mardi 9 juin 2020

Robert Vertenueil écarté, Thierry Bodson sollicité pour prendre les commandes de la FGTB


Robert Vertenueil n’a plus la confiance d’une majorité des instances de la FGTB, qui se sont réunies lundi. Un bureau fédéral devrait acter son départ de la présidence ce mardi. Et ouvrir aux candidatures. Thierry Bodson est attendu.

Par David Coppi Le Soir


Lundi, les centrales de l’organisation syndicale se sont prononcées successivement pour un changement à la présidence. La centrale générale (ouvriers), de laquelle est issu Robert Vertenueil, a plaidé en ce sens. Le Setca (employés) itou. La composante Horval (horeca, alimentation) également. Les métallos wallons eux aussi. La CGSP à son tour, à 75 % des voix... N’en jetez plus. Une réunion des présidents de centrales a eu lieu en fin d’après-midi, qui a confirmé la tendance dominante. Robert Vertenueil, qui avait remis son mandat « à disposition », est appelé à faire un pas de côté.

La rencontre avec Georges-Louis Bouchez et l’interview croisée dans la foulée, mercredi dernier, rue Haute, auront donc emporté le président en titre, sévèrement critiqué en interne après cela, comme nous en avons rendu compte ces derniers jours.

Pour rappel, dans cet entretien, le président de la FGTB appelait notamment à négocier un Pacte social pour la Belgique, qui associerait les partenaires sociaux (syndicats, patronat) et un éventail de formations politiques, dont le MR. L’idée : un grand accord afin de faire face à la crise économique et sociale. Le président de la FGTB avait lancé à propos de l’échange avec Georges-Louis Bouchez : « Nous ne sommes pas d’accord, pourtant nous sommes d’accord »… A savoir : les deux restent éloignés ou antagonistes sur le fond, mais se rejoignent pour estimer qu’il est souhaitable de s’apprêter à négocier un tel grand Pacte.
Des propos qui, manifestement, ont heurté au sein de l’organisation syndicale, où l’on a reproché, en sus, à Robert Vertenueil de s’être avancé sans mandat des instances. Et de s’être produit aux côtés de l’adversaire numéro un, le président du parti, le MR, qui a gouverné la législature précédente avec la N-VA dans un gouvernement suédois ancré à droite. Bref, une cascade de critiques s’est abattue sur Robert Vertenueil, s’ajoutant, visiblement, à une mauvaise humeur rampante qui ne date pas d’hier. En tout cas, c’est ce qui ressort du psychodrame. Car il faut bien admettre que, jusque-là, la FGTB semblait se mouvoir comme un seul homme, et que des critiques avaient juste affleuré, par moments, sans plus. Rien à voir avec la déferlante de ces derniers jours.
Il faut compter avec l’influence grandissante du PTB à la base et dans la hiérarchie de la FGTB. Le parti d’extrême gauche vise à terme à détrôner le PS à gauche, il n’en fait pas mystère, et se mobilise en ce sens tous azimuts, jusqu’au sein de l’organisation syndicale.
En principe, c’est Thierry Bodson qui succédera à Robert Vertenueil. L’actuel président de l’Interrégionale wallonne est très sollicité. Un bureau fédéral, ce mardi, devrait ouvrir aux candidatures. Thierry Bodson est attendu, désigné de tous côtés. Injoignable, il laisse planer un doute jusqu’à présent, évitant d’apparaître comme celui qui visait d’emblée la présidence.


EN PRINCIPE, C’EST THIERRY BODSON, L’ACTUEL PRESIDENT DE L’INTERREGIONALE WALLONNE, QUI SUCCEDERA A ROBERT VERTENUEIL. - MATHIEU GOLINVAUX.

Le changement de mains rue Haute intervient à quelques mois des élections sociales (en novembre), et surtout en pleine crise économique et sociale. Avec l’arrivée présumée de Thierry Bodson, beaucoup s’attendent à un « durcissement » de la FGTB, un positionnement plus conflictuel face au patronat, qui appelle notamment à réformer le marché du travail vers plus de flexibilité, comme on sait.
Tout cela ne sera pas sans influence sur les discussions au fédéral ayant trait à la présumée formation d’un gouvernement de plein exercice. Au bureau du PS lundi, Paul Magnette a expliqué que l’option Vivaldi (une coalition rouges-bleus-verts, plus de CD&V) était « définitivement morte », ce qui laisse ouvertes deux options in fine : négocier avec la N-VA, retourner aux urnes. Bref, ça se corse – si c’est possible. Et, dans un tel contexte, on imagine que la FGTB sera plus que jamais « vigilante », prête à se lever au cas où.
Quoi qu’il en soit, au fédéral, l’hypothèse électorale prend corps un peu plus jour après jour. La violence des attaques du MR contre Philippe Close à Bruxelles (après la manifestation contre le racisme) donne à voir un paysage politique francophone sinistré. On voit mal, dans ces conditions, comment bâtir quelque chose de cohérent à l’étage fédéral. Si l’on devait s’orienter vers des élections, nul doute que la FGTB – si elle parvient à surmonter ses divisions… – se profilera aisément en mode campagne.


