lundi 8 juin 2020

«La radicalisation PTBiste de la FGTB est une voie sans issue»

Carte blanche: «La radicalisation PTBiste de la FGTB est une voie sans issue»
Claude Demelenne, Le Soir

L’aile dure de la FGTB gronde son patron, Robert Vertenueil. Son « crime » : aux côtés du président du MR, Georges-Louis Bouchez, il a plaidé pour un nouveau Pacte social. Le problème, ce n’est pas le pragmatisme de Vertenueil, mais la radicalisation PTBiste d’une minorité du syndicat.
Par Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

Chers camarades, je n’ai jamais mis mon drapeau en poche, votre syndicat est aussi le mien. Pas de vraie démocratie sans contre-pouvoirs forts, notamment syndical. Je me reconnais dans l’action de la FGTB car elle a toujours concilié contestation et pragmatisme, radicalité et sens du compromis.
LE GOUDRON ET LES PLUMES
Aujourd’hui, je suis inquiet. Certains d’entre vous tirent à boulets rouges sur Robert Vertenueil, pour de très mauvaises raisons. Ce 3 juin, le président de la FGTB a rencontré le président du MR, Georges-Louis Bouchez. Sans nier leurs – grandes – divergences, l’un et l’autre ont, dans un long entretien accordé au « Soir », plaidé pour un nouveau Pacte social qui devra « trouver les points d’équilibre », selon l’expression de Robert Vertenueil. Celui-ci a été clair, réaffirmant ses valeurs socialistes, tout en précisant que «  dans une démarche démocratique, nous devons dialoguer  ».
La démarche de Robert Vertenueil a déplu à certains syndicalistes, une minorité, mais très active. Il serait sur la sellette, peut-être même sur un siège éjectable, après avoir été contraint de faire profil bas. Presque le goudron et les plumes. Du jamais vu au sein de la FGTB, où le chef est généralement respecté.
REPROCHES SURREALISTES
Les reproches adressés à Robert Vertenueil sont surréalistes. Il n’aurait pas dû, dit-on dans certaines officines syndicales, entamer un dialogue civilisé avec Georges-Louis Bouchez. Je tombe des nues. Préparer une négociation difficile pour répondre à la terrible crise sociale post-coronavirus qui s’annonce, implique de nouer des contacts avec tous les protagonistes. Même avec les libéraux, qui seront autour de la table.
Chers camarades, la démarche de Robert Vertenueil – sa rencontre avec Bouchez – est conforme à la tradition réformiste de la FGTB, qui est avant tout pragmatique. Après des phases d’affrontement, le syndicat doit toujours passer par la case compromis avec le pouvoir politique et le patronat. C’est une évidence. Apparemment pas pour tout le monde dans les rangs de la FGTB.
UNE MOUVANCE PTBISTE
La mise en cause du numéro un de la FGTB est révélatrice de la montée d’une mouvance PTBiste au sein du syndicat. Pas toujours pour le meilleur, hélas. A l’époque où il y avait encore pas mal de militants du vieux Parti communiste dans les instances de la FGTB, ceux-ci savaient aussi faire preuve de pragmatisme, s’accrochaient durement, avec les sociaux-démocrates, la droite, le patronat, mais ils négociaient. Chose que les « nouveaux communistes » du PTB ne peuvent pas et ne veulent pas faire. Au contraire, les dirigeants du PTB, dans le confort de l’opposition, tapent et retapent sur tous ceux qui, à gauche, tentent de préparer un nouveau Pacte social, le plus favorable possible pour les travailleurs.
Les militants du PTB présents dans les assemblées syndicales ne sont pas formatés pour le dialogue. Ils ignorent la culture du compromis, qui est la marque de fabrique du système belge. La concertation sociale ne fait pas partie de leur ADN. C’est également le cas de l’alliance avec les autres forces de gauche. Le PTB ne pratique pas ce type d’alliance.
VERTENUEIL EST COHERENT
La stratégie du PTB, on la connaît : devenir le premier parti de gauche en Wallonie, si possible hégémonique, pour ne plus avoir besoin de négocier des compromis. Pour ma part, je n’ai pas envie d’un PTB hégémonique, ni au parlement, ni dans le syndicat. Ce n’est pas souhaitable. Le PTB a du mal avec une gauche plurielle parce qu’il estime que les autres partis multiplient les compromissions avec les capitalistes honnis.
Robert Verteneuil est cohérent. Il a toujours dit que si on l’invitait au congrès du MR, il irait, pour y faire entendre la voix des travailleurs. C’est plus courageux que de camper sur son pré carré, comme le PTB, en jetant l’anathème sur tous les autres partis.
LE COMPROMIS, NON MERCI ?
A la veille des élections syndicales, qui auront lieu à l’automne prochain, la FGTB est mal prise. Certains en interne vont sans doute tenter de ménager le courant PTBiste. Sa force de frappe s’affirme de plus en plus dans les structures du syndicat. Ni complot, ni infiltration : simplement, les syndicalistes formés par le PTB sont hyper-présents sur le terrain, dans les manifestations, dans les assemblées, aux portes des usines… Au fond, ce sont de bons militants. Dommage qu’ils jouent généralement en solo et affichent leur peu d’intérêt pour le compromis, pourtant l’essence de la démocratie.
NE PAS SE TROMPER DE COMBAT
Le vrai problème, c’est la véritable haine – le mot n’est pas trop fort – qu’entretiennent les dirigeants du PTB, envers la social-démocratie et la ligne réformiste, incarnée par Vertenueil-Di Rupo-Magnette & Co. Tous des « sociaux-traîtres » aux yeux du PTB, convaincu d’incarner la pureté révolutionnaire.
Chers camarades, ne vous trompez pas de combat. Comme l’a déclaré Robert Vertenueil au « Soir », «  la Belgique est un pays où la culture de la négociation a toujours été importante à tous les étages. Et nous en avons besoin aujourd’hui encore  ». Clouer le patron de la FGTB au pilori parce qu’il aurait dîné avec le diable – même avec une longue cuillère – c’est au bout du compte faire le jeu de la droite libérale qu’on prétend combattre.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DEMOCRATIE BELGE EN OTAGE

