mardi 28 juillet 2020

Formation fédérale: Il ne faut jamais dire "Fontaine, je ne boirai pas de ton eau !"


Jules Gheude
Essayiste politique in Le Vif

A la veille des élections législatives du 25 mai 2014, tous les présidents de parti francophones s'étaient résolument engagés à ne pas gouverner avec la N-VA. Et le MR a finalement cédé. Aujourd'hui, c'est au tour du PS de rompre l'exclusive jetée sur le parti nationaliste flamand.
Depuis les élections du 26 mai 2019, nombreux sont les informateurs royaux à s'être cassé les dents sur la quadrature du cercle : le duo Johan Vande Lanotte (SP.A)/Didier Reynders (MR), le duo Geert Bourgeois (N-VA/Rudy Demotte (PS), Paul Magnette (PS), le duo Joachim Koens (CD&V)/ Georges-Louis Bouchez (MR), Koen Geens (CD&V).
Profitant de la crise du coronvirus, le duo Patrick Dewael (Open VLD)/ Sabine Laruelle (MR) est parvenu à transformer le gouvernement minoritaire en affaires courantes de Sophie Wilmès en un gouvernement de plein exercice, grâce au soutien circonstanciel de certains partis d'opposition.
On a vu ensuite les présidents du PS et du SP.A, Paul Magnette et Conner Rousseau, prendre d'autorité l'initiative de relancer les négociations, en arguant du fait qu'ils représentaient ensemble la première famille politique du pays. Leur tentative visant à mettre sur pied une coalition tripartite classique s'est soldée par l'échec que l'on sait.
Ce fut alors au trio Egbert Lachaert (Open VLD)/Joachim Coens (CD&V)/Georges-Louis Bouchez (MR) de reprendre la main. Le CD&V ne souhaitant pas lâcher la N-VA, on s'oriente à présent vers une coalition dite "Arizona", qui permettrait à la N-VA, au CDH et au SP.A de rejoindre le gouvernement actuel.
La perspective, pour le premier parti wallon, de rester dans l'opposition explique sans doute le revirement actuel du président du PS, d'autant que la N-VA ne cesse de lui tendre la main.
Lors de la Fête de la Communauté flamande, le ministre-président Jan Jambon (N-VA) s'est même voulu particulièrement rassurant : Nous sommes prêts à négocier un mécanisme financier de transition de dix ans ou plus. Je ne dis pas cela seulement par amour pour la Wallonie, mais également par rapport à notre propre intérêt. Si nous coupons les transferts du jour au lendemain, la paupérisation, en Wallonie, sera gigantesque.
Au CDH aussi, le président Maxime Prévot a changé son fusil d'épaule. Après avoir déclaré que, par humilité vis-à-vis du faible score électoral de son parti, il choisissait de demeurer dans l'opposition, le voici désormais prêt à prendre ses responsabilités.
Ne nous leurrons toutefois pas. Ce n'est pas le souci de sortir le pays de l'ornière qui explique ces changements de stratégie, mais bien l'appétit du pouvoir.
Il y a un gouffre entre les visions socio-économiques défendues au Nord et au Sud. Vision de droite vs vision de gauche.
Constatant que la dépense publique de la Wallonie représentera quelque 70% de son PIB en 2021 et 2022, Pierre Wunsch, le gouverneur de la Banque Nationale, n'hésite pas à écrire : On sera plus proche d'un régime communiste que d'un régime néolibéral que d'aucuns décrivent.
Le ministre-président wallon Elio Di Rupo a beau s'insurger contre de tels propos, il n'empêche que, selon ses propres dires, la Wallonie se dirige vers une situation budgétaire inédite et abyssale.
Pour le député flamand indépendant Jean-Marie Dedecker, la Belgique ne peut plus tenir dans de telles conditions : "Avant la crise corona, la montagne de dettes s'élevait à 21,7 milliards d'euros en Wallonie, soit 140% de ses revenus. Aujourd'hui, elle est tout à fait hors de contrôle", écrit-il dans une opinion publiée sur le site de Knack. Et de conclure : "Il est préférable que nous divorcions, frères wallons. Ce pays est rongé jusqu'à l'os. Organisons donc des élections le 5 novembre et signons l'armistice le 11 novembre. Nous partageons les meubles, comme la Tchéquie et la Slovaquie l'ont fait et nous nous nous séparons en paix. Profiter, voilà comment mon grand-père voyait la solidarité à sens unique, non réciproque. Selon lui, mordre la main qui vous nourrit revenait à parasiter. Un homme sage mon grand-père".
Le démantèlement de la Belgique semble, en tout cas, être appelé à se poursuivre, inexorablement. Et le fait que la Flandre se soit érigée en nation rend, à terme, la survie du royaume impossible
Du côté wallon, d'aucuns s'empressent de rappeler que, durant plus de cent ans, une Flandre pauvre a pu compter sur la solidarité d'une Wallonie prospère.
Sauf que la Belgique était alors gérée de manière unitaire par une bourgeoisie qui était francophone, au Nord comme au Sud. Et que l'on oublie l'exode massif qui a amené quantité de Flamands à venir travailler en Wallonie, dans des conditions difficiles et précaires, rétorque-t-on du côté flamand...
Avec les années 60, le balancier de la prospérité économique a changé de camp. Les Wallons comptaient sur la régionalisation pour relancer leur région. Cette régionalisation est devenue effective en 1980 et, depuis, n'a cessé de s'amplifier au gré des diverses réformes institutionnelles. Quarante ans plus tard, le constat demeure cependant inquiétant. La Wallonie n'a toujours pas décollé, reconnaît Philippe Destatte, le directeur de l'Institut Jules Destrée.
Il ne suffit pas de disposer des bons outils. Encore faut-il s'en servir habilement. Et ici, Jean-Marie Dedecker constate que ce ne fut pas le cas : Malgré cinq plans Marshall, un flux de subsides européens et la manne flamande (les transferts annuels sont de 7 à 11 milliards selon les sources), les paradis socialistes, où Magnette et Di Rupo dominent, de Charleroi à Mons, poursuivent leur déclin subsidié depuis trois quarts de siècle.
Le discours du bourgmestre de Middelkerke est largement partagé en Flandre. Lancée au début des années 90 par le ministre-président flamand CVP Luc Van den Brande, l'idée confédéraliste est aujourd'hui au coeur du débat. Elle revient à dépiauter l'échelon central belge au profit des Etats flamand et wallon, lesquels doivent assumer l'entière responsabilité financière de leurs choix politiques.
On a vu, avec l'affaire des Fourons, la régionalisation de la loi communale et provinciale, celle des allocations familiales, la scission de BHV, les responsables francophones avaler des choses qu'ils jugeaient inacceptables. En sera-t-il encore de même aujourd'hui ?
Le démantèlement de la Belgique semble, en tout cas, être appelé à se poursuivre, inexorablement. Et le fait que la Flandre se soit érigée en nation rend, à terme, la survie du royaume impossible.
(1) Dernier livre paru : La Wallonie, demain - La solution de survie à l'incurable mal belge, Editions Mols, 2019.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE FAIT QUE LA FLANDRE SE SOIT ERIGEE EN NATION REND, A TERME, LA SURVIE DU ROYAUME IMPOSSIBLE

