jeudi 16 juillet 2020

14-Juillet: des violences urbaines dans toute la France


À Paris comme en province, tirs de mortier, incendies et affrontements avec la police se sont multipliés.
Par Jean Chichizola (Figaro)
Incendies de biens publics et privés, mise en danger de la vie d’autrui, affrontements avec les forces de l’ordre… À l’heure de l’hommage à la nation mais aussi aux soignants qui ont risqué leur vie pour en sauver tant d’autres, la soirée du 13 juillet a été marquée par une série de violences urbaines ne touchant pas seulement les banlieues des très grandes villes.
À Montbéliard (Doubs), des policiers ont été visés par des tirs de mortiers d’artifice, pouvant être mortel (deux personnes tuées en Alsace en 2013) ou causer de sévères blessures et brûlures. Un suspect de 18 ans a été interpellé. Même situation à Évreux (Eure), notamment dans le quartier de la Madeleine connu pour ses problèmes à répétition (1994, 1998, 2002 et surtout 2005), où huit gendarmes mobiles venus en renfort ont été blessés par des jets de projectile. L’incendie d’une voiture s’est par ailleurs propagé à une maison dont les habitants ont dû être évacués. Jouer avec des allumettes, en l’occurrence avec des pétards très dangereux, peut en effet aussi menacer la vie d’autrui. Cela a peut-être été le cas à Paris où un incendie s’est déclaré dans un appartement du 13e arrondissement alors que les habitants du secteur se plaignaient de tirs de feux d’artifice intempestifs.
Un peu partout en France, les témoignages abondent d’occupants d’appartements ayant essuyé de tels tirs. Une menace d’autant plus présente que les jeunes délinquants ont pris l’habitude de commencer leurs «activités» plusieurs jours avant la fête nationale, à la grande exaspération de beaucoup d’habitants de leurs quartiers. De la même façon, en dehors de la litanie des violences urbaines «ordinaires», les tirs «festifs» contre les forces de l’ordre ont tendance à commencer plus tôt, comme ce fut le cas dès le 11 juillet à Villeneuve-d’Ascq et à Lille (Nord).
FEUX D’ARTIFICE SAUVAGES
Les incendies accidentels causés par les feux d’artifice sauvages touchent également des biens publics. À Nanterre, un gymnase a été incendié. Le maire de Nanterre Patrick Jarry (DVG) a dénoncé «un acte gravissime» et précisé que la ville allait déposer plainte. À Talant (dans la banlieue de Dijon), les pompiers ont dû intervenir non loin d’habitations pour éteindre un incendie déclenché par des tirs dans des broussailles. Le maire a annoncé qu’il allait porter plainte.
Les banlieues des grandes villes, en l’occurrence les régions parisienne, lyonnaise et lilloise, ont été les plus touchées. Des voitures ont ainsi été brûlées à Roubaix (Nord). Des feux d’artifice sauvages ont été observés dans plusieurs arrondissements lyonnais. Des feux, incendies de voitures et tirs de mortiers ont eu lieu à Villeurbanne, Vaulx-en-Velin et Vénissieux. À Rillieux-la-Pape, des groupes de jeunes se sont opposés aux forces de l’ordre avec jets de projectiles et ripostes de gaz lacrymogènes.
Mais c’est comme toujours en région parisienne que l’on a déploré le plus grand nombre de faits. Avec, outre le gymnase, un bus incendié à Nanterre dans la cité Pablo-Picasso, connue pour son trafic de drogue. Selon la préfecture des Hauts-de-Seine, «un ou plusieurs individus ont fait sortir un chauffeur de son bus avant de mettre le feu au véhicule». Toujours dans les Hauts-de-Seine, Suresnes et Villeneuve-la-Garenne, marquées par des violences urbaines pendant le confinement, ont notamment été touchées. Comme Saint-Denis, Villetaneuse, Aubervilliers ou Bobigny en Seine-Saint-Denis ou encore les 12e, 14e, 15e, 18e, 19e et 20e arrondissements de Paris.
Si le ministère de l’Intérieur ne publie plus de bilan de ces violences, plus de cinquante individus ont été interpellés à Paris et ailleurs en Île-de-France avec au moins sept gardes à vue à Paris. Et au moins quatre policiers ont été blessés dans les Yvelines et l’Essonne.