La FGTB serait donc l’otage d’un noyau d’ultras du PTB qui y font la pluie et rarement le beau temps, qui, in fine, infléchiraient leur volonté radicalisée au PS en perte de vitesse ? Bodson prendrait volontiers la place de Verteneuil pour faire vivre à la Wallonie des lendemains qui (dé)chantent.
En Flandre c’est pareil : un noyau de jeunes loups jusqu’auboutistes du Belang dictent à ce parti sa ligne radicale tandis qu’ils exercent sur la la NVA une évidente pression. Autrement dit, la démocratie belge est prise en otage par les ultras du PTB et  les radicaux du Belang. C’est extrêmement préoccupant pour l’avenir de notre pays que gouverne, à vue, un exécutif fédéral de bras cassés dirigé par une femme de bonne volonté sans grandes illusions sur son avenir politique.
C’est dans ce singulier contexte que le Royaume de Belgique va subir de plein fouet la crise économique et sociale la plus rude de l’après guerre. La monarchie qui soudain se sent menacée par des tensions centrifuges est présente masquée sur tous les fronts. 
C’est à se demander si la jeune et brillante princesse Elisabeth parfaitement préparée à jouer son rôle d’héritière du trône succédera jamais à son père qui fait tout ce qu’il peut pour sauvegarder l’intégrité du territoire belge. Bonne chance sire !
MG


THEO FRANCKEN PLAIDE POUR UN ACCORD HISTORIQUE ENTRE NATIONALISTES ET SOCIAUX-DEMOCRATES
Le Vif
"Nous sommes prêts à sceller un accord historique entre nationalistes flamands et sociaux-démocrates", a déclaré dimanche le parlementaire N-VA Theo Francken dans l'hebdomadaire De Zondag.
"Ce sont les deux plus grandes familles politique de ce pays. Une telle coalition serait légitime dans chaque région du pays et cela sera nécessaire pour la relance", a-t-il estimé.
Pour l'ancien secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration, le scénario idéal serait de former un nouveau gouvernement fédéral avec "un large accord sur les volets institutionnel, socio-économique et - en ce qui me concerne - écologique pour les 10 prochaines années".
Il estime d'ailleurs que le président du PS, Paul Magnette, pourrait participer à cet accord, malgré les positions très éloignées sur plusieurs aspects des nationalistes flamandes et des socialistes francophones. "Nous voulons tous deux renforcer le pouvoir d'achat et augmenter les bas salaires, cela peut constituer une base. Son idée d'un crédit à la consommation est aussi intéressante."
Un tel gouvernement réunissant PS et N-VA "doit fonctionner, la coalition Vivaldi n'est pas une option et cette crise est inédite", souligne Theo Francken, qui plaide par ailleurs à nouveau pour le confédéralisme.
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Le nationaliste est en outre revenu sur les résultats d'un récent sondage mené par la VRT et le quotidien De Standaard, qui indique que le parti d'extrême droite Vlaams Belang pourrait convaincre un quart des électeurs. "Cela s'explique par les négociations que nous avons menées. Nous avons pris nos responsabilités. (...) Et de nombreuses personnes sont mécontentes que le Vlaams Belang ne soit pas monté au gouvernement flamand." Pour Theo Francken, le gagnant du scrutin doit entrer au gouvernement, ou du moins être impliqué dans la gestion politique. "Cela n'a pas été possible parce qu'aucun autre parti ne voulait s'allier au VB."
Concernant une éventuelle succession à Bart De Wever à la présidence de la N-VA, le bourgmestre de Lubbeek a répondu que ce n'était "pas à l'ordre du jour".