« Le démantèlement de la Belgique semble, en tout cas, être appelé à se poursuivre, inexorablement. Et le fait que la Flandre se soit érigée en nation rend, à terme, la survie du royaume impossible. »
Jules Gheude a beaucoup de mal à cacher sa joie. 
Le démembrement de la Belgique, il en rêve depuis des décennies sous l’ombre tutélaire de son mentor François Perin.
Leur fantasme à tous les deux ? Le rattachement à la France !
Je ne sache pas que le gouvernement Castex ou le Président Macron, qui ont pas mal de fers au feu, aient manifesté la moindre velléité à donner chair à ce fantasme qui équivaudrait à peu près à  l’absorption par la république fédérale allemande de l’ancienne république démocratique  sous tutelle soviétique.
La réunification tant désirée par les Allemands et concrétisée après la chute du mur de Berlin en 1989 s’est révélée un jeu de transferts sans fond qui a coûté à Bonn et continuer à lui coûter des centaines de milliards pour un bénéfice mitigé. La nostalgie DDR des Allemands de l’ex RDA les incite à bouder le modèle que veut leur imposer Berlin. C’est précisément dans ces nouveaux Länder comme les appellent les Allemands que se développe l’influence néo nazie de l’AFD (Alternativ Für Deutschand) qui monte, qui monte.
On se demande vraiment qui succédera à la chancelière Merkel qui a annoncé son départ pour bientôt. Une poussée de fièvre anti démocratique n’est pas à exclure. 
Emmanuel Macron dont le centre de gravité se situe de plus en plus à droite n’a aucun intérêt à lorgner sur le dernier bastion rouge de l’Union Européenne, à moins bien sûr que Bruxelles fasse partie de la dot de la mariée francophone de Belgique. 
Il y a fort à parier que Paul Magnette va tenter d’obtenir des concessions financières substantielles  auprès des Flamands pour re stabiliser la sécu wallonne. Mais avec quelles contreparties politiques ? C’est toute la question qui ne va pas se résoudre en un tournemain.
Il me semble que Gheude accorde beaucoup d’importance aux écrits de Jean Marie De Decker, cet éternel outsider autrefois exclu du VLD à cause de ses extravagances. Nous avons publié sa carte blanche outrancière sur ce blog un peu par dérision. Se référer à lui comme étant la vox Flandriae est saugrenu. JDD est incontestablement le roi des provocateurs et ses articles habilement tournés sont souvent en tête du hit parade du Knack. 
Pour le reste il est le sparadrap dont l’habile  De Wever a toujours su se débarrasser. De Wever n’est pas  le capitaine Haddock. 
Mais qui donc est De Wever ? On le saura très bientôt.
MG




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