vendredi 31 juillet 2020

Le chercheur Geert Molenberghs appelle au réalisme: «Arrêtez de faire des projets»Pour le scientifique, nous allons vivre longtemps avec les bulles sociales.


Le professeur biostatisticien de la KU Leuven Geert Molenberghs a précisé dans les pages de Het Laatste Nieuws la meilleure approche face à une recrudescence de cas : ramener la courbe d’infections vers le bas et fermer les frontières. Et il constate : « « Il est temps d’être un peu plus réaliste. À moins que nous n’allions au fond des choses cette fois-ci et que nous ne fermions les frontières. »
« Vivez plus au jour le jour. Et si vous faites encore des projets, ou devez en faire, vous feriez mieux d’être prudent. Je ne vais pas me faire des amis dans le domaine des voyages avec ce que je dis maintenant. J’aime voyager, normalement plusieurs fois par an, mais je n’ai rien de plus prévu. Ce sera en effet un peu au jour le jour » répond le scientifique.
Geert Molenberghs appelle à prendre consicence de la gravité de la situation sans vaccin. « Nous allons devoir vivre longtemps avec les bulles sociales que nous avons en ce moment. Quand cette vague sera terminée, nous pourrons nous détendre, bien sûr. Mais pas au niveau et dans le sens du 1er juillet. En juin et début juillet, tout le monde, sauf nous, pensait : ‘C’est fini, nous pouvons retourner à une vie presque normale avec seulement ici et là un secteur qui n’est pas encore est ouvert. »
 « Non, ce ne sera pas le cas. Nous allons pouvoir faire un certain nombre de choses si nous arrivons à casser la courbe à un niveau plus profond qu’en juin. Vous pourrez alors peut-être faire un match de football avec un public à l’automne. Mais ne pensez pas à des stades pleins. Ce n’est possible qu’avec un vaccin »


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
VIVEZ PLUS AU JOUR LE JOUR
« PRENEZ CONSCIENCE DE LA GRAVITE DE LA SITUATION SANS VACCIN. »

« Vivez plus au jour le jour. Et si vous faites encore des projets, ou devez en faire, vous feriez mieux d’être prudent. »
Nous l’avons presque tous compris, pas vraiment tous et pas vraiment  tout compris.
Il paraît de plus en plus évident que rien ne sera plus comme avant.
Non pas à cause des mesures de confinement qui nous accablent mais surtout à cause de leurs conséquences : une crise économique sans précédent, un bain de sang social et une catastrophe psychologique collective.
« Prendre conscience de la gravité de la situation sans vaccin »est une manière de nous prévenir qu’il n’y aura peut-être pas de vaccin en tous cas pas tout de suite et sans doute pas pour tout le monde, un peu  comme les canots de sauvetage sur le Titanic. Il suffit de nous replonger dans nos classiques du secondaire - le decameron de Boccace ou la Peste de Camus- pour comprendre que, sans vaccin, on risque de se retrouver en enfer « avec » tous  les autres.
Vivre donc au jour le jour ? Mais n’est ce pas précisément ce que nous reprochons-à juste titre- à ces jeunes qui se défoulent en groupe au mépris de toutes les règles de prudence sanitaire?
Anvers est en état d’alerte urgente  et son bourgmestre ne prend pas  les mesures draconiennes  qui s’imposent. Plus déterminé, le bourgmestre Close se met à plat ventre devant les forains qui a tout prix veulent imposer leur foire du midi à Bruxelles. A tout prix ! C’est bien là le problème. Personne n’est disposé à payer le prix.
Olivier Willocx patron des patrons bruxellois (il est est le CEO de Beci, la fédération patronale bruxelloise qui représente des milliers d’entreprises à Bruxelles) dénonce une situation  “catastrophique” pour certains secteurs dans la capitale. “Neuf chambres d’hôtel sur dix sont vides” et  selon lui, Bruxelles risque également de louper le virage digital. La belle affaire !
Voilà pour le politico économique et le social. Quid de la santé mentale des Belges ? On fabriquerait des patients psychiatriques à la chaine. « Ce qu'on a redouté est arrivé. Laissés seuls face à leur souffrance et à leurs symptômes, les patients, qui avaient retrouvé un certain équilibre grâce aux prises en charge, ont vu leur santé mentale se détériorer. Depuis le mois de mai, ce sont les plus fragiles qui en subissent les conséquences. Et ce sont les hospitalisations sous contrainte qui ont explosé. » » « Des situations parfois désespérées, parfois désespérantes et des familles découragées. Les patients cumulent les pathologies, les difficultés sociales »
Notre société va mal et par ricochet, la démocratie se fragilise de semaine en semaine en Belgique, en France, et on ne parle même pas des Etats Unis, de la  Russie, de la  Pologne, de la  Turquie… Partout ou presque, lé démocratie est mise en quarantaine.
Je me suis retrouvé dans mon jardin de confinement avec deux potes de ma génération. Tous les trois nous sommes  en relative bonne santé mais consternés  par une mise en quarantaine virtuelle, c'est-à-dire parqués dans une réserve de peaux rouges conscients de s’éteindre à petit feu.  Le présent est devenu accablant ; l’avenir rétrécit son horizon. Il ne nous resta qu’une  maigre consolation : évoquer notre passé d’anciens combattants de vaines causes chimériques.
Apprenons donc à vivre au jour le jour, si possible ; à la minute minute.
MG 


"HOSPITALISATIONS PSYCHIATRIQUES SOUS CONTRAINTE : LA SITUATION DEVIENT INCONTROLABLE" (carte blanche)

Carte blanche Le Vif
Depuis la crise sanitaire, les mises en observation explosent et les services d'urgence croulent sous les demandes d'expertise.
La crise sanitaire du Covid-19 a bouleversé la pratique des soins en santé mentale, à l'extérieur de l'hôpital. A l'intérieur aussi.
Depuis le mois de mars, les hôpitaux généraux se sont réorganisés. Certains ont ralenti leur activité psychiatrique. D'autres ont tenté d'apporter des solutions spécifiques aux patients présentant un trouble mental et atteints du Covid-19. Du côté des hôpitaux psychiatriques, on a limité les admissions et accéléré certaines sorties, afin de limiter le risque de foyers épidémiques. Soutenue par les consignes fédérales, la psychiatrie hospitalière s'est, en quelque sorte, confinée dans l'attente de jours meilleurs.
Le secteur ambulatoire a assuré sa fonction, dans des conditions pénibles, assumant des visites au domicile et en intensifiant les contacts par téléphone ou par visio-conférence. Il n'empêche : des patients ont été perdus de vue. Nos voisins français les estiment à 10%.
Et ce qu'on a redouté est arrivé. Laissés seuls face à leur souffrance et à leurs symptômes, les patients, qui avaient retrouvé un certain équilibre grâce aux prises en charge, ont vu leur santé mentale se détériorer. Depuis le mois de mai, ce sont les plus fragiles qui en subissent les conséquences. Et ce sont les hospitalisations sous contrainte qui ont explosé. » « Des situations parfois désespérées, parfois désespérantes, des familles découragées. Les patients cumulent les pathologies, les difficultés sociales »
En Belgique, la prise en charge psychiatrique sous contrainte concerne deux situations. La première est l'internement. Elle concerne les personnes qui ont commis un fait qualifié délit ou crime et qui, du fait d'un trouble mental, ne peuvent être condamnées. Elles sont dès lors "internées" et soignées dans les annexes psychiatriques des prisons, dans des centres de psychiatrie légale et dans des hôpitaux psychiatriques sécurisés.
Et puis, il y a les "mises en observation". Elles concernent toute personne qui, présentant un trouble mental, met gravement en péril sa santé et sa sécurité ou constitue une menace grave pour la vie ou l'intégrité d'autrui. Cette mesure, qui dépend de la loi du 26 juin 1990 relative à la protection de la personne des malades mentaux, est prise, en urgence, par le procureur du Roi, à défaut de tout autre traitement approprié. La personne concernée par une mesure de mise en observation se retrouve donc hospitalisée sous contrainte dans un service agréé en hôpital général ou psychiatrique.
Travailler dans un service d'hospitalisation sous contrainte est à la fois difficile et passionnant. On y rencontre le plus beau et le plus délaissé de notre humanité : la folie, celle qui se soigne mais ne se guérit pas, celle qui interpelle et fait peur, celle qui est violente, celle qui ne se reconnaît pas comme telle.
Des situations parfois désespérées, parfois désespérantes, des familles découragées, mais aussi, beaucoup de potentiel : de créativité, de rémission, de solutions originales ou individualisées. Les patients cumulent les pathologies, les difficultés sociales, l'isolement, la dangerosité et la non demande de soins. Ils sont en crise, agités et réclament une attention médicale, infirmière et sociale intensive.
Initiatives du terrain
Depuis de nombreuses années, le secteur de la mise en observation alerte les pouvoirs publics sur l'augmentation progressive des hospitalisations sous contrainte. Sans réponse jusqu'à présent. Pourtant, les initiatives du terrain ont déjà tenté de stabiliser la situation. A Bruxelles, une procédure spécifique existe. C'est la "Ligne Nixon" qui repose sur une concertation et un travail de réseau entre les institutions hospitalières, le parquet et les services de police au sein de la Plate-forme de Concertation pour la Santé Mentale en Région de Bruxelles-Capitale. Seuls les services d'urgence des cliniques universitaires St-Luc, du CHU St-Pierre, du CHU Brugmann et d'Erasme sont habilités à effectuer les évaluations psychiatriques qui forgeront la décision du procureur du Roi. Cette fonction, peu valorisée et parfois dangereuse, limite autant les abus que les engorgements dans les hôpitaux psychiatriques. C'est aussi aux urgences que les soignants peuvent éviter la mise en observation par la mise en place d'un trajet de soin volontaire.
Hopitaux saturés
Nous avons tenu bon, à flux tendu, jusqu'à présent. Pourtant, le financement des services de mise en observation ne bénéficie d'aucun moyen supplémentaire. Nous disposons exactement du même nombre d'infirmiers, de médecins et d'assistants sociaux que dans n'importe quel autre service d'hospitalisation psychiatrique volontaire.
Cela, c'était avant le Covid-19. Depuis la crise, les mises en observation explosent. Les services d'urgence croulent sous les demandes d'expertise. Sur le seul mois de juin à Bruxelles, ce sont 193 expertises qui ont été pratiquées. Du jamais vu, et de loin !
Un malheur n'arrivant jamais seul, un hôpital agréé a pris la décision de suspendre, on l'espère momentanément, les évaluations et les hospitalisations sous contrainte.
Les hôpitaux agréés sont donc saturés. Et, malgré une bonne collaboration avec le parquet, lorsque les hôpitaux sont pleins, ils se voient imposés par le procureur du Roi de prendre le patient, qu'il y ait de la place ou pas. C'est la loi et nous la respectons. En tout cas jusqu'à présent...
Depuis le mois de janvier, le nombre d'impositions a doublé dans les trois services agréés bruxellois qui accueillent les mises en observation. C'est ainsi près de 300 patients qui ont été imposés, depuis janvier 2020, au Centre Hospitalier Jean Titeca, à l'Hôpital d'Accueil Spécialisé Fond'Roy et au CHU Brugmann. Et ces chiffres explosent depuis le mois de juin. Désormais, plus de la moitié des mises en observation urgentes sont imposées !
Une imposition requiert de la créativité. Le patient imposé arrive dans un service plein. De ce fait, il augmente le risque d'actes violents. Il faut donc "faire de la place". Une imposition, c'est donc souvent une fin prématurée d'hospitalisation pour un autre patient, avec les conséquences tant pour lui qu'en terme de sécurité publique. C'est aussi une décision qui engage notre responsabilité médicale.
Selon un psychologue, "on fabrique des patients psychiatriques à la chaîne"
Patients libérés trop tôt faute de place
A ce jour, la situation devient incontrôlable. Nous craignons que ces patients, parce que libérés trop tôt, passent à l'acte. Nous le rappelons depuis longtemps, la majorité des internés ont été hospitalisés en psychiatrie et une grande partie d'entre eux ont été mis en observation.
Des décisions urgentes sont nécessaires.
Une revalorisation du secteur de la mise en observation est indispensable, associant un soutien aux soignants et des mesures permettant un accueil de meilleure qualité pour les patients dans des lieux équipés et adaptés à leur problématique extrêmement lourde.
Depuis plusieurs années, la réforme des soins en santé mentale modifie nos pratiques. Le secteur de la mise en observation, comme celui de l'internement depuis peu, doit s'y inscrire, en associant les différentes fonctions de la réforme dite "107".
Si on peut attendre un bénéfice de la crise actuelle, c'est que nos craintes et nos propositions soient enfin entendues. S'il est de notre responsabilité, en tant que médecins et soignants, de prendre en charge les plus fragiles de nos contemporains, il est de la responsabilité de tous, et de ceux qui les représentent, de nous en donner les moyens nécessaires.



jeudi 30 juillet 2020

Subir un nouveau lockdown, faute de testing massif n'est pas acceptable (édito)


Anne-Sophie Bailly
Rédactrice en chef. Le Vif


De chaque crise, si dure soit-elle à vivre, on peut tirer des leçons et apprendre. Celle du coronavirus ne fait pas exception. Et ces leçons sont comprises, parfois rapidement, parfois moins. Même si elles sont souvent impérieuses.

