vendredi 19 juin 2020

Léopold II et Roger Nols dans l'hôtel communal : un groupe de travail lancé dans la commune de Schaerbeek


RTBF info

Un groupe de travail "Mémoires" va être mis en place par Schaerbeek afin de contextualiser deux oeuvres polémiques installées dans l'hôtel communal: la statue de Léopold II et le buste de Roger Nols. Le collège des bourgmestre et échevins a pris cette décision ce mardi.

La RTBF vous en parlait en janvier dernier. C'était avant les derniers événements relatifs aux actes de vandalisme et déboulonnage de statues et bustes de Léopold II, notamment à Bruxelles - des activistes lui reprochent son rôle dans la colonisation du Congo et les exactions commises à l'époque envers les populations locales.
A Schaerbeek, dont l'hôtel communal (celui avant l'incendie de 1911) a été inauguré par Léopold II lui-même, le 21 juillet 1887, une majestueuse statue du souverain trône à l'entrée du bureau du bourgmestre. A l'époque, l'échevine de la Culture et de l'Egalité des Chances, Sihame Haddioui (Ecolo), annonce vouloir ouvrir un débat autour de la décolonisation de l'espace public. La statue en fait partie.
"Il y a deux raisons qui poussent à contextualiser cette statue", nous expliquait alors l'échevine. "D’abord le devoir de mémoire. Il faut expliquer, dire que ce Roi fait partie d’un épisode sombre de l’histoire de la Belgique. Il faut que ce soit inscrit quelque part. Ensuite, il faut pouvoir porter un regard critique sur cet épisode et ses conséquences passées (les milliers de morts) mais aussi actuelles. Un récent rapport d’UNIA pointe le lien entre cette propagande coloniale et les stéréotypes voire les représentations négatives que subissent aujourd’hui encore les personnes noires ou maghrébines de manière générale."
LAMBERMONT, WAHIS...
Concrètement, à Schaerbeek, il n'est pas question de démonter la statue, de la ranger sans une cave sous la place Colignon. Il s'agit d'apposer une panneau afin de contextualiser l'oeuvre et l'illustre personnage qu'elle représente. Mais aussi de rappeler que l'héritage colonial est très présent à Schaerbeek au travers de ses maisons bourgeoises, ses avenues, son parc Josaphat en partie imaginé par Léopold II... Des artères portent des noms d'artisans de la colonisation comme Auguste Lambermont, bras droit du souverain ainsi que le Général Wahis, ancien gouverneur de l'Etat du Congo.
Le groupe de travail sera composé de représentants de la commune mais aussi de professeurs d'universités, d'acteurs associatifs... Il abordera le patrimoine, l'enseignement et la culture. "La volonté est d'avancer sur ces trois axes et d'autres se rajouteront " explique l'échevine.
Il sera également chargé de faire le lien entre le passé colonial de Schaerbeek et les récentes années, en lien avec les vagues migratoires qu'a connues la commune. Ce n'est pas tout: celui-ci devra également aborder la question du passage de Roger Nols à la tête de la commune. Bourgmestre de 1970 à 1989, celui-ci est principalement connu pour ses discours xénophobes et populistes et le repli de Schaerbeek vis-à-vis du monde extérieur.
En 2017, le MRAX, Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Xénophobie avait réclamé le retrait du buste de Roger Nols, aligné au côté des autres bourgmestres au premier étage de la maison communale. Le bourgmestre Bernard Clerfayt (DéFi) avait refusé, préférant une contextualisation plutôt qu'une forme de censure. Une contextualisation de quelle nature? Ce sera au groupe de travail de trancher. 
"J’en ai l’intime conviction : faire un travail efficace contre le racisme, les discriminations et la citoyenneté passe indubitablement par la contextualisation de ces différents épisodes historiques qui font échos aux parcours migratoires d’une grande patrie de la population schaerbeekoise. Écrire le passé de la Commune, fût-il moins glorieux, c’est permettre à tout le monde de trouver sa juste place", conclut Sihame Haddioui.


COMMENTAIRE DE CLAUDE WACHTELAER
NE CONFONDONS PAS LUTTE ET RÉCUPÉRATION.

J'aimerais pouvoir applaudir à cette initiative. Mais je n’ai guère de sympathie pour les ouvriers de la onzième heure. Pour le dire un peu brutalement, je n'aime pas les gens qui alors qu'ils n'étaient pas nés se prennent pour des anciens combattants et espèrent retirer la gloire des combats qu'ils n'ont pas menés.
Je me limiterai ici à commenter les questions relatives à Roger Nols (le rapprochement entre RN et Léopold II est, lui totalement grotesque) J'espère d’abord que dans un esprit de transparence, les bons esprits d'aujourd'hui ne manqueront pas de rappeler que RN fut une figure majeure - et effectivement embarrassante - du FDF, ancêtre de Défi. Le travail de mémoire serait incomplet si ce fait était occulté.
Par ailleurs je n'ai pas joint ma voix aux opposants à Roger Nols lors du débat autour de l’érection de son buste parce que je considère que cette discussion est totalement dépourvue d’intérêt..
Quand RN a décidé de fermer à la fin des années 70, d'un coup d'un seul, dix écoles communales, j'ai pris, avec de nombreux amis, des risques professionnels en m’opposant à cette mesure en créant le comité de défense de l’enseignement communal. À l’époque, nous avons combattu quelqu’un qui existait, qui avait du pouvoir et qui pouvait nous faire du tort et nous avons gagné ce combat. À partir de 1995, les politiques communales ont changé et, pour l’enseignement, le Livre blanc, que j’ai coordonné, a défini des axes de travail qui étaient à l’opposé de la politique nolsienne. Les bonnes âmes d’aujourd’hui peuvent bien bavasser à leur guise et sans risques, ce n’est pas le retrait d’une statue qui effacera les erreurs du passé et ce n’est certainement pas ce geste qui rendra hommage à ceux qui, à l’époque ont œuvré, concrètement, à une société plus inclusive, et pas à ceux qui, des années plus tard, veulent se faire une réputation à partir les vestiges d’un passé révolu.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
APARTHEID NOLSIENNE

Entièrement d’accord avec Claude Wachtelaer. Nous avons ensemble lutté contre l’initiative folle de Roger Nols de fermer nos chères écoles et mobilisé, à plusieurs, le « comité de défense de l’enseignement communal schaerbeekois » qui a réussi à mobiliser l’ensemble des enseignants et parents d’élèves ainsi que la presse  et est parvenu  à  empêché cette  folie.  Nols ne voyait pas pourquoi Schaerbeek devait financer l’entretien d’écoles primaires fréquentées par des enfants d’immigrés qui n’étaient pas des électeurs. Partisan d’une véritable apartheid scolaire il avait même souhaité deux entrées séparées des écoles 9 (avenue Dailly) et 10 (Grand rue au bois) l’une pour les élèves belges de souche l’autre pour les « étrangers ». Les enseignants ont fait barrage.  C’est dire que le comité de défense eut fort à faire et mériterait sa statue au parc Josaphat, de même que le dr. Francis Duriau qui mit fin à l’ère nolsienne et refinança généreusement nos écoles schaerbeekoises délabrées par deux décennies de non entretien.  
Quant au très remarquable et très ambitieux livre blanc dont parle Claude, qui proposait une vision d’avenir dans un horizon de vingt ans,. Je l’ai co écrit avec lui sur base de données rassemblées avec la collaboration de l’ensemble des directions scolaires. Il avait pour ambition de redynamiser la proverbiale Cité des Ecoles schaerbeekoise. Il gît oublié dans les tiroirs de l’échevin actuel de l’enseignement.
Sic transit gloria schaerbeekensis.
MG



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