mardi 30 juin 2020

Le roi Philippe sur la colonisation au Congo: «Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets»


Philippe est le premier souverain régnant à exprimer ses « plus profonds regrets » pour les « actes de violence » commis au Congo sous Léopold II.

Le Soir
C’est une première : un Roi régnant qui ose affronter et qualifier « les actes de violence et de cruauté » qui ont été commis sous le Congo léopoldien, ainsi que les « souffrances et les humiliations » vécues durant la colonisation du pays par la Belgique. On s’est beaucoup interrogé, ces dernières semaines, sur l’éventuelle prise de parole du roi Philippe, après l’émoi mondial lié à la mort de George Floyd aux Etats-Unis et le mouvement « Black lives matter » qui s’en est suivi. Les autorités belges, le Roi en particulier, devaient-elles, devait-il s’exprimer, voire présenter des excuses, pour les exactions belges commises au Congo, d’autant que l’on célèbre ce 30 juin les 60 ans de l’indépendance du pays ?
On le sait : en Belgique, le Roi ne peut s’exprimer sans être couvert par le gouvernement, représenté par son Premier ministre. C’est donc en parfait accord avec le 16 que Philippe a écrit au président Félix Tshisekedi ce 30 juin. Pour évoquer les relations entre nos deux pays, la coopération et l’amitié qui les lient. Mais aussi, surtout, pour oser regarder le passé et, pour la première fois donc dans le chef d’un Roi des Belges régnant, condamner clairement certains actes commis au Congo indépendant puis belge, donc avant et après 1908, date de la transmission à la Belgique de « son » Congo par Léopold II.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
GESTE FORT ET HISTORIQUE
Philippe a exprimé ses « plus profonds regrets » pour les « actes de violence » commis au Congo sous Léopold II. Fort bien !
Est-ce à dire qu’il devra s’excuser demain pour la colonisation belge et après-demain pour l’après colonialisme ? Voilà qui risque de beaucoup solliciter notre roi que le monde politique belge semblait avoir mis en chômage technique, les consultations pour la constitution d’un gouvernement fédéral ne se faisant plus au palais et sous sa direction.
MG


ENFIN CE GESTE SI NECESSAIRE, QUI GRANDIT LE ROI ET SON PAYS
Béatrice Delvaux Le Soir

Pour Philippe, cette prise de parole était d’autant plus difficile que cela s’inscrit en rupture avec son oncle et mentor, le roi Baudouin.
A l’époque de l’État indépendant du Congo, des actes de violence et de cruauté ont été commis qui pèsent encore sur notre mémoire collective. La période coloniale qui a suivi a également causé des souffrances et des humiliations. Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé [...]. »
Il y a dix ans à Kinshasa, ces mots-là étaient attendus par tout un peuple qui fêtait les 50 ans de son indépendance. Le roi Albert II avait fait le déplacement pour ce qu’on espérait être le moment clé qui allait enfin permettre de regarder une histoire commune avec sérénité, ou à tout le moins, vérité. La déception fut très grande face à un manque de courage, de grandeur, de lucidité car assumer ces responsabilités coloniales aurait permis de reconnaître le passé… surtout de solidifier l’avenir. C’est donc Philippe, le seul Roi qui n’a jamais été dans l’ex-colonie belge, qui assume, dix ans plus tard, et pose ce geste fort et historique.


lundi 29 juin 2020

Municipales françaises: le parti présidentiel boit la tasse, et les autres?


La Libre Belgique 
C’est une nouvelle vague verte que connaît la France depuis ce dimanche, jour du second tour du scrutin municipal marqué également par un taux d’abstention record d’environ 59 %. Prévu le 22 mars dernier, ce scrutin, organisé dans près de 5000 communes françaises où le conseil municipal n’a pas été élu au premier tour, avait été reporté à cause de l’épidémie de coronavirus.

Figaro
On dira que ce drôle de scrutin, organisé à l’issue d’une drôle de campagne, est trop particulier pour qu’on lui attache une véritable signification politique ; que le contexte sanitaire a détourné les esprits des véritables enjeux municipaux ; que l’abstention carabinée en ruine la légitimité… On dira bien des choses qui ne sont pas toutes fausses, mais il n’en reste pas moins que la conquête de quelques-unes des plus grandes villes du pays par les écologistes et leurs alliés est un événement qui fera date. L’écologie politique était une virtualité, elle devient - en tout cas dans la France urbaine - une réalité… que les citoyens des métropoles, pour le meilleur ou pour le pire, vont désormais expérimenter.

Le soir
Trois mois après un premier tour déjà chamboulé par la crise du coronavirus, le deuxième tour a de nouveau été marqué dimanche par un taux d’abstention record, autour des 60 %, malgré des précautions sanitaires exceptionnelles et le port du masque obligatoire dans les bureaux de vote.
Cette désaffection des électeurs a suscité la « préoccupation » d’Emmanuel Macron. Mais elle n’occulte pas la hauteur de la vague verte qui a déferlé sur les grandes villes de France, jusqu’à Paris où la maire socialiste sortante Anne Hidalgo a été réélue après avoir endossé elle-même un programme résolument écolo aux côtés de ses partenaires d’EELV.
Ailleurs, les Verts ont volé de succès en succès. A Lyon, ils ont même fait coup double : Bruno Bernard s’y est adjugé la métropole, siège du véritable pouvoir, et Grégory Doucet la ville, en battant Yann Cucherat, poulain du maire sortant Gérard Collomb. Les Verts ont également pu revendiquer la victoire à Strasbourg, avec Jeanne Barseghian, et à Bordeaux, avec Pierre Hurmic qui a devancé le maire LR sortant Nicolas Florian, soutenu par LREM. Un petit séisme après 73 ans d’élections de maires de droite sur les rives de la Garonne.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA MACRONIE MET GENOU A TERRE

La Macronie a révélé son vrai talon d’Achille : le mouvement des marcheurs est tout sauf un parti en ordre de « marche ». Cela demeure un mouvement anarchique tiraillé par ses contradictions. Ceci est un avertissement sérieux pour le Président Macron qui devra s’en préoccuper s’il ne veut pas perdre la face et l’Elysée au  profit de Marine qui se frotte les mains. La poussée écolo est un indice fort à ne pas négliger de même que la victoire d’Anne Hidalgo à Paris face à l’arrogante Dati (LR) et la très décevante Agnès Buzyn (LRM).
On ne dira pas que la démocratie sort grandie de ce scrutin qui a enregistré 60% d’abstentions. C’est extrêmement préoccupant.
Comment Emmanuel Macron va-t-il rebondir ? Les propositions des 150 pourraient lui donner l’occasion de raidir enfin cette jambe gauche que le premier des marcheur a négligée jusqu’à maintenant. Mais attention, le compte à rebours est largement entamé ; le Président de moins en moins jupitérien n’aura plus droit à l’erreur.
MG



dimanche 28 juin 2020

Le président de l'Open Vld réagit à la sortie de Rutten sur la N-VA: "Le passé est passé"


LA Libre Belgique

"Le passé est passé", affirme samedi sur Twitter le président de l'Open Vld Egbert Lachaert.
Sa prédécesseure Gwendolyn Rutten avait assuré vendredi soir sur la VRT que la N-VA avait explicitement demandé il y a un an à l'Open Vld et au CD&V de monter dans un gouvernement flamand avec le Vlaams Belang. Les propos de Gwendolyn Rutten ont suscité de nombreuses réactions. La question de savoir si l'Open Vld envisageait toujours la possibilité d'un gouvernement au fédéral avec la N-VA était posée.
Pour Egbert Lachaert, cette piste n'est donc pas écartée. "À une époque où des gens perdent leur emploi, où des entreprises font faillite, nous avons besoin d'un gouvernement capable de mener une solide politique de relance. Nous continuons à y travailler de manière constructive avec Georges-Louis Bouchez (président du MR) et Joachim Coens (président du CD&V). Un bon conseil: regardez en avant ce que vous pouvez faire ensemble. Le passé est passé", a tweeté le nouveau président des libéraux flamand.
Lors de la formation du gouvernement flamand l'an dernier, la N-VA avait explicitement demandé à l'Open Vld et au CD&V de monter dans un gouvernement avec le Vlaams Belang, a assuré vendredi Gwendolyn Rutten.
"Voici un an, alors que nous étions pleinement impliqués dans les discussions en vue de former un gouvernement en Flandre, la N-VA nous a dit tout comme au CD&V: rejoignez-nous dans un gouvernement N-VA-Vlaams Belang. Nous vous récompenserons généreusement, mais nous voulons faire participer le Vlaams Belang. Cette proposition a vraiment été sur la table et a été vraiment testée politiquement. Seule ma réponse a toujours été claire: non."


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ET DEMAIN ?

Madame Rutten lance un scoop sous forme de pavé dans la mare. Le plus important est ce qu’elle ne révèle pas à la presse : avec quel programme De Wever proposait au VLD de se coaliser avec le Belang ? Avait-il en tête de sortir la Flandre de l’Etat belge en proclamant son indépendance ?
Ce qui semble clair, c’est que cette hypothèse se précise à l’horizon  2024, lors de la prochaine  échéance électorale. Il est fort à parier qu’en 2024, NVA et Belang coalisés n’auront même plus besoin du VLD pour obtenir ensemble la majorité absolue en Flandre.
Mais pourquoi Rutten fait-elle cette révélation maintenant ?
"The past is past" sera la réponse lapidaire de son successeur à la présidence du Open Vld Egbert Lachaert.
« The past is past » affirme Lachaert sur Twitter. Sans doute pense-t-il secrètement que « the  past » pourrait très bien être « the future »… Et quid de « the present » ? On fait quoi maintenant que Sophie Wilmès est quitte de ses pouvoirs spéciaux ? 
Et que devient le roi Philippe qui « normalement » est  l’arbitre de tels conflits en période post-électorale. On le voit à vélo en famille à Bokrijk, on le voit visiter le port d’Anvers, on le voit en visite au 10e wing tactique, de Kleine-Brogel (Limbourg), se déclarant "jaloux" des huit pilotes qui s'apprêtaient pour une mission de combat aérien simulé au dessus de l'Ardenne belge…Le roi Philippe est partout, sauf dans son Palais de Bruxelles en train de consulter les présidents de partis. Comme c’est étrange. Et plus étrange encore : ni le grand constitutionaliste francophone Uytendaele ni son homologue flamand Vuye ne s’expriment sur ce sujet, eux d’habitude si prompts à relever toute anomalie constitutionnelle.
MG



samedi 27 juin 2020

Des médecins tirent la sonnette d'alarme: les Belges adhèrent de moins en moins aux mesures de sécurité



Le Soir

Plus de 450 médecins tirent, dans une lettre ouverte publiée vendredi sur le site web de Knack, la sonnette d'alarme en raison d'un manque d'adhésion de la population, selon eux, aux mesures prises pour endiguer l'épidémie.

