vendredi 31 juillet 2020

Le chercheur Geert Molenberghs appelle au réalisme: «Arrêtez de faire des projets»Pour le scientifique, nous allons vivre longtemps avec les bulles sociales.


Le professeur biostatisticien de la KU Leuven Geert Molenberghs a précisé dans les pages de Het Laatste Nieuws la meilleure approche face à une recrudescence de cas : ramener la courbe d’infections vers le bas et fermer les frontières. Et il constate : « « Il est temps d’être un peu plus réaliste. À moins que nous n’allions au fond des choses cette fois-ci et que nous ne fermions les frontières. »
« Vivez plus au jour le jour. Et si vous faites encore des projets, ou devez en faire, vous feriez mieux d’être prudent. Je ne vais pas me faire des amis dans le domaine des voyages avec ce que je dis maintenant. J’aime voyager, normalement plusieurs fois par an, mais je n’ai rien de plus prévu. Ce sera en effet un peu au jour le jour » répond le scientifique.
Geert Molenberghs appelle à prendre consicence de la gravité de la situation sans vaccin. « Nous allons devoir vivre longtemps avec les bulles sociales que nous avons en ce moment. Quand cette vague sera terminée, nous pourrons nous détendre, bien sûr. Mais pas au niveau et dans le sens du 1er juillet. En juin et début juillet, tout le monde, sauf nous, pensait : ‘C’est fini, nous pouvons retourner à une vie presque normale avec seulement ici et là un secteur qui n’est pas encore est ouvert. »
 « Non, ce ne sera pas le cas. Nous allons pouvoir faire un certain nombre de choses si nous arrivons à casser la courbe à un niveau plus profond qu’en juin. Vous pourrez alors peut-être faire un match de football avec un public à l’automne. Mais ne pensez pas à des stades pleins. Ce n’est possible qu’avec un vaccin »


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
VIVEZ PLUS AU JOUR LE JOUR
« PRENEZ CONSCIENCE DE LA GRAVITE DE LA SITUATION SANS VACCIN. »

« Vivez plus au jour le jour. Et si vous faites encore des projets, ou devez en faire, vous feriez mieux d’être prudent. »
Nous l’avons presque tous compris, pas vraiment tous et pas vraiment  tout compris.
Il paraît de plus en plus évident que rien ne sera plus comme avant.
Non pas à cause des mesures de confinement qui nous accablent mais surtout à cause de leurs conséquences : une crise économique sans précédent, un bain de sang social et une catastrophe psychologique collective.
« Prendre conscience de la gravité de la situation sans vaccin »est une manière de nous prévenir qu’il n’y aura peut-être pas de vaccin en tous cas pas tout de suite et sans doute pas pour tout le monde, un peu  comme les canots de sauvetage sur le Titanic. Il suffit de nous replonger dans nos classiques du secondaire - le decameron de Boccace ou la Peste de Camus- pour comprendre que, sans vaccin, on risque de se retrouver en enfer « avec » tous  les autres.
Vivre donc au jour le jour ? Mais n’est ce pas précisément ce que nous reprochons-à juste titre- à ces jeunes qui se défoulent en groupe au mépris de toutes les règles de prudence sanitaire?
Anvers est en état d’alerte urgente  et son bourgmestre ne prend pas  les mesures draconiennes  qui s’imposent. Plus déterminé, le bourgmestre Close se met à plat ventre devant les forains qui a tout prix veulent imposer leur foire du midi à Bruxelles. A tout prix ! C’est bien là le problème. Personne n’est disposé à payer le prix.
Olivier Willocx patron des patrons bruxellois (il est est le CEO de Beci, la fédération patronale bruxelloise qui représente des milliers d’entreprises à Bruxelles) dénonce une situation  “catastrophique” pour certains secteurs dans la capitale. “Neuf chambres d’hôtel sur dix sont vides” et  selon lui, Bruxelles risque également de louper le virage digital. La belle affaire !
Voilà pour le politico économique et le social. Quid de la santé mentale des Belges ? On fabriquerait des patients psychiatriques à la chaine. « Ce qu'on a redouté est arrivé. Laissés seuls face à leur souffrance et à leurs symptômes, les patients, qui avaient retrouvé un certain équilibre grâce aux prises en charge, ont vu leur santé mentale se détériorer. Depuis le mois de mai, ce sont les plus fragiles qui en subissent les conséquences. Et ce sont les hospitalisations sous contrainte qui ont explosé. » » « Des situations parfois désespérées, parfois désespérantes et des familles découragées. Les patients cumulent les pathologies, les difficultés sociales »
Notre société va mal et par ricochet, la démocratie se fragilise de semaine en semaine en Belgique, en France, et on ne parle même pas des Etats Unis, de la  Russie, de la  Pologne, de la  Turquie… Partout ou presque, lé démocratie est mise en quarantaine.
Je me suis retrouvé dans mon jardin de confinement avec deux potes de ma génération. Tous les trois nous sommes  en relative bonne santé mais consternés  par une mise en quarantaine virtuelle, c'est-à-dire parqués dans une réserve de peaux rouges conscients de s’éteindre à petit feu.  Le présent est devenu accablant ; l’avenir rétrécit son horizon. Il ne nous resta qu’une  maigre consolation : évoquer notre passé d’anciens combattants de vaines causes chimériques.
Apprenons donc à vivre au jour le jour, si possible ; à la minute minute.
MG 


