samedi 6 juin 2020

Les ayatollahs de la FGTB


Francis Van de Woestyne. La Libre Belgique

Robert Vertenueil, le patron du syndicat socialiste, est sur le gril. L’aile wallonne, radicale, de la FGTB est rouge de colère. Il mérite un avertissement, un rappel à l’ordre, une remise sur le droit chemin. Voire un retrait. Du balai ! Mais quel crime a donc commis Robert Vertenueil ?
A-t-il fait allégeance au Vlaams Belang ?
A-t-il soutenu Donald Trump dans sa réaction brutale contre les manifestants après le meurtre de Georges Floyd ?
Bien pire !
A-t-il conduit en état d’ivresse ?
A-t-il fait un faux, falsifié sa déclaration d’impôt, caché l’argent du syndicat dans un paradis fiscal ?
Pire encore !
A-t-il pris les transports en commun sans masque ? Participé à la fiesta avec le prince Joachim ?
A-t-il oublié les paroles de l’Internationale ? Les chapitres de la Charte de Quaregnon ? La date de naissance d’Emile Vandervelde ?
Non, tout cela lui serait pardonné.
Il a rencontré Georges-Louis Bouchez, le président du MR au siège de la FGTB !
Il a fait cela ? Non ? Si !
Ce n’est pas tout. Ils ont discuté ensemble de la nécessité d’établir un nouveau Pacte social.
Et comble du comble, ils ont trouvé, dans leur échange des points communs.
Alors là, vous m’en direz tant…
C’est donc ce comportement hérétique qui vaut à Robert Vertenueil, cette fatwa lancée par ses amis wallons.
Mais que se passe-t-il donc à la FGTB, à la FGTB wallonne en particulier ?
Depuis quand le dialogue, fût-il avec des libéraux, est-il interdit ? N’est-ce pas l’essence même de notre démocratie : se nourrir des avis, des contributions de chacun ? Concilier la solidarité et la libre concurrence, définir les conditions dans lesquelles les entreprises peuvent prospérer pour ensuite distribuer les fruits de la croissance.
Apparemment, pour la FGTB, la réflexion doit avoir lieu en vase clos.
À mort le combat des idées, la friction positive des théories, à bas le dialogue entre la gauche, le centre, la droite.
Vive le repli sur soi. La FGTB applique à merveille le confinement, ferme ses portes, ses oreilles aux idées des autres. Triste réalité. Qui démontre, qui explique les difficultés auxquelles les partis politiques sont confrontés depuis des mois : le PS est prisonnier d’une aile syndicale gangrenée par le PTB. Et la N-VA est soumise aux diktats des jeunes loups du Belang.
L’avenir n’est pas aux portes closes mais à l’union des forces vives.
Plutôt que de battre en retraite face aux marxistes bornés qui vous accablent de reproches, poursuivez ce dialogue M. Vertenueil.
Désolé pour ce soutien aussi inhabituel qu’occasionnel. Cet appui à distance d’un camarade étranger vous sera reproché. Mais continuez ce combat pour l’ouverture.

Personne ne vous demande d’adhérer au MR, juste d’écouter ce qu’ils ont à dire. Et profitez-en pour tenter d’infléchir ce qui, chez eux, vous déplaît. En aurez-vous le temps? Pas sûr. Votre sort sera réglé lundi. Viré? Sermonné ? Bouchez, vous devrez sans doute promettre de l’éviter.
Mais les ultras de la FGTB, tellement sûrs d’avoir raison entre eux, se trompent : “Le contraire de la connaissance, ce n’est pas l’ignorance, ce sont les certitudes”. (Rachid Benzine).


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« LE PS EST PRISONNIER D’UNE AILE SYNDICALE GANGRENEE PAR LE PTB. ET LA N-VA EST SOUMISE AUX DIKTATS DES JEUNES LOUPS DU BELANG. »

CQFD : la FGTB est noyautée par des membres du PTB qui y dictent leur loi et mettent un veto à un quelconque rapprochement du PS avec la NVA. Et de la même manière, les jeunes loups du Belang font pression sur la NVA en vue de la radicaliser. Francis Van de Woestyne livre ici la clef qui explique le motif profond du blocage de la démocratie belge. Jean-Maurice Dehousse a expliqué autrefois que c’est la FGTB qui fait la pluie et le beau temps en Wallonie. Son influence sur les gauches progressistes est prépondérante. Son soutien au PS est conditionnel et conditionné, notamment à un tabou : l’interdiction absolue de se rapprocher de la NVA. Paul Magnette en a fait récemment les frais. La FGTB a proclamé de la manière la plus claire qu’elle rêvait pour la Wallonie d’une coalition des gauches : PS/PTB/Ecolo. Le PS a cependant-crime de lèse FGTB- pris langue avec le MR pour constituer une majorité régionale et communautaire wallonnes. On attend avec impatience que se crée en Belgique francophone un véritable mouvement/courant/parti  réformateur de progrès à sensibilité sociale à la gauche du MR inféodé au patronat et à la droite du PS scotché à la FGTB.
MG



Les leaders de la gauche francophone en liberté surveillée

Quand un président du MR se paye le scalp du numéro un du très puissant syndicat de la gauche…
 Par Béatrice Delvaux
Editorialiste en chef Le SOIR

 Je n’oserais pas dire que c’est historique, mais je ne suis pas loin de le penser », lâchait ce mercredi Robert Vertenueil, le président de la FGTB, à l’issue d’une longue rencontre avec le patron du MR Georges-Louis Bouchez. Une réunion au terme de laquelle les deux leaders qui s’étaient jusque-là copieusement dénigrés, confiaient au « Soir » leur volonté de conclure un Pacte Social.
Trois jours plus tard, ce qui risque surtout d’être historique, c’est qu’un président du MR se paye le scalp du numéro un du très puissant syndicat de la gauche. On n’en est pas encore là, mais depuis sa sortie en fanfare, Robert Vertenueil est en grande difficulté, sous le coup d’un vent violent de protestations venu de ses troupes les plus radicales. Pour celui qui avait déclaré haut et fort qu’il était ouvert au dialogue et qu’il s’agissait pour les deux dirigeants de trouver un équilibre dans les solutions dégagées – « c’est l’art de la politique » –, il est surtout question désormais de démontrer son habileté à rétablir sa légitimité en interne. Et ça, c’est l’art du pouvoir…
Naïveté ? Excès de confiance ? Méconnaissance de l’état de ses troupes ? Cette semaine en tout cas, Robert Vertenueil s’est fait avoir comme un… bleu. C’est une maigre consolation mais le patron de la FGTB subit le même rappel à l’ordre que celui infligé il y a quelques semaines au président du PS, Paul Magnette, forcé par ses troupes à renoncer à un gouvernement d’urgence avec la N-VA. Les deux leaders soudain déjugés ont réagi de manière identique pour calmer la bronca interne et regagner les faveurs des leurs : Magnette s’est fendu d’une intervention télévisée assassine pour la N-VA et Bart De Wever et ce jeudi, Robert Vertenueil a publié en catastrophe un communiqué qui déclare le « MR inchangé » et « Bouchez à la botte du patronat ». Bonjour l’ouverture…
Rapports de force
Tout ceci nous en dit beaucoup sur les rapports de force qui dominent désormais tant au PS qu’à la FGTB, tous deux sous forte influence du rouleau compresseur du PTB, mais donc aussi surtout, sur l’impossibilité de former, dans un tel contexte, un gouvernement PS/N-VA. Comment croire en effet que les troupes de la FGTB, hostiles à l’idée que leur syndicat puisse tenter un Pacte Social avec le MR, autorisent « leur » parti socialiste à faire affaire avec les nationalistes flamands ? D’autant que le troisième acteur clé de la gauche francophone, les Mutualités, sous la houlette du très rouge Jean-Pascal Labille, ont rejoint syndicats et ONG dans une « Coalition corona » qui veut forcer à une conversion sociale et écologique sans concession au monde d’après.
Avis donc aux négociateurs flamands : les leaders de la gauche francophone sont en liberté surveillée.  

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