jeudi 11 juin 2020

La lettre d’Ivan De Vadder: «La bombe à retardement de l’électorat flamand»


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Un sondage électoral de la VRT NWS et du « Standaard » révèle que si l’électeur flamand moyen est plus proche du centre que les partis eux-mêmes, il n’en est pas moins susceptible de voter pour le Vlaams Belang à hauteur de 40 %.

Par Ivan De Vadder


Le service info de la VRT, VRT NWS, a décidé, après avoir effectué des sondages d’intention de vote classiques pendant 18 ans, de changer son fusil d’épaule. Avec le quotidien De Standaard, VRT NWS a approché les politologues de l’université d’Anvers (UA) et de Bruxelles (VUB) pour développer le « Test électoral » pendant les élections. Leur Test électoral est devenu une valeur permanente en Flandre. Pour vous donner une idée, lors des élections de 2019, ce test a été effectué 4,5 millions de fois, dont 3,5 millions en Flandre ; pour le Flamand, le test est devenu, après les débats de télévision, l’instrument par excellence pour établir sa couleur politique. Mais l’instrument offre également aux politologues la possibilité d’enquêter sur les motivations des électeurs, les points de vue des partis politiques et leurs positions. Et ils ont utilisé la même méthode dans cette nouvelle enquête pour VRT NWS et De Standaard, « De stemming », un mot quasi intraduisible, comme il est, en néerlandais, aussi bien utilisé pour indiquer un scrutin qu’une ambiance générale ; « de stemming peilen » peut donc se traduire comme « prendre la température ».

Un électeur plus proche du centre que les partis

L’enquête nous démontre que les « électeurs moyens des partis » sont beaucoup plus proches du centre que les partis eux-mêmes, et que « l’électeur flamand moyen » se trouve même exactement au centre politique flamand. Cela est en partie dû au fait que les partis politiques tentent de rester cohérents dans leurs positions. L’électeur, lui, a la possibilité de devenir incohérent, il est erratique, fait un usage sélectif de positions, et ne suit jamais son parti sur tous les points de vue (seuls les mandataires le font), raconte le politologue Stefaan Walgrave de l’UA : « Les électeurs votent consciemment pour des partis plus radicaux qu’eux-mêmes. C’est ce qu’on appelle le vote directionnel. Les électeurs flamands, par exemple, sont peut-être légèrement contre la politique migratoire poursuivie, mais ils votent pour le Vlaams Belang pour être sûr qu’au moins quelque chose bougera. »

Effacement des thèmes socio-économiques

Deuxièmement, quand on leur pose la question, les électeurs flamands se positionnent eux-mêmes également au centre, même si, comparés avec les électeurs francophones, la tendance entre eux est de se diriger un peu plus à droite. L’étude révèle que les Flamands, pour se positionner à « gauche » ou à « droite », pensent principalement à des sujets comme la migration ou le climat. Les Flamands ne raisonnent donc plus en termes socio-économiques, thème qui marquait la ligne de séparation entre les partis traditionnels comme les socialistes et les libéraux. Ce sont surtout les partis les plus récents, comme Groen, le Vlaams Belang ou la N-VA, qui se portent bien sur cet axe soi-disant « socioculturel », avec des thèmes comme l’environnement et le climat pour Green, et la migration pour Vlaams Belang.

Les soins de santé sont le sujet le plus important

Justement, l’enquête démontre l’importance de ces sujets électoraux. Selon « De Stemming », les soins de santé sont le plus gros sujet politique actuel pour le Flamand. (37 %). La « représentation politique » vient au deuxième rang (24 %). De nombreux répondants font référence aux partis qui ne veulent pas gouverner ensemble, ou à des politiciens qui n’écoutent pas la population. La crise politique qui a précédé la crise corona a laissé des traces. Les problèmes communautaires se retrouvent à la troisième place, avec beaucoup de mentions sur la structure de notre Etat qui ne fonctionne plus (trop de ministres, pouvoirs peu homogènes), et les différences entre les francophones et les Flamands. Apparemment, la crise politique est interprétée par de nombreuses personnes au niveau communautaire. La migration arrive en quatrième position (10 %), le thème principal des élections de 2019, qui n’a pas complètement été emporté par la crise corona.