Au-delà de ces violences urbaines, les affrontements qui ont été constatés mardi à Paris, place de la Bastille, pendant une marche organisée à l’appel de syndicats de soignants et soutenue par les «gilets jaunes», laissent présager une rentrée chargée pour les forces de l’ordre.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES FORCES DU DESORDRE

La France a vécu un 14 juillet sans tour de France ni vrai défilé  et sous haute tension sociale ; la canaille s’est défoulée. Une fête nationale de la contestation nationale : celle des soignants mais plus encore, celle des jeunes banlieusards qui manifestent de la manière la plus brutale leur refus d’intégration et d’adhésion aux canons de la république. Est-ce grave docteur ? Quand « les jeunes délinquants ont pris l’habitude de commencer leurs «activités» plusieurs jours avant la fête nationale, à la grande exaspération de beaucoup d’habitants de leurs quartiers » on ne saurait trop banaliser l’événement. Les forces du désordre s’organisent avec beaucoup d’efficacité mettant les proverbiales forces de l’ordre à la peine. La V ème République semble vraiment à bout de souffle et il semble bien que la grande rentrée de septembre tellement redoutée par le Président Macron aura un impact sur son éventuelle réélection ou non.
Le casting de Castex, son accent gascon rocailleux et son bon sens de maire des territoires seront-ils suffisant pour éviter les récifs à la barque à Emmanuel.
MG


UN 14 JUILLET… SANS BASTILLE ?
Par François Ruffin , député (LFI) de la Somme Libération
Les événements de 1789 jettent les fondements de la création de la République. Ne pas les célébrer, c'est dépolitiser la fête nationale. Ils sont pourtant inexistants aujourd’hui dans les cérémonies. 
 Un 14 Juillet… sans Bastille ?
Tribune. C’est le quatorze juillet. A pareil jour, sur la terre. La liberté s’éveillait. Et riait dans le tonnerre. Victor Hugo, célébration du 14 Juillet dans la forêt.
La surprise m’est venue, il y a trois ans maintenant, à Abbeville, lors de ma première fête nationale comme député. Ceint de mon écharpe tricolore, aux côtés du maire, du sous-préfet, nous avons déposé des gerbes au monument aux morts. Soit, pourquoi pas. Les majorettes ont ensuite défilé devant nous, et c’est très chouette, au son de l’harmonie municipale. Vinrent les véhicules des sapeurs-pompiers, de la police, de la gendarmerie. Admettons, mais où était le rapport ? La cérémonie s’est achevée par un pot républicain à l’Hôtel de Ville, avec une remise de diplômes aux jeunes pompiers volontaires, de médailles aux anciens méritants. Et puis c’est tout, et puis plus rien.
Néo-élu, je tombais des nues : c’était le 14 juillet, bon sang, et pas un mot sur 1789 ? Pas un mot sur La Bastille ? Encore moins sur la Révolution ?
Alors que, au 11 Novembre, dans le moindre petit village, un message est lu, envoyé par le président ou le ministère, qui rappelle «l’horreur de la Grande Guerre», «la folie des nationalismes», qui célèbre «la réconciliation franco-allemande». Alors que, au 8 Mai, de même, est évoquée «la nuit de la barbarie nazie», «l’Europe déchirée» (et «la réconciliation franco-allemande»). Soudain, au 14 Juillet, pour notre fête nationale, c’est le grand vide ! Aucune histoire ! Aucune mémoire !
Soulèvement
J’étais surpris et aussitôt, bien sûr, j’ai compris : cette mémoire, cette histoire, il fallait l’effacer, la laver. C’est la tache, le péché originel, pour la bourgeoisie : la République est née de ce tumulte, dans ces journées, ces années, d’effervescence populaire. «Ce jour-là, à la Bastille, il y a Adam, né en Côte-d’Or, il y a Aumassip, marchand de bestiaux, né à Saint-Front-de-Périgueux, il y a Béchamp, cordonnier, Bersin, ouvrier du tabac, Bertheliez, journalier, venu du Jura, Bezou, dont on ne sait rien, Bizot, charpentier… Ah ! on éprouve un curieux sentiment de bien-être, une sorte de bonheur qu’on ne connaissait pas… La foule se rue au pied de la citadelle. On passe le petit pont et on se carre un instant derrière les chaînes brisées pour reprendre son souffle. Et tout à coup, les tirs reprennent. On court de toutes parts. Un garde-française tombe et, sans réfléchir, Rousseau cueille son fusil. Le canon est chaud.» (1) Voilà les fonts baptismaux de la France moderne, tout sauf apaisés : de la révolte, de la joie, de la colère, des prisons renversées, des châteaux pillés, du faubourg Saint-Antoine jusqu’au fin fond des campagnes.
