mardi 21 juillet 2020

"Il n'y a pas de garantie de succès, mais il faut explorer la piste": De Wever veut essayer de trouver un compromis avec le PS


Politique belge
Belga

"Il n'y a aucune garantie de succès, mais je pense que nous devons explorer cette voie, que nous devons prendre cette responsabilité", a fait savoir lundi soir le président de la N-VA, Bart De Wever dans un message vidéo sur son compte Twitter.
Le nationaliste fait référence à l'ouverture faite par le PS pour mettre en œuvre des réformes institutionnelles et redistribuer des compétences.  Comme le président du PS, Paul Magnette, le président de la N-VA a également publié un message vidéo sur Twitter après avoir accepté la mission du roi Philippe. Dans ce discours, Bart De Wever explique pourquoi il a accepté la mission du roi Philippe de tenter de former un gouvernement avec Paul Magnette. 

Dans la séquence, Bart De Wever répète la position de la N-VA selon laquelle la Belgique est "totalement en panne sur le plan institutionnel". Pour De Wever, le fait que le PS ait indiqué vouloir revoir ce cadre institutionnel est "une piste à explorer".
Le président de la N-VA souligne également le contexte particulièrement difficile. La crise sanitaire sera suivie d'un "coup de tonnerre économique", qui "nous coûtera certainement beaucoup en Flandre". De plus, De Wever souligne l'absence d'un gouvernement fédéral fort, faisant référence à un navire "sans gouvernail". "Les problèmes doivent être abordés maintenant", a-t-il ajouté.
Plus tôt dans la journée, Bart De Wever s'était exprimé sur les ondes de Radio 1, et affirmé ne pas voir d'autre solution que de trouver un compromis entre son parti et le PS. "Nous devons essayer. Les éléments sont sur la table. On sait très bien ce que nous voulons et ce que les autres veulent. On verra bien si un compromis est possible. Je pense que ça vaut la peine d'essayer. Je ne sais pas très bien ce que l'on peut faire d'autre, à part organiser des élections. Mais quelque chose me dit que le résultat de ces élections n'améliorera pas la gouvernabilité de ce pays, au contraire", a déclaré M. De Wever ce lundi matin.
Le président de la N-Va et son homologue du PS Paul Magnette ont été reçu au Palais royal dans l'après-midi. Le Roi les a chargés de prendre les initiatives nécessaires permettant la mise en place d’un gouvernement qui s’appuie sur une large majorité au parlement. Ils remettront un premier rapport le 31 juillet.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« COURAGE ET AUDACE »

Les deux hommes politiques les plus brillants de leur génération ont de toute évidence une obligation de réussite devant les Belges et devant l’histoire. Cela passera ou cela cassera. Ceci est le 21 juillet le plus surréaliste de l’histoire de Belgique sans défilé, sans bal populaire, avec un feu d’artifice sans public et un gouvernement sans gouvernail.  « On verra bien si un compromis est possible. Je pense que ça vaut la peine d'essayer. Je ne sais pas très bien ce que l'on peut faire d'autre, à part organiser des élections. Mais quelque chose me dit que le résultat de ces élections n'améliorera pas la gouvernabilité de ce pays, au contraire", a déclaré M. De Wever lundi matin. »
"Il nous reste 50 jours pour trouver une solution. A défaut, il faudra convoquer de nouvelles élections. Pendant ces 50 jours, je consacrerai toute mon énergie à la formation d'un vrai gouvernement qui ait une vraie capacité d'agir", a déclaré Paul Magnette dans une courte allocution face caméra, publiée sur ses réseaux sociaux.
Le président du PS s'est alarmé sur l'absence d'un gouvernement fédéral en pleine crise du coronavirus, "la plus grave que notre pays ait connue depuis la Seconde Guerre mondiale". "On ne peut pas répondre à une crise aussi grave, et qui s'annonce encore longue sans disposer d'un vrai gouvernement", a-t-il asséné.
"Il est clair que notre pays n'est pas prêt à affronter cette crise", avertit Paul Magnette, qui regrette que la Belgique soit le seul pays européen à ne pas disposer de plan de relance économique.
La  sécurité sociale, nous sommes les seuls à pouvoir la sauver et la renforcer", a-t-il ajouté.
Le socialiste vise aussi la structure institutionnelles devenue trop complexe et source d'"inefficacité de l'action publique".
"Le moment est venu de clarifier les missions des uns et des autres, et de clarifier notre système institutionnel pour le rendre plus efficace", a-t-il précisé avant de se poser en protecteur des francophones du pays: "Réformer l'Etat, c'est aussi pour protéger les Wallons et les Bruxellois, et le PS, parce qu'il est le premier parti en Wallonie et à Bruxelles, est le seul qui puisse les défendre".
Paul Magnette, qui souhaite former "un vrai gouvernement, qui ait une vraie capacité d'agir".
Ce sont là des déclarations d’homme d’Etats responsables  et déterminés, l’un et l’autre tenaillés par un Belang et un PTB qui montent, qui montent et risque de mettre à mal l’équilibre démocratique et pluraliste, fondement de notre régime politique.
Le roi a pris toute la mesure de l’extrême gravité de la situation. Dans son discours musclé du 21 juillet, le Roi Philippe insiste sur la nécessité de passer à la reconstruction, à la relance "en y mettant toute notre énergie et toute notre inventivité".  "La crise nous a ouvert les yeux. Elle nous a réveillés et sortis du confort de nos certitudes. Elle nous force à réfléchir à notre mode de vie, notre organisation du travail, notre façon d’enseigner, nos modes de production et de consommation, à la manière dont nous nous déplaçons et dont nous voyageons. Nous avons maintenant une occasion unique de repenser notre économie et notre société. En construisant sur les valeurs humaines que nous avons vécues si intensément. En optant pour des solutions plus équitables et durables. Avec ambition et confiance en l’avenir".
Il y a un an jour pour jour pour la Fête nationale 2019, quasi deux mois après les élections législatives, le roi Philippe appelait les hommes et femmes politiques "à dialoguer davantage", "un dialogue ouvert et vrai", avec un véritable esprit de collaboration : "Dialoguer dans l’ouverture, c’est prendre l’autre dans ses convictions et ses choix même si on ne les partage pas. C’est faire sentir à l’autre qu’il est indispensable à la recherche de solutions, sans exclusives. C’est éviter le mensonge et le mot qui blesse. Dialoguer dans la vérité c’est faire face à la complexité en cultivant la nuance et en recherchant la complémentarité".
Dans la version 2020, nouvel appel quasi incantatoire dans la même direction. Appel au courage et à l’audace. Pour une relance réussie et pour un gouvernement fédéral stable. "Il y a des moments où l’histoire n’attend pas. Pour réussir le gigantesque défi de la relance, chacun de nous est indispensable. Le pays tout entier réclame maintenant un gouvernement résolu et stable. Ne le décevons pas. Nous ne réussirons qu’en dépassant nos propres horizons et en montrant courage et audace".
Courage et audace c’est tout ce que l’on doit souhaiter au binôme improbable De Wever-Magnette. Improbable mais nécessaire, indispensable, providentiel.
Les deux hommes, l’un et l’autre très affaiblis par des contestations  internes une par  une situation politique instable risquent leur carrière et leur réputation. Ils incarnent ensemble l’ultime recours avant l’aventure et le chaos. Souhaitons leur à tous les deux « courage et audace »
MG



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