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA NVA SENT DANS SON COU LE SOUFFLE CHAUD DU BELANG QUI VEUT SA PEAU.

On a prétendu que Francken était de tous les caciques de la Nieuwe Vlaamse Alliantie le plus proche des thèses du Belang. Et voici que le dauphin désigné de Bart De Wever supplie Magnette de sceller une alliance fédérale avec le PS. C’est dire à quel point la NVA craint la résistible ascension du Belang  et redoute un éventuel retour aux urnes qui assurerait la suprématie du Belang en Flandre où les sondages lui promettent une place de premier parti. 
Tout se passe comme si Magnette et De Wever se livraient à une partie de poker menteur où l’on fait monter les enchères pour dérouter l’adversaire.
MG


PAUL MAGNETTE NE MACHE PAS SES MOTS: "LA N-VA SUPPLIE DE VENIR AU POUVOIR"
La Libre Belgique (extraits)

Le président du PS Paul Magnette a confirmé dimanche que la crise du coronavirus avait à ses yeux fait tomber des tabous à droite sur les soins de santé et la politique budgétaire. 
Pour envisager un accord avec la N-VA comme l'ont encore réclamé Jan Jambon et Theo Francken ce week-end, il faudrait que la N-VA rejoigne plusieurs "grands combats", a-t-il prévenu non sans scepticisme. 
"Je l'ai toujours dit: nous n'avons rien en commun avec la N-VA, mais s'ils comprennent qu'il faut rejoindre les grands combats sur le pouvoir d'achat, contre la pauvreté, pour la transition climatique, pour la justice fiscale, alors cela change évidemment fondamentalement", a répété dimanche M. Magnette sur le plateau de L'Invité (RTL-TVi).
Il évoque un relèvement des bas salaires, une augmentation des basses allocations, un refinancement de la Sécurité sociale, un plan d'investissement pour la transition durable et une taxation sur les revenus du grand capital.
M. Magnette a mené ces dernières semaines avec le président du sp.a Conner Rousseau des rencontres bilatérales avec les présidents des dix partis soutenant les pouvoirs spéciaux du gouvernement fédéral. Avec le président de la N-VA Bart De Wever, "l'ambiance n'est jamais très chaleureuse, mais on est des professionnels, on sait mettre les divergences personnelles de côté" pour ce type de rencontre, a-t-il commenté.
"Un certain nombre de tabous qui gelaient la situation depuis des mois sont en train de tomber: plus personne n'ose encore dire qu'il faut faire des économies dans les soins de santé, même chose concernant le retour à l'équilibre budgétaire en 2024", selon le socialiste.
"Partout, donc aussi chez les libéraux, les chrétiens-démocrates et les verts, mais aussi à la N-VA, la perception change. Chacun reconnaît désormais que l'Etat doit être plus efficace, même si les grandes réformes ne sont pas pour tout de suite, mais pour 2024", a ajouté M. Magnette sur le plateau du "Zevende Dag" (VRT).
Pour autant, le socialiste accueille sans enthousiasme les déclarations récurrentes de ténors de la N-VA plaidant pour une alliance avec son parti, comme ce week-end encore Jan Jambon et Theo Francken. Le second a même jugé que le renforcement du pouvoir d'achat et l'augmentation des bas salaires pouvaient constituer une base en vue d'un "accord historique entre les nationalistes flamands et les sociaux-démocrates".
Interrogé sur la personne de la Première ministre Sophie Wilmès (MR) pour incarner l'initiative qui devra être prise à un moment donné sur la formation d'un nouveau gouvernement, M. Magnette a répondu n'avoir "aucune exclusive, mais cela pourrait fort bien être Sophie Wilmès".


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« Le vice-Premier ministre CD&V Koen Geens continue de réclamer un gouvernement incluant PS et N-VA, les formations arrivées en tête dans leur communauté. »
Coens est de tous les politiciens du landerneau belge celui qui incarne le mieux le modèle CVP à l’ancienne : bilingue parfait, chrétien démocrate flamand partisan du compromis à la belge.

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