C’est inconfortable, cette origine, pour les tenants de l’ordre. Il faut bien le fêter, ce 14 Juillet, il faut bien, puisque les ancêtres en ont décidé ainsi (en 1880). Puisque tout, ou tant, vient de là, la Marseillaise, le drapeau tricolore, Liberté Egalité Fraternité, les symboles qui flottent partout, mais aussi les départements, les préfectures, la Constitution, l’Assemblée, les élections, la politique est marquée de ce sceau, jusqu’au mètre, au litre, au gramme, tant de choses, dans notre quotidien, trouvent leur source dans cet immense fracas. Et en même temps, en même temps, glorifier un soulèvement, c’est toujours risqué : ça peut donner des idées…
La République, soit, mais sans passion, sans la Révolution. D’où ce choix, collectif, inconscient : neutraliser l’événement, derrière des bals, des feux d’artifice, des flonflons – et avec toute l’affection qu’on peut éprouver pour les bals, les feux d’artifice, les flonflons. Le rendre insipide, consensuel, lisse, amnésique. Le dépolitiser, les déconflictualiser. Du coup, dans nos 36 000 communes, nous réussissons chaque année cet exploit littéraire, une figure de style digne de Georges Pérec et de sa Disparition : ne jamais prononcer «1789», ni «Révolution», ni «Bastille» ! Là où les Américains nomment cela, tout simplement, évidemment, le «Bastille Day».
Gilets jaunes
C’est l’inconscient de la classe dirigeante qui parle. Et qui, surtout, ne veut pas en parler. Un tabou, désormais, un trou dans la mémoire. C’est toute le Grande Révolution, elle qui a soufflé durant un siècle comme un poumon d’espérance dans toute l’Europe, elle qui fait notre Gloire partout dans le monde avec la Déclaration des droits de l’homme, c’est toute la Grande Révolution qu’il faut, au mieux, oublier, au pire, salir. Avec cette cohorte d’éditorialistes, d’historiens de plateaux, de vedettes bien-pensantes, qui s’empressent de réduire ce formidable élan à un gigantesque bain de sang.
Et ils ont bien raison.
Ils ont bien raison de l’effacer, de l’oublier, de la noyer.
Ils ont raison de lutter, encore, contre ce fantôme.
Ils ont raison car, deux siècles plus tard, ce spectre hante toujours la France. Le souvenir demeure vivant, vivace. Le volcan, prêt à se réveiller.
Lorsque les gilets jaunes se soulèvent, à quelle mythologie se raccrochent-ils aussitôt, d’instinct ? «Nous sommes les sans-culottes», proclament-ils au feutre sur leurs chasubles. «Macron, tu perds la tête. Souviens-toi, 1789 !», «1789, c’est pas fini !», «1789, à bas le roi ! 2018, à bas l’argent-roi !» Des slogans accompagnés de Mariannes pleurant, ou accusant. Sur les ronds-points, les GJ font circuler des «cahiers de doléances», qu’ils remontent le samedi à Paris. Ils préparent, à Commercy, à Saint-Nazaire, des «Etats généraux». Ils se comparent au «tiers-état», qu’on taxe, qu’on taxe, taxe, tandis que «les gros ne paient pas». Sur les Champs-Elysées, aux portes du palais, ils s’en prennent au «roi Macron», voire à sa «Brigitte Antoinette». Et de citer la Constitution de 1793 : «Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.»
Le 14 Juillet, c’est, ça reste, un brandon allumé dans la nuit de l’histoire, dans l’obscurité du présent. C’est une étincelle, pas éteinte dans bien des cœurs, et qui fait encore peur aux nouveaux seigneurs. Aussi, aujourd’hui, gilets jaunes, militants, syndicalistes, élus de gauche, nous, les héritiers de 1789, à Paris, à Amiens, à Audincourt, à Flixecourt, nous avons le devoir de le célébrer, avec enthousiasme, avec subversion : des hôpitaux aux médias, d’Amazon à Sanofi, il nous reste mille Bastilles à délivrer… Ah ça ira ! On est là !


Un pompier blessé par balle mardi soir à Étampes, les syndicats dénoncent un «guet-apens»
Il intervenait sur un feu dans le quartier de Guinette lorsqu'il a été visé par un tir de petit calibre. Ses jours ne sont pas en danger.
Par Julien Licourt Figaro
C'est alors qu'il intervenait sur un feu de deux-roues que le pompier a été pris pour cible. LOIC VENANCE / AFP
Un pompier a été blessé par un tir d'arme à feu, mardi soir, alors qu'il intervenait sur un incendie, mardi soir, à Étampes (Essonne), selon des sources policières concordantes.
Le soir du 14-Juillet, six pompiers sont arrivés à 23h24 dans le quartier de Guinette, avec leur fourgon d'incendie, afin d'éteindre un feu de deux-roues. C'est alors que le sergent-chef du groupe a été visé par un tir d'une arme de petit calibre, peut-être un 22 long rifle. Son mollet a été transpercé par la balle. Heureusement, la blessure serait sans gravité, la balle n'ayant touché aucun organe vital.
Après le tir, les pompiers sont repartis avec leur camion et se sont réfugiés à la gendarmerie d'Étampes, située non-loin. Selon nos informations, les cinq collègues qui intervenaient aux côtés de la victime ont été choqués par ce qu'ils ont vécu.
Personne n'était à leur contact au moment de l'intervention. Une enquête, confiée à la sûreté départementale de l'Essonne, a été ouverte pour déterminer l'origine du tir.
Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, s'est lui exprimé sur Twitter, affichant son «soutien indéfectible à ceux qui nous protègent au péril de leur vie». «J'ai veillé à ce qu'une plainte soit déposée, ajoute-t-il. Ces actes odieux ne doivent pas rester impunis.»
«Ce guet-apens, c'est un cran supplémentaire dans une violence dont on n'a plus à démontrer l’existence, dénonce le lieutenant-colonel Alain Laratta, vice-président du syndicat de pompiers, Avenir-Secours. Une fois de plus, nous sommes scandalisés. Aujourd'hui la peur doit changer de camp. Il faut absolument confondre les auteurs de ces agressions, ce qui n'est pas le cas pour 80% des attaques commises sur les pompiers.» Le syndicat estime que le degré de reconnaissance juridique des pompiers doit être augmenté, de manière à ce que leur parole devienne l'équivalent de celle d'un policier. Équiper les pompiers de caméras lors de leurs interventions serait une autre piste à étudier, selon lui. Enfin, il faut «lourdement condamner les auteurs : de simples rappels à la loi ne suffisent plus».
Le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF), le colonel Grégory Allione, a lui dénoncé une «tentative de meurtre». «Je n'imaginais pas que l'on puisse délibérément tenter de tuer un sapeur-pompier alors qu'il exerçait sa mission de protection et de sauvetage.»
Un policier blessé la veille
Des conditions d'intervention dans les quartiers difficiles que connaissent bien les policiers. «À Étampes, les pompiers sont clairement tombés dans un guet-apens, explique ainsi Julien Claustre, secrétaire départemental UNSA Police pour l'Essonne. Les pompiers ont obligation d'intervenir, à cause du risque de propagation. Le souci dans les quartiers sensibles, c'est qu'ils arrivent parfois avant la police, et représentent des cibles faciles. On aimerait que l'on nous donne plus les moyens d'intervenir pour les protéger.»
La veille au soir, le 13, toujours dans les hauteurs d'Étampes, c'est cette fois un policier de la BAC qui avait été blessé à la tempe par un tir de mortier. La victime a été protégée par ses lunettes d'intervention et n'a pas subi d'ITT suite à cette agression. Un événement qui fait dire au délégué départemental 91 du syndicat Alternative Police que des «tenues ignifugées» pour les effectifs de police agissant dans ces conditions sensibles sont indispensables pour la sécurité des forces de l'ordre.
Contactés, le SDIS 91 et la préfecture de l'Essonne n'ont pas donné suite aux sollicitations du Figaro au moment de la publication de cet article.



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