THIERRY BODSON, UN TCHANTCHES LANCE DANS LA KERMESSE FEDERALE?

Par Pascal Lorent

Le patron de l’interrégionale wallonne de la FGTB est pressenti pour succéder à Robert Vertenueil. Homme de gauche, le Liégeois est aussi un régionaliste convaincu, proche de Jean-Claude Marcourt (PS).

Portrait

Sa mine renfrognée le ferait passer pour un grincheux. Il n’en est rien. Ceux qui connaissent Thierry Bodson apprécient l’humour pince-sans-rire du secrétaire général de l’Interrégionale wallonne de la FGTB. Ou plutôt du possible président de la FGTB, puisque le Liégeois est pressenti pour succéder à Robert Vertenueil, démis pour s’être commis médiatiquement avec le président du MR et avoir évoqué avec lui un « nouveau Pacte social » sans disposer du mandat de ses instances pour cela.

L’accession à la présidence de son syndicat ne faisait pourtant pas partie du plan de carrière de Thierry Bodson. A 59 ans, il se sentait bien dans ses pénates de Beez, en bords de Meuse, à deux pas de cette capitale namuroise que ce régionaliste convaincu apprécie. Mais c’était sans compter sur cette crise que traverse le syndicat socialiste et qui fait de ce quasi sexagénaire « l’homme de la situation ».
Sous sa houlette, à quoi faut-il s’attendre à la rue Haute ? Chez lui, être de gauche n’est pas qu’une posture. Son opposition à la libéralisation du marché du travail, « au détriment des travailleurs et des chômeurs », l’a régulièrement démontré. Sous la législature régionale écoulée, il est d’ailleurs monté au front contre le projet de réforme des APE imaginé par Pierre-Yves Jeholet (MR). Et ses nombreuses participations aux « campagnes » syndicales lui ont même valu une inculpation, pour « entrave méchante à la circulation », quand une poignée d’affiliés avait bloqué la circulation sur le viaduc de Cheratte (E40).
Mais ne cherchez pas en lui un révolutionnaire : l’opposant sait se faire gestionnaire quand il s’agit de siéger au comité de gestion du Forem ou au Conseil économique, social et environnemental de Wallonie (Cese). Et ses accents sociaux prononcés ne doivent pas faire oublier sa proximité avec Jean-Claude Marcourt, qui n’incarne pas à proprement parler l’aile gauche du PS. Car en régionaliste convaincu, il entend que la Wallonie dispose et conserve les leviers de son économie, les commandes de son destin. Pas fou pour autant, il conçoit que le balancier de l’évolution de l’Etat reparte dans l’autre sens, plaidant même récemment pour une refédéralisation des allocations familiales.
Son accession à la présidence du syndicat socialiste conduirait-elle à une gauchisation de la FGTB ? Et ce faisant, à pousser le PS à refuser un gouvernement fédéral avec la N-VA ? Pas forcément. Car si le programme « social » des nationalistes flamands a de quoi donner de l’urticaire au premier des syndicalistes rouges de Wallonie, le volet institutionnel pourrait constituer un terrain moins mouvant pour ce pragmatique.


AU BUREAU DU PS LUNDI, PAUL MAGNETTE A EXPLIQUE QUE L’OPTION VIVALDI (une coalition rouges-bleus-verts, plus de CD&V) était « définitivement morte », ce qui laisse ouvertes deux options in fine : négocier avec la N-VA, retourner aux urnes.

Une certitude, toutefois : si Thierry Bodson devait prendre la tête du syndicat socialiste, cela donnerait des accents très liégeois à une action commune où Magnette le Carolo (PS) et Labille le Principautaire (Solidaris)ont déjà leur bassin bien assis dans leur fauteuil présidentiel. Et tout cela dans un jeu fédéral où, gouvernement ou campagne électorale, la kermesse aura des allures de foire d’empoigne.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« A GAUCHE TOUTE » ET « EN AVANT LENTE » VERS LES ELECTIONS ANTICIPEES ET VERS LE « REQUIEM BELGIUM » 

Et bien voilà donc Monsieur Verteneuil écarté. Preuve de plus que la FGTB est gangrenée par le PTB et qu'il n’y fait pas bon de simplement parler avec « la droite ». 
Monsieur Vertenueil n’avait-il pas quelque raison d'au moins s'entretenir et échanger des idées avec le nouveau patron du MR  à propos d’un nouveau contrat social? 
Pauvre Wallonie et surtout pauvre démocratie Belgique.  Il ne manquait plus que ça pour faire bouillir la marmite.
Paradoxalement, les syndicats n'ont plus vraiment la cote, leur rôle étant de plus en plus décrié tant leurs positions et attitudes vont à l'encontre de toute gestion pragmatique pour la relance des activités industrielles : grèves pour des motifs sans justifications, en donneurs de leçons sans jamais vraiment se mouiller. 
Comme au temps d’André  Renard et des grandes grèves, la FGTB donne la très nette impression de rechercher le pouvoir politique via le PTB plutôt que des solutions de type pragmatique à la Verteneuil et à la Paul Magnette, ce syndicat s'étant laissé largement  infiltrer par des militants ultras du PTB. 
« Il faut désormais  compter avec l’influence grandissante du PTB à la base et dans la hiérarchie de la FGTB. Le parti d’extrême gauche vise à terme à détrôner le PS à gauche, il n’en fait pas mystère, et se mobilise en ce sens tous azimuts, jusqu’au sein de l’organisation syndicale. » 
Les ultras de la FGTB rêvent-ils de créer par une sorte de putsh une république wallonne socialiste sans lien avec une Flandre une sorte de Cuba au coeur de l’Europe ? Question essentielle : le PTB combien de division au sein de la FGTB ?  

« Avec l’arrivée présumée de Thierry Bodson, beaucoup s’attendent à un « durcissement » de la FGTB, un positionnement plus conflictuel face au patronat, qui appelle notamment à réformer le marché du travail vers plus de flexibilité, comme on sait.
Son accession à la présidence du syndicat socialiste conduirait-elle à une gauchisation de la FGTB ? Et ce faisant, à pousser le PS à refuser un gouvernement fédéral avec la N-VA ? Pas forcément. Car si le programme « social » des nationalistes flamands a de quoi donner de l’urticaire au premier des syndicalistes rouges de Wallonie, le volet institutionnel pourrait constituer un terrain moins mouvant pour ce pragmatique. » Voilà qui est tout à fait interpellant !

« Au bureau du PS lundi, Paul Magnette a expliqué que l’option Vivaldi (une coalition rouges-bleus-verts, plus de CD&V) était « définitivement morte », ce qui laisse ouvertes deux options in fine : négocier avec la N-VA, retourner aux urnes. »
C’est désormais une évidence : on va tout droit aux élections anticipées et au triomphe du PTB en Belgique francophone et à celui de Belang en Flandre pour la plus grande satisfaction des régionalistes wallons et des indépendantistes flamands. 
Bye Bye Belgium ne sera bientôt plus une fiction mais un incontournable horizon. Mais est-ce cela que vraiment nous voulons ?
MG


PAUL MAGNETTE N'AURAIT PAS PLAIDE POUR DES DISCUSSIONS AVEC LA N-VA: UNE TENTATIVE D'INTOX SELON DES "BARONS" DU PS

Le président socialiste aurait plaidé ce lundi 8 juin en bureau de parti pour que le PS et la N-VA se mettent à nouveau à table afin de négocier la formation d'un gouvernement fédéral, annonce LN24.
Il semble toutefois que ces informations de LN24 ne soient pas justes. En effet, plusieurs sources au sein du PS affirment que Paul Magnette a simplement exposé les différents scénarios politiques sur la table, sans plaider particulièrement en faveur de négociations avec la N-VA. Plusieurs "barons" du PS dénoncent même une tentative d'intox venant de l'intérieur du parti et destinée à affaiblir le président socialiste. 
Présent sur le plateau de RTL, le président du PS a montré que la porte des socialistes n'était, au final, peut-être pas tout à fait close. "Je l'ai toujours dit: nous n'avons rien en commun avec la N-VA, a déclaré le bourgmestre de Charleroi. Mais s'ils comprennent qu'il faut rejoindre les grands combats sur le pouvoir d'achat, contre la pauvreté, pour la transition climatique, pour la justice fiscale, alors cela change évidemment fondamentalement."
LA BELGIQUE, CE PAYS OU ON NE PEUT PLUS SE PARLER
Selon Olivier Mouton, dans le Vif, la crise interne à la FGTB est révélatrice de la radicalisation des positions au Sud comme au Nord, de la montée de forces qui sortent du cadre (démocratique, libéral) et d'une démocratie plurielle qui balbutie.
Il n'est donc plus permis de parler ouvertement et de façon constructive à un opposant politique. C'est ce que l'on retiendra de cet épisode où Robert Vertenueil, président de la FGTB, a perdu la confiance de sa base après un dialogue avec Georges-Louis Bouchez, président du MR. Il devrait être remplacé, sauf nouveau rebondissement, par Thierry Bodson, patron de l'interrégionale wallonne. Un homme plus tranché, un Wallon plus en phase avec son temps.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA PAROLE EST A KROLL

C’est que, une fois de plus, Kroll met le doigt où cela fait le plus mal.
La crise du Covid 19 s’éloigne doucement tandis que la crise socio économique se prépare sous nos yeux sous la forme d’un bouleversement des plaques tectoniques qui constituent notre assise « civilisationelle ». Accrochez vous ! Ca va secouer comme jamais de mémoire d’homme vivant !  
MG
...



Aucun commentaire: