jeudi 25 juin 2020

Vers la création d'une commission chargée du passé colonial de la Belgique à la Chambre


Belga La Libre Belgique

La commission des relations extérieures de la Chambre a convenu mercredi, à une semaine du 60e anniversaire de l'indépendance du Congo ex-belge, d'enclencher le mécanisme qui doit conduire à la création d'une commission - dont l'intitulé et la forme restent à définir - chargée de se pencher sur le passé colonial de la Belgique avant d'envisager d'éventuelles excuses. 
Un consensus s'est dégagé pour que chaque groupe politique propose rapidement le nom d'un expert afin de constituer un groupe chargé d'épauler la réflexion confiée à deux institutions scientifiques fédérales, l'AfricaMuseum (ex-Musée royal de l'Afrique centrale) de Tervueren et les Archives générales du Royaume, a indiqué la présidente de la commission, la députée Els Van Hoof (CD&V).
"Le groupe de travail va déjà se réunir la semaine prochaine pour la première fois avec les premiers avis de ces deux instituts", a-t-elle déclaré. "Et cette semaine vous (les députés membres de la commission) allez pouvoir aussi nous donner le nom d'un expert auquel vous pensez", a-t-elle ajouté.
Un accord de principe était intervenu la semaine en conférence des présidents de la Chambre pour mettre en place une commission chargée de travailler sur le passé colonial de la Belgique, alors que le débat fait rage sur le rôle de la Belgique dans la colonisation après que plusieurs statues du roi Léopold II, associé à l'histoire coloniale belge et à l'État indépendant du Congo (EIC) eurent été récemment vandalisées.
"Il faut pouvoir démarrer rapidement" pour "entamer le descriptif de la mission à confier à ces experts, a souligné Mme Van Hoof alors que l'échéance du 30 juin, date de l'anniversaire de l'indépendance du Congo approche à grands pas.
La forme définitive que prendra cette commission - soit au sein de celle des relations extérieures, soit une sous-commission, voire une commission spéciale ou d'enquête (nettement plus lourde) devrait pour sa part être déterminée en septembre, ont souligné plusieurs députés lors de la discussion mercredi.


Statues vandalisées et déboulonnées: "Des groupuscules extrémistes tentent d'imposer une vision binaire de l'Histoire"
La Libre Belgique

Plutôt que de déboulonner les statues de personnages historiques controversés ou de débaptiser des rues, mieux vaudrait élever sur les même lieux, en réponse, des monuments dédiés à d'autres figures afin de "regarder l'Histoire en face", a suggéré l'entourage d'Emmanuel Macron.
Les conseillers du président étaient interrogés sur les propos de la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, qui a souhaité "poser la question" de débaptiser l'avenue Bugeaud à Paris, qui porte le nom du général français responsable du massacre de nombreux Algériens au XIXe.
"Il ne s'agit pas de débaptiser l'avenue Bugeaud mais pourquoi pas un monument adressé à l'émir Abdelkader -- qu'a combattu Bugeaud -- qui était détenu au château d'Amboise", a commenté un conseiller. "Pourquoi pas une statue d'Emile Zola en face de celle de Paul Déroulède", fondateur en 1882 de la Ligue des Patriotes, mouvement antidreyfusard.
"Il faut s'emparer de la mémoire de ces personnages, il ne s'agit pas d'effacer ce qu'ils ont été mais de recontextualiser", explique-t-on de même source.
"Des groupuscules extrémistes tentent d'imposer une vision binaire de l'Histoire, puritaine, et s'attaquent à des symboles républicains et aux valeurs de la République. Cette tentative d'importer une vision intersectionnelle de la mémoire ne peut être compatible avec une mémoire républicaine partagée par tous", estiment des proches du président, inquiets des dégradations ce week-end de statues du général de Gaulle et de Gambetta.
Un buste de Charles de Gaulle a été vandalisé à Hautmont (Nord) avec inscrit en peinture rouge le mot "esclavagiste", a rapporté le président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand sur Twitter.
Samedi dernier, lors de la manifestation en mémoire d'Adama Traoré, des manifestants voulaient cibler la statue installée devant l'Assemblée nationale de Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV, à l'initiative en 1685 du Code noir, qui a légiféré l'esclavage dans les colonies françaises.
Alors que Jean-Marc Ayrault, actuel président de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage, a demandé samedi de rebaptiser une salle Colbert à l'Assemblée, le sénateur PS de Guadeloupe et ancien ministre des Outre-mer Victorin Lurel souhaite que sa statue devant l'Assemblée, ou celle située au sein du Sénat, soient "déplacées ou expliquées".
"Dans un État républicain, démocratique et libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique. Pourtant, parce que l'Histoire fonde nos consciences, parce que les mémoires - longtemps honteuses - restent douloureuses, parce que face à l'occultation et au déni encore vivaces, l'honneur de la République est d'oeuvrer pour la réconciliation des mémoires", écrit le sénateur sur Facebook.
Emmanuel Macron a déclaré dimanche qu'il serait "intraitable face au racisme, à l'antisémitisme et aux discriminations" mais que "ce combat noble est dévoyé lorsqu'il se transforme en communautarisme, en réécriture haineuse ou fausse du passé".
"La République n'effacera aucune trace ni aucun nom de son Histoire. La République ne déboulonnera pas de statue. Nous devons plutôt lucidement regarder ensemble toute notre Histoire, toutes nos mémoires, avait-il déclaré.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DE LE NECESSITE DE RECONTEXTUALISER

Il est de bon ton, quand quelque chose ne va pas d’en rendre responsable l’enseignement, lequel en l’occurrence serait trop silencieux sur les questions touchant à la colonisation. On a dit la même chose à propos de l’islam.
Il est certain que les cours d’histoire sont un moment éducatif important de « contextualisation » voire de « recontextualisation ». 
Mais quel est leur impact sur les décrocheurs des profs d’histoire, si doués, savants et motivés qu’ils soient sur les agissements d’une bande d’excités qui n’ont qu’une ambition, instaurer le chaos pour faire triompher leur cause radicale, je songe à l’organisation des « black blocs » qui sont sur tous les fronts, des gilets jaunes aux gangs des « débouloneurs » de statues.
Certes, on pourrait , on devrait même installer des plaques explicatives de laiton ou de bronze sur les monuments contestés et contestables mais ils seraient sans doute rapidement tagués par les bandes des rues , voire volés par le gang  qui fait main basse sur les fils de cuivre des réseaux ferroviaires de la sncb.
On lira avec intérêt et empathie la belle carte blanche de Farid Bahri, enseignant d'Histoire dans le secondaire qui met les points sur le « i » et le poing sur la table ainsi que le témoignage sobre de Kalvin Njall Soiresse, député Ecolo bruxellois.
Je me souviens pour ma part du cours magistral du professeur Stengers à l’ULB très nuancé sur l’aventure coloniale du roi Léopold II et aussi des récits de deux anciens directeurs d’écoles officielles qui ont dirigé des établissements scolaires au Congo dans les années cinquante. Ils ne tarissaient pas d’éloges sur la qualité des routes, des dispensaires sanitaires et des écoles crées et gérées par l’administration belge.
Il sort de leurs témoignages une impression de grande cohérence et un grand souci d’humanité dans un climat que des esprits chagrins ont volontiers qualifié de paternaliste. Rien à voir avec l’esclavagisme des Etats sudistes américains ou la brutalité de la présence française en Algérie.
Il est vrai que quand j’écoutais le cousin de mon père établi à Léopoldville raconter ses anecdotes congolaises- il y vécut 30 ans-on ne peut pas dire qu’elles étaient de nature à flatter le peuple indigène qui subissait passivement la colonisation belge au bénéfice d’une caste de collabos privilégiés que l’on appelait les évolués.
« L’enseignement  secondaire n'a pas pour objet premier de construire un récit national belge ou pire encore un mythe national voire nationaliste belge. Tout au contraire. Il vise à construire un savoir problématisé pour une citoyenneté responsable. Sans une culture historique appropriée, les tensions mémorielles s'aggraveront, et la tentation de l'isolement culturel face à la mondialisation guettera l'élève-citoyen.
Un Pacte d'Excellence qui rabote le cours d'Histoire, c'est le temps historique qu'on mutile. Sans cours intégral d'Histoire, quelle mémoire collective et citoyenne va-t-on construire dans une société multiculturelle ? » (Farid Bahri)
Et surtout : quand nous décidérons-nous enfin à envisager une approche interculturelle, voire mieux encore c'est-à-dire carrément transculturelle de l’histoire. L’histoitre c’est moins le « choc des civilisations » (Huntington) que le dialogue des cultures qui ne cessent d’inter réagir les unes sur les autres. Le nouveau testament n’est pas concevable sans la thora qui le précède et l’islam qui les suit est comme une synthèse des deux premier : un troisième évangile éthique nourri des deux premiers et de sa spécificité. Le jazz n’est pas une musique « nègre » mais un produit transculturel où se combinent les rythmes africains et les instruments des brass bands des états sudistes. Le jazz est transculturel et les religions également. Les chiffres dits arabes sont d’origine indienne etc.
Le dialogue interculturel est le seul moyen de sortir de l’impasse dans laquelle nous coince le mouvement Black Lives Matter. All lives matter !  
MG
PACTE D'EXCELLENCE : "QUAND ON DEBOULONNE L'HISTOIRE !"

Carte blanche
Peut-on déboulonner l'Histoire du programme scolaire francophone belge au moment même où l'on déboulonne et peinturlure les statues du roi Léopold II aux quatre coins de la Wallonie et de Bruxelles ?
Ces derniers temps, tout citoyen belge, sensible au passé de la Belgique, a été, à certains égards, interpellé par les dégradations infligées aux statues du roi Léopold II. Si à Mons, des militants d'un collectif anticolonial a plaqué la statue de photographies de mains coupées, emblème de la colonisation belge du Congo, à Ixelles, ce sont des partisans de l'indépendantiste et ex-Premier ministre congolais assassiné, Patrice Lumumba qui ont badigeonné la statue équestre du roi attenante à la place du Trône. "Baudouin assasaint" pouvait-on y lire sur le piédestal. Tout un symbole donc que cette action, qui plus est, surmontée par une faute d'orthographe grotesque qui ne va pas sans nous rappeler l'affaire Omar Haddad en France. Plus récemment, au parc Duden, la statue du "roi bâtisseur" a été déboulonnée, une statue en sciure de bois de Patrice Lumumba a été érigée dans la galerie Ravenstein. Pourquoi s'attaque-t-on à la statue de Léopold II ? Qui en sont les auteurs ? Comment en sommes-nous arrivés à ce degré de violence ? Voilà les questions pertinentes que l'apprenant belge doit se poser en classe d'Histoire face à un événement du passé (compétence 1 dans le cadre des "compétences terminales et savoirs disciplinaires requis" de la FWB).

Si l'acte de vandaliser un bien collectif tombe sous la coupe effective de la loi, la réflexion, elle, va au-delà de la considération éthique et juridique. Elle participe d'un débat mémoriel national et international que le cours d'Histoire alimente depuis le plus jeune âge. L'histoire coloniale belge s'inscrit dans programme de 5e générale du réseau officiel francophone belge. Faut-il rappeler au néophyte que l'épisode colonial, vaguement intitulé dans le programme "l'impérialisme colonial, les formes de domination : politique, culturelle, économique..." correspond à un seul contenu d'apprentissage, soit deux fois 50 minutes. Afin de créer un débat historiographique digne de ce nom, en s'appuyant par exemple sur Futurhist 5e, l'excellent manuel de référence d'Hervé Hasquin et de Jean-Louis Jadoulle (Didier Hatier éditeurs), où la colonisation belge se décline en trois leçons ("De l'état indépendant du Congo au Congo Belge", "Regards sur l'homme noir", "Polémiques autour de la colonisation"), l'enseignant d'histoire doit mobiliser six fois 50 minutes c'est-à-dire un temps énorme. Pour ce faire, faut-il alors rogner sur les "grands courants idéologiques", le thème précédent la colonisation ou alors élaguer le thème suivant ; "le choc des impérialismes et des nationalismes en Europe et dans le monde" ? Choix cornélien pour l'enseignant d'Histoire. Car ces sujets sont les uns autant que les autres vitaux pour éclairer les enjeux récents ou actuels de la Belgique fédérale, de la crise des Balkans, de la problématique des migrants etc. au futur élève-citoyen belge. Malheureusement, les événements récents de vandalisme montrent que le citoyen belge devenu multiethnique, n'a pas assimilé les tenants et aboutissants du colonialisme belge. Les raisons sont d'abord à chercher dans l'école, dans le cours d'histoire, puis dans l'exercice mémoriel collectif à travers le débat médiatique, la muséographie etc. Il est vrai, là n'est plus notre sujet même si le cours d'Histoire prépare à ce débat mémoriel dépassionné dans nos sociétés postcoloniales et mondialisées. Bien sûr la mémoire ne fait pas l'Histoire mais n'y contribue-t-elle pas amplement dans un espace démocratique ? Maintenir un cours intégral d'Histoire dans le secondaire n'a pas pour objet premier de construire un récit national belge ou pire encore un mythe national voire nationaliste belge. Tout au contraire. Il vise à construire un savoir problématisé pour une citoyenneté responsable. Sans une culture historique appropriée, les tensions mémorielles s'aggraveront, et la tentation de l'isolement culturel face à la mondialisation guettera l'élève-citoyen.
Un Pacte d'Excellence qui rabote le cours d'Histoire, c'est le temps historique qu'on mutile.
Est-il besoin de rappeler que la difficulté ne s'arrête pas à l'exemple du colonialisme belge en Afrique. "Les nationalismes, les totalitarismes de droite et de gauche", "l'univers concentrationnaire et génocide", "la collaboration ou résistance", pour reprendre l'intitulé du programme, sont autant d'enjeux mémoriaux cruciaux pour la bonne santé citoyenne. Surtout dans les établissements dits à "discrimination positive". Comment déconstruire les clichés et autres stéréotypes communautaires antisémites et prohitlériens fermement acquis dans certains milieux auquel j'ai été confronté dans mon cours d'Histoire? Comment expliquer le conflit israélo-palestinien depuis la lettre de Balfour aux accords d'Oslo en passant par les conflits arabo-israéliens devant un parterre d'élèves issus de la migration maghrébine sans me faire traiter de partialité, pour ne pas dire de trahison (étant moi-même d'origine nord-africaine)? Enfin, dans cette course à la montre qui m'est impartie, m'est-il possible de faire découvrir d'autres horizons historiques à mes élèves ? Je souhaiterais par exemple replacer les migrations maghrébines dans la longue durée, remonter au XIXe siècle, montrer l'intérêt du roi Léopold II pour le Maroc. Evoquer Abraham Siscù, le premier juif marocain à obtenir la nationalité belge. Tout cela afin de battre en brèche l'antisémitisme. Que me restera-t-il dans l'horaire du futur "bloc sciences humaines" pour traiter ces écheveaux de la mémoire collective ?
Un pacte d'excellence qui rabote le cours d'Histoire, c'est le temps historique qu'on mutile. Sans cours intégral d'Histoire, quelle mémoire collective et citoyenne va-t-on construire dans une société multiculturelle ? Comment déconstruire les clichés acquis par l'élève dans son habitus ? Quel temps restera-t-il pour corriger la "mémoire manipulée" ? Justement pour reprendre les mots de Paul Ricoeur "le pardon, s'il a un sens et s'il existe, constitue l'horizon commun de la mémoire, de l'histoire et de l'oubli". Sans cours intégral d'Histoire dans le secondaire, plus de mémoire, que de l'oubli dans la Belgique francophone à venir,
Je m'interroge et vous interroge Madame la Ministre de l'Education.
Par Farid Bahri, enseignant d'Histoire dans le secondaire


CARTE BLANCHE: «N’INSTRUMENTALISEZ PAS LES HISTORIENS DANS LE DEBAT SUR LE PASSE COLONIAL»
Il existe bel et bien un consensus historique sur les aspects les plus importants du passé colonial belge, affirment dans une lettre ouverte une série d’historiens.

« Le colonialisme s’est accompagné d’une propagande sélective, qui mettait en avant des éléments jugés « positifs » (...), mais sans mentionner le fait que ces efforts étaient aussi déployés en fonction du profit économique pour la « mère patrie » belge», affirment les historiens. - reuters
Par Gillian Mathys (Université de Gand), Sarah Van Beurden (The Ohio State University), Reuben A. Loffman (Queen Mary University of London), Hein Vanhee (KMMA Tervuren), Idesbald Goddeeris (KU Leuven). Le texte est cosigné par une série d’historiens*

Qui ? Des historiens menant des recherches sur le Congo colonial.
Quoi ? S’excuser ou ne pas s’excuser est un choix politique ; se cacher derrière le manque d’un consensus historique est un non-argument.
En tant qu’historien.nes et chercheur.ses en sciences humaines et sociales se penchant sur l’histoire coloniale du Congo, nous souhaitons répondre aux récentes déclarations portant sur l’existence contestée d’un « consensus historique » sur les atrocités commises au Congo sous le règne de Léopold II.
Premièrement : le consensus entre historiens
Le Palais dit attendre un « consensus historique » sur la responsabilité de Léopold II dans la violence de « son » État indépendant avant de s’exprimer sur ce sujet. Un coup d’œil sur les travaux historiques des trente dernières années montre toutefois que ce consensus existe bel et bien et ne dépend pas de nouvelles études détaillées pour être étayé, comme semblent le suggérer certains. Le débat sur la responsabilité de Léopold II dans le règne de terreur au Congo rappelle à certains égards celui sur le réchauffement climatique, en ce sens qu’une petite minorité reste aveugle à l’écrasante charge des preuves déjà amassées.
En tant que souverain autocrate de l’État Indépendant du Congo, Léopold II était responsable d’un régime fondé sur une violence massive et structurelle, visant à l’exploitation maximale des ressources de « sa » colonie et ayant conduit à une diminution de sa population – selon les derniers calculs démographiques/historiques – d’un à cinq millions de Congolais. Il était conscient des horreurs perpétrées sur le terrain, mais n’a pratiquement rien fait pour les arrêter. Il existe un large consensus historique sur ces questions.
En outre, le focus sur Léopold II ne doit pas conduire à ignorer les responsabilités de l’État belge, qui a pris le contrôle du Congo en 1908. Le régime du Congo belge s’appuyait également sur le racisme, la répression et l’exploitation, indépendamment des motivations individuelles des coloniaux. Le colonialisme s’est accompagné d’une propagande sélective, qui mettait en avant des éléments jugés « positifs » tels que les réalisations dans le domaine de l’éducation, des soins de santé et du développement d’infrastructures, mais sans mentionner le fait que ces efforts étaient aussi déployés en fonction du profit économique pour la « mère patrie » belge. De plus, ces éléments ne compensent en rien les souffrances de la population congolaise.
Deuxièmement : les normes de l’époque
L’affirmation selon laquelle le système de l’État Indépendant du Congo était « normal » selon les normes de l’époque ignore les critiques contemporaines de sa violence choquante, menée tant en Belgique qu’à l’étranger. En outre – et cela vaut également pour le Congo belge –, l’accent mis sur les « normes applicables à l’époque » est une façon d’effacer les résistances des Congolais à ces deux régimes coloniaux, ainsi que la mémoire de ces résistances. Pour les victimes congolaises, le colonialisme n’était pas la norme acceptable. L’accent mis sur les « normes en vigueur à l’époque » trahit une perception eurocentrique étroite, voire coloniale, du passé.
Troisièmement : le racisme et la discrimination
D’aucuns refusent également de voir le lien entre le colonialisme et le problème social actuel du racisme et de la discrimination. Joren Vermeersch (N-VA) écrit ainsi : « Il est tout aussi grossier de blâmer un Européen du XXIe siècle pour le colonialisme que de blâmer un Allemand d’aujourd’hui pour l’Holocauste, ou un musulman pour l’esclavage qui était et serait toujours normal dans le monde musulman si les colonisateurs européens ne l’avaient pas aboli ». Cette comparaison n’est pas valable car l’Allemagne a depuis longtemps rompu avec son passé nazi dans l’espace public, dans les musées, dans l’éducation, et dans les médias. Si bien des Européens du XXIe siècle sont totalement indifférents au passé colonial, d’autres continuent à s’accrocher aux symboles du colonialisme. Ils refusent de voir que le racisme et la discrimination contemporains sont liés à la déshumanisation associée à la colonisation. La comparaison avec le monde musulman n’est quant à elle pas seulement une expression de l’islamophobie moderne, mais aussi un vestige typique de la propagande coloniale. En réalité, Léopold II a collaboré avec des esclavagistes arabes et le colonisateur belge lui-même a recouru au travail forcé.
En d’autres termes : il existe un consensus historique sur les aspects les plus importants du passé colonial. L’idée de créer une « commission vérité » parlementaire pourrait être un instrument pour faire émerger un consensus politique autour de cette histoire mais ne doit pas être un moyen d’en retarder la reconnaissance.
*Le texte a été cosigné par Denise Bentrovato (University of Pretoria), Frans Buelens (Universiteit Antwerpen), Geert Castryck (Universität Leipzig), Bambi Ceuppens (KMMA Tervuren), Maarten Couttenier (KMMA Tervuren), Marc Depaepe (KU Leuven Kulak), Donatien Dibwe dia Mwembu (Université de Lubumbashi), Nicole Eggers (University of Knoxville, Tenessee), Mathieu Zana Etambala (KMMA Tervuren/KU Leuven), Didier Gondola (Indiana University – Purdue University Indianapolis), Benoît Henriet (VUB), Nancy Rose Hunt (University of Florida), Gert Huskens (Universiteit Gent), Amandine Lauro (ULB), Johan Lagae (Universiteit Gent), Romain Landmeters (Université Saint-Louis – Bruxelles), Maarten Langhendries (KU Leuven), Margot Luyckfasseel (Universiteit Gent), Ruben Mantels (Universiteit Gent), Elikia M’Bokolo (EHESS, Paris), Michael Meeuwis (Universiteit Gent), Eline Mestdagh (Universiteit Gent), Pedro Monaville (New York University Abu Dhabi), Jean-Marie Mutamba Makombo (Université de Kinshasa), Enika Ngongo (Université Saint-Louis – Bruxelles), Valérie Piette (ULB), Violette Pouillard (Universiteit Gent & ULB), Jacob Sabakinu (Université de Kinshasa), Leslie Sabakinu (University of Madison-Wisconsin), Jean-Paul Sanderson (UCL), Yves Segers (KU Leuven), Julia Seibert (Humboldt-Universität zu Berlin), Matthew Stanard (Berry College, Georgia), Daniel Tödt (Humboldt-Universität zu Berlin), Nathalie Tousignant (Université Saint-Louis – Bruxelles), Charles Tshimanga (University of Nevada), Jean Omasombo Tshonda (KMMA Tervuren), Vicky Van Bockhaven (Universiteit Gent), Leen Van Molle (KU Leuven), Jan Vandersmissen (Universiteit Gent), Karel Van Nieuwenhuyse (KU Leuven), Guy Vanthemsche (VUB)


LE DEPUTE BRUXELLOIS KALVIN SOIRESSE DENONCE LE RACISME DONT IL A ETE VICTIME: "JE ME SUIS FAIT TRAITER DE CANNIBALE QUI DOIT JOUER DU TAM-TAM"

Kalvin Njall Soiresse, député Ecolo bruxellois était l'invité sur Bel RTL. Il a livré sa vision des choses à propos du racisme en Belgique, de la manifestation du 7 juin dernier à la Place Poelaert et des représentations dans l'espace public à la gloire des acteurs du passé colonial.
Le député bruxellois a tout d'abord tenu à préciser qu'il ne considérait pas la Belgique comme un pays raciste: "Il y a, comme dans tous les pays, dans toutes les structures de la société, des personnes qui le sont. Mais on ne peut pas dire que la Belgique est un pays raciste", affirme-t-il.
Kalvin Soiresse confie pourtant en avoir lui-même été victime en Belgique: "Je me suis fait traiter de cannibale qui doit jouer du tam-tam. J'ai reçu des lettres de menaces de la part des anciennes associations de colons qui m'ont dit que si j'avais mes lunettes et mon manteau, je devais remercier la colonisation. Je reçois des menaces encore aujourd'hui", confirme-t-il.
L'éducation et l'espace public comme boussole
Le meurtre de l'Afro-américain George Floyd par un policier blanc a été un véritable détonateur qui a entraîné de nombreuses manifestations à travers le monde comme celle du 7 juin dernier à Bruxelles qui a rassemblé environ 10 000 personnes.
Selon Kalvin Soiresse, il ne faut cependant pas oublier le travail de fond depuis plusieurs années du milieu associatif ainsi que les épisodes précédents qui ont également mené à des mobilisations: "Il y a un soulèvement des consciences", soutient-il.
La semaine dernière, la ministre de l’Éducation en Fédération Wallonie-Bruxelles, Caroline Désir, avait réaffirmé son projet de rendre obligatoire les cours sur l'histoire du Congo et de la colonisation. Pour Kalvin Soiresse, pour lutter contre le racisme sur le long terme, il faut en effet utiliser l'éducation et l'espace public "comme boussole".
"C'est regrettable mais je comprends les personnes qui ont déboulonné les statues de Léopold II", reconnaît-il. "Il y a cette tension parce que nous avons tardé à prendre des décisions".
Cependant, le député écologiste soutient un maintien de ces traces du passé coloniale belge. Il faudrait toutefois y apporter une contextualisation: "Il faut leur donner un sens, les utiliser comme outils pédagogiques, informer et éduquer". "A côté du 'souvenir' des colonisateurs, il faut également renforcer le 'souvenir' des colonisés", conclut le député bruxellois.



Aucun commentaire: