas qu’il est celui qui l’a conduit là où il est c'est-à-dire au fameux bureau ovale qui certes en a vu d’autres mais rien de comparable à l’incomparable Donald dont la novlangue n’a plus de secrets pour le robot Margaret qui parle trumpien avec tous les accents du locataire de la Maison blanche. Pauvre Américains.
Et dire que le vieux Biden est le seul challenger que les démocrates  aient réussi à lui opposer. « Si les démocrates n’arrivent pas à se débarrasser de lui et mettre en piste quelqu’un d’autre, ils ne pourront pas gagner face à Trump. » 
Le monde supportera-t-il un second mandat Trump ? J’en doute. 
MG


MARGARET, LE ROBOT CAPABLE DE COMPRENDRE DONALD TRUMP
 Courrier international
Extrait

Avec sa syntaxe si particulière, ses accès de colère et son comportement erratique, le président américain est parfois difficile à suivre. Des chercheurs tentent aujourd’hui d’utiliser l’intelligence artificielle pour mieux décrypter le personnage, nous raconte le Los Angeles Times.

Bill Frischling a eu la révélation il y a trois ans, alors que Margaret, son robot intelligent, tentait de transcrire 127 mots d’un discours de Donald Trump. Dans ce court extrait censé commémorer une bataille de la Seconde Guerre mondiale, tout tanguait dangereusement : Trump mélangeait allègrement les temps des conjugaisons et les sujets, la syntaxe était sens dessus dessous, les conjonctions valsaient. Le président allait de proposition subordonnée en proposition subordonnée, de parenthèse en parenthèse, de préposition en préposition.
C’est quand Trump a prononcé pour la quatrième fois le mot “winning” [“gagnant”] que Margaret a planté. “Le bot s’entêtait à vouloir suivre la ponctuation de la langue anglaise, au lieu d’identifier la ponctuation de la langue trumpienne”, explique Bill Frischling.
Comprendre le “trumpien”
Il a alors décidé de remettre son logiciel à zéro. Bill Frischling s’est adjoint les services d’un expert en informatique titulaire d’un doctorat en apprentissage automatique (ou machine learning) pour désapprendre à Margaret la grammaire et la syntaxe normales et lui apprendre, à la place, à décoder le “trumpien”.
Aujourd’hui, Margaret comprend mieux les constructions de phrases à la Trump, et, surtout, elle comprend sans doute mieux que bon nombre d’Américains le président, ses tics, ses formules, ses préférences et ses habitudes de langage.
Devant une allocution présidentielle, Margaret, baptisée du nom d’un personnage de la série À la Maison-Blanche [The West Wing], capable d’imiter la signature présidentielle, n’est pas du genre à siffler, à applaudir ou à changer de chaîne. Elle s’attache à analyser chaque mot que prononce Trump, et sa façon de le prononcer, et elle utilise des algorithmes pour tenter de mieux comprendre le tempérament erratique du président en puisant dans une base de données riche de quarante ans de déclarations trumpiennes.
L’art du mensonge
Et Margaret a fait plusieurs découvertes, dont celle-ci : quand Trump baratine à vitesse grand V après avoir proféré un mensonge flagrant, il est parfaitement à l’aise.
“La plupart des gens, quand ils ne disent pas la vérité, perdent de leur aisance, explique Frischling, 48 ans, codeur autodidacte en télétravail chez lui, à Great Falls (Virginie), en cette période de confinement. Lui, au contraire, gagne en assurance.”
Margaret est capable de reconnaître le stress chez Donald Trump, d’évaluer son calme et même de prédire les mots qu’il va prononcer en public avant même qu’il ne le fasse, assure son créateur. Le logiciel sait plutôt bien faire la différence, auss

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