Ils soulignent que le soutien aux directives est pourtant essentiel pour empêcher la propagation du coronavirus. Les médecins parlent "d'opportunité manquée" alors que le dernier Conseil national de sécurité n'a pas imposé le port du masque obligatoire. Le CNS a avancé que cette mesure aurait risqué de ne pas être comprise par la population alors que les "chiffres" montrent une "tendance à la baisse".
"Nous semblons oublier que cette tendance à la baisse s'est produite à la suite d'une période de confinement et après des semaines de strict respect des règles", écrivent les médecins.
Porter un masque est pourtant simple, estiment-ils. "Je te protège, tu me protèges. Avec un masque, on se protège les uns les autres. En plus, c'est une mesure bon marché sans les effets néfastes d'un confinement."
L'argument des opposants au port généralisé du masque selon lequel celui-ci serait nocif pour la santé est, selon ces médecins, "un mensonge flagrant". "Naturellement, les masques buccaux ont un sens, sinon nous n'en aurions pas si massivement besoin dans les hôpitaux."
Mais la préoccupation des médecins s'étend au-delà des masques. "Nous constatons que la tendance à la baisse dans les chiffres donne l'impression que le coronavirus 'est parti'. Au cours des dernières semaines, de nouveaux assouplissements se sont enchaînés à un rythme accéléré, tandis que les mesures sont de moins en moins respectées (...) L'attention collective menace de se relâcher et, ce, à un moment crucial", estiment les prestataires de soins. "Le nombre de reproduction du virus (qui indique combien d'individus une personne infectée contamine, NLDR) se rapproche de 1. S'il dépasse le nombre 1, la pandémie reprendra."
"Nous comprenons que la politique est un exercice d'équilibriste, prenant en compte la santé publique, l'économie, nos besoins humains et sociaux, notre bien-être psychologique et de nombreuses autres variables. Mais avec la multitude de règles, d'exceptions, d'assouplissements, de débats sur les intérêts qui doivent primer et surtout les nombreux conseils souvent contradictoires, aucune adhésion n'a été créée mais seulement de la confusion et de la frustration."
"On insiste trop peu sur le fait que le respect des règles nous permettra de retrouver plus rapidement une vie normale, avec moins de risques d'une deuxième vague", concluent les médecins.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« LA TENDANCE A LA BAISSE DANS LES CHIFFRES DONNE L'IMPRESSION QUE LE CORONAVIRUS EST PARTI »

Il ne fait aucun doute qu’on ne manquera pas de découvrir bientôt, sinon un vaccin, du moins des remèdes contre le coronavirus. Mais il ne faut se faire aucune illusion, jamais la science ne réussira à éradiquer la connerie humaine par un vaccin. L’enseignement obligatoire et généralisé s’y est employé, sans succès ! Un proverbe allemand dit que les dieux s’insurgent vainement contre la bêtise humaine.  
Hier soir, j’ai fait le tour des étangs d’Ixelles en promenant Higgins mon chien. Les poubelles publiques débordaient de canettes de bière et de cadavres de bouteilles, les pelouses étaient encombrées de groupes de jeunes prenant le frais et la place Sainte Croix était noire de monde, des milliers de fêtards s’agglutinaient autour des terrasses du Belga. Pas un seul policier pour surveiller ce petit monde : le Collège local préfère laisser faire pour éviter de froisser son électorat. Je n’ai pas vu non plus le virus Corona mais il y a fort à parier qu’il était tapi dans les arbres et buissons comme le montre si bien un dessin de Kroll.
MG 

vendredi 26 juin 2020

United colors of Belgium (édito)



Anne-Sophie Bailly
Rédactrice en chef le Vif

"Abattre une statue, c'est une chose. Se battre pour l'humain, c'en est une autre." L'éditorial d'Anne-Sophie Bailly, rédactrice en chef du Vif/L'Express.
Faut-il déboulonner les statues de Léopold II? Rebaptiser le tunnel bruxellois qui porte son nom? Modifier les intitulés des plaques de rue? Le débat agite la Belgique. Il n'est pas neuf, mais a ressurgi avec force dans la foulée du meurtre de l'Afro-Américain George Floyd à Minneapolis, asphyxié par un policier blanc, et de la mobilisation internationale autour du mouvement Black Lives Matter qui a suivi.
Pour les uns, ces statues, symboles de la colonisation du Congo et des exactions commises par des Belges contre les populations locales, doivent disparaître de l'espace public. Elles sont un rappel constant et insoutenable de la souffrance infligée par un roi colonisateur, "génocidaire", à tout un peuple.
Pour les autres, déboulonner une statue ou un buste est un acte de vandalisme qui efface un pan de l'histoire et qui, "au lieu d'apaiser une histoire controversée, risque, au contraire de radicaliser les propos". Des solutions alternatives comme une remise en contexte avec plaques explicatives ou l'ajout d'une dimension artistique auraient leur faveur.

Réouverture du débat
Chacun se fera son opinion sur le sort à réserver à ces kilos de bronze et de pierre bleue. Mais accordons à ce déboulonnage et ces tags au moins un mérite, celui d'avoir rouvert les débats.

Sur le passé colonial de la Belgique, tout d'abord. On parle maintenant de mettre en place une commission "vérité et réconciliation" chargée d'un travail de mémoire sur les responsabilités de Léopold II et de ses agents au Congo, de voir quand et comment la Belgique pourrait présenter des excuses et de rendre enfin obligatoires les cours sur cette partie de notre histoire dans tous les réseaux et toutes les filières de notre enseignement.
Ce serait aussi l'heure de faire les comptes. Car le célèbre "la colonie ne doit rien coûter" est devenu pour nombre de particuliers et d'entreprises présents sur place à l'époque une véritable poule aux oeufs d'or. Pas pour le peuple congolais.
De rouvrir aussi, et même surtout, le débat sur le racisme en Belgique. La diversité au sein des entreprises n'est toujours qu'un voeu pieu. Notre pays est le plus mauvais élève de la classe européenne en ce qui concerne le taux d'emploi des immigrés d'origine non européenne. Même la loi sur les mystery calls n'a pas permis de faire avancer la cause. Et si l'on regarde du côté des emplois à plus haute valeur ajoutée, on ne parle même plus de plafond de verre mais de barrière à l'entrée. Même constat dans la discrimination au logement. Refuser un logement à quelqu'un à cause de ses origines est interdit. Mais monnaie courante. Quant au plan interfédéral de lutte contre le racisme, il n'a toujours pas été adopté par la Belgique.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« LA BELGIQUE A ENCORE BEAUCOUP, BEAUCOUP A FAIRE POUR LUTTER CONTRE LE RACISME ET LA DISCRIMINATION »

« Au quotidien, et dans toutes les statistiques officielles, le constat est le même. La Belgique a encore beaucoup, beaucoup à faire pour lutter contre le racisme et la discrimination. Le chemin à parcourir pour aboutir à une société plus inclusive est encore long et devra mobiliser forces et énergies. » Anne-Sophie Bailly
Les articles sur le sujet se succèdent à un rythme cadencé. Ils sont tellement nombreux qu’on ne saurait tous les lire. « Le plan magistral de Léopold II pour mettre la main sur le Congo » mérite qu’on s’y arrête. Il explique comment Léopold II s’est emparé du Congo mais ne nous dit pas ce qu’il en a fait, de quelle manière il l’a exploité. Il ne dit pas non plus qu’au départ, la Belgique ne voulait pas de son héritage colonial. Vaste sujet qui va faire couler beaucoup d’encre et créer de formidables tensions dans les mois et les années qui viennent. La  commission "vérité et réconciliation" chargée d'un travail de mémoire sur les responsabilités de Léopold II et de ses agents au Congo aura du pain sur la planche et les medias également.
MG

LE PLAN MAGISTRAL DE LEOPOLD II POUR METTRE LA MAIN SUR LE CONGO (récit) Le Vif
Au milieu des années 1870, l'Afrique centrale retient toute l'attention de Léopold II. La dernière chance d'obtenir un jour sa colonie ? Oui, à condition de manoeuvrer adroitement. En avançant ses pions un à un, il mènera le monde entier en bateau.
 Léopold II ayant hérité de la fibre coloniale de son père, la conquête du Congo ne s'est certes par décidée sur un coup de tête. Pour la maison de Saxe-Cobourg, c'est le suprême aboutissement de cinquante ans d'une quête inlassable. © iStock

Fièvre exploratrice au centre de l'Afrique
A partir de 1860, de plus en plus d'expéditions européennes partent à la découverte de l'Afrique centrale. L'une d'elles, menée par le journaliste explorateur Henry Morton Stanley, est à la recherche d'un autre explorateur disparu, David Livingstone. Au moment où il finit par le retrouver, en 1871, Stanley l'aurait abordé avec cette réplique légendaire : " Dr Livingstone, I presume ? " C'est du moins ainsi qu'il relatera lui-même.
A l'heure de cette rencontre, l'explorateur et missionnaire antiesclavagiste Livingstone jouit déjà d'une renommée mondiale. Après trente ans passés à sillonner le coeur de l'Afrique, ses écrits ont éveillé l'intérêt des Européens pour la région. Mais il s'adresse aussi à leur conscience. Dans les territoires intérieurs, la traite négrière sévit plus que jamais pour satisfaire la demande arabe en plein essor. Pour Livingstone, la supériorité morale des peuples européens exige qu'ils mettent un terme à cette infamie.
Livingstone était parti en 1866 de Zanzibar sur la côte pour remonter au plus profond des terres jusqu'aux sources du Nil. Comme il ne donnait signe de vie depuis longtemps, le quotidien américain New York Herald envoie à sa recherche le journaliste Stanley, qui localisera effectivement Livingstone en 1871. Les deux hommes exploreront ensemble la région pendant quelques mois, avant que Stanley ne rentre publier le récit de son expédition.
Resté sur place, Livingstone poursuit en vain sa quête des sources du Nil. En revanche, il aura découvert - à son insu - le cours supérieur du fleuve Congo, que les locaux appellent Lwalaba. Et c'est encore Stanley qui sera amené à confirmer que les deux cours d'eau n'en faisaient qu'un. Ce qui en fera un élément indispensable à la concrétisation des plans de Léopold II.
Le bassin du Congo dévoile ses richesses
En mai 1872, la nouvelle de la rencontre entre les deux explorateurs retentit des deux côtés de l'Atlantique. Léopold II n'en perd pas une miette. Rien ne lui échappe sur l'actualité des colonies ou des missions d'exploration. Les multiples expéditions ont considérablement accru son intérêt pour la région. Ses autres pistes pour acquérir une colonie ont abouti à une impasse. Ses tentatives de rachat d'une colonie à l'Espagne en pleine banqueroute s'avèrent stériles et son projet d'annexion de la Nouvelle-Guinée ne trouve aucun soutien auprès des Britanniques.
En janvier 1876, une autre expédition retiendra toute son attention. Verney Lovett Cameron vient de traverser le bassin du Congo de la côte est à l'Atlantique pour la première fois, sans emprunter le fleuve. Dans ses rapports, l'explorateur vante les richesses de l'intérieur. Toute la région regorge de minerais et minéraux, et les terres arables y sont exceptionnelles. Tout capitaliste un tant soit peu entreprenant y verrait fructifier sa mise en peu de temps, prédit Cameron.
Une lueur d'espoir surgit dans l'oeil de Léopold II. Contactant aussitôt la Royal Geographical Society, commanditaire de l'expédition Cameron, il se dit prêt à lui faire don de quatre mille livres pour rendre hommage à l'odyssée de ce dernier. La Société déclinera son offre, mais Léopold émerge désormais en tant que sponsor d'autres missions de prospection.
Au cours de son expédition africaine (1872-1875), l'explorateur Verney Lovett Cameron (1844-1894), chargé par la Royal Geographical Society de retracer le parcours de Livingstone, traversa notamment la rivière Lwalaba. Il finit par retrouver Livingstone, alors décédé. 
PREMIERE ENTREPRISE
Un audacieux calcul diplomatique naît dans l'esprit de Léopold II. En septembre 1876, il met sur pied la Conférence géographique de Bruxelles, où quelques dizaines d'explorateurs et diplomates étudieront les perspectives de l'Afrique centrale. Science et philanthropie sont à l'honneur. Sans éveiller aucun soupçon, le véritable enjeu est l'avenir du Congo.
Léopold va s'appuyer sur cette conférence pour fonder l'Association internationale africaine (AIA). Sous le drapeau international, cet organisme indépendant se chargera de coordonner l'exploration et la civilisation de l'Afrique centrale. En établissant des routes et des comptoirs commerciaux, l'association se propose de mettre fin à la traite des esclavagistes arabes dans la région et d'apporter aux peuples africains prospérité, christianisme et civilisation. Un cas unique et exemplaire de coopération internationale, où Léopold et la Belgique ne joueront qu'un rôle discret. Avec sa neutralité en garantie, l'humble nation hérite tout simplement de la coordination. Léopold II est le premier à présider l'AIA, mais cette présidence sera réattribuée chaque année à un membre d'une autre nationalité.
La conférence est un franc succès. Léopold a su aiguillonner les bonnes intentions des explorateurs et diplomates étrangers. Les Etats concernés s'engagent à créer des comités nationaux pour mettre leurs plans à exécution. En pratique, ces autres comités ne verraient jamais le jour. Léopold ne peut que s'en réjouir. Les autres pays ayant détourné le regard, il sera d'autant plus facile de piloter l'AIA vers la réalisation de ses propres fins. Pour Léopold, l'Association n'est autre qu'une coquille vide, un simulacre de coopération humanitaire qui l'aidera à faire main basse sur sa colonie personnelle. Comme il l'écrit lui-même sans détour au consul belge en Grande-Bretagne, il ne veut pas manquer une si belle occasion de se procurer " une part de ce magnifique gâteau africain ".
STANLEY EMBOITE LE PAS
Il faut maintenant que Léopold fasse poser les jalons de sa future colonie sur le terrain. Mais le plus discrètement possible afin que le jour venu, son propre gouvernement et les puissances européennes soient mis devant le fait accompli. C'est là que Stanley lui sera d'une grande utilité. En 1874, deux ans avant la conférence de Bruxelles, Stanley a mis le cap à l'ouest de Zanzibar avec une expédition financée par deux journaux américain et britannique. Il disposait alors d'une petite troupe de 350 porteurs noirs chargés de six tonnes d'armes, articles à troquer et matériels divers.
L'un des objectifs est de reconnaître le Lwalaba, ce fleuve que Livingstone soupçonnait d'être le haut du Nil alors que d'autres l'associaient plutôt au Congo ou même au Niger. Stanley va trancher la question. Le Lwalaba est bien le cours supérieur du fleuve Congo. En octobre 1877, il rejoint le rivage de l'Atlantique au bout de 999 jours de voyage. Mais son expédition est décimée. Il est le seul survivant sur quatre Européens, avec à peine un tiers des porteurs.
Sur tout le trajet, ils ont dû essuyer de nombreux combats armés avec des habitants hostiles qui leur barraient le passage. Des centaines d'indigènes ont été tués par les soldats de l'expédition Stanley au cours de ces échauffourées.
Dès qu'il apprend sa réussite, Léopold II envoie aussitôt à Stanley un télégramme de félicitations. Repartant à Londres pour y recevoir les honneurs bien mérités, Stanley doit faire escale au Cap, au Caire, à Marseille et enfin à Paris, où il sera intercepté par deux complices dévoués de Léopold II. Lui témoignant la plus vive admiration du roi, ils s'empressent de lui offrir de travailler pour l'AIA sous le haut patronage de Léopold. Souffrant, exténué, Stanley rejette leur demande, bien qu'il la juge séduisante - lui qui est toujours à l'affût de l'intérêt des grands de ce monde.
En Grande-Bretagne, Stanley est accueilli en héros. Mais le gouvernement est peu enclin à exploiter ses découvertes pour coloniser la région. Empêtré dans la récession qui frappe l'Angleterre de plein fouet et une série de crises coloniales, il ne voit là aucune priorité. Pour Léopold, c'est une aubaine supplémentaire. Le désintérêt britannique laissant Stanley plutôt amer, il continue à être courtisé par les émissaires de Léopold qui, tout en le flattant, lui font croire que ce dernier est prêt à s'associer un autre explorateur. Trahi par son orgueil, Stanley accepte une entrevue à Bruxelles en juin 1878. Léopold II met peu de temps à le convaincre : avant la fin de l'année, Stanley aura signé tous les contrats liés à une nouvelle expédition sur le Congo.
Stanley a pour mission d'ouvrir le bassin du Congo à la civilisation. Au moment de quitter l'Europe, il croit encore être au service de la société internationale, mais tout doute sera dissipé dès l'arrivée. Sa tâche consiste en fait à y fonder une colonie pour le compte personnel de Léopold. Sans s'en offusquer outre mesure, Stanley sait se montrer suffisamment implacable pour obtenir des résultats probants. Basé à l'embouchure du Congo, il lance la construction d'une piste pour contourner les chutes qui rendent le fleuve impraticable. Après une série de rapides, la navigation y est possible sur plus de 1 500 kilomètres. Cette portion sera l'artère vitale de l'exploitation du territoire, grâce à l'établissement de comptoirs tout au long des rives.
Léopold II voyait dans ce qui deviendra le Musée royal de l'Afrique centrale à Tervuren, aujourd'hui l'AfricaMuseum, un outil de propagande pour son projet colonial destiné à attirer des investisseurs et à convaincre la population belge. C'est en 1898 que l'exposition temporaire devenait ainsi le premier musée permanent du Congo. Dès ses origines, l'institut était musée et institut scientifique. 
Entre-temps, Léopold II franchit un nouveau pas essentiel vers l'aboutissement de son stratagème. Continuant de camoufler ses plans, il obtient la fusion de l'AIA dans une nouvelle entité, l'Association internationale du Congo (AIC). Le nom renvoie délibérément à la première association, dont l'AIC reprend, en outre, le drapeau bleu avec une étoile jaune. La nouvelle mouture se confond ainsi avec l'ancienne, dont la stature philanthropique et internationale était bien établie aux yeux du monde extérieur. Mais en interne, Léopold II en contrôle fermement tous les rouages.
Au même moment, Stanley fait signer des centaines de contrats de propriété aux indigènes qui ignorent tout de ses véritables desseins. Selon les principes du droit européen, ils cèdent ainsi leur souveraineté à l'AIC et s'engagent simultanément à travailler pour l'organisation.
DERNIERE ENTREPRISE
En 1884, Stanley ramène en Belgique une manne de contrats dûment signés par des chefs africains. A ce stade, il est clair que le partage du gâteau africain est imminent. La France aussi a dépêché ses éclaireurs sur le fleuve Congo. L'Allemagne et l'Italie sont occupées à édifier leurs propres empires et les Britanniques sont inquiets. Ils ne veulent surtout pas perdre leur suprématie en Afrique. Face aux revendications de ces puissants Européens, Léopold II sait qu'il ne fait pas le poids. Mais peut-être céderaient-ils plus facilement si la souveraineté de l'AIC sur le bassin du Congo était reconnue par une autre grande puissance. Lançant un nouveau pion sur l'échiquier international, il envoie aux Etats-Unis son fidèle partisan, Henry Sanford. Ex-diplomate, cet Américain fortuné a conservé sa place dans les meilleurs cercles bruxellois après avoir été relevé de ses fonctions. Léopold a ainsi fait de lui un proche confident.
En avril 1884, Sanford se rend donc à Washington, où il présente le projet de Léopold II comme une entreprise internationale à but humanitaire. Le Congrès comme le gouvernement saluent l'élan "philanthropique" du roi belge et légitiment la souveraineté de l'AIC sur le Congo.
Avec les signatures américaines, Léopold II peut enfin mettre les puissances d'Europe au pied du mur. Le chancelier allemand Bismarck prendra l'initiative de réunir celles-ci à Berlin, de novembre 1884 à février 1885. C'est là qu'elles fixeront les règles "équitables" de la répartition du continent africain et de son annexion.
Léopold II a su tirer profit des rivalités entre les empires européens. La France accorde le bassin du Congo à Léopold II à condition de bénéficier d'un droit de préemption. Si l'AIC était amenée à délaisser sa souveraineté sur le Congo, la France serait son acquéreur prioritaire. Et Léopold ayant insinué qu'il pourrait bien renoncer à ses aspirations coloniales pour peu qu'on lui mette trop de bâtons dans les roues, les Britanniques cèdent à leur tour. Autant que le Congo soit la propriété de l'AIC plutôt que de tomber entre les griffes françaises.
Bismarck se laissera moins facilement persuader. Mais en fin de compte, il préfère, lui aussi, laisser le Congo à Léopold II pour éviter que les puissances rivales ne se l'accaparent avant lui.

La conférence de Berlin s'étant achevée en février, la fondation de l'Etat indépendant du Congo est proclamée le 1er juillet 1885. L'AIC - c'est-à-dire Léopold II - s'en octroie la souveraineté. Pour Léopold, son chef d'Etat, la représentation est terminée. Chapeau bas! L'exploitation peut commencer.

jeudi 25 juin 2020

Vers la création d'une commission chargée du passé colonial de la Belgique à la Chambre


Belga La Libre Belgique

La commission des relations extérieures de la Chambre a convenu mercredi, à une semaine du 60e anniversaire de l'indépendance du Congo ex-belge, d'enclencher le mécanisme qui doit conduire à la création d'une commission - dont l'intitulé et la forme restent à définir - chargée de se pencher sur le passé colonial de la Belgique avant d'envisager d'éventuelles excuses. 
Un consensus s'est dégagé pour que chaque groupe politique propose rapidement le nom d'un expert afin de constituer un groupe chargé d'épauler la réflexion confiée à deux institutions scientifiques fédérales, l'AfricaMuseum (ex-Musée royal de l'Afrique centrale) de Tervueren et les Archives générales du Royaume, a indiqué la présidente de la commission, la députée Els Van Hoof (CD&V).
"Le groupe de travail va déjà se réunir la semaine prochaine pour la première fois avec les premiers avis de ces deux instituts", a-t-elle déclaré. "Et cette semaine vous (les députés membres de la commission) allez pouvoir aussi nous donner le nom d'un expert auquel vous pensez", a-t-elle ajouté.
Un accord de principe était intervenu la semaine en conférence des présidents de la Chambre pour mettre en place une commission chargée de travailler sur le passé colonial de la Belgique, alors que le débat fait rage sur le rôle de la Belgique dans la colonisation après que plusieurs statues du roi Léopold II, associé à l'histoire coloniale belge et à l'État indépendant du Congo (EIC) eurent été récemment vandalisées.
"Il faut pouvoir démarrer rapidement" pour "entamer le descriptif de la mission à confier à ces experts, a souligné Mme Van Hoof alors que l'échéance du 30 juin, date de l'anniversaire de l'indépendance du Congo approche à grands pas.
La forme définitive que prendra cette commission - soit au sein de celle des relations extérieures, soit une sous-commission, voire une commission spéciale ou d'enquête (nettement plus lourde) devrait pour sa part être déterminée en septembre, ont souligné plusieurs députés lors de la discussion mercredi.


Statues vandalisées et déboulonnées: "Des groupuscules extrémistes tentent d'imposer une vision binaire de l'Histoire"
La Libre Belgique

Plutôt que de déboulonner les statues de personnages historiques controversés ou de débaptiser des rues, mieux vaudrait élever sur les même lieux, en réponse, des monuments dédiés à d'autres figures afin de "regarder l'Histoire en face", a suggéré l'entourage d'Emmanuel Macron.
Les conseillers du président étaient interrogés sur les propos de la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, qui a souhaité "poser la question" de débaptiser l'avenue Bugeaud à Paris, qui porte le nom du général français responsable du massacre de nombreux Algériens au XIXe.
"Il ne s'agit pas de débaptiser l'avenue Bugeaud mais pourquoi pas un monument adressé à l'émir Abdelkader -- qu'a combattu Bugeaud -- qui était détenu au château d'Amboise", a commenté un conseiller. "Pourquoi pas une statue d'Emile Zola en face de celle de Paul Déroulède", fondateur en 1882 de la Ligue des Patriotes, mouvement antidreyfusard.
"Il faut s'emparer de la mémoire de ces personnages, il ne s'agit pas d'effacer ce qu'ils ont été mais de recontextualiser", explique-t-on de même source.
"Des groupuscules extrémistes tentent d'imposer une vision binaire de l'Histoire, puritaine, et s'attaquent à des symboles républicains et aux valeurs de la République. Cette tentative d'importer une vision intersectionnelle de la mémoire ne peut être compatible avec une mémoire républicaine partagée par tous", estiment des proches du président, inquiets des dégradations ce week-end de statues du général de Gaulle et de Gambetta.
Un buste de Charles de Gaulle a été vandalisé à Hautmont (Nord) avec inscrit en peinture rouge le mot "esclavagiste", a rapporté le président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand sur Twitter.
Samedi dernier, lors de la manifestation en mémoire d'Adama Traoré, des manifestants voulaient cibler la statue installée devant l'Assemblée nationale de Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV, à l'initiative en 1685 du Code noir, qui a légiféré l'esclavage dans les colonies françaises.
Alors que Jean-Marc Ayrault, actuel président de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage, a demandé samedi de rebaptiser une salle Colbert à l'Assemblée, le sénateur PS de Guadeloupe et ancien ministre des Outre-mer Victorin Lurel souhaite que sa statue devant l'Assemblée, ou celle située au sein du Sénat, soient "déplacées ou expliquées".
"Dans un État républicain, démocratique et libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique. Pourtant, parce que l'Histoire fonde nos consciences, parce que les mémoires - longtemps honteuses - restent douloureuses, parce que face à l'occultation et au déni encore vivaces, l'honneur de la République est d'oeuvrer pour la réconciliation des mémoires", écrit le sénateur sur Facebook.
Emmanuel Macron a déclaré dimanche qu'il serait "intraitable face au racisme, à l'antisémitisme et aux discriminations" mais que "ce combat noble est dévoyé lorsqu'il se transforme en communautarisme, en réécriture haineuse ou fausse du passé".
"La République n'effacera aucune trace ni aucun nom de son Histoire. La République ne déboulonnera pas de statue. Nous devons plutôt lucidement regarder ensemble toute notre Histoire, toutes nos mémoires, avait-il déclaré.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DE LE NECESSITE DE RECONTEXTUALISER

Il est de bon ton, quand quelque chose ne va pas d’en rendre responsable l’enseignement, lequel en l’occurrence serait trop silencieux sur les questions touchant à la colonisation. On a dit la même chose à propos de l’islam.
Il est certain que les cours d’histoire sont un moment éducatif important de « contextualisation » voire de « recontextualisation ». 
Mais quel est leur impact sur les décrocheurs des profs d’histoire, si doués, savants et motivés qu’ils soient sur les agissements d’une bande d’excités qui n’ont qu’une ambition, instaurer le chaos pour faire triompher leur cause radicale, je songe à l’organisation des « black blocs » qui sont sur tous les fronts, des gilets jaunes aux gangs des « débouloneurs » de statues.
Certes, on pourrait , on devrait même installer des plaques explicatives de laiton ou de bronze sur les monuments contestés et contestables mais ils seraient sans doute rapidement tagués par les bandes des rues , voire volés par le gang  qui fait main basse sur les fils de cuivre des réseaux ferroviaires de la sncb.
On lira avec intérêt et empathie la belle carte blanche de Farid Bahri, enseignant d'Histoire dans le secondaire qui met les points sur le « i » et le poing sur la table ainsi que le témoignage sobre de Kalvin Njall Soiresse, député Ecolo bruxellois.
Je me souviens pour ma part du cours magistral du professeur Stengers à l’ULB très nuancé sur l’aventure coloniale du roi Léopold II et aussi des récits de deux anciens directeurs d’écoles officielles qui ont dirigé des établissements scolaires au Congo dans les années cinquante. Ils ne tarissaient pas d’éloges sur la qualité des routes, des dispensaires sanitaires et des écoles crées et gérées par l’administration belge.
Il sort de leurs témoignages une impression de grande cohérence et un grand souci d’humanité dans un climat que des esprits chagrins ont volontiers qualifié de paternaliste. Rien à voir avec l’esclavagisme des Etats sudistes américains ou la brutalité de la présence française en Algérie.
Il est vrai que quand j’écoutais le cousin de mon père établi à Léopoldville raconter ses anecdotes congolaises- il y vécut 30 ans-on ne peut pas dire qu’elles étaient de nature à flatter le peuple indigène qui subissait passivement la colonisation belge au bénéfice d’une caste de collabos privilégiés que l’on appelait les évolués.
« L’enseignement  secondaire n'a pas pour objet premier de construire un récit national belge ou pire encore un mythe national voire nationaliste belge. Tout au contraire. Il vise à construire un savoir problématisé pour une citoyenneté responsable. Sans une culture historique appropriée, les tensions mémorielles s'aggraveront, et la tentation de l'isolement culturel face à la mondialisation guettera l'élève-citoyen.
Un Pacte d'Excellence qui rabote le cours d'Histoire, c'est le temps historique qu'on mutile. Sans cours intégral d'Histoire, quelle mémoire collective et citoyenne va-t-on construire dans une société multiculturelle ? » (Farid Bahri)
Et surtout : quand nous décidérons-nous enfin à envisager une approche interculturelle, voire mieux encore c'est-à-dire carrément transculturelle de l’histoire. L’histoitre c’est moins le « choc des civilisations » (Huntington) que le dialogue des cultures qui ne cessent d’inter réagir les unes sur les autres. Le nouveau testament n’est pas concevable sans la thora qui le précède et l’islam qui les suit est comme une synthèse des deux premier : un troisième évangile éthique nourri des deux premiers et de sa spécificité. Le jazz n’est pas une musique « nègre » mais un produit transculturel où se combinent les rythmes africains et les instruments des brass bands des états sudistes. Le jazz est transculturel et les religions également. Les chiffres dits arabes sont d’origine indienne etc.
Le dialogue interculturel est le seul moyen de sortir de l’impasse dans laquelle nous coince le mouvement Black Lives Matter. All lives matter !  
MG
PACTE D'EXCELLENCE : "QUAND ON DEBOULONNE L'HISTOIRE !"

Carte blanche
Peut-on déboulonner l'Histoire du programme scolaire francophone belge au moment même où l'on déboulonne et peinturlure les statues du roi Léopold II aux quatre coins de la Wallonie et de Bruxelles ?
Ces derniers temps, tout citoyen belge, sensible au passé de la Belgique, a été, à certains égards, interpellé par les dégradations infligées aux statues du roi Léopold II. Si à Mons, des militants d'un collectif anticolonial a plaqué la statue de photographies de mains coupées, emblème de la colonisation belge du Congo, à Ixelles, ce sont des partisans de l'indépendantiste et ex-Premier ministre congolais assassiné, Patrice Lumumba qui ont badigeonné la statue équestre du roi attenante à la place du Trône. "Baudouin assasaint" pouvait-on y lire sur le piédestal. Tout un symbole donc que cette action, qui plus est, surmontée par une faute d'orthographe grotesque qui ne va pas sans nous rappeler l'affaire Omar Haddad en France. Plus récemment, au parc Duden, la statue du "roi bâtisseur" a été déboulonnée, une statue en sciure de bois de Patrice Lumumba a été érigée dans la galerie Ravenstein. Pourquoi s'attaque-t-on à la statue de Léopold II ? Qui en sont les auteurs ? Comment en sommes-nous arrivés à ce degré de violence ? Voilà les questions pertinentes que l'apprenant belge doit se poser en classe d'Histoire face à un événement du passé (compétence 1 dans le cadre des "compétences terminales et savoirs disciplinaires requis" de la FWB).

Si l'acte de vandaliser un bien collectif tombe sous la coupe effective de la loi, la réflexion, elle, va au-delà de la considération éthique et juridique. Elle participe d'un débat mémoriel national et international que le cours d'Histoire alimente depuis le plus jeune âge. L'histoire coloniale belge s'inscrit dans programme de 5e générale du réseau officiel francophone belge. Faut-il rappeler au néophyte que l'épisode colonial, vaguement intitulé dans le programme "l'impérialisme colonial, les formes de domination : politique, culturelle, économique..." correspond à un seul contenu d'apprentissage, soit deux fois 50 minutes. Afin de créer un débat historiographique digne de ce nom, en s'appuyant par exemple sur Futurhist 5e, l'excellent manuel de référence d'Hervé Hasquin et de Jean-Louis Jadoulle (Didier Hatier éditeurs), où la colonisation belge se décline en trois leçons ("De l'état indépendant du Congo au Congo Belge", "Regards sur l'homme noir", "Polémiques autour de la colonisation"), l'enseignant d'histoire doit mobiliser six fois 50 minutes c'est-à-dire un temps énorme. Pour ce faire, faut-il alors rogner sur les "grands courants idéologiques", le thème précédent la colonisation ou alors élaguer le thème suivant ; "le choc des impérialismes et des nationalismes en Europe et dans le monde" ? Choix cornélien pour l'enseignant d'Histoire. Car ces sujets sont les uns autant que les autres vitaux pour éclairer les enjeux récents ou actuels de la Belgique fédérale, de la crise des Balkans, de la problématique des migrants etc. au futur élève-citoyen belge. Malheureusement, les événements récents de vandalisme montrent que le citoyen belge devenu multiethnique, n'a pas assimilé les tenants et aboutissants du colonialisme belge. Les raisons sont d'abord à chercher dans l'école, dans le cours d'histoire, puis dans l'exercice mémoriel collectif à travers le débat médiatique, la muséographie etc. Il est vrai, là n'est plus notre sujet même si le cours d'Histoire prépare à ce débat mémoriel dépassionné dans nos sociétés postcoloniales et mondialisées. Bien sûr la mémoire ne fait pas l'Histoire mais n'y contribue-t-elle pas amplement dans un espace démocratique ? Maintenir un cours intégral d'Histoire dans le secondaire n'a pas pour objet premier de construire un récit national belge ou pire encore un mythe national voire nationaliste belge. Tout au contraire. Il vise à construire un savoir problématisé pour une citoyenneté responsable. Sans une culture historique appropriée, les tensions mémorielles s'aggraveront, et la tentation de l'isolement culturel face à la mondialisation guettera l'élève-citoyen.
Un Pacte d'Excellence qui rabote le cours d'Histoire, c'est le temps historique qu'on mutile.
Est-il besoin de rappeler que la difficulté ne s'arrête pas à l'exemple du colonialisme belge en Afrique. "Les nationalismes, les totalitarismes de droite et de gauche", "l'univers concentrationnaire et génocide", "la collaboration ou résistance", pour reprendre l'intitulé du programme, sont autant d'enjeux mémoriaux cruciaux pour la bonne santé citoyenne. Surtout dans les établissements dits à "discrimination positive". Comment déconstruire les clichés et autres stéréotypes communautaires antisémites et prohitlériens fermement acquis dans certains milieux auquel j'ai été confronté dans mon cours d'Histoire? Comment expliquer le conflit israélo-palestinien depuis la lettre de Balfour aux accords d'Oslo en passant par les conflits arabo-israéliens devant un parterre d'élèves issus de la migration maghrébine sans me faire traiter de partialité, pour ne pas dire de trahison (étant moi-même d'origine nord-africaine)? Enfin, dans cette course à la montre qui m'est impartie, m'est-il possible de faire découvrir d'autres horizons historiques à mes élèves ? Je souhaiterais par exemple replacer les migrations maghrébines dans la longue durée, remonter au XIXe siècle, montrer l'intérêt du roi Léopold II pour le Maroc. Evoquer Abraham Siscù, le premier juif marocain à obtenir la nationalité belge. Tout cela afin de battre en brèche l'antisémitisme. Que me restera-t-il dans l'horaire du futur "bloc sciences humaines" pour traiter ces écheveaux de la mémoire collective ?
Un pacte d'excellence qui rabote le cours d'Histoire, c'est le temps historique qu'on mutile. Sans cours intégral d'Histoire, quelle mémoire collective et citoyenne va-t-on construire dans une société multiculturelle ? Comment déconstruire les clichés acquis par l'élève dans son habitus ? Quel temps restera-t-il pour corriger la "mémoire manipulée" ? Justement pour reprendre les mots de Paul Ricoeur "le pardon, s'il a un sens et s'il existe, constitue l'horizon commun de la mémoire, de l'histoire et de l'oubli". Sans cours intégral d'Histoire dans le secondaire, plus de mémoire, que de l'oubli dans la Belgique francophone à venir,
Je m'interroge et vous interroge Madame la Ministre de l'Education.
Par Farid Bahri, enseignant d'Histoire dans le secondaire


CARTE BLANCHE: «N’INSTRUMENTALISEZ PAS LES HISTORIENS DANS LE DEBAT SUR LE PASSE COLONIAL»
Il existe bel et bien un consensus historique sur les aspects les plus importants du passé colonial belge, affirment dans une lettre ouverte une série d’historiens.