On a ainsi eu la leçon n°1, celle de la survie européenne. Absente des radars au début de la crise, l'Union européenne a compris qu'il était minuit moins une. Qu'il n'y aura pas de possibilité de repêchage. Elle a donc mobilisé ses forces vives pour agir rapidement, d'abord en prenant des mesures d'urgence, ensuite en lançant un plan de relance ambitieux et richement doté. Ce plan a bien entendu fait l'objet de discussions, concessions et compromis mais a finalement été adopté quatre jours et quatre nuits plus tard par tous, y compris ceux qui y étaient le moins favorables. La leçon de survie s'est doublée d'un apprentissage de la solidarité.
Il aura fallu par contre passer par la case "révision" pour que le gouvernement de Sophie Wilmès comprenne bien la leçon n°2 : écouter et/ou jusqu'où suivre les experts. La première version des mesures rendue à l'issue d'un Conseil national de sécurité a été recalée par ces derniers, tellement les moyens déployés semblaient loin de l'objectif à atteindre. La deuxième version a en revanche obtenu un satisfecit général. Par les experts - normal, on était proche du copier-coller attendu. Par la population aussi, qui accorde un capital confiance nettement plus important aux spécialistes qu'aux politiques depuis le début de la crise.
La leçon n°2 est devenue : parler d'une seule voix est plus efficace.
Quant à nous, tout heureux de nos libertés retrouvées, nous venons d'apprendre brutalement la leçon n°3. Sans respect strict des consignes sanitaires et des gestes barrières, l'épidémie reflambe illico. A retenir : la responsabilité est collective, la solution le sera tout autant.
La prochaine leçon répétée depuis longtemps déjà mais qui semble difficile à faire passer, c'est la n°4: le testing, arme de déconfinement.
L'hypothèse de départ. En l'absence de vaccins et de remèdes, le déconfinement ne pourra qu'être accompagné d'un testing massif pour casser les chaînes de transmission. La communauté scientifique recommande unanimement des tests plus nombreux - notamment dans les clusters -, plus accessibles et plus rapides.
Les données. Selon Philippe De Backer, en charge de la gestion du matériel médical, la Belgique a la capacité de réaliser 30 000 tests par jour et pourrait rapidement monter à 45 000. Pour le moment, 15 000 tests maximum sont réalisés chaque jour.
L'inconnue. Pourquoi le testing massif n'est-il pas organisé ?
Eléments de réponse. Par manque de ressources, des critères stricts pour accéder aux tests ont été définis au début de l'épidémie. Est-ce toujours le cas ? La lasagne institutionnelle joue-t-elle un rôle quand on sait que prévention et prise en charge des collectivités sont du ressort des Régions et que la capacité matérielle de déployer des campagnes de tests est du ressort du fédéral ?
Réponse non acceptable à la leçon n°4 : subir un nouveau lockdown faute de testing massif et suffisant. A vos copies, vous avez deux heures. Le temps presse.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
OBEISSANCE ET DESOBEISSANCE CIVILE

Il nous faut, c’est clair, obéir aux injonctions que nous impose l’autorité politique pour des motifs sanitaires. Ce qui est beaucoup moins clair, c’est la nature légitime du gouvernement Wilmès. Au début on n’a pas manqué de faire l’éloge de Sophie Wilmès mais c’était au début. Si le capital de sympathie de cette femme grande et austère demeure à peu près intact en revanche la confiance dans son gouvernement de bras cassés et de seconds couteaux est au plus bas. C’est un truisme d’affirmer que la Belgique a besoin de toute urgence d’un gouvernement de plein exercice pour affronter la crise la plus brutale et la plus profonde qui se soit abattue sur le monde dit libre depuis la grande dépression de 1929.
Beaucoup, surtout parmi les plus jeunes, pratiquent par nonchalance et négligence une forme très particulière de désobéissance civile : ils font de moins en moins de cas de la distance sociale et du port du masque.  Ils font la fête quand ça leur plaît, où ça leur convient et de préférence en groupes Et ce ne sont ni les conférences de presse répétitives de la grande Sophie, ni les harangues du roi Philippe qui les feront changer d’attitude. Le roi, précisément a compris que s’il voulait préserver l’intégrité du territoire de son Royaume- c’est la formule du serment constitutionnel- il devait mettre la pression sur le duo De Wever-Magnette pour qu’ils se décident enfin à gouverner ensemble. On ne tardera pas à savoir si cette tentative de la dernière chance a des chances d’aboutir. Ce n’est pas d’un régime autoritaire qu’on a besoin-le ciel nous en préserve- mais d’un gouvernement légitime incarnant l’autorité légitime des gouvernants.
Il n’est pas trop tard mais il est grand temps d’atterrir et de conclure.
MG

mardi 28 juillet 2020

Formation fédérale: Il ne faut jamais dire "Fontaine, je ne boirai pas de ton eau !"


Jules Gheude
Essayiste politique in Le Vif

A la veille des élections législatives du 25 mai 2014, tous les présidents de parti francophones s'étaient résolument engagés à ne pas gouverner avec la N-VA. Et le MR a finalement cédé. Aujourd'hui, c'est au tour du PS de rompre l'exclusive jetée sur le parti nationaliste flamand.
Depuis les élections du 26 mai 2019, nombreux sont les informateurs royaux à s'être cassé les dents sur la quadrature du cercle : le duo Johan Vande Lanotte (SP.A)/Didier Reynders (MR), le duo Geert Bourgeois (N-VA/Rudy Demotte (PS), Paul Magnette (PS), le duo Joachim Koens (CD&V)/ Georges-Louis Bouchez (MR), Koen Geens (CD&V).
Profitant de la crise du coronvirus, le duo Patrick Dewael (Open VLD)/ Sabine Laruelle (MR) est parvenu à transformer le gouvernement minoritaire en affaires courantes de Sophie Wilmès en un gouvernement de plein exercice, grâce au soutien circonstanciel de certains partis d'opposition.
On a vu ensuite les présidents du PS et du SP.A, Paul Magnette et Conner Rousseau, prendre d'autorité l'initiative de relancer les négociations, en arguant du fait qu'ils représentaient ensemble la première famille politique du pays. Leur tentative visant à mettre sur pied une coalition tripartite classique s'est soldée par l'échec que l'on sait.
Ce fut alors au trio Egbert Lachaert (Open VLD)/Joachim Coens (CD&V)/Georges-Louis Bouchez (MR) de reprendre la main. Le CD&V ne souhaitant pas lâcher la N-VA, on s'oriente à présent vers une coalition dite "Arizona", qui permettrait à la N-VA, au CDH et au SP.A de rejoindre le gouvernement actuel.
La perspective, pour le premier parti wallon, de rester dans l'opposition explique sans doute le revirement actuel du président du PS, d'autant que la N-VA ne cesse de lui tendre la main.
Lors de la Fête de la Communauté flamande, le ministre-président Jan Jambon (N-VA) s'est même voulu particulièrement rassurant : Nous sommes prêts à négocier un mécanisme financier de transition de dix ans ou plus. Je ne dis pas cela seulement par amour pour la Wallonie, mais également par rapport à notre propre intérêt. Si nous coupons les transferts du jour au lendemain, la paupérisation, en Wallonie, sera gigantesque.
Au CDH aussi, le président Maxime Prévot a changé son fusil d'épaule. Après avoir déclaré que, par humilité vis-à-vis du faible score électoral de son parti, il choisissait de demeurer dans l'opposition, le voici désormais prêt à prendre ses responsabilités.
Ne nous leurrons toutefois pas. Ce n'est pas le souci de sortir le pays de l'ornière qui explique ces changements de stratégie, mais bien l'appétit du pouvoir.
Il y a un gouffre entre les visions socio-économiques défendues au Nord et au Sud. Vision de droite vs vision de gauche.
Constatant que la dépense publique de la Wallonie représentera quelque 70% de son PIB en 2021 et 2022, Pierre Wunsch, le gouverneur de la Banque Nationale, n'hésite pas à écrire : On sera plus proche d'un régime communiste que d'un régime néolibéral que d'aucuns décrivent.
Le ministre-président wallon Elio Di Rupo a beau s'insurger contre de tels propos, il n'empêche que, selon ses propres dires, la Wallonie se dirige vers une situation budgétaire inédite et abyssale.
Pour le député flamand indépendant Jean-Marie Dedecker, la Belgique ne peut plus tenir dans de telles conditions : "Avant la crise corona, la montagne de dettes s'élevait à 21,7 milliards d'euros en Wallonie, soit 140% de ses revenus. Aujourd'hui, elle est tout à fait hors de contrôle", écrit-il dans une opinion publiée sur le site de Knack. Et de conclure : "Il est préférable que nous divorcions, frères wallons. Ce pays est rongé jusqu'à l'os. Organisons donc des élections le 5 novembre et signons l'armistice le 11 novembre. Nous partageons les meubles, comme la Tchéquie et la Slovaquie l'ont fait et nous nous nous séparons en paix. Profiter, voilà comment mon grand-père voyait la solidarité à sens unique, non réciproque. Selon lui, mordre la main qui vous nourrit revenait à parasiter. Un homme sage mon grand-père".
Le démantèlement de la Belgique semble, en tout cas, être appelé à se poursuivre, inexorablement. Et le fait que la Flandre se soit érigée en nation rend, à terme, la survie du royaume impossible
Du côté wallon, d'aucuns s'empressent de rappeler que, durant plus de cent ans, une Flandre pauvre a pu compter sur la solidarité d'une Wallonie prospère.
Sauf que la Belgique était alors gérée de manière unitaire par une bourgeoisie qui était francophone, au Nord comme au Sud. Et que l'on oublie l'exode massif qui a amené quantité de Flamands à venir travailler en Wallonie, dans des conditions difficiles et précaires, rétorque-t-on du côté flamand...
Avec les années 60, le balancier de la prospérité économique a changé de camp. Les Wallons comptaient sur la régionalisation pour relancer leur région. Cette régionalisation est devenue effective en 1980 et, depuis, n'a cessé de s'amplifier au gré des diverses réformes institutionnelles. Quarante ans plus tard, le constat demeure cependant inquiétant. La Wallonie n'a toujours pas décollé, reconnaît Philippe Destatte, le directeur de l'Institut Jules Destrée.
Il ne suffit pas de disposer des bons outils. Encore faut-il s'en servir habilement. Et ici, Jean-Marie Dedecker constate que ce ne fut pas le cas : Malgré cinq plans Marshall, un flux de subsides européens et la manne flamande (les transferts annuels sont de 7 à 11 milliards selon les sources), les paradis socialistes, où Magnette et Di Rupo dominent, de Charleroi à Mons, poursuivent leur déclin subsidié depuis trois quarts de siècle.
Le discours du bourgmestre de Middelkerke est largement partagé en Flandre. Lancée au début des années 90 par le ministre-président flamand CVP Luc Van den Brande, l'idée confédéraliste est aujourd'hui au coeur du débat. Elle revient à dépiauter l'échelon central belge au profit des Etats flamand et wallon, lesquels doivent assumer l'entière responsabilité financière de leurs choix politiques.
On a vu, avec l'affaire des Fourons, la régionalisation de la loi communale et provinciale, celle des allocations familiales, la scission de BHV, les responsables francophones avaler des choses qu'ils jugeaient inacceptables. En sera-t-il encore de même aujourd'hui ?
Le démantèlement de la Belgique semble, en tout cas, être appelé à se poursuivre, inexorablement. Et le fait que la Flandre se soit érigée en nation rend, à terme, la survie du royaume impossible.
(1) Dernier livre paru : La Wallonie, demain - La solution de survie à l'incurable mal belge, Editions Mols, 2019.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE FAIT QUE LA FLANDRE SE SOIT ERIGEE EN NATION REND, A TERME, LA SURVIE DU ROYAUME IMPOSSIBLE

« Le démantèlement de la Belgique semble, en tout cas, être appelé à se poursuivre, inexorablement. Et le fait que la Flandre se soit érigée en nation rend, à terme, la survie du royaume impossible. »
Jules Gheude a beaucoup de mal à cacher sa joie. 
Le démembrement de la Belgique, il en rêve depuis des décennies sous l’ombre tutélaire de son mentor François Perin.
Leur fantasme à tous les deux ? Le rattachement à la France !
Je ne sache pas que le gouvernement Castex ou le Président Macron, qui ont pas mal de fers au feu, aient manifesté la moindre velléité à donner chair à ce fantasme qui équivaudrait à peu près à  l’absorption par la république fédérale allemande de l’ancienne république démocratique  sous tutelle soviétique.
La réunification tant désirée par les Allemands et concrétisée après la chute du mur de Berlin en 1989 s’est révélée un jeu de transferts sans fond qui a coûté à Bonn et continuer à lui coûter des centaines de milliards pour un bénéfice mitigé. La nostalgie DDR des Allemands de l’ex RDA les incite à bouder le modèle que veut leur imposer Berlin. C’est précisément dans ces nouveaux Länder comme les appellent les Allemands que se développe l’influence néo nazie de l’AFD (Alternativ Für Deutschand) qui monte, qui monte.
On se demande vraiment qui succédera à la chancelière Merkel qui a annoncé son départ pour bientôt. Une poussée de fièvre anti démocratique n’est pas à exclure. 
Emmanuel Macron dont le centre de gravité se situe de plus en plus à droite n’a aucun intérêt à lorgner sur le dernier bastion rouge de l’Union Européenne, à moins bien sûr que Bruxelles fasse partie de la dot de la mariée francophone de Belgique. 
Il y a fort à parier que Paul Magnette va tenter d’obtenir des concessions financières substantielles  auprès des Flamands pour re stabiliser la sécu wallonne. Mais avec quelles contreparties politiques ? C’est toute la question qui ne va pas se résoudre en un tournemain.
Il me semble que Gheude accorde beaucoup d’importance aux écrits de Jean Marie De Decker, cet éternel outsider autrefois exclu du VLD à cause de ses extravagances. Nous avons publié sa carte blanche outrancière sur ce blog un peu par dérision. Se référer à lui comme étant la vox Flandriae est saugrenu. JDD est incontestablement le roi des provocateurs et ses articles habilement tournés sont souvent en tête du hit parade du Knack. 
Pour le reste il est le sparadrap dont l’habile  De Wever a toujours su se débarrasser. De Wever n’est pas  le capitaine Haddock. 
Mais qui donc est De Wever ? On le saura très bientôt.
MG




lundi 27 juillet 2020

Incendie de la cathédrale de Nantes : le bénévole du diocèse mis en examen et écroué

Incendie 
Ce Rwandais de 39 ans, qui a reconnu les faits, est poursuivi pour pour «destructions et dégradations par incendie».
Rebondissement dans l'enquête ouverte après l'incendie de la cathédrale de Nantes, survenu dans la matinée du 18 juillet. Dans un communiqué diffusé ce samedi 25 juillet dans la soirée, le procureur de la République de Nantes Pierre Sennès a fait savoir que le bénévole qui avait été placé en garde à vue les 18 et 19 juillet derniers a de nouveau été arrêté ce samedi matin 6h15.
Dans la soirée, il a été présenté au parquet de Nantes, «qui a ouvert une information judiciaire des chefs de dégradations, détériorations ou destruction du bien d'autrui par incendie et requis la saisine du juge des libertés et de la détention aux fins de placement de l'intéressé en détention provisoire». Cet homme de 39 ans a ensuite été mis en examen et placé en détention provisoire, conformément aux réquisitions du parquet. Il encourt pour cette infraction «une peine de 10 ans d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende», a ajouté le procureur. «Mon client a coopéré», a affirmé au quotidien Presse-Océan l'avocat du mis en examen, Me Quentin Chabert. «Il regrette amèrement les faits et évoquer cela a été pour lui une libération. Mon client est aujourd'hui rongé par le remords et dépassé par l'ampleur qu'ont pris les événements», assure-t-il. Il a reconnu, lors de l'interrogatoire de première comparution devant le juge d'instruction, avoir allumé les trois feux dans la cathédrale : sur le grand orgue, le petit orgue et dans un panneau électrique«, a précisé le procureur de la République de Nantes Pierre Sennès au quotidien.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« RONGE PAR LE REMORDS ET DEPASSE PAR L'AMPLEUR QU'ONT PRIS LES EVENEMENTS »

Pourquoi nos cathédrales, joyaux de l’art gothique, brûlent-elles ?
C’est la question que nous nous posions le jour du désastre.
Et nous répondions candidement : « Une réponse s’impose parmi diverses hypothèses : par indifférence ! Par les négligences de nos contemporains qui font de moins en moins de cas  de l’héritage culturel et spirituel que nous ont transmis les anciens.
D’autres accuseront les zélés iconoclastes pris d’une rage politiquement correcte à taguer et à déboulonner les statues des représentants de l’arrogance blanche, male, hétéro... D’autres encore y verront la main invisible des islamistes radicalisés…
A chacun sa vérité. Ce qui est sûr c’est que ceux qui ont allumé la mèche sont des barbares. De manière générale, la barbarie s’acharne sur la civilisation européenne déclinante avec une radicalité, une violence et un acharnement de caractère préoccupant. »
Attention ! Maintenant que le coupable est en aveux- réjouissons nous que ce ne soit ni un.e iconoclaste ni un.e islamiste radical- mais oserons nous encore suggérer qu’il s’agit d’un « acte barbare » sans risquer l’anathème des moralisteurs.trices du politiquement correct ?
Ils me diront qu’il n’y a pas mort d’homme et ils n’auront pas tort. Seulement quelques mètres cubes de vieux chêne et quelques centaines de tuyaux de zinc réduits en fine cendrée. Pas de quoi en faire un plat de lentilles.
Certes  la destruction du grand orgue : 4 siècles d’une histoire riche et mouvementée au service de la liturgie et de l’art musical européen a fait pleurer l’organiste titulaire et sans doute sincèrement affecté une poignée de mélomanes aux cheveux blancs…
Dominant majestueusement la nef depuis sa haute tribune érigée en 1620, le grand orgue anéanti, était l’œuvre du « facteur » Girardet.
De l’instrument de Girardet, doté à l’origine, en 1621, de 27 jeux  à l’instrument détruit aujourd’hui, fort de 74 jeux, grâce à une succession de 5 restaurations. En 1784, le grand « facteur du Roy » François- Henri Cliquot (1732-1790) à la réputation considérable, achevait une restauration- extension significative portant l’instrument à 49 jeux répartis sur 5 claviers manuels et un pédalier : c’est cette « empreinte Cliquot » qui a donné au grand orgue l’ « esthétique classique» que l’on reconnaît aujourd’hui dès lors que sont interprétées à ses claviers les œuvres des « Grand–maitres » de l’ « Ecole d’Orgue française ».
En 1970, eut lieu la seconde restauration-extension décisive quant à la « définition esthétique » de l’instrument telle que nous pouvions l’appréhender aujourd’hui.
Œuvre du facteur Joseph Beuchet, cette restauration-extension s’inscrivait dans le cadre d’un projet devant porter le grand orgue à 89 jeux  ce qui en aurait fait un « frère jumeau » de l’orgue de Saint-Etienne-du-Mont, à Paris.
Ses 5500 tuyaux ont cessé de chanter la « beauté » avec conviction, mais non sans nuance, en un harmonieux dialogue alternant douceur mystique des pleins jeux et puissance « impressionnante » du « tutti ».
Moins de 5 ans après la réception des travaux effectués par François-Henri Cliquot, la révolution française éclate, avec son cortège d’ « exactions » ! A Nantes même, déjà, certaines orgues sont détruites et la cathédrale transformée en « Temple de la raison » : l’orgue est en grand danger et sera sauvé par…l’organiste de l’époque, Denis Joubert qui en y interprétant la Marseillaise, sut convaincre le Comité révolutionnaire de tout l’intérêt qu’il y aurait à conserver l’instrument pour animer les nombreuses « fêtes révolutionnaires » qui se déroulaient dans la cathédrale : pari gagné !
Une dizaine d’années plus tard, c’était l’explosion de la tour des Espagnols, poudrière du Château-des-Ducs, qui détruisait tous les vitraux et les chapelles de la nef collatérale sud, sans toutefois causer de dommage à l’orgue.
Quelques 150 ans après, ce fut autour des bombardements de menacer le transept sud de l’édifice et le « mobilier » de la cathédrale.
Enfin, dans la nuit du terrible incendie du 28 Janvier 1972, seuls le courage et l’abnégation des compagnons de la « Manufacture Beuchet-Debierre », rappelés de nuit, Joseph Beuchet fils à leur tête, et de l’abbé Félix Moreau, lui aussi présent, agissant en concertation avec les pompiers, permirent de sauver le grand orgue, inauguré deux mois auparavant, après 10 ans de silence.
Tout cela est parti en fumée.
 « Notre société est-elle à ce point tétanisée et dépressive qu’elle se soit accoutumée à cela? »
Le bénévole qui était chargé de fermer la cathédrale la veille de l'incendie est passé aux aveux. Il s'agit d'un "Rwandais, venu se réfugier en France il y a quelques années", avait expliqué la semaine dernière à l'AFP le recteur de la cathédrale de Nantes, le père Hubert Champenois. Selon le recteur, le bénévole est "servant d'autel" et il le connaissait "depuis quatre ou cinq ans". "J'ai confiance en lui comme en tous les collaborateurs", avait-il expliqué à l'AFP.
Il encourt pour cette infraction "une peine de 10 ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende", a ajouté le procureur. Cela représente un nombre gigantesque de quêtes dominicales pour le recteur de la cathédrale s’il veut venir en aide à son petit protégé assurément insolvable. Question : l’accusé « rongé par le remords et dépassé par l'ampleur qu'ont pris les événements »
 sortira-l contrit, miséricordieux et mieux intentionné après un séjour de plusieurs années (moins de dix à l’évidence) dans les cachots de la République ?
Faut-il jeter la pierre au recteur de la cathédrale pour avoir fait confiance à quelqu’un qui à l’évidence ne le méritait pas ?
Jésus répondrait sans hésiter : « que celui qui n’a jamais fauté jette la première Pierre. » De fait mais Jésus c’est Jésus.
MG


MEURTRE DE PHILIPPE MONGUILLOT: «JUSQU’A QUAND ALLONS-NOUS TOLERER L’INTOLERABLE?»
FIGAROVOX/TRIBUNE - Pour Barbara Lefebvre, co-auteure des «Territoires perdus de la République», l’agression mortelle du chauffeur de bus de Bayonne témoigne de la passivité de nos dirigeants face à une barbarie devenue ordinaire.
Par Barbara Lefebvre

Barbara Lefebvre, enseignante et essayiste, est l’auteur de Génération j’ai le droit (éd. Albin Michel 2018).
Il s’appelait Philippe Monguillot. Pour les Français, le «chauffeur de bus de Bayonne» a désormais un nom et un visage, celui d’un époux et d’un père de famille «sans histoire». Sans doute, sa famille, ses amis, ses collègues auraient souhaité que cela continue ainsi: une vie tranquille, une retraite paisible. Comme le souhaitent toutes les familles de France qui vivent sans être «défavorablement connus des services de police», sans troubler l’ordre public, sans violenter qui que ce soit pour un regard de travers, sans agresser en meute de lâches un homme ou une femme, seuls. Nous aspirons à vivre tranquillement parce que nous respectons la loi, parce que nous croyons que le respect de l’ordre public est le pilier d’une société civilisée. Mais, chacun de nous sait que cette tranquillité n’existe pas, parce que nous avons tous été témoins ou victimes d’une «violence gratuite» comme la nomenclature désigne cette forme de décivilisation, de sauvagerie qui consiste à agresser autrui sans autre motif que décharger contre lui sa haine recuite, sa frustration minable. Beaucoup d’entre nous ont décidé d’apprendre à leur enfant à baisser les yeux, à ne pas répondre à l’insulte qui fuse. Se soumettre dans l’espace public à la terreur d’une minorité (qu’on identifie généralement sans avoir recours à un sociologue), c’est déjà abandonner sa part de citoyenneté autant que d’humanité. Nous y sommes hélas tous accoutumés parce que nous voulons rentrer chez nous sains et saufs, et continuer à vivre «nos vies sans histoire». C’est légitime. C’est humain. Mais cette tolérance vis-à-vis de l’intolérable nous dévore en tant que corps social, en tant que nation.
Il est des pedigrees qu’il convient de révéler à l’opinion publique illico presto.
Avant Philippe Monguillot, combien d’autres «faits divers» de cette nature? Combien de vies brisées sous les coups de couteaux, de pieds, de béquilles, de barres de fer infligés par des individus dont on s’assure le plus souvent à protéger l’anonymat. C’est le cas des quatre mis en cause à Bayonne que la bien-pensance médiatico-politique a tenté de faire passer pour des «punks à chiens» alors qu’il s’agit de délinquants récidivistes d’une cité voisine connus des services de police. Pour eux, la protection de l’anonymat serait donc requise? On se souviendra que l’homme de 84 ans (mort en détention depuis) qui avait tenté d’incendier la mosquée de Bayonne et blessé deux personnes en octobre 2019 avait vu son identité et son adresse dévoilées dans la presse. Il est des pedigrees qu’il convient de révéler à l’opinion publique illico presto: ainsi cet octogénaire, souffrant d’une altération partielle de son discernement selon les enquêteurs, avait été candidat aux départementales pour le Front National en 2015, information sans rapport direct avec les faits puisqu’il disait vouloir «venger la destruction de Notre Dame de Paris». Pour les quatre mis en cause dans le meurtre de Philippe Monguillot, on préfère préserver probablement leurs proches en ne les nommant pas, mais pourquoi ne pas indiquer seulement leurs prénoms? On nous dira sans doute que ce n’est pas là de la «saine information» pour l’opinion publique qu’il ne faut pas échauffer inutilement.
Avant la visite du fraîchement nommé ministre de l’Intérieur à Bayonne ce samedi, combien de visites de ministres de l’Intérieur et autres préfets venus présenter leurs condoléances et assurer que la «justice sera exemplaire pour punir ce crime odieux» ? Combien de bavardages, de coups de menton, de promesses de Karcher et autres «QRR» pour Quartiers de reconquête républicaine? On peut se demander quelle est la dose maximum de verbiage inconsistant que l’opinion peut encore supporter sur ces sujets? Si l’on prend la peine de lire les différentes enquêtes conduites, on peut constater qu’elle ne le supporte plus, mais dans la Vème République post-démocratique, l’opinion publique n’a plus aucun moyen de manifester son exaspération sinon par la défiance à l’égard du politique et l’abstention. Deux comportements qui indiffèrent en réalité nos dirigeants puisqu’ils ne les empêchent pas d’être élus ou réélus malgré des socles de votants toujours plus misérables. L’impuissance politique n’est jamais sanctionnée dans les urnes, au contraire elle est encouragée par des simulacres d’élections sans réelle valeur démocratique.
Certaines communes sont des zones où règne la loi du caïdat, où les édiles locaux doivent pactiser avec la mafia locale pour qu’elle les laisse gérer le reste de la commune.
Nos élus, nos ministres s’écoutent-ils parler quand ils nous servent leurs discours creux sur «la République qui ne laissera plus rien passer et poursuivra sans relâche les auteurs de ces actes inqualifiables»? Sont-ils à ce point amnésiques ou narcissiques qu’ils ne s’entendent pas répéter comme des ventriloques les mêmes mots que leurs prédécesseurs? On nous resservira bien un petit verre de «vivre ensemble» et une tranche «d’égalité des chances» avant de rentrer au ministère à Paris? Pendant qu’ils bavardent avec la presse, consultent des experts, se font rédiger des rapports par des hauts fonctionnaires, d’incivilités en violences la société est entrée dans une mécanique où l’on s’habitue à cohabiter avec les acteurs d’une forme de banalité du mal. Mais un mal dont la description sociale, culturelle, idéologique, effraie certains esprits bien-pensants. Notre société est-elle à ce point tétanisée et dépressive qu’elle se soit accoutumée à cela? Notre société est-elle si déphasée qu’elle préfère se donner bonne conscience en traquant «les discours de haine» - c’est-à-dire en légalisant la police de la pensée - plutôt qu’en combattant avec la dernière vigueur républicaine et la plus grande sévérité judiciaire, les actes concrets de haine d’une minorité d’individus qui pourrissent la vie de la majorité.
Plus de vingt ans que des pans entiers de certaines communes ont fait pire qu’une sécession: ce sont des zones où règne la loi du caïdat, où les édiles locaux doivent pactiser avec la mafia locale pour qu’elle les laisse gérer le reste de la commune (par exemple, cette petite zone pavillonnaire où se concentre la minorité des votants permettant d’être réélu). Sur ce fond de délinquance, de trafics de drogue et de criminalité, on sait que l’islamisme trouve l’écosystème propice pour se développer. À un fléau est venu s’en ajouter un autre, au grand dam de nombreux habitants de ces quartiers qui n’ont pas tous les moyens de fuir. Et depuis vingt ans, rien n’est fait pour éradiquer l’un et l’autre. Au contraire, ils ne se sont jamais aussi bien portés! Nous autres, auteurs des «Territoires perdus de la République» publié en 2002, avons longtemps été méprisés voire traités de racistes pour décrire le réel de ces quartiers, puis après une longue décennie de déni, après 2015, ce fut «le grand réveil» des éditorialistes, journalistes, politiques. Presque tout le monde y est allé de ses analyses en les croyant originales, les grands discours sur l’entrisme islamiste et le séparatisme. Mais derrière tout ce verbiage, quels actes? Aucun qui permette de dire que la peur a changé de camp. La réponse n’est même plus dans le déploiement ponctuel d’une compagnie de CRS ou l’arrivée de trois policiers supplémentaires au commissariat délabré du coin, dans le renouveau de l’équipement de notre police ou la confiance du ministre envers les forces des l’ordre. Tout ceci est indispensable mais pas suffisant.
Rien n’est possible sans un sursaut moral, et donc politique au sens noble du terme, de tous les citoyens, seuls détenteurs de la souveraineté démocratique dans la République. C’est à eux, partout, de se mobiliser pour exiger leur droit à la sécurité. Ce droit est non négociable et aucune situation de crise ne peut justifier de surseoir à son exécution. Maintenant. Cette sécurité nous est due par l’État parce que nous nous acquittons de nos devoirs. Nous la payons en acceptant que notre liberté s’arrête là où commence celle d’autrui, en travaillant légalement et payant nos impôts, en éduquant nos enfants dans le respect d’autrui, en respectant la loi de la République quand bien même, à titre personnel, elle nous indispose.
Pour Philippe Monguillot qui respectait paisiblement la loi et voulait la faire respecter jusque dans son bus, et pour tous ceux qui ont été blessés ou assassinés par ces barbares, nous citoyens devons exiger de nos dirigeants (locaux, régionaux, nationaux) des actes pour assurer notre sécurité. Celle de nos aînés ou nos enfants est encore plus urgente, eux que leur fragilité expose davantage à la violence de ces sauvages qui agissent en groupe, puisque leur lâcheté et leur bassesse morale les rendent incapables de soutenir un face à face à la loyale. En plus d’une éducation généralement défaillante, l’impunité acquise souvent dès les premiers délits d’adolescence les a rendus indifférents à celui qui n’est pas de leur clan, de leur quartier, celui-là n’est plus pour eux un frère humain. Quant à nous, hommes et femmes «à la vie tranquille», sommes-nous définitivement acquis à cette morale d’esclave que décrivait Nietzsche pour continuer à tolérer, parmi nous, ces ennemis du genre humain?


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
FACE A UNE « BARBARIE DEVENUE ORDINAIRE »
« RIEN DE POSSIBLE SANS UN SURSAUT MORAL »

On me hurlera : « surtout pas d’amalgames ! »
Pour Barbara Lefebvre, l’agression mortelle du chauffeur de bus de Bayonne témoigne de la passivité de nos dirigeants face à une barbarie devenue ordinaire. Je souligne avec force l’expression : « une barbarie devenue ordinaire »
« On peut se demander quelle est la dose maximum de verbiage inconsistant que l’opinion peut encore supporter sur ces sujets? »
La question est forte, elle mérite qu’on s’y arrête et tente d’y répondre, chacun pour soi dans notre fore intérieur.
«  Si l’on prend la peine de lire les différentes enquêtes conduites, on peut constater qu’elle ne le supporte plus, mais dans la Vème République post-démocratique, l’opinion publique n’a plus aucun moyen de manifester son exaspération sinon par la défiance à l’égard du politique et l’abstention. »  
République post démocratique ? La formule est assassine mais terriblement interpellante.  
« Certaines communes sont des zones où règne la loi du caïdat, où les édiles locaux doivent pactiser avec la mafia locale pour qu’elle les laisse gérer le reste de la commune. »
N’est ce pas un peu ce qui se passe chez nous,  à Molenbeek où le Collège envisage jusqu’à renoncer à la neutralité exigée par la Constitution ?
« Nos élus, nos ministres s’écoutent-ils parler quand ils nous servent leurs discours creux sur «la République qui ne laissera plus rien passer et poursuivra sans relâche les auteurs de ces actes inqualifiables»? 
Difficile de réfuter ce propos amer et désabusé… 
« Notre société est-elle à ce point tétanisée et dépressive qu’elle se soit accoutumée à cela? » 
(…) »Plus de vingt ans que des pans entiers de certaines communes ont fait pire qu’une sécession: ce sont des zones où règne la loi du caïdat, où les édiles locaux doivent pactiser avec la mafia locale pour qu’elle les laisse gérer le reste de la commune. » 
« Sur ce fond de délinquance, de trafics de drogue et de criminalité, on sait que l’islamisme trouve l’écosystème propice pour se développer. » 
« Nous autres, auteurs des «Territoires perdus de la République» publié en 2002, avons longtemps été méprisés voire traités de racistes pour décrire le réel de ces quartiers, puis après une longue décennie de déni, après 2015, ce fut «le grand réveil» des éditorialistes, journalistes, politiques. » 
« Rien n’est possible sans un sursaut moral »
« Cette sécurité nous est due par l’État parce que nous nous acquittons de nos devoirs. Nous la payons en acceptant que notre liberté s’arrête là où commence celle d’autrui, en travaillant légalement et payant nos impôts, en éduquant nos enfants dans le respect d’autrui, en respectant la loi de la République. »
« Pour Philippe Monguillot et pour tous ceux qui ont été blessés ou assassinés par ces barbares, nous citoyens devons exiger de nos dirigeants (locaux, régionaux, nationaux) des actes pour assurer notre sécurité. » 
« En plus d’une éducation généralement défaillante, l’impunité acquise souvent dès les premiers délits d’adolescence les a rendus indifférents à celui qui n’est pas de leur clan, de leur quartier, celui-là n’est plus pour eux un frère humain. »
Autrement dit celui qui n’appartient pas à ma communauté est regardé comme mon ennemi. Un tel raisonnement caractérise la dynamique communautariste qui progresse et pour qui tout ce qui ne participe pas des règles et des valeurs de ma communauté mérite d’être  combattu voire détruit, y compris le discours dispensé par l’école de la République. C’est précisément  l’inverse du dialogue inter et transculturel qui est la meilleure mais aussi la réponse la plus radicale et la plus exigeante contre une résistible (pour combien de temsp encore ?)montée du communautarisme .
« Quant à nous, hommes et femmes à la vie tranquille, sommes-nous définitivement acquis à cette morale d’esclave que décrivait Nietzsche pour continuer à tolérer, parmi nous, ces ennemis du genre humain? »
Cette  question abrupte mérite d’être posée par tous les démocrates avant que les non démocrates n’y répondent par l’imposition d’un régime fort et dictatorial qui aura vite fait de confisquer les libertés démocratiques pour imposer un ordre nouveau, brutal et non pluraliste.
Alors à quand le sursaut moral, Monsieur le Président jupitérien de la Vème  République ?
MG 







dimanche 26 juillet 2020

Et si chrétiens et musulmans priaient ensemble à Sainte-Sophie ?


Opinions
Contribution externe La Libre Belgique
Une opinion de Michel Lastschenko, Ambassadeur (H) de S.M le Roi des Belges, observateur Référent de l’Observatoire Pharos.

Le décret turc de rendre Sainte-Sophie au culte musulman souligne la force dans l’histoire de la vocation religieuse et transcendante de la vie. Le décret restitue à l’édifice le caractère islamique qui était le sien pendant 481 années (de 1453 à 1934). Or Sainte-Sophie , Agyia Sophia, ou la Sagesse de Dieu, avait été une église pendant 1123 années auparavant . Le décret unilatéral turc, négligeant les règles de l’Unesco, a donc perturbé toutes les Eglises chrétiennes, le Pape, les Patriarches des Eglises Orthodoxes, le Secrétaire Général du Conseil œcuménique des Eglises ont tous témoigné de leur tristesse.
L’ignorance des prescrits, dogmes et traditions de notre foi et donc de ceux qui régissent d’autres religions font que nous oublions ce qui nous unit. Le Coran (Sourate 2 verset 62) rappelle que quiconque a cru en Dieu ,au Jour dernier et a pratiqué le bien recevra une récompense du Seigneur ; les Évangiles nous invitent à nous aimer les uns les autres. La révélation coranique (Sourate 5 verset 48), souligne la richesse et la diversité de la foi. C’est ce que nous dit aussi Jésus dans l’Evangile de Saint Jean en nous enseignant qu’il y plusieurs demeures dans la maison du Père.
Nul ne peut instrumentaliser Dieu pour semer la mort et la désolation
Malgré ces vérités, l’inventaire des horreurs commises par les chrétiens contre les musulmans au cours des siècles, les atrocités dont les musulmans se sont rendus coupables vis-à-vis de chrétiens, la longue listes des violences perpétuées par les chrétiens entre eux, les crimes de musulmans contre d’autres musulmans, sans oublier les massacres de Juifs par des chrétiens et par des musulmans tout au long du dernier millénaire forment une chronique qui nous fait honte collectivement. Les dernières années du 20e siècle, les deux premières décennies du 21e siècle ont aussi été marquées par des actes de barbarie, dont la sauvagerie et l’inhumanité restent dans nos mémoires . Les tueries en Serbie, en Irak, en Syrie, - dont l’assassinat ciblés de prêtres, de dignitaires religieux - le terrorisme frappant aveuglement chrétiens, Juifs et musulmans en Egypte, en Irak , en Syrie, au Liban, en Turquie, dans de très nombreux pays d’Afrique aussi et en Asie, en Europe et dans les Amériques, partout dans le monde en fait , sont autant de blessure récentes qui saignent au cœur de l’humanité. Plutôt que se repentir de ces crimes commis faussement au nom de Dieu, trop parmi nous croient trouver dans le mépris et la haine de l’autre un exutoire à leurs souffrances.
Comme presque tous les Etats, la Turquie condamne ces atrocités de mêmes que les manifestations ou paroles haineuses qui les précédent ou les suivent. Les plus hautes autorités religieuses de l’Islam, de la Chrétienté et du Judaïsme dénoncent aussi ces comportements fratricides . Nul ne peut instrumentaliser Dieu pour semer la mort et la désolation. Il faut aimer ses ennemis et prier pour ceux qui nous persécutent nous enseigne le Christ, rendre grâce à Allah le Tout Miséricordieux et se souvenir avec Saint Jean Chrysostome que Dieu est bon et l’ami des hommes. A travers le temps, la vie des chrétiens et des musulmans a pourtant été marquée d’amitié et de fraternité . Ainsi l’exemple de Saint Vladimir en Russie en l’an 1000, la lettre du Pape Grégoire VII en 1074 à l’Emir an Nassir, la rencontre de Saint François d’Assise avec le Sultan Al Malik Al Kabil en Egypte en 1219, les accords entre les Empires russe et ottoman au 16e siècle pour la protection mutuelle des minorités . "Nous reconnaissons et confessons, de façon il est vrai différente, le Dieu unique, que chaque jour nous louons et vénérons comme Créateur des siècles et Maître du monde". La volonté de vivre ensemble et de prier pour la paix et la fraternité des hommes s’est affirmée en 1965 lors du Concile Vatican II par la déclaration Nostra Aetate , par l’instauration des rencontres d’Assise en 1986 et a abouti en 2019 à la rencontre à Abou Dhabi entre le Pape François et le Shaykh Ahmed al Tayyeb, Grand Imam de la Mosquée d’Al Azhar. Dans leur déclaration "le Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune" les deux dirigeant religieux appellent à la fraternité, reconnaissent la légitimité et la diversité providentielle des Révélations, des théologies, des langages et des communautés religieuses. Ce texte fait suite à "Une parole commune" rédigée quelques années auparavant par près de 140 érudits musulmans. En juin 2017, le Saint et Grand Conseil de l’Eglise orthodoxe à travers le monde, réunis sur l’île de Crète appelait à un dialogue interreligieux honnête, contribuant à la paix et à la réconciliation "L’huile de la foi, doit être utilisée pour calmer et soigner les blessures des autres, non pour rallumer de nouveaux feux de haine" . C’est aussi ce que tente la première organisation intergouvernementale à vocation religieuse, fondée par l’Arable Saoudite, l’Autriche et l’Espagne, le King Abdulah Bin Abdulaziz International Center for Interreligious and Intercultural Dialogue , dont le siège est à Vienne.
Fraternité
La fraternité a permis aux chrétiens du Proche Orient, devenues minoritaires, de cohabiter pendant de très nombreuses décennies en harmonie avec leurs frères musulmans et juifs. Au siècle dernier encore, à Alep, Bagdad , Beyrouth, Damas ces communautés coexistaient et se respectaient, se retrouvaient pour des fêtes et des deuils , chacun vivant en puisant un peu dans les traditions de l’autres sa propre spécificité et sa richesse.. Jusqu’à la survenance brutales des actes terroristes sanglants d’Irak de Syrie, d’Egypte et d’ailleurs dans la région (en Afrique aussi), qui ont tous une autre cause réelle que la défense de la foi, cette cohabitation des cultures et des traditions religieuses s’accompagnait d’un grand respect par les musulmans pour les édifices religieux chrétiens, pour les institutions éducatives et caritatives gérées par les différentes Eglises. A Ephèse , à l’époque seldjoukides puis ottomane la basilique Saint Jean et la petite chapelle de Marie furent honorés par des pèlerins puis des fidèles musulmans . A Damas , la Grande Mosquée des Omeyyades, qui recèle le tombeau de Saint Jean le Baptiste , recevait jusqu’à ces dernières années des pèlerins chrétiens venus prier le Précurseur . Et à Jérusalem, les portes du Saint Sépulcre sont confiées à la garde d’anciennes familles musulmanes d’Al Qods. En Europe des églises désaffectées sont parfois confiées aux communautés musulmanes et deviennent leurs mosquées, dans ce même esprit de fraternité. Comme le disait un imam en Europe "l’Eglise est la grande sœur de la Mosquée, et les chrétiens les grands frères des musulman".
Ayasofia est redevenue une mosquée et a été confiée aux autorités religieuse turque ( le Diyanet), elle ne peut plus faite l’objet de discussion quant à sa destination principale .
Signataire du Traité de Lausanne de 1923, la Turquie reconnaît les minorités civiles, politiques et culturelles non musulmanes, en l’occurrence les chrétiens grecs orthodoxes, les chrétiens arméniens et les juifs. Depuis 2010, les autorités se sont engagées à restituer les immeubles confisqués à ces minorités à l’avènement de la République. Les communautés grecque et juive en ont principalement bénéficiés. Les principes de fraternité interreligieuse auxquels les plus hautes autorités religieuses musulmanes et chrétiennes ont souscrits quant à la nécessité de raffermir entre chrétiens et musulmans des relations de paix et de confiance, me donnent espoir. La foi est faite d’espérance. Je veux croire que le Dinayet invitera les Eglises chrétiennes à se retrouver chaque dimanche dans une chapelle de l’ancienne Basilique Sainte-Sophie pour y célébrer la divine liturgie. Ce geste de fraternité envers les chrétiens de Turquie et du Proche Orient serait partout perçu comme l’expression même des principes de paix défendus par tous les leaders religieux et politiques du monde. Un geste d’apaisement et d’amour. Il ne s’agirait aucunement de revenir sur le décret turc, ni de confier la gestion d’une infime partie de l’immense édifice que représente Ayasofia aux Eglises, mais d’ouvrir un petit espace consacré à la liturgie chrétienne chaque dimanche, en plein respect des heures de prières musulmanes . Ainsi la vocation chrétienne de la Basilique Sainte-Sophie serait rappelée, comme vient d’être soulignée la vocation islamique de la mosquée Ayasofia. Je ne doute pas que le Pape , les Patriarches orthodoxes, les autres Eglises et le Conseil œcuménique accueilleraient favorablement cette proposition et trouveraient un moyen de s’entendre avec le Dinayet pour permettre que les chrétiens retrouvent eux aussi le chemin de la Basilique.
Bienheureux les faiseurs de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PIERRE ANGULAIRE OU PIERRE D’ACHOPPEMENT ?
Michel Lastschenko rappelle dans sa carte blanche combien les religions se sont cruellement entre déchirées en instrumentalisant  Dieu, leur dieu,  tout au long de l’histoire. Seule la laïcité, invention de la République française est, théoriquement, en mesure d’organiser leur cohabitation harmonieuse. Il s’agit, hélas, d’une pure vue de l’esprit. 
On se plait à vanter en effet le laïcisme de Mustapha Kemal, dit Atatürk,  qui s’efforça de « désislamiser » son pays. Il inscrivit la laïcité dans sa constitution, supprimant l'islam en tant que religion officielle, abolissant les instances chariatiques, donnant le droit de vote aux femmes, et remplaçant l’alphabet arabe par l’alphabet latin. Sous sa présidence autoritaire dotée d'un parti unique, la Turquie a mené une révolution sociale et culturelle sans précédent : «la révolution kémaliste ». C’est lui qui donnera en 1937 à Sainte Sophie son statut de musée des religions.
En 1918, les Ottomans, dont le pays était occupé par les puissances de l'Entente à l'issue de la Première Guerre mondiale, projetèrent de dynamiter Sainte-Sophie. À son arrivée au pouvoir, Mustafa Kemal  décida au contraire de poursuivre sa restauration de. En 1934, Atatürk désaffecte le lieu du culte pour « l'offrir à l'humanité », il fait décrocher les grands panneaux circulaires portant le nom d'Allah, de Mahomet et des califes : Sainte-Sophie devient un musée. Pour l'historien Edhem Eldem, cette transformation « incarne la laïcisation du pays et la promotion de l'universalisme occidental ».
Rappelons que depuis des décennies, la Turquie sollicite son adhésion à la Communauté européenne ce qui, à la grande fureur de son président Erdogan, lui sera toujours refusé. Celui-ci en éprouvera une profonde rancœur laquelle n’est sans doute pas étrangère à sa volonté de réislamiser la grande basilique byzantine. 
.En 2012, une centaine de militants issus du Parti de la grande unité, un parti islamiste et nationaliste font campagne pour que le musée redevienne une mosquée, notamment en organisant une prière musulmane sous la coupole byzantine. En 2013, Bülent Arınç, vice-Premier ministre et porte-parole du gouvernement islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdoğan insiste pour que  envisager que cette transformation ait lieu et il exige la création d’une commission parlementaire sur la question . En 2014, l’USCIRF (United States Commission on International Religious Freedom) condamne les tentatives du Parlement turc de modifier le statut de Sainte-Sophie et de transformer ce musée en mosquée : « faire d’Hagia Sophia une mosquée serait clairement un geste provocateur et de division. Le message qui serait perçu est que le gouvernement actuel n’a que peu ou aucune considération pour la sensibilité des communautés religieuses minoritaires turques, en particulier son ancienne communauté chrétienne. »
Le ministère grec des Affaires étrangères réagit par une déclaration écrite : « l’obsession proche du sectarisme, de pratiquer des rites musulmans dans un monument du patrimoine culturel mondial est incompréhensible et révèle un manque de respect et de lien avec la réalité. » Le ministère a ajouté que de telles pratiques étaient en contradiction avec les valeurs des sociétés modernes, démocratiques et laïques.
Durant la campagne des élections municipales turques de 2019, le 27 mars, le président Recep Tayyip Erdogan déclare que « le temps est venu  de faire de Sainte-Sophie une mosquée à la place du musée actuel. »
 « Une telle décision serait susceptible de provoquer la colère des chrétiens et d’attiser les tensions avec la Grèce voisine » commente Le Monde. Erdogan affirme que cela serait une demande du peuple turc et annonce attendre la fin des élections avant de prendre sa décision sur le statut de Sainte-Sophie après les élections.
Le 2 juillet 2020, la Cour suprême de Turquie donne son feu vert au changement du statut de Sainte-Sophie.
Le 10 juillet 2020, le décret de transformation de Sainte-Sophie en mosquée est publié, suscitant de nombreuses condamnations au niveau international. Ainsi, plusieurs États et organisations internationales font part de leurs protestations ou inquiétudes concernant le changement de statut, dont la France, la Grèce, les États-Unis, la Russie, l'Union européenne ou encore l'UNESCO.
Si les autorités turques transforment l'édifice en mosquée, cela constituera une menace pour toute « civilisation chrétienne », ainsi que pour la « spiritualité » et l'« histoire » de la Russie, s'alarme le patriarche de l'Église orthodoxe russe Cyrille. Il a ajouté que cela « blesserait profondément le peuple russe », qui, « aujourd'hui comme hier, accueille avec amertume et indignation toute tentative d'humilier ou de fouler aux pieds le patrimoine spirituel millénaire de l'Église constantinopolitaine » 
Point de rencontre symbolique des  deux grandes religions monothéistes, pierre angulaire de la dynamique inter religieuse chère au pape Jean Paul II, voici que la basilique de la sainte Sagesse devient une pierre d’achoppement majeure dans le choc  des civilisation annoncé par Huntington.
Cet incident politique majeur  est sans doute dune intensité  équivalente en gravité à  l’attentat de Sarajevo de 1914 et à celle des accords de Munich d’octobre 1938.
Les Européens sont conscient qu’il serait malvenu de fâcher, voire d’affronter Erdogan qui est un puissant membre de l’Otan, sur cette question clivante. Ils le savent capable de rompre l’accord négocié par Angela Merkel à coup de milliards pour qu’il ne lâche pas sur l’Europe qui n’en veut à aucun prix les millions de  réfugiés syriens, irakiens et afghans qu’il retient dans des camps sur le sol turc.  
Cette question délicate de la réislamisation de Sainte Sophie nous permet de mesurer l’impuissance de l’Europe politique sur l’échiquier international.
MG


QUI EST MICHEL LASTSCHENKO,
« JE SUIS MIGRANT » 
Academia Josefa


Lorsque, rentrant de mon dernier poste diplomatique à l’étranger, les Affaires étrangères me confièrent les fonctions d’Envoyé spécial pour la Migration & l’Asile, je fus très vite confronté à une délicate question morale, d’autant plus sensible qu’elle s’articulait dans un contexte juridique et politique voulant que chacune des thèses en présence soit, sinon légitime par rapport au droit, du moins respectueuse des obligations constitutionnelles, légales et réglementaires. Il s’agissait de concilier les exigences du droit humanitaire et du respect des droits de l’homme avec les contraintes politiques de nos gouvernements européens, celles de contrôler et d’endiguer le flot des migrants, ceci pour des raisons tenant à la fois des exigences de sécurité nationale dans chacun de nos Etats et d’un refus, quelle que soit la forme qu’il pouvait prendre et les mots qui l’exprimaient « d’accueillir seul toute la misère du monde. On sait à quel point cette question de la solidarité de l’accueil des migrants – en fait des seuls réfugiés politiques, des bénéficiaires de protections spéciales et des demandeurs d’asile - divise les Etats membres de l’Union européenne et est à l’origine sinon de toutes les frustrations des citoyens européens ayant démocratiquement élu des gouvernements dits populistes, du moins de la défiance envers les politiques européennes. On sait aussi que cette peur des « invasions barbares » s’appuie sur des faits erronés et repose sur une conception étriquée de ce qui constitue l’identité nationale et culturelle des Etats et leurs spécificités propres.

Le paradoxe est que d’aucuns qui se réclament de la protection de l’identité chrétienne de nos Etats, plutôt de leurs origines judéo-grecques, oublient, dans leur peur et leur refus d’accueillir l’étranger, les principes de fraternité qui forment le fondement du Christianisme. L’Evangile de Matthieu rappelle cette parole du Christ disant « j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais étranger et vous m’avez accueilli », des préceptes que Saint Paul amplifiera en nous invitant à persévérer dans l’amour fraternel : « N’oubliez pas l’hospitalité ; quelques-uns ont, à leur insu, logé des anges ». Ce commandement d’accueillir et d’héberger l’étranger repose déjà sur la loi juive, puisque le Livre de l’Exode oblige à ne pas opprimer l’étranger et le Lévitique le complète de remarquable façon : « l’étranger qui séjourne parmi vous sera comme celui qui est né parmi vous et tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers dans le pays d’Egypte ». Sans être aussi explicite dans l’affirmation de la fraternité et de l’errance commune des hommes, le Coran n’est pas en reste puisque le Livre saint garantit la protection du demandeur d’asile, qu’il soit musulman ou non musulman. Le Coran souligne aussi sinon la sainteté et, du moins, la vertu et la dignité de ceux qui aident leurs prochains dans la détresse : « … ceux qui … ont donné refuge et porté secours, ceux-là sont les vrais croyants : à eux le pardon et une récompense généreuse ».Les religions et philosophies plus lointaines d’Asie comme les Upanishad affirment dans une mantra (et ce au XVe siècle avant Jésus Christ) que l’étranger sera reçu, car plus qu’envoyé par Dieu « il est semblable à Dieu », un concept que l’on retrouve aussi dans le canon bouddhiste dit des Trois Corbeilles qui invite à cultiver vis-à-vis de soi-même comme pour tous quatre états d’âmes : la bienveillance, la joie, l’équanimité et la compassion.

Certes les législations contemporaines ne s’embarrassent pas de prescrits religieux et nos gouvernements pourraient être tentés d’en négliger la dimension morale et humanitaire : toutefois nos gouvernements européens sont tous tenus par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qu’ils ont ratifiée dont les articles 1er, 2, 4, 6, 7,9 et 13 sont particulièrement explicites quant au respect du droit , de la dignité et de l’accueil de l’étranger quel que soit son statut administratif, de même qu’ils sont signataires de la Charte européennes des Droits de l’Homme, plus restrictive certes, mais dont les articles 6, 19, 20, 21 et 53 ne pourraient être négligés. 

Dans un prochain texte j’aborderai la question du « courage de l’hospitalité » qui nous mènera, dans un troisième texte à la vocation de la Fondation Josefa. 


Michel Lastschenko : Ambassadeur Honoraire de Sa Majesté le Roi des Belges. Ancien Envoyé Spécial pour la Migration et l’Asile et Directeur des Droits de l’Homme.

mercredi 22 juillet 2020

Lettre à mes amis de gauche qui pensent - à tort - que la N-VA est infréquentable (carte blanche)

Source : Le Vif

Claude Demelenne
essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche
La N-VA ne m'est pas sympathique. Mais diaboliser ce parti est une faute politique. Les socialistes qui négocient avec Bart De Wever ne sont pas des "traîtres".

Beaucoup d'électeurs de gauche sont troublés, et parfois choqués, par l'ouverture de négociations entre le PS et la N-VA, en vue de former un nouveau gouvernement. Je comprends leur malaise. Le programme des nationalistes flamands se situe aux antipodes des priorités socialistes. Je ne partage pourtant pas leur indignation. Dépeindre la N-VA comme un parti de casques à pointe, ce n'est pas sérieux. En affirmant cela, je prends le risque d'être caricaturé sur les réseaux sociaux comme "vendu à la N-VA". Je serai exclu du "camp du Bien", que délimitent ceux qui se prétendent les dépositaires d'une immaculée "pureté de gauche".
Pas un pays normal
Certes, dans un pays normal, le PS ne devrait pas négocier avec la N-VA. Trop de différends, trop de noms d'oiseaux échangés au fil des ans, trop de potentiels points de rupture. Mais nous ne vivons pas dans un pays tout à fait normal.
Nous vivons dans une Belgique où le premier parti rêve de sa disparition pure et simple. Un pays où la principale composante, la Flandre, vote à près de 50% en faveur des nationalistes de droite et d'extrême droite. Un pays où il n'existe pas de circonscription fédérale, plus de partis nationaux, plus de rêves partagés de part et d'autre de la frontière linguistique. Un pays où pratiquement plus aucun francophone ne lit la presse flamande et pratiquement aucun Flamand ne lit la presse francophone. Un pays avec deux opinions publiques - "deux démocraties", affirme Bart De Wever. Un pays où pour former un gouvernement, la Wallonie rouge n'a d'autre choix arithmétique que de discuter avec une Flandre qui voit toujours davantage la vie en jaune et noir. Un pays où Flamands et francophones sont loin de se détester - entre eux, il n'y a pas de haine - mais cohabitent dans une indifférence polie, sans avoir vraiment envie de mieux se connaître, s'écouter, se parler.
Je n'aime pas la N-VA
Certains de mes amis de gauche n'en doutent pas : la N-VA est infréquentable. C'est confortable, les certitudes. Celle qui coiffe Bart De Wever d'un grand bonnet d'âne au hit parade du progressisme et de la tolérance, n'échappe à la règle. Certes, le passif est lourd. Pour ma part, je n'aime pas l'ultralibéralisme de la N-VA, qui plagie les discours antisociaux du VOKA, le patronat flamand. Je n'aime p as son nationalisme de riches, son obsession de toujours désigner des boucs émissaires, son flamingantisme revanchard, sa stigmatisation des Wallons qui se prélassent "dans le hamac de la Sécu", sa méfiance viscérale à l'égard des migrants, qui lui a fait rejeter le Pacte de Marrakech. Longue est la liste des griefs qu'il est légitime d'adresser à la N-VA.
Et puis, certains dirigeants de ce parti, à commencer par l'actuel ministre-président flamand, Jan Jambon, ont fréquenté dans leur jeunesse des cercles liés à l'extrême droite. Tout cela fait désordre et explique le vertige qui fait vaciller tout homme - ou femme - de gauche au moment de s'asseoir autour d'une table de négociation avec la N-VA.
Un grand cordon sanitaire autour de la Flandre ?
Ce malaise, en tant qu'observateur de la vie politique qui n'a jamais caché sa proximité avec les thèses de la social-démocratie, je l'éprouve moi aussi. A la réflexion, je pense pourtant que la N-VA n'est pas infréquentable. Il est légitime de tenter de former un gouvernement avec le premier parti de Flandre. Et pas seulement pour des raisons arithmétiques.
Il est impossible, comme le proposent certains dans la gauche francophone, de dresser un grand cordon sanitaire autour de la moitié de la Flandre. Pour nos compatriotes du Nord, la N-VA, contrairement au Vlaams Belang, est un parti comme les autres, avec ses bons et ses mauvais côtés. Les socialistes flamands gèrent sans état d'âme la ville d'Anvers avec Bart De Wever. Les écologistes de Groen ont également noué des alliances locales avec la N-VA. Sur le facebook du chroniqueur politique, Michel Henrion, un internaute a épinglé l'incohérence de certains francophones : "Comment dire qu'on veut une Belgique unie et en même temps tourner le dos au premier parti de Flandre ?". Je préciserai "le premier parti démocratique de Flandre". Car si demain, comme l'indiquent les sondages, le Vlaams Belang devient le numero uno, il ne pourra être question de s'allier avec cette vraie - et seule - extrême droite flamande.
Ne pas banaliser les marchands de haine
La N-VA n'est pas le Vlaams Belang. Affirmer le contraire, c'est banaliser les marchands de haine de ce parti. L'argument du passé sulfureux de certains militants de la N-VA est caduc Il faudrait plutôt se réjouir que Jan Jambon & Co ont rompu avec les idées antidémocratiques de leur jeunesse. Comme il faut se réjouir que les dirigeants du PTB ont rompu avec le stalinisme. Curieux d'ailleurs, le deux poids, deux mesures de certains intellectuels francophones "à la gauche du PS" : ils diabolisent la N-VA, au nom du passé trouble de certains de ses membres. Mais ils feraient des bonds de joie si le PTB arrivait au pouvoir, alors qu'il n'y a pas si longtemps (à l'époque de l'ancien PTB), des dirigeants de ce parti minimisaient voire niaient les crimes du dictateur communiste Joseph Staline.
Un mini-Etat fasciste ?
La Flandre est dirigée par un gouvernement de droite, emmené par la N-VA. Ce gouvernement ne me plaît pas du tout, mais force est de constater que cette même Flandre n'est pas pour autant devenue un mini-Etat fasciste au coeur de l'Europe. Dans son livre "La N-VA expliquée aux francophones" (éditions Etopia, 2019), l'ancien député écologiste flamand, Luc Barbé, cite cette analyse du politologue Dave Sinardet (VUB) : "Dans la définition de l'extrême droite, on trouve l'autoritarisme et l'antiparlementarisme, mais la N-VA n'a pas cette idéologie, ni le conservatisme radical sur le plan éthique (ndlr : sur l'euthanasie et le mariage homosexuel, la N-VA, qui participe à la Gay Pride, défend des positions plutôt progressistes, dans le débat sur l 'avortement, elle est plus divisée que ne le laissent supposer les dernières déclarations de Bart De Wever). Luc Barbé cite aussi le politologue Pascal Delwit (UCL) : "Même si ça s'emballe un peu, la N-VA est loin de plusieurs éléments qui définissent l'extrême droite : malgré le nationalisme, il n'y a pas d'affirmation de la supériorité d'une race. Il n'y a pas non plus de remise en cause de la démocratie".
J'ajouterai un point peu connu par les francophones : fin 2015, jusqu'en 2018, Nadia Slimane (N-VA), après avoir été députée au parlement flamand, est devenue, à Londerzeel (Brabant flamand), la première bourgmestre de Flandre d'origine marocaine. Un alibi ? Un peu plus que cela. D'autres femmes d'origine immigrée, jouent un rôle important au sein de la N-VA : Zuhal Demir (première ministre flamande d'origine étrangère), Darya Safai (députée fédérale) ou encore Assita Kanko (députée européenne).
Le sel de la démocratie
Les négociations entre le PS et la N-VA sont à hauts risques, car sur beaucoup de questions, notamment socio-économiques et institutionnelles, un gouffre sépare ces deux partis. Il est simpliste, par contre, d'affirmer qu'en entamant un dialogue avec Bart De Wever, le président du PS, Paul Magnette, vend son âme au diable. La réalité est beaucoup plus complexe. Le dialogue civilisé avec un adversaire politique est non seulement légitime. Il est aussi le sel de la démocratie. Paul Magnette n'est pas un "traître". Bart De Wever n'est pas un "facho" le couteau entre les dents. Chers amis de gauche, les anathèmes et les excommunications sont le degré zéro de la politique.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« LES ANATHEMES ET LES EXCOMMUNICATIONS SONT LE DEGRE ZERO DE LA POLITIQUE. »

« Les négociations entre le PS et la N-VA sont à hauts risques. »
Mais le risque majeur ne serait-il pas de retourner aux urnes en automne ?   Tous les vrais démocrates l’ont compris.
« Le dialogue civilisé avec un adversaire politique est non seulement légitime. Il est aussi le sel de la démocratie. »
Constatons, non sans malice, que le dialogue De Wever-Magnette est devenu une variante inattendue de dialogue interculturel entre deux communautés qui se snobent et ne cessent de s’éloigner l’une de l’autre tandis que pendant ces vacances de post confinement des hordes de francophones s‘en vont dépenser leur argent à la Vlaamse kust et que jamais on n’a vu autant de touristes flamands sur la croisette à Dinant et dans Durbuy la minuscule. 
De même que les nations dites "frugales" (Pays-Bas, Autriche, Danemark, Suède, ralliés par la Finlande) qui étaient opposés aux subventions au bénéfice de pays jugés par  plus laxistes sur le plan budgétaire ont consenti à un compromis sous forme de transferts au bénéfice  des Etats du Sud, de la même manière le nord de notre vieux pays se devra de concéder des avantages aux francophones du moins prospères et rigoureux dans leur gouvernance.
L’Europe est une confédération d’Etats qui peinent à se fédérer, la Belgique en revanche est un Etat fédéral en chemin vers une forme singulière de  confédéralisme. 
MG



mardi 21 juillet 2020

"Il n'y a pas de garantie de succès, mais il faut explorer la piste": De Wever veut essayer de trouver un compromis avec le PS


Politique belge
Belga

"Il n'y a aucune garantie de succès, mais je pense que nous devons explorer cette voie, que nous devons prendre cette responsabilité", a fait savoir lundi soir le président de la N-VA, Bart De Wever dans un message vidéo sur son compte Twitter.
Le nationaliste fait référence à l'ouverture faite par le PS pour mettre en œuvre des réformes institutionnelles et redistribuer des compétences.  Comme le président du PS, Paul Magnette, le président de la N-VA a également publié un message vidéo sur Twitter après avoir accepté la mission du roi Philippe. Dans ce discours, Bart De Wever explique pourquoi il a accepté la mission du roi Philippe de tenter de former un gouvernement avec Paul Magnette. 

Dans la séquence, Bart De Wever répète la position de la N-VA selon laquelle la Belgique est "totalement en panne sur le plan institutionnel". Pour De Wever, le fait que le PS ait indiqué vouloir revoir ce cadre institutionnel est "une piste à explorer".
Le président de la N-VA souligne également le contexte particulièrement difficile. La crise sanitaire sera suivie d'un "coup de tonnerre économique", qui "nous coûtera certainement beaucoup en Flandre". De plus, De Wever souligne l'absence d'un gouvernement fédéral fort, faisant référence à un navire "sans gouvernail". "Les problèmes doivent être abordés maintenant", a-t-il ajouté.
Plus tôt dans la journée, Bart De Wever s'était exprimé sur les ondes de Radio 1, et affirmé ne pas voir d'autre solution que de trouver un compromis entre son parti et le PS. "Nous devons essayer. Les éléments sont sur la table. On sait très bien ce que nous voulons et ce que les autres veulent. On verra bien si un compromis est possible. Je pense que ça vaut la peine d'essayer. Je ne sais pas très bien ce que l'on peut faire d'autre, à part organiser des élections. Mais quelque chose me dit que le résultat de ces élections n'améliorera pas la gouvernabilité de ce pays, au contraire", a déclaré M. De Wever ce lundi matin.
Le président de la N-Va et son homologue du PS Paul Magnette ont été reçu au Palais royal dans l'après-midi. Le Roi les a chargés de prendre les initiatives nécessaires permettant la mise en place d’un gouvernement qui s’appuie sur une large majorité au parlement. Ils remettront un premier rapport le 31 juillet.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« COURAGE ET AUDACE »

Les deux hommes politiques les plus brillants de leur génération ont de toute évidence une obligation de réussite devant les Belges et devant l’histoire. Cela passera ou cela cassera. Ceci est le 21 juillet le plus surréaliste de l’histoire de Belgique sans défilé, sans bal populaire, avec un feu d’artifice sans public et un gouvernement sans gouvernail.  « On verra bien si un compromis est possible. Je pense que ça vaut la peine d'essayer. Je ne sais pas très bien ce que l'on peut faire d'autre, à part organiser des élections. Mais quelque chose me dit que le résultat de ces élections n'améliorera pas la gouvernabilité de ce pays, au contraire", a déclaré M. De Wever lundi matin. »
"Il nous reste 50 jours pour trouver une solution. A défaut, il faudra convoquer de nouvelles élections. Pendant ces 50 jours, je consacrerai toute mon énergie à la formation d'un vrai gouvernement qui ait une vraie capacité d'agir", a déclaré Paul Magnette dans une courte allocution face caméra, publiée sur ses réseaux sociaux.
Le président du PS s'est alarmé sur l'absence d'un gouvernement fédéral en pleine crise du coronavirus, "la plus grave que notre pays ait connue depuis la Seconde Guerre mondiale". "On ne peut pas répondre à une crise aussi grave, et qui s'annonce encore longue sans disposer d'un vrai gouvernement", a-t-il asséné.
"Il est clair que notre pays n'est pas prêt à affronter cette crise", avertit Paul Magnette, qui regrette que la Belgique soit le seul pays européen à ne pas disposer de plan de relance économique.
La  sécurité sociale, nous sommes les seuls à pouvoir la sauver et la renforcer", a-t-il ajouté.
Le socialiste vise aussi la structure institutionnelles devenue trop complexe et source d'"inefficacité de l'action publique".
"Le moment est venu de clarifier les missions des uns et des autres, et de clarifier notre système institutionnel pour le rendre plus efficace", a-t-il précisé avant de se poser en protecteur des francophones du pays: "Réformer l'Etat, c'est aussi pour protéger les Wallons et les Bruxellois, et le PS, parce qu'il est le premier parti en Wallonie et à Bruxelles, est le seul qui puisse les défendre".
Paul Magnette, qui souhaite former "un vrai gouvernement, qui ait une vraie capacité d'agir".
Ce sont là des déclarations d’homme d’Etats responsables  et déterminés, l’un et l’autre tenaillés par un Belang et un PTB qui montent, qui montent et risque de mettre à mal l’équilibre démocratique et pluraliste, fondement de notre régime politique.
Le roi a pris toute la mesure de l’extrême gravité de la situation. Dans son discours musclé du 21 juillet, le Roi Philippe insiste sur la nécessité de passer à la reconstruction, à la relance "en y mettant toute notre énergie et toute notre inventivité".  "La crise nous a ouvert les yeux. Elle nous a réveillés et sortis du confort de nos certitudes. Elle nous force à réfléchir à notre mode de vie, notre organisation du travail, notre façon d’enseigner, nos modes de production et de consommation, à la manière dont nous nous déplaçons et dont nous voyageons. Nous avons maintenant une occasion unique de repenser notre économie et notre société. En construisant sur les valeurs humaines que nous avons vécues si intensément. En optant pour des solutions plus équitables et durables. Avec ambition et confiance en l’avenir".
Il y a un an jour pour jour pour la Fête nationale 2019, quasi deux mois après les élections législatives, le roi Philippe appelait les hommes et femmes politiques "à dialoguer davantage", "un dialogue ouvert et vrai", avec un véritable esprit de collaboration : "Dialoguer dans l’ouverture, c’est prendre l’autre dans ses convictions et ses choix même si on ne les partage pas. C’est faire sentir à l’autre qu’il est indispensable à la recherche de solutions, sans exclusives. C’est éviter le mensonge et le mot qui blesse. Dialoguer dans la vérité c’est faire face à la complexité en cultivant la nuance et en recherchant la complémentarité".
Dans la version 2020, nouvel appel quasi incantatoire dans la même direction. Appel au courage et à l’audace. Pour une relance réussie et pour un gouvernement fédéral stable. "Il y a des moments où l’histoire n’attend pas. Pour réussir le gigantesque défi de la relance, chacun de nous est indispensable. Le pays tout entier réclame maintenant un gouvernement résolu et stable. Ne le décevons pas. Nous ne réussirons qu’en dépassant nos propres horizons et en montrant courage et audace".
Courage et audace c’est tout ce que l’on doit souhaiter au binôme improbable De Wever-Magnette. Improbable mais nécessaire, indispensable, providentiel.
Les deux hommes, l’un et l’autre très affaiblis par des contestations  internes une par  une situation politique instable risquent leur carrière et leur réputation. Ils incarnent ensemble l’ultime recours avant l’aventure et le chaos. Souhaitons leur à tous les deux « courage et audace »
MG



lundi 20 juillet 2020

Incendie de la cathédrale de Nantes: le point sur l’enquête


Plusieurs personnalités politiques françaises ont réagi, à l’instar du Premier ministre Jean Castex, qui se rendra sur les lieux en milieu d’après-midi.
Une cathédrale gothique à nouveau en proie aux flammes en France : Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes a été victime samedi d’un incendie qui a été rapidement circonscrit, mais a toutefois détruit le grand orgue.
Le procureur de la République de Nantes Pierre Sennès a annoncé à l’AFP l’ouverture d’une enquête pour « incendie volontaire » en précisant que « trois points de feu distincts » ont été relevés. Mais « il n’y a pas de conclusion à tirer maintenant », a-t-il ajouté. La police judiciaire a été saisie et un expert incendie du laboratoire de police technique et scientifique de Paris est attendu à Nantes pour examiner les départs de feu et l’installation électrique de la cathédrale, a-t-il ajouté.
Grâce à une centaine de pompiers et une quarantaine d’engins, l’incendie a été rapidement maîtrisé et les pompiers ont indiqué qu’il était « circonscrit » vers 10H00.
D’après les premiers éléments, « les dégâts sont concentrés sur le grand orgue, qui semble être entièrement détruit. La plateforme sur laquelle il se situe est très instable et menace de s’effondrer », a dit M. Ferlay.
Il a toutefois indiqué que les dégâts ne pouvaient être comparés aux incendies de Notre-Dame, à celui de cette même cathédrale en 1972 ou encore à celui de Saint-Donatien à Nantes en 2015.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
POURQUOI LES CATHEDRALES BRULENT ELLES ?

« Malheureux comme le dieu chrétien  en France », telle est la nouvelle version d’un vieux proverbe allemand.
Pourquoi nos cathédrales, joyaux de l’art gothique, brûlent-elles ?
Une réponse s’impose parmi diverses hypothèses : par indifférence ! Par les négligences de nos contemporains qui font de moins en moins de cas  de l’héritage culturel et spirituel que nous ont transmis les anciens.
D’autres accuseront les zélés iconoclastes pris d’une rage politiquement correcte à taguer et à déboulonner les statues des représentants de l’arrogance blanche, male, hétéro... D’autres encore y verront la main invisible des islamistes radicalisés…
Il semble avéré que l’incendie soit d’origine criminelle, trois foyers ayant été repérés par les pompiers.
A chacun sa vérité. Ce qui est sûr c’est que ceux qui ont allumé la mèche sont des barbares. De manière générale, la barbarie s’acharne sur la civilisation européenne déclinante avec une radicalité, une violence et un acharnement de caractère préoccupant.
MG





dimanche 19 juillet 2020

Le virologue Pierre Van Damme sans détour: "On n’ose pas le dire mais certains secteurs vont peut-être devoir fermer pendant un an"

La Libre Belgique

Le virologue Pierre Van Damme se montre préoccupé par l'évolution de la pandémie.

La seconde vague a-t-elle commencé ? Les experts sont divisés sur la question mais tous appellent à la prudence et à respecter les gestes barrières. Étions-nous prêts pour la première ? Le virologue Pierre Van Damme (UAntwerp) estime que non. L'expert a donné quatre conseils très concrets, rapportés par Het Laatste Nieuws. "Nous devons les mettre à l'œuvre maintenant pour renverser la vapeur".
D'abord, nommer un commissaire pour assurer l'unité du commandement. Un grand nombre d'experts et de fonctionnaires ont déjà plaidé en ce sens ces derniers jours. "Une personne dotée de tous les pouvoirs nécessaires qui relève directement du Premier ministre. En 2009, nous avions un commissaire à la grippe en la personne de Marc Van Ranst pour s'attaquer à la grippe mexicaine et en 2014, Erika Vlieghe était notre commissaire Ebola. Maintenant, nous avons besoin de la même chose", estime-t-il. Selon M. Van Damme, le commissaire peut être assisté par une équipe d'experts. Il y aurait alors une équipe qui peut débattre des mesures, mais en fin de compte, la décision serait soutenue par tout le monde.

Pierre Van Damme se dit également surpris lorsque qu'il entend ses collègues du GEES "dire qu'ils doivent parfois négocier pendant des heures avec des politiciens pour obtenir certaines mesures". "Vous ne pouvez pas négocier avec une maladie infectieuse", insiste-t-il.
Ensuite, il faut selon lui établir une stratégie de communication pour les jeunes et les communautés spécifiques. L'analyse des derniers chiffres relatifs aux nouvelles infections montre que les 18 à 30 ans sont les principaux moteurs de la deuxième vague. "Nous voyons maintenant que les jeunes sont les premiers à se rendre à nouveau à des fêtes et à jouir de la liberté retrouvée, explique Pierre Van Damme à Het Laatste Nieuws. Nous ne devons pas condamner cela, mais nous devons rendre ce groupe beaucoup plus conscient des risques."
Selon le vaccinologue de l'UAntwerp, il faut également "engager des médecins comme enquêteurs de contact". "Les généralistes sont en première ligne. Il ont une relation de confiance avec leurs patients. Ils peuvent effectuer un premier examen de contact et être mis en relation avec les responsables régionaux et avec l'Agence de soins et de santé", explique Monsieur Van Damme. Ces derniers pourraient alors recueillir toutes les informations nécessaires et les transmettre aux personnes qui prennent les décisions. 
Et enfin, il est souhaitable de "tempérer les attentes du public". Il est important pour Van Damme que le gouvernement soit honnête sur ce qui est encore à venir. Par exemple, les attentes concernant un vaccin sont beaucoup trop élevées.
Il demande également à certains secteurs de "comprendre qu’ils devront peut-être fermer pendant un an. Pourquoi n'osons-nous pas dire cela ? Certains secteurs ne pourront pas continuer pendant très longtemps et nous devons le dire honnêtement. Il ne faut pas leur donner de faux espoirs. Ce que nous devons voir, c'est comment nous pouvons les soutenir ou quelles alternatives ils peuvent, eux, proposer'.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« POURQUOI N'OSONS-NOUS PAS DIRE TOUT  CELA ?

Nous voici enfin en vacances, trait d’union entre l’avant Covid et l’après Covid. On nous fait doucement comprendre que le virus, lui refuse de prendre du congé et, pire, qu’il se prépare à une seconde offensive. Contrairement à Von Rundstedt en 1944, le corona a toute les chances de réussir sa percée. Mais tout cela n’est rien à côté du désastre économique et du bain de sang social qui nous attend à la rentrée des vacances. Une crise qui serait selon les spécialistes bien plus « virulente » que celle de 1929 qui nous amena le fascisme et la pire des guerres jamais subie par l’humanité. Profitons donc bien de nos vacances car le retour sera apocalyptique. La Belgique n’y survivra sans doute pas, du moins sur le plan politique, quant à l’Europe de von der Leyen/Michel, elle risque elle aussi de se démembrer à moins d’un sursaut. Vous avez dit sursaut ? Il ne peut venir que du seul vrai Européen de sa génération de chefs d’Etats : Emmanuel Macron. Mais ce dernier va être empêtré dans  une contestation sociale d’une ampleur inouïe dès la rentrée de septembre. Autrement dit seule Merkel peut sauver l’Europe de l’effondrement. Il y a encore quatre mois, personne n’aurait d’ailleurs imaginé Mme Merkel promouvoir un tel plan de relance, financé par l’émission d’une dette commune et faisant une part plus large aux subventions (500 milliards d’euros) qu’aux prêts (250 milliards d’euros). .« Fin mars, Merkel était encore sur une position très ferme, à peu près la même que celle des “frugaux” [Pays-Bas, Suède, Autriche, Danemark] qu’elle essaie désormais de faire bouger. 
Savourons donc, chers lecteurs, ce moment d’accalmie et les charmes de l’été avant le typhon. 
Les Belges ont choisi de redécouvrir leur Belgique cet été, les Bruxellois savourent une circulation automobile fluide en attendant la paralysie et l’immobilité totale que provoquera irrémédiablement le trente à l’heure imposé par les ayatollahs verts.
Et comme les mauvaises nouvelles volent en escadrille (Chirac) n’oublions surtout pas que : « les attentes concernant un vaccin sont beaucoup trop élevées. » et que « certains secteurs devront comprendre qu’ils devront peut-être fermer pendant un an. » 
Mais pourquoi donc  n'osons-nous pas dire tout cela ?
MG


COURSE AUX VACCINS: LA NOUVELLE GUERRE SECRETE
DÉCRYPTAGE - Dans cette rivalité entre les laboratoires, tous les coups sont permis.(Figaro)
Depuis plusieurs années, la santé et la biologie font partie des priorités industrielles de la Chine. 
Alors que le Covid-19 continue ses ravages planétaires, une nouvelle bataille s’est ouverte: la course aux vaccins. Désireux de prendre de l’avance, les Chinois ont commencé à tester cinq prototypes, alors qu’une centaine de laboratoires dans le monde planchent concurremment sur le sujet. Dans cette rivalité, tous les coups sont permis. Depuis plusieurs années, la santé et la biologie font partie des priorités industrielles de la Chine, qui est déjà devenue première productrice mondiale des principes actifs nécessaires aux médicaments.(…)
COMMENT ANGELA MERKEL S’EST CONVERTIE AU PLAN DE RELANCE POUR EVITER L’« EFFONDREMENT » DE L’EUROPE.
La chancelière allemande est en première ligne, lors du Conseil européen qui débute vendredi matin, pour défendre l’émission d’une dette commune au sein des Vingt-Sept, afin de lever 750 milliards d’euros pour soutenir les Etats les plus touchés par la pandémie.
Par Thomas Wieder et Cécile Boutelet Le Monde
Pour le jour de son anniversaire, Angela Merkel avait peut-être imaginé un agenda moins chargé. Vendredi 17 juillet, c’est à Bruxelles que la chancelière allemande devait fêter ses 66 ans, à l’occasion d’un sommet européen qui, pour elle, notamment, revêt une importance toute particulière. D’abord, parce que c’est son pays qui, depuis le 1er juillet et jusqu’au 31 décembre, occupe la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne (UE). Ensuite parce que c’est elle qui, avec le président français, Emmanuel Macron, a inspiré le plan de relance de 750 milliards d’euros que la Commission européenne souhaite faire adopter, si possible lors de ce sommet, par les vingt-sept membres de l’UE.
Les débats s’annoncent houleux, mais la chancelière a choisi son camp, après une conversion aussi fulgurante que profonde, quand on garde en tête sa prudente attitude lors du naufrage de la Grèce voici dix ans. A l’époque, il n’était pas question pour elle d’aider Athènes sans être sûr de réformer en profondeur un pays considéré comme « pécheur » sur le plan budgétaire. Des tergiversations qui avaient précipité la crise des dettes souveraines au sein de la zone euro.
Il y a encore quatre mois, personne n’aurait d’ailleurs imaginé Mme Merkel promouvoir un tel plan de relance, financé par l’émission d’une dette commune et faisant une part plus large aux subventions (500 milliards d’euros) qu’aux prêts (250 milliards d’euros). Au Conseil européen du 26 mars, c’est un non catégorique que la chancelière allemande avait opposé aux neuf pays, dont la France, l’Espagne, la Grèce et l’Italie, qui, la veille, avaient signé une lettre appelant à la mise en place d’« un instrument de dette commun » afin d’aider les pays touchés par la pandémie.
« Fin mars, Merkel était encore sur une position très ferme, à peu près la même que celle des “frugaux” [Pays-Bas, Suède, Autriche, Danemark] qu’elle essaie désormais de faire bouger. Dans la lettre, nous avions pourtant veillé à ne pas utiliser des termes susceptibles de braquer les Allemands, comme “coronabonds” ou plan Marshall »(…)