"HOSPITALISATIONS PSYCHIATRIQUES SOUS CONTRAINTE : LA SITUATION DEVIENT INCONTROLABLE" (carte blanche)

Carte blanche Le Vif
Depuis la crise sanitaire, les mises en observation explosent et les services d'urgence croulent sous les demandes d'expertise.
La crise sanitaire du Covid-19 a bouleversé la pratique des soins en santé mentale, à l'extérieur de l'hôpital. A l'intérieur aussi.
Depuis le mois de mars, les hôpitaux généraux se sont réorganisés. Certains ont ralenti leur activité psychiatrique. D'autres ont tenté d'apporter des solutions spécifiques aux patients présentant un trouble mental et atteints du Covid-19. Du côté des hôpitaux psychiatriques, on a limité les admissions et accéléré certaines sorties, afin de limiter le risque de foyers épidémiques. Soutenue par les consignes fédérales, la psychiatrie hospitalière s'est, en quelque sorte, confinée dans l'attente de jours meilleurs.
Le secteur ambulatoire a assuré sa fonction, dans des conditions pénibles, assumant des visites au domicile et en intensifiant les contacts par téléphone ou par visio-conférence. Il n'empêche : des patients ont été perdus de vue. Nos voisins français les estiment à 10%.
Et ce qu'on a redouté est arrivé. Laissés seuls face à leur souffrance et à leurs symptômes, les patients, qui avaient retrouvé un certain équilibre grâce aux prises en charge, ont vu leur santé mentale se détériorer. Depuis le mois de mai, ce sont les plus fragiles qui en subissent les conséquences. Et ce sont les hospitalisations sous contrainte qui ont explosé. » « Des situations parfois désespérées, parfois désespérantes, des familles découragées. Les patients cumulent les pathologies, les difficultés sociales »
En Belgique, la prise en charge psychiatrique sous contrainte concerne deux situations. La première est l'internement. Elle concerne les personnes qui ont commis un fait qualifié délit ou crime et qui, du fait d'un trouble mental, ne peuvent être condamnées. Elles sont dès lors "internées" et soignées dans les annexes psychiatriques des prisons, dans des centres de psychiatrie légale et dans des hôpitaux psychiatriques sécurisés.
Et puis, il y a les "mises en observation". Elles concernent toute personne qui, présentant un trouble mental, met gravement en péril sa santé et sa sécurité ou constitue une menace grave pour la vie ou l'intégrité d'autrui. Cette mesure, qui dépend de la loi du 26 juin 1990 relative à la protection de la personne des malades mentaux, est prise, en urgence, par le procureur du Roi, à défaut de tout autre traitement approprié. La personne concernée par une mesure de mise en observation se retrouve donc hospitalisée sous contrainte dans un service agréé en hôpital général ou psychiatrique.
Travailler dans un service d'hospitalisation sous contrainte est à la fois difficile et passionnant. On y rencontre le plus beau et le plus délaissé de notre humanité : la folie, celle qui se soigne mais ne se guérit pas, celle qui interpelle et fait peur, celle qui est violente, celle qui ne se reconnaît pas comme telle.
Des situations parfois désespérées, parfois désespérantes, des familles découragées, mais aussi, beaucoup de potentiel : de créativité, de rémission, de solutions originales ou individualisées. Les patients cumulent les pathologies, les difficultés sociales, l'isolement, la dangerosité et la non demande de soins. Ils sont en crise, agités et réclament une attention médicale, infirmière et sociale intensive.
Initiatives du terrain