« Le colonialisme s’est accompagné d’une propagande sélective, qui mettait en avant des éléments jugés « positifs » (...), mais sans mentionner le fait que ces efforts étaient aussi déployés en fonction du profit économique pour la « mère patrie » belge», affirment les historiens. - reuters
Par Gillian Mathys (Université de Gand), Sarah Van Beurden (The Ohio State University), Reuben A. Loffman (Queen Mary University of London), Hein Vanhee (KMMA Tervuren), Idesbald Goddeeris (KU Leuven). Le texte est cosigné par une série d’historiens*

Qui ? Des historiens menant des recherches sur le Congo colonial.
Quoi ? S’excuser ou ne pas s’excuser est un choix politique ; se cacher derrière le manque d’un consensus historique est un non-argument.
En tant qu’historien.nes et chercheur.ses en sciences humaines et sociales se penchant sur l’histoire coloniale du Congo, nous souhaitons répondre aux récentes déclarations portant sur l’existence contestée d’un « consensus historique » sur les atrocités commises au Congo sous le règne de Léopold II.
Premièrement : le consensus entre historiens
Le Palais dit attendre un « consensus historique » sur la responsabilité de Léopold II dans la violence de « son » État indépendant avant de s’exprimer sur ce sujet. Un coup d’œil sur les travaux historiques des trente dernières années montre toutefois que ce consensus existe bel et bien et ne dépend pas de nouvelles études détaillées pour être étayé, comme semblent le suggérer certains. Le débat sur la responsabilité de Léopold II dans le règne de terreur au Congo rappelle à certains égards celui sur le réchauffement climatique, en ce sens qu’une petite minorité reste aveugle à l’écrasante charge des preuves déjà amassées.
En tant que souverain autocrate de l’État Indépendant du Congo, Léopold II était responsable d’un régime fondé sur une violence massive et structurelle, visant à l’exploitation maximale des ressources de « sa » colonie et ayant conduit à une diminution de sa population – selon les derniers calculs démographiques/historiques – d’un à cinq millions de Congolais. Il était conscient des horreurs perpétrées sur le terrain, mais n’a pratiquement rien fait pour les arrêter. Il existe un large consensus historique sur ces questions.
En outre, le focus sur Léopold II ne doit pas conduire à ignorer les responsabilités de l’État belge, qui a pris le contrôle du Congo en 1908. Le régime du Congo belge s’appuyait également sur le racisme, la répression et l’exploitation, indépendamment des motivations individuelles des coloniaux. Le colonialisme s’est accompagné d’une propagande sélective, qui mettait en avant des éléments jugés « positifs » tels que les réalisations dans le domaine de l’éducation, des soins de santé et du développement d’infrastructures, mais sans mentionner le fait que ces efforts étaient aussi déployés en fonction du profit économique pour la « mère patrie » belge. De plus, ces éléments ne compensent en rien les souffrances de la population congolaise.
Deuxièmement : les normes de l’époque
L’affirmation selon laquelle le système de l’État Indépendant du Congo était « normal » selon les normes de l’époque ignore les critiques contemporaines de sa violence choquante, menée tant en Belgique qu’à l’étranger. En outre – et cela vaut également pour le Congo belge –, l’accent mis sur les « normes applicables à l’époque » est une façon d’effacer les résistances des Congolais à ces deux régimes coloniaux, ainsi que la mémoire de ces résistances. Pour les victimes congolaises, le colonialisme n’était pas la norme acceptable. L’accent mis sur les « normes en vigueur à l’époque » trahit une perception eurocentrique étroite, voire coloniale, du passé.
Troisièmement : le racisme et la discrimination
D’aucuns refusent également de voir le lien entre le colonialisme et le problème social actuel du racisme et de la discrimination. Joren Vermeersch (N-VA) écrit ainsi : « Il est tout aussi grossier de blâmer un Européen du XXIe siècle pour le colonialisme que de blâmer un Allemand d’aujourd’hui pour l’Holocauste, ou un musulman pour l’esclavage qui était et serait toujours normal dans le monde musulman si les colonisateurs européens ne l’avaient pas aboli ». Cette comparaison n’est pas valable car l’Allemagne a depuis longtemps rompu avec son passé nazi dans l’espace public, dans les musées, dans l’éducation, et dans les médias. Si bien des Européens du XXIe siècle sont totalement indifférents au passé colonial, d’autres continuent à s’accrocher aux symboles du colonialisme. Ils refusent de voir que le racisme et la discrimination contemporains sont liés à la déshumanisation associée à la colonisation. La comparaison avec le monde musulman n’est quant à elle pas seulement une expression de l’islamophobie moderne, mais aussi un vestige typique de la propagande coloniale. En réalité, Léopold II a collaboré avec des esclavagistes arabes et le colonisateur belge lui-même a recouru au travail forcé.
En d’autres termes : il existe un consensus historique sur les aspects les plus importants du passé colonial. L’idée de créer une « commission vérité » parlementaire pourrait être un instrument pour faire émerger un consensus politique autour de cette histoire mais ne doit pas être un moyen d’en retarder la reconnaissance.
*Le texte a été cosigné par Denise Bentrovato (University of Pretoria), Frans Buelens (Universiteit Antwerpen), Geert Castryck (Universität Leipzig), Bambi Ceuppens (KMMA Tervuren), Maarten Couttenier (KMMA Tervuren), Marc Depaepe (KU Leuven Kulak), Donatien Dibwe dia Mwembu (Université de Lubumbashi), Nicole Eggers (University of Knoxville, Tenessee), Mathieu Zana Etambala (KMMA Tervuren/KU Leuven), Didier Gondola (Indiana University – Purdue University Indianapolis), Benoît Henriet (VUB), Nancy Rose Hunt (University of Florida), Gert Huskens (Universiteit Gent), Amandine Lauro (ULB), Johan Lagae (Universiteit Gent), Romain Landmeters (Université Saint-Louis – Bruxelles), Maarten Langhendries (KU Leuven), Margot Luyckfasseel (Universiteit Gent), Ruben Mantels (Universiteit Gent), Elikia M’Bokolo (EHESS, Paris), Michael Meeuwis (Universiteit Gent), Eline Mestdagh (Universiteit Gent), Pedro Monaville (New York University Abu Dhabi), Jean-Marie Mutamba Makombo (Université de Kinshasa), Enika Ngongo (Université Saint-Louis – Bruxelles), Valérie Piette (ULB), Violette Pouillard (Universiteit Gent & ULB), Jacob Sabakinu (Université de Kinshasa), Leslie Sabakinu (University of Madison-Wisconsin), Jean-Paul Sanderson (UCL), Yves Segers (KU Leuven), Julia Seibert (Humboldt-Universität zu Berlin), Matthew Stanard (Berry College, Georgia), Daniel Tödt (Humboldt-Universität zu Berlin), Nathalie Tousignant (Université Saint-Louis – Bruxelles), Charles Tshimanga (University of Nevada), Jean Omasombo Tshonda (KMMA Tervuren), Vicky Van Bockhaven (Universiteit Gent), Leen Van Molle (KU Leuven), Jan Vandersmissen (Universiteit Gent), Karel Van Nieuwenhuyse (KU Leuven), Guy Vanthemsche (VUB)


LE DEPUTE BRUXELLOIS KALVIN SOIRESSE DENONCE LE RACISME DONT IL A ETE VICTIME: "JE ME SUIS FAIT TRAITER DE CANNIBALE QUI DOIT JOUER DU TAM-TAM"

Kalvin Njall Soiresse, député Ecolo bruxellois était l'invité sur Bel RTL. Il a livré sa vision des choses à propos du racisme en Belgique, de la manifestation du 7 juin dernier à la Place Poelaert et des représentations dans l'espace public à la gloire des acteurs du passé colonial.
Le député bruxellois a tout d'abord tenu à préciser qu'il ne considérait pas la Belgique comme un pays raciste: "Il y a, comme dans tous les pays, dans toutes les structures de la société, des personnes qui le sont. Mais on ne peut pas dire que la Belgique est un pays raciste", affirme-t-il.
Kalvin Soiresse confie pourtant en avoir lui-même été victime en Belgique: "Je me suis fait traiter de cannibale qui doit jouer du tam-tam. J'ai reçu des lettres de menaces de la part des anciennes associations de colons qui m'ont dit que si j'avais mes lunettes et mon manteau, je devais remercier la colonisation. Je reçois des menaces encore aujourd'hui", confirme-t-il.
L'éducation et l'espace public comme boussole
Le meurtre de l'Afro-américain George Floyd par un policier blanc a été un véritable détonateur qui a entraîné de nombreuses manifestations à travers le monde comme celle du 7 juin dernier à Bruxelles qui a rassemblé environ 10 000 personnes.
Selon Kalvin Soiresse, il ne faut cependant pas oublier le travail de fond depuis plusieurs années du milieu associatif ainsi que les épisodes précédents qui ont également mené à des mobilisations: "Il y a un soulèvement des consciences", soutient-il.
La semaine dernière, la ministre de l’Éducation en Fédération Wallonie-Bruxelles, Caroline Désir, avait réaffirmé son projet de rendre obligatoire les cours sur l'histoire du Congo et de la colonisation. Pour Kalvin Soiresse, pour lutter contre le racisme sur le long terme, il faut en effet utiliser l'éducation et l'espace public "comme boussole".
"C'est regrettable mais je comprends les personnes qui ont déboulonné les statues de Léopold II", reconnaît-il. "Il y a cette tension parce que nous avons tardé à prendre des décisions".
Cependant, le député écologiste soutient un maintien de ces traces du passé coloniale belge. Il faudrait toutefois y apporter une contextualisation: "Il faut leur donner un sens, les utiliser comme outils pédagogiques, informer et éduquer". "A côté du 'souvenir' des colonisateurs, il faut également renforcer le 'souvenir' des colonisés", conclut le député bruxellois.



mardi 23 juin 2020

L’Appel du 18 juin 40, une révolte contre le réalisme


Lorsque le général de Gaulle lance son « Appel du 18 juin 1940 », il s’agit d’un appel à refuser le réel comme carcan, pour le transcender. Le général ne se résout pas à ce qui se déconstruit, il anticipe tous les composants de ce qui va se reconstruire.

Par Jean-François Kahn
Chroniqueur Le Le Soir

Il y a 80 ans, le général de Gaulle lançait son « Appel du 18 juin 1940 ».
Un appel à quoi exactement ? Un appel à refuser le réel comme carcan. La réalité non pas comme socle, mais comme tremplin. Dont on ne se contente pas de prendre acte mais, sur laquelle on prend appuie… pour la transcender.

Dire non à la réalité ? Pourquoi pas ? On ne fait que cela ! Qu’ont fait d’autre Jefferson, Garibaldi, Mandela, ou même Gorbatchev ?
Comment décrire la réalité de juin 40 ? Une armée française évanouie. Des régiments entiers qui se rendent comme à la parade. La fuite comme seule volonté. La panique comme seule dynamique. Cette offensive à l’envers qui s’appelle l’exode. Mais où est passée la 7e compagnie ? Et la 8e  ? Et la 9e  ? Où sont passées les compagnies ?
Alors que disent les réalistes ? Qu’il faut regarder la réalité en face. Pas de biais, en face. S’y résoudre. Ne pas la dépasser. C’est impossible. Le réel vu d’en face, c’est un mur. Toujours.
Et comment se définit le maréchal Pétain ? Comme un réaliste, précisément. Il le répète obsessionnellement : lui a les pieds sur terre. La terre qui ne ment pas. Le réel : c’est l’Europe entière soumise, neutralisée ou fascisée. Et l’Union Soviétique provisoirement complice. Une seule exception, la Grande-Bretagne. Elle n’en a pas pour longtemps.
Regarder la réalité en face, pour les pétainistes, revient à la déclarer seule réalité possible. Incontournable, indépassable. Une réalité qui n’a pas « d’après elle ». Et donc il est, par conséquent, vain de préparer le « après elle ». Non point ce qui, par définition, change, mais ce qui ne changera pas parce que conséquence de ce qui n’aurait jamais dû changer. Non seulement manifestation d’un désastre, mais également expression du souhait informulé de ce désastre. Ruine, certes. Mais ruine de ce dont on avait réprouvé la construction parce que ce n’était pas « réaliste ». La République, la démocratie, le suffrage universel, le progrès social ? Irréalisme !
Sans doute, cette réalité, à laquelle Pétain et les siens demandent d’immoler toutes les illusions (la République, la démocratie, précisément), ne correspondait pas aux attentes de tous les « réalistes » du temps. Mais, même ceux-là étaient disposés à admettre que c’était leur attente qui devait se soumettre à cette réalité.
De Gaulle était fou
Et en face ? Folie ! De Gaulle était fou. Pourquoi ? Parce que lui replaçait l’instant (le désastre) dans une continuité, réintégrait ce moment de réel dans l’espace et le temps. Il réinsérait le « ici et maintenant » dans un mouvement qui prenait en compte le « demain et ailleurs ».
Du côté de la folie, on mondialise son nationalisme. Du côté du soi-disant réalisme, on nationalise un repliement qui ne veut pas s’avouer qu’il ressemble à une trahison. Comme s’il était fatal que le réalisme autoproclamé voit petit, quand la folie (qui n’est, en fait, qu’un hyperréalisme) voit grand.
Folie ? Remarquons-le : le général de Gaulle ne dit pas « il ne faut pas désespérer tant que tout n’a pas été tenté ! » ou bien « nous pouvons encore sauver l’essentiel » ou encore « cette guerre n’a pas été totalement perdue », non : il dit calmement, comme s’il s’agissait d’une évidence (et, en vérité, s’en est une) « voilà pourquoi nous allons gagner cette guerre ! ».
Et à l’inverse, que demandent les réalistes (ce réalisme n’étant qu’une congélation du pire) : non pas « comment peut-on résister ? », mais « que peut-on soutirer de plus tangible d’une non-résistance ? » ; non pas « une libération à quel prix ? », mais « tentons de faire augmenter le prix d’une soumission ! ».
Emblématique confrontation. Quand, depuis Vichy, on clamait « mais regardez autour de vous ! », on répliquait depuis Londres « regardez devant vous ! ». Et quand, depuis Londres, après Stalingrad et Bir Hakeim, on pouvait enfin dire aux Français « regardez autour de vous », on ne trouve rien d’autre, à Vichy, que de leur ressasser « regardez-vous ! ».
Latence et potentialités
En vérité, Jean Zay, ministre du Front Populaire qui fut assassiné par la milice, le disait dans ses carnets de prison : « les prétendus réalistes ne sont que des idéalistes enivrés de leur passion ».
Ainsi en est-il, de nos jours, du déclinisme qui n’est qu’un réalisme du « tout fout le camp ! ». Ce pourquoi, aujourd’hui comme en 1940, ces déclinistes-là exigent régulièrement qu’on se plie au modèle dominant (lequel, soit dit en passant, est presque toujours allemand).
De Gaulle, lui, donc, voit au-delà de la photo du réel d’un instant. Il voit ce qu’il pense. Il le voit parce qu’il le pense. Et il le pense parce que tout en lui désire le penser. Et, loin, au nom de la réalité présente, de renier toute réalité d’après, et d’exclure, en conséquence, la vérité finale, parce qu’il anticipe la réalité du lendemain, il parvient à décrypter l’inéluctabilité de la vérité finale.
Voilà donc la signification profonde de cet « Appel du 18 juin » : la preuve faite que la réalité n’est pas cet « être là » à ce « moment-là », dont il faut se contenter d’enregistrer, mais qu’elle participe toujours de ce mélange de latence et de potentialités qui constitue la matière incandescente à partir de laquelle se sculpte indéfiniment cette œuvre d’art qui s’appelle l’Histoire.
De Gaulle du 18 juin 40 a un monde d’avance. Il ne se résout pas à ce qui se déconstruit, il anticipe tous les composants de ce qui va se reconstruire.
Face à ceux qui intègrent mentalement les décombres, il intériorise la cité rebâtie. A la fois restaurée et réinventée.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
L’APPEL DU 19 JUIN 2020 
LA « FOLIE »  DES 150 CET  HYPERREALISME QUI VOIT GRAND.

L’Appel du 19 juin 2020 des 150 est une révolte contre le réalisme à la Macron. Il s’agit, rien moins, que  d’un appel à refuser le réel comme carcan, pour le transcender. Le groupe des 150  ne se résout pas à ce qui se déconstruit, il anticipe tous les composants de ce qui va se reconstruire. Pour l’analyse des propositions  sur le fond, je renvoie les lecteurs au  brillant « c’est dans l’air » de lundi : un très grand moment de télévision. 
L’appel des 150 participe d’une utopie réaliste à la manière de l’appel insensé du génial et alors quasi inconnu général de brigade à titre provisoire Charles De Gaulle. Reste à savoir si ce  pathétique appel du 19 juin sera entendu par les Français et surtout par leur président qui l’a suscité en tombant en quelque sorte dans son propre piège.
 La première partie du quinquennat s’est soldée par un échec et la révolte des gilets jaunes. Que fera le Parlement ?
S’il est habile Emmanuel Macron peut résolument changer de logiciel et adopter certaines des réformes vertes proposées. Aura-t-il ce cran, lui qui s’appuie résolument sur son électorat de droite et fait grise mine aux suggestions et réformes progressistes ? 
C’est que l’épisode imprévisible de la crise corona pourrait radicalement changer la donne  et lui donner un second souffle comme François Miterrand avec la génération tonton.
En Belgique, le plan Sophia qui a fait assez peu de bruit va dans le même sens mais la classe politique, obsédée et carrément téténisée par la résistible ascension du PTB et du Belang  ne sent aucun élan pour le relayer , voire le commenter. C’est très dommage.
Il s’agit en effet de propositions pour changer profondément la société qui en a furieusement besoin.
MG
LA CONVENTION CITOYENNE POUR LE CLIMAT DEVOILE 150 PROPOSITIONS POUR « CHANGER EN PROFONDEUR LA SOCIETE »
Les 150 volontaires doivent maintenant débattre et voter chacune de leurs propositions, dont une révision de la Constitution, l’opportunité d’un référendum, ainsi que se prononcer sur le financement de leurs mesures.
Par Audrey Garric et Rémi Barroux  Le Monde
Cent cinquante citoyens, cent cinquante propositions. Cette arithmétique, en apparence élémentaire, cache un long cheminement de neuf mois, parfois sinueux. De sessions en auditions, de groupes de travail en assemblées, il a mené les Français de la convention citoyenne pour le climat, la plupart néophytes sur les questions environnementales, à proposer un nouveau modèle pour « changer en profondeur la société » afin de répondre à la crise climatique. Ils révèlent le contenu de leurs travaux jeudi 18 juin, à la veille de la session conclusive qui se tient du vendredi 19 au dimanche 21 juin.
Durant ces trois jours, les citoyens doivent débattre et voter chacune de leurs propositions élaborées dans le cadre de leurs cinq groupes de travail (se loger, se déplacer, se nourrir, consommer, produire et travailler) – une forte proportion devrait être adoptée. Ils se prononceront également sur une révision de la Constitution, l’opportunité d’un référendum, ainsi que sur les sources de financement de leurs mesures. Leur rapport final sera remis à l’exécutif dimanche après-midi. « C’était très enthousiasmant de voir des citoyens de tous horizons s’engager et s’impliquer autant, délibérer et débattre, se félicite Laurence Tubiana, la coprésidente du comité de gouvernance de la convention. Ils sont allés jusqu’à un grand niveau de détails dans de très nombreuses thématiques car la transition écologique touche tous les aspects de la vie et de la politique. »
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Depuis le 4 octobre 2019, les 150 volontaires tirés au sort pour participer à cette expérience démocratique d’une ampleur inédite, voulue par Emmanuel Macron pour tenter de répondre à la crise des « gilets jaunes », ont travaillé sans relâche afin de répondre à la question : comment réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 dans un esprit de justice sociale ?
Ces lycéens, médecins, sapeurs-pompiers ou agriculteurs, âgés de 16 à 80 ans, et originaires de toutes les régions françaises, se sont réunis à six reprises au Conseil économique, social et environnemental (CESE) à Paris et ont tenu deux sessions en visioconférence pendant la crise sanitaire. Début avril, ils ont décidé de participer à la réflexion sur la sortie de crise en envoyant cinquante pistes de mesures à l’exécutif. Désormais, ils rendent publiques l’ensemble de leurs 150 propositions, rassemblées dans deux documents lourds de près de 500 pages.
Révision de la Constitution
La mesure certainement la plus emblématique est celle de la révision de la Constitution. Les 150 citoyens souhaitent amender le préambule du texte fondamental, pour préciser que « la conciliation des droits, libertés et principes ne saurait compromettre la préservation de l’environnement, patrimoine commun de l’humanité ». Ils veulent également ajouter à l’article premier que « la République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le dérèglement climatique ». Ils proposent en outre de créer un Défenseur de l’environnement, à l’image du Défenseur des droits.
La majorité des 150 citoyens est attachée à l’idée d’une réforme constitutionnelle – une idée qui leur a été soufflée par Nicolas Hulot lors de son audition, en novembre. Ils défendent cette révision pour sa portée symbolique, le débat de société qu’elle pourrait occasionner et l’outil juridique supplémentaire qu’elle constituerait, même si la préservation de l’environnement est déjà un objet de valeur constitutionnelle, à travers la Charte de 2004.
Se déplacer
Les citoyens se sont ensuite attaqués aux transports, secteur le plus polluant en France, et en particulier à la voiture individuelle, responsable de 60 % des émissions de gaz à effet de serre. La proposition qui a créé le plus de débats dans leurs rangs est celle qui consiste à réduire la vitesse sur les autoroutes de 130 km/h à 110 km/h dès l’an prochain. « Cette proposition peut être vécue comme une limitation de liberté et une perte de temps », reconnaissent-ils, alors que le passage de 90 km/h à 80 km/h sur les routes secondaires avait créé la polémique. Pour la « rendre acceptable », ils soulignent que la mesure permet de réduire les émissions (de 20 % en moyenne), de faire des économies de carburant et de réduire la mortalité.
Ils souhaitent par ailleurs faire évoluer « rapidement » le parc automobile, alors que la loi prévoit la fin des véhicules thermiques en 2040. Ils proposent, entre autres, d’interdire dès 2025 la commercialisation de véhicules neufs très émetteurs (plus de 110 g de CO₂/km), d’instaurer des prêts à taux zéro pour l’achat d’un véhicule propre et d’augmenter les bonus pour les véhicules peu polluants, tout en renforçant « très fortement » les malus pour ceux qui polluent. Afin d’encourager d’autres modes de transport, ils veulent augmenter les montants du fonds vélo de 50 millions d’euros à 200 millions d’euros par an pour financer des pistes cyclables, interdire l’accès aux centres-villes pour les véhicules les plus polluants et accroître l’usage du train, notamment en réduisant la TVA sur les billets et en investissant massivement dans les infrastructures.
Enfin, ils souhaitent limiter « les effets néfastes » du transport aérien. Ils proposent d’organiser progressivement, d’ici à 2025, la fin des vols intérieurs sur les lignes où « il existe une alternative bas carbone satisfaisante en prix et en temps [sur un trajet de moins de quatre heures] ». Les citoyens entendent aussi interdire la construction de nouveaux aéroports et l’extension de ceux existants. Ils souhaitent également renforcer l’écocontribution kilométrique créée en 2019, dont le « montant est bien trop faible pour avoir un effet dissuasif », avec une modération pour les DOM-TOM.
Se loger
En ce qui concerne les bâtiments, deuxième secteur le plus émetteur, les 150 volontaires proposent tout d’abord de contraindre les propriétaires occupants et bailleurs à rénover leurs logements de manière globale d’ici à 2040, et d’ici à 2030 pour les « passoires thermiques », ces logements étiquetés F et G pour leurs faibles performances énergétiques, soit un triplement du rythme actuel des rénovations. Pour réaliser ce « grand chantier national », qui permettrait de créer des emplois, de réduire la facture énergétique et les dépenses de santé, les citoyens proposent des mesures d’accompagnement sous la forme de guichets uniques de proximité et d’aides, en particulier pour les plus modestes qui ne doivent avoir quasiment rien à payer.
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Les membres de la convention souhaitent ensuite diminuer la consommation d’énergie, en interdisant par exemple les terrasses chauffées et l’éclairage des magasins la nuit. Ils incitent à ne pas dépasser une température de 19 °C dans les bâtiments privés et publics et à renoncer à la climatisation en deçà de 25 °C. Enfin, les citoyens veulent lutter contre l’artificialisation des sols et l’étalement urbain « de manière beaucoup plus efficace », par exemple en stoppant « immédiatement » les aménagements de nouvelles zones commerciales périurbaines, « très consommatrices d’espaces ».
Se nourrir
Les conclusions du groupe de travail « se nourrir » font la part belle à la promotion d’une « alimentation saine, durable, moins animale et plus végétale, respectueuse de la production et du climat » et, conjointement, d’un système agricole fondé sur de nouvelles pratiques telles que l’agroécologie ou encore les circuits courts.
D’ici à 2030, écrivent les membres de la convention, notre assiette devra comprendre 20 % de viande et de produits laitiers en moins. Dans leurs propositions, dont certaines reprennent celles de la loi EGalim de 2018, qu’ils appellent à étendre et renforcer, les citoyens ciblent notamment la restauration collective qui doit évoluer « vers des pratiques plus vertueuses », par exemple en proposant deux repas végétariens par semaine à partir de 2025. Ils proposent en outre la mise en place de chèques alimentaires « pour les plus démunis », à utiliser dans les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP), ou pour des produits bio.
Afin de réformer le modèle agricole, ils appellent à atteindre un objectif de 50 % des terres agricoles en agroécologie en 2040. Ainsi qu’à diminuer l’usage des produits phytopharmaceutiques de 50 % d’ici à 2025 – un objectif déjà inscrit dans le plan Ecophyto II du gouvernement –, et interdire les pesticides les plus dommageables pour l’environnement en 2035. Pour arriver à cette transition, les citoyens évoquent la nécessité d’une réforme de l’enseignement et de la formation agricole. Et la convention demande à la France de se montrer « plus ambitieuse » s’agissant de la réforme de la politique agricole commune, qui doit devenir un « levier de transformation » de l’agriculture.
Sur le plan international, les citoyens demandent également au gouvernement de ne pas ratifier en l’état le CETA – accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne –, de le renégocier et d’inscrire dans les accords commerciaux le principe de précaution, ainsi que le respect des engagements de l’accord de Paris sur le climat.
Ils proposent enfin une loi pénalisant le crime d’écocide, compris comme « toute action ayant causé un dommage écologique grave en participant au dépassement manifeste et non négligeable des limites planétaires », tel que l’érosion de la biodiversité, le changement climatique ou l’acidification des océans.
Consommer
Afin de moins et mieux consommer, les citoyens désirent avant tout réguler la question de la publicité. Reprenant l’idée d’une loi Evin pour le climat, ils veulent l’interdire pour les produits « les plus émetteurs de gaz à effet de serre », par exemple les véhicules consommant plus de 4 l/100 km et/ou émettant plus de 95 grammes de CO2 au km. Ils souhaitent aussi limiter « les incitations quotidiennes et non choisies à la consommation », ou encore mettre en place des mentions pour inciter à consommer moins – telles que « En avez-vous vraiment besoin ? ». Les citoyens proposent d’interdire les panneaux publicitaires dans les espaces publics extérieurs, hors information locale et culturelle, « ainsi que les panneaux indiquant la localisation d’un lieu de distribution ». Exit, donc, dans cette hypothèse, les annonces suggérant la proximité des centres commerciaux.
Dans la foulée de la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire de février 2020, les conventionnels proposent la mise en place progressive de l’obligation de vendre en vrac dans les magasins – dans les grandes et moyennes surfaces, cette offre devra représenter 25 % pour les rayons sec et liquide en 2023, et 50 % en 2030 –, celle aussi « d’un système de consigne de verre (lavable et réutilisable) ». La sobriété numérique a aussi attiré l’attention des citoyens, de même que l’éducation, qui doit être, à leurs yeux, un levier d’action pour une consommation responsable.
Durant ces longs mois de travaux, la convention a constaté que de nombreuses lois et initiatives étaient déjà mises en place, notamment sur ces sujets, mais n’étaient pas appliquées ou mises en œuvre. Il faut donc « contrôler et sanctionner plus efficacement et rapidement les atteintes aux règles en matière environnementale », notamment par la création d’un parquet spécialisé sur les questions environnementales.
Produire et travailler
Parmi leurs mesures-chocs, les membres de la convention proposent de réduire le temps de travail de 35 à 28 heures hebdomadaires, avec un taux horaire du smic augmenté de 20 % pour maintenir un salaire équivalent. Cette proposition a suscité de nombreux désaccords entre les 150 citoyens, et y compris au sein du groupe « Produire et travailler », à l’origine de la mesure. « Pour aller vers un nouveau modèle, orienté autour de la sobriété, du partage et de la justice sociale, nous devons consommer moins, produire moins et donc travailler moins », justifient ses promoteurs. Cette réduction du temps de travail devrait permettre, selon eux, de limiter les déplacements (et donc les émissions), d’améliorer la qualité de vie et de gagner du temps pour soi.
Afin de revoir les modes de production, les citoyens veulent supprimer tous les plastiques à usage unique dès 2023 − la loi prévoit la fin des emballages en plastique en 2040 −, renforcer les filières de réparation, de réemploi et de recyclage, augmenter la longévité des produits lors de leur conception. Ils appellent à « sortir de l’innovation pour l’innovation », sans prise en compte de l’impact écologique. Ainsi pointent-ils le passage de la 4G vers la 5G qui générerait plus de 30 % de consommation d’énergie carbonée en plus, « sans réelle utilité (pas de plus-value pour notre bien-être) ».
Les citoyens souhaitent aussi accompagner les salariés et les entreprises dans la transition écologique, en anticipant la reconversion de certaines sociétés, en finançant des formations et en maintenant les salaires. Enfin, les « 150 » proposent que toutes les entreprises produisent un bilan carbone annuel, auquel seraient conditionnées les aides d’Etat.
Traduction juridique
« La majorité de ces mesures n’est pas nouvelle, mais les citoyens sont allés plus loin que ce qui existait déjà. Leur ensemble est cohérent, ambitieux et technique », se félicite Laurence Tubiana, par ailleurs directrice générale de la Fondation européenne pour le climat.
Un tiers des 150 propositions a été traduit juridiquement, c’est-à-dire préparé à faire l’objet d’une proposition de loi, d’un projet de loi ou d’un règlement. Dimanche, les membres de la convention devront déterminer lesquelles ils souhaitent voir soumettre à référendum, un procédé démocratique qu’ils défendent ardemment. « C’est un geste fort, symbolique, qui permettrait à l’ensemble des Français de participer et de se saisir de nos travaux », juge l’un des citoyens, Sylvain Burquier, âgé de 46 ans, responsable marketing d’un groupe de services.
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Ils se prononceront également sur les mécanismes de financement de leurs mesures. Lors de leur dernière session de travail fin mai, ils ont évoqué 80 pistes, allant d’une taxe carbone sous condition à un « ISF [impôt de solidarité sur la fortune] pour le climat ». « Nous n’avons pas pu pousser la réflexion aussi loin que nous l’aurions voulu, faute de temps. Mais nous avons voulu montrer que nous avons un esprit de responsabilité, que nous connaissons le coût de nos mesures », explique Grégoire Fraty, 31 ans, qui travaille dans la formation professionnelle, près de Caen.
La réponse du gouvernement
Une fois votées, qu’adviendra-t-il des mesures des « 150 » ? Lors de sa venue à la convention en janvier, Emmanuel Macron s’est engagé à reprendre « sans filtre » les propositions « précises, claires et détaillées », sous forme de référendum, de projet de loi ou de règlement. « Nous nous tenons prêts à prendre la suite de vos travaux », ont assuré 55 députés de tout bord dans une lettre ouverte adressée aux 150 citoyens le 15 juin, leur assurant que le « haut degré d’ambition » de leurs propositions sera porté à l’Assemblée.
« J’espère que la réponse du gouvernement sera à la hauteur du travail des citoyens, plaide Laurence Tubiana. Il est souhaitable qu’il réponde rapidement et que le travail de la convention fasse partie des grandes orientations du plan de relance qui seront annoncées le 14 juillet. Il faut que le gouvernement s’engage sur une feuille de route précise. »
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Les citoyens entendent y veiller, notamment en créant une association « Les 150 ». Nombre d’ONG, sceptiques au départ sur une convention vue comme une énième instance pour débattre de mesures déjà sur la table, insistent désormais sur un passage à l’action. « Nous attendrons de voir si les mesures sont reprises et nous nous attellerons à les rendre visibles, compréhensibles. Nous en jugerons peut-être certaines pas assez ambitieuses, mais si elles étaient toutes appliquées, on ferait un pas de géant », affirme ainsi Anne Bringault (Réseau Action Climat). Des militants de Youth for Climate et d’Extinction Rebellion ont, de leur côté, prévu de manifester leur « soutien aux 150 citoyen.nes » par diverses actions en France, ce week-end.
Les citoyens espéraient la venue du chef de l’Etat dimanche, mais c’est Elisabeth Borne, la ministre de la transition écologique et solidaire, qui réceptionnera leurs travaux. Emmanuel Macron devrait plutôt rencontrer les citoyens et leur répondre dans les prochains jours. D’ici là, le gouvernement devra expertiser les mesures préconisées et peaufiner sa réponse.
Audrey Garric et Rémi Barroux




lundi 22 juin 2020

La police a dû intervenir cette nuit: des centaines de personnes réunies pour faire la fête dans le quartier de la place Flagey

La Libre

Plus de 1 500 fêtards ont dansé une bonne partie de la nuit hier dans le centre d'Ixelles.
Environ 1.500 fêtards se sont réunis sur la place Sainte-Croix, juste à côté de Flagey, hier soir pour participer à une très grosse soirée en plein air. Une vidéo publiée cette nuit sur Facebook a déjà été vue plusieurs dizaines de milliers de fois. La police de la zone Bruxelles-Capitale-Ixelles est intervenue vers une heure du matin pour disperser la foule mais les fêtards se déplaçaient à chaque fois vers un autre lieu.

"Il y avait beaucoup de monde. Plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées. Nous avons invité les gens à se déplacer, mais ils avaient envie de rester après la fermeture des établissements (bars, restaurants,...) vers 1h du matin", a indiqué Ilse Van de keere, la porte-parole de la zone de police Bruxelles Capitale-Ixelles sur le site d'RTL. "Quand ils quittaient un lieu, ils allaient se rassembler vers un autre endroit. Ils sont ainsi passés de la place Flagey à la place Saint-Croix, à l'Abbaye d'Ixelles ou encore au bois de la Cambre. À chaque fois, les règles de distanciations n'ont pas été respectées. Cela a duré une bonne partie de la nuit." Aucun procès verbal pour non respect des règles de distanciation sociale n'a été dressé, explique le site d'information.
Largement commentée sur les réseaux sociaux, cette 'unlocknight' a choqué de nombreux riverains : "Lamentable. Tant de gens se privent de voir leurs proches, d’embrasser leurs petits-enfants et de revivre normalement. Qu’en pensent les restaurateurs obligés d’ouvrir avec 1m50 entre chaque table? Les organisateurs de festivals ou de concerts qui ont dû rembourser leurs clients? Les patrons de bars et de boites de nuit contraints de rester encore fermés?!!", a commenté une Ixelloise.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« UNE PARTIE DE LA POPULATION NE PARVIENT PLUS A ADHERER A LA NORME EDICTEE PAR LE CONSEIL NATIONAL DE SECURITE. »

Indéfendable et inexcusable. Mais qu’est ce qui pousse ces jeunes gens à enfreindre l’interdit et à risquer une infection collective ?
La première explication qui me vient l’esprit serait de vouloir libérer l’énorme frustration provoquée par des conditions d’examen particulièrement mal vécues par une majorité d’étudiant.e.s. 
La lave s’est accumulée dans le volcan pendant des semaines (la session fut exceptionnellement longue)  et l’éruption a eu lieu à Flagey dans la nuit de samedi à dimanche… C’est un hypothèse 
 « Et il y a là un constat qu'on doit faire et qui dépasse Ixelles. L'évolution des chiffres concernant l'épidémie fait en sorte qu'une partie de la population ne parvient plus à adhérer à la norme qui a été édictée par le Conseil National de Sécurité. Moi, je tire la sonnette d'alarme car ce phénomène va se multiplier. On sait très bien que le 21 juin, c'est toujours la fête de la musique, qu'il y a toujours des concerts et du monde dehors. C'est aussi le début de l'été, c'est la fin des examens pour les étudiants, et il fait beau", a commenté le bourgmestre ixellois. Le virologue Marc Van Ranst a fait part de son mécontentement face aux images de foule rassemblée et faisant la fête sur la place Flagey à Ixelles samedi soir. "Ce n'est pas encore le moment de le faire", a-t-il souligné dimanche midi auprès de VTM.
Des activistes sur des radeaux à Bruxelles: «L’Etat nous interdit la rue, nous manifestons sur le canal» Bravant l’ interdiction de manifester en rue ils ont choisi de s’exprimer sur l’eau. « Se rassembler, réfléchir, s’organiser pour tendre vers plus de justice sociale et limiter le désastre écologique est un besoin essentiel », ont-ils communiqué. « Alors que le Conseil National de Sécurité fait rouvrir l’industrie, les commerces, les bars, le secteur du tourisme… Il nous est toujours interdit de manifester ! Nous n’allons pas attendre que le gouvernement daigne enfin nous donner la parole ».
Les activistes ont voulu rappeler que de nombreuses personnes ont été oubliées par les autorités dans cette crise sanitaire : les détenus, les personnes âgées, les migrants, les sans-abri. 
Des milliers de personnes se sont  réunies à Paris sans distanciation sociale pour la  fête de la musique. 
Des milliers de personnes ont dansé dimanche soir 21 juin dans plusieurs secteurs du nord de Paris à l'occasion de la fête de la musique alors que les rassemblements de plus de 10 personnes sont toujours interdits dans le cadre de l'épidémie du Covid-19. 
Une foule impressionnante était ainsi réunie square Villemin, à côté du Canal Saint-Martin, pour un «Apéro électronique». Des scènes de danse collective joyeuse et survoltée ont eu lieu.

La tension monte à la veille des vacances. Tout semble indiquer que l’automne sera extrêmement chaud tandis que les chances de former un gouvernement de plein exercice en Belgique rétrécissent comme peau de chagrin. Nous aurons sans doute des élections anticipées sous très haute tension dans un climat de forte contestation. 
MG

UN RASSEMBLEMENT DE 500 PERSONNES AUTOUR D'UN GRAND FEU CETTE NUIT A ANDERLECHT
RTBF

La police est intervenue dimanche vers 05h00 pour un rassemblement de personnes rue Dante à Anderlecht, a indiqué la zone de police Bruxelles-Midi, confirmant une information de la RTBF. Environ 500 individus se sont retrouvés autour d'un grand feu et de la musique s'est faite entendre. Les forces de l'ordre ont procédé à l'évacuation de ces personnes. "Elles ont obtempéré sans poser de problème. Il n'y a pas eu d'arrestation et aucun procès-verbal n'a été dressé", a déclaré la zone de police.
Les rassemblements sont toujours interdits en Belgique, compte tenu des mesures décidées pour ralentir la propagation du coronavirus.


DES ETUDIANTS DE LA HAUTE ECOLE FRANCISCO FERRER DENONCENT LEURS CONDITIONS D’EXAMENS
Les étudiants affirment que plusieurs modalités ont été communiquées trop tard ou modifiées quelques jours avant leurs examens.
par Belga

Des étudiants de la filière économique inscrits auprès de la Haute Ecole Francisco Ferrer se rassembleront dimanche à 13h00 devant leur établissement, dans le centre de Bruxelles. Ils dénoncent « les conditions dans lesquelles se sont déroulés leurs examens » ainsi que « le comportement autoritaire des enseignants et de la direction ».
Les étudiants affirment que pour plusieurs examens, les modalités ont été communiquées trop tard ou modifiées quelques jours avant. La durée de deux épreuves aurait également été réduite la veille de leur déroulement.
L’enseignement à distance s’est par ailleurs mal déroulé, selon les protestataires. « Plusieurs profs n’ont pas donné cours ou ont mis en ligne des grosses quantités de matière beaucoup trop tard pour pouvoir bien se préparer. Certains ont été et sont restés injoignables, mais ont persisté à mettre en place des examens impossibles à réussir. »


vendredi 19 juin 2020

Léopold II et Roger Nols dans l'hôtel communal : un groupe de travail lancé dans la commune de Schaerbeek


RTBF info

Un groupe de travail "Mémoires" va être mis en place par Schaerbeek afin de contextualiser deux oeuvres polémiques installées dans l'hôtel communal: la statue de Léopold II et le buste de Roger Nols. Le collège des bourgmestre et échevins a pris cette décision ce mardi.

La RTBF vous en parlait en janvier dernier. C'était avant les derniers événements relatifs aux actes de vandalisme et déboulonnage de statues et bustes de Léopold II, notamment à Bruxelles - des activistes lui reprochent son rôle dans la colonisation du Congo et les exactions commises à l'époque envers les populations locales.
A Schaerbeek, dont l'hôtel communal (celui avant l'incendie de 1911) a été inauguré par Léopold II lui-même, le 21 juillet 1887, une majestueuse statue du souverain trône à l'entrée du bureau du bourgmestre. A l'époque, l'échevine de la Culture et de l'Egalité des Chances, Sihame Haddioui (Ecolo), annonce vouloir ouvrir un débat autour de la décolonisation de l'espace public. La statue en fait partie.
"Il y a deux raisons qui poussent à contextualiser cette statue", nous expliquait alors l'échevine. "D’abord le devoir de mémoire. Il faut expliquer, dire que ce Roi fait partie d’un épisode sombre de l’histoire de la Belgique. Il faut que ce soit inscrit quelque part. Ensuite, il faut pouvoir porter un regard critique sur cet épisode et ses conséquences passées (les milliers de morts) mais aussi actuelles. Un récent rapport d’UNIA pointe le lien entre cette propagande coloniale et les stéréotypes voire les représentations négatives que subissent aujourd’hui encore les personnes noires ou maghrébines de manière générale."
LAMBERMONT, WAHIS...
Concrètement, à Schaerbeek, il n'est pas question de démonter la statue, de la ranger sans une cave sous la place Colignon. Il s'agit d'apposer une panneau afin de contextualiser l'oeuvre et l'illustre personnage qu'elle représente. Mais aussi de rappeler que l'héritage colonial est très présent à Schaerbeek au travers de ses maisons bourgeoises, ses avenues, son parc Josaphat en partie imaginé par Léopold II... Des artères portent des noms d'artisans de la colonisation comme Auguste Lambermont, bras droit du souverain ainsi que le Général Wahis, ancien gouverneur de l'Etat du Congo.
Le groupe de travail sera composé de représentants de la commune mais aussi de professeurs d'universités, d'acteurs associatifs... Il abordera le patrimoine, l'enseignement et la culture. "La volonté est d'avancer sur ces trois axes et d'autres se rajouteront " explique l'échevine.
Il sera également chargé de faire le lien entre le passé colonial de Schaerbeek et les récentes années, en lien avec les vagues migratoires qu'a connues la commune. Ce n'est pas tout: celui-ci devra également aborder la question du passage de Roger Nols à la tête de la commune. Bourgmestre de 1970 à 1989, celui-ci est principalement connu pour ses discours xénophobes et populistes et le repli de Schaerbeek vis-à-vis du monde extérieur.
En 2017, le MRAX, Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Xénophobie avait réclamé le retrait du buste de Roger Nols, aligné au côté des autres bourgmestres au premier étage de la maison communale. Le bourgmestre Bernard Clerfayt (DéFi) avait refusé, préférant une contextualisation plutôt qu'une forme de censure. Une contextualisation de quelle nature? Ce sera au groupe de travail de trancher. 
"J’en ai l’intime conviction : faire un travail efficace contre le racisme, les discriminations et la citoyenneté passe indubitablement par la contextualisation de ces différents épisodes historiques qui font échos aux parcours migratoires d’une grande patrie de la population schaerbeekoise. Écrire le passé de la Commune, fût-il moins glorieux, c’est permettre à tout le monde de trouver sa juste place", conclut Sihame Haddioui.


COMMENTAIRE DE CLAUDE WACHTELAER
NE CONFONDONS PAS LUTTE ET RÉCUPÉRATION.

J'aimerais pouvoir applaudir à cette initiative. Mais je n’ai guère de sympathie pour les ouvriers de la onzième heure. Pour le dire un peu brutalement, je n'aime pas les gens qui alors qu'ils n'étaient pas nés se prennent pour des anciens combattants et espèrent retirer la gloire des combats qu'ils n'ont pas menés.
Je me limiterai ici à commenter les questions relatives à Roger Nols (le rapprochement entre RN et Léopold II est, lui totalement grotesque) J'espère d’abord que dans un esprit de transparence, les bons esprits d'aujourd'hui ne manqueront pas de rappeler que RN fut une figure majeure - et effectivement embarrassante - du FDF, ancêtre de Défi. Le travail de mémoire serait incomplet si ce fait était occulté.
Par ailleurs je n'ai pas joint ma voix aux opposants à Roger Nols lors du débat autour de l’érection de son buste parce que je considère que cette discussion est totalement dépourvue d’intérêt..
Quand RN a décidé de fermer à la fin des années 70, d'un coup d'un seul, dix écoles communales, j'ai pris, avec de nombreux amis, des risques professionnels en m’opposant à cette mesure en créant le comité de défense de l’enseignement communal. À l’époque, nous avons combattu quelqu’un qui existait, qui avait du pouvoir et qui pouvait nous faire du tort et nous avons gagné ce combat. À partir de 1995, les politiques communales ont changé et, pour l’enseignement, le Livre blanc, que j’ai coordonné, a défini des axes de travail qui étaient à l’opposé de la politique nolsienne. Les bonnes âmes d’aujourd’hui peuvent bien bavasser à leur guise et sans risques, ce n’est pas le retrait d’une statue qui effacera les erreurs du passé et ce n’est certainement pas ce geste qui rendra hommage à ceux qui, à l’époque ont œuvré, concrètement, à une société plus inclusive, et pas à ceux qui, des années plus tard, veulent se faire une réputation à partir les vestiges d’un passé révolu.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
APARTHEID NOLSIENNE

Entièrement d’accord avec Claude Wachtelaer. Nous avons ensemble lutté contre l’initiative folle de Roger Nols de fermer nos chères écoles et mobilisé, à plusieurs, le « comité de défense de l’enseignement communal schaerbeekois » qui a réussi à mobiliser l’ensemble des enseignants et parents d’élèves ainsi que la presse  et est parvenu  à  empêché cette  folie.  Nols ne voyait pas pourquoi Schaerbeek devait financer l’entretien d’écoles primaires fréquentées par des enfants d’immigrés qui n’étaient pas des électeurs. Partisan d’une véritable apartheid scolaire il avait même souhaité deux entrées séparées des écoles 9 (avenue Dailly) et 10 (Grand rue au bois) l’une pour les élèves belges de souche l’autre pour les « étrangers ». Les enseignants ont fait barrage.  C’est dire que le comité de défense eut fort à faire et mériterait sa statue au parc Josaphat, de même que le dr. Francis Duriau qui mit fin à l’ère nolsienne et refinança généreusement nos écoles schaerbeekoises délabrées par deux décennies de non entretien.  
Quant au très remarquable et très ambitieux livre blanc dont parle Claude, qui proposait une vision d’avenir dans un horizon de vingt ans,. Je l’ai co écrit avec lui sur base de données rassemblées avec la collaboration de l’ensemble des directions scolaires. Il avait pour ambition de redynamiser la proverbiale Cité des Ecoles schaerbeekoise. Il gît oublié dans les tiroirs de l’échevin actuel de l’enseignement.
Sic transit gloria schaerbeekensis.
MG