En tant que parti politique, être associé avec un thème politique est très important. Son impact sur le comportement électoral est énorme. Plus un électeur attribue de sujets à un parti politique, plus il est susceptible de voter pour ce parti. Et l’électeur flamand relie clairement différents thèmes à un parti plutôt qu’à un autre : la migration, par exemple, reste le thème politique du Vlaams Belang tandis que le climat et l’environnement sont associés avec Groen.

L’électorat du Vlaams Belang est le plus stable

17,5 % des électeurs ont, un an après les élections de 2019, désormais voté pour un parti différent de celui qu’ils avaient choisi. C’est étonnamment beaucoup en un an. L’électorat du Vlaams Belang est le plus fidèle, tandis que celui de la N-VA est devenu le moins fidèle. Dans ce cadre, ce n’est pas une surprise que, selon « De Stemming », le Vlaams Belang deviendrait le parti le plus important dans le paysage politique flamand. Le parti nationaliste séduirait presque un quart des électeurs flamands.

Les arguments sont convaincants : il s’est approprié le sujet « migration » qui probablement, après la crise corona, réapparaîtra en pleine force ; ensuite, le parti essaye vivement de s’emparer de la thématique de la « représentation politique », et il est certainement déjà dépositaire de la thématique « communautaire ». Je rappelle que, plus un électeur attribue de thèmes à un parti politique, plus il est susceptible de voter pour ce parti. Et c’est surtout l’électorat de la N-VA qui se déplace vers le Vlaams Belang. Les raisons les plus citées sont : « la N-VA n’a pas tenu ses promesses », « le cordon sanitaire n’est pas démocratique », « la N-VA n’a pas été assez sévère au niveau de la migration », et « on est déçu par la N-VA ». Et avec ce mécanisme indiqué du « vote directionnel », ce mouvement pourrait encore s’étendre ; 40 % des interrogés flamands pensent être susceptibles de voter Vlaams Belang.

Une bombe à retardement

« De Stemming » nous a donc appris que l’électorat flamand est devenu une bombe à retardement, qui, sans outil pour la désamorcer, est sur le point d’exploser. Reste à savoir combien de temps il nous reste : le temps de former un gouvernement fédéral de plein exercice ?



COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« 40 % DES INTERROGES FLAMANDS PENSENT ETRE SUSCEPTIBLES DE VOTER VLAAMS BELANG »

Cet article m’a fait froid dans le dos.
De Vadder est tout sauf un farceur, il est au contraire le journaliste phare de la VRT, ce que fut Siegfried Bracke avant lui. Il est modéré et compétent. L’information selon laquelle le Belang « pourrait » obtenir 40% des voix au détriment de la NVA est aussi terrifiante que celle du noyautage de la FGTB par le PTB et ipso facto le pronostic de progression du PTB au détriment du PS.
C’est dire combien PS et NVA ont intérêt désormais à prendre ensemble leurs responsabilités pour constituer la base d’une coalition des démocrates contre les aventuriers de droite comme de gauche.
Il est temps de conclure et de risquer le tout pour le tout et de donner à un gouvernement d’alliance nationale le pouvoir et les moyens  de défendre les intérêts des Belges et de la démocratie.
« Le PS de Paul Magnette va-t-il vraiment sortir de l'été avec un accord de gouvernement ficelé avec la N-VA ? C'est ce que certains socialistes, dont peut-être lui-même, espèrent. Mais le chemin est très étroit, et la destination incertaine. » Le Vif
 L’heure est grave. La démocratie est en péril en Belgique et dans plusieurs pays européens, presque tous, à dire vrai. 
Enfin, comme me l’écrit  un ami : « plus de démocratie ne devrait-elle pas pouvoir s’exprimer dans tous les domaines, par exemple  en matière de choix économiques, particulièrement au sein des entreprises et, notamment, par la représentation des travailleurs dans les conseils d’administration des entreprises d’une certaine taille ainsi que cela se pratique en Allemagne, par exemple ? » (MM)
Nous sommes à la croisée des chemins, il est grand temps de se ressaisir et de régénérer notre vieille démocratie submergée de défis majeurs. Oui nous assistons à une véritable montée des périls qui menacent la démocratie et risquent de réveiller les démons des années trente.
« L’ancien se meurt, le nouveau n’arrive pas à voir le jour, dans l’entre deux surgissent des monstre. » Gramsci
Mais aussi : “Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve”  Hölderlin
MG


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