Depuis de nombreuses années, le secteur de la mise en observation alerte les pouvoirs publics sur l'augmentation progressive des hospitalisations sous contrainte. Sans réponse jusqu'à présent. Pourtant, les initiatives du terrain ont déjà tenté de stabiliser la situation. A Bruxelles, une procédure spécifique existe. C'est la "Ligne Nixon" qui repose sur une concertation et un travail de réseau entre les institutions hospitalières, le parquet et les services de police au sein de la Plate-forme de Concertation pour la Santé Mentale en Région de Bruxelles-Capitale. Seuls les services d'urgence des cliniques universitaires St-Luc, du CHU St-Pierre, du CHU Brugmann et d'Erasme sont habilités à effectuer les évaluations psychiatriques qui forgeront la décision du procureur du Roi. Cette fonction, peu valorisée et parfois dangereuse, limite autant les abus que les engorgements dans les hôpitaux psychiatriques. C'est aussi aux urgences que les soignants peuvent éviter la mise en observation par la mise en place d'un trajet de soin volontaire.
Hopitaux saturés
Nous avons tenu bon, à flux tendu, jusqu'à présent. Pourtant, le financement des services de mise en observation ne bénéficie d'aucun moyen supplémentaire. Nous disposons exactement du même nombre d'infirmiers, de médecins et d'assistants sociaux que dans n'importe quel autre service d'hospitalisation psychiatrique volontaire.
Cela, c'était avant le Covid-19. Depuis la crise, les mises en observation explosent. Les services d'urgence croulent sous les demandes d'expertise. Sur le seul mois de juin à Bruxelles, ce sont 193 expertises qui ont été pratiquées. Du jamais vu, et de loin !
Un malheur n'arrivant jamais seul, un hôpital agréé a pris la décision de suspendre, on l'espère momentanément, les évaluations et les hospitalisations sous contrainte.
Les hôpitaux agréés sont donc saturés. Et, malgré une bonne collaboration avec le parquet, lorsque les hôpitaux sont pleins, ils se voient imposés par le procureur du Roi de prendre le patient, qu'il y ait de la place ou pas. C'est la loi et nous la respectons. En tout cas jusqu'à présent...
Depuis le mois de janvier, le nombre d'impositions a doublé dans les trois services agréés bruxellois qui accueillent les mises en observation. C'est ainsi près de 300 patients qui ont été imposés, depuis janvier 2020, au Centre Hospitalier Jean Titeca, à l'Hôpital d'Accueil Spécialisé Fond'Roy et au CHU Brugmann. Et ces chiffres explosent depuis le mois de juin. Désormais, plus de la moitié des mises en observation urgentes sont imposées !
Une imposition requiert de la créativité. Le patient imposé arrive dans un service plein. De ce fait, il augmente le risque d'actes violents. Il faut donc "faire de la place". Une imposition, c'est donc souvent une fin prématurée d'hospitalisation pour un autre patient, avec les conséquences tant pour lui qu'en terme de sécurité publique. C'est aussi une décision qui engage notre responsabilité médicale.
Selon un psychologue, "on fabrique des patients psychiatriques à la chaîne"
Patients libérés trop tôt faute de place
A ce jour, la situation devient incontrôlable. Nous craignons que ces patients, parce que libérés trop tôt, passent à l'acte. Nous le rappelons depuis longtemps, la majorité des internés ont été hospitalisés en psychiatrie et une grande partie d'entre eux ont été mis en observation.
Des décisions urgentes sont nécessaires.
Une revalorisation du secteur de la mise en observation est indispensable, associant un soutien aux soignants et des mesures permettant un accueil de meilleure qualité pour les patients dans des lieux équipés et adaptés à leur problématique extrêmement lourde.
Depuis plusieurs années, la réforme des soins en santé mentale modifie nos pratiques. Le secteur de la mise en observation, comme celui de l'internement depuis peu, doit s'y inscrire, en associant les différentes fonctions de la réforme dite "107".
Si on peut attendre un bénéfice de la crise actuelle, c'est que nos craintes et nos propositions soient enfin entendues. S'il est de notre responsabilité, en tant que médecins et soignants, de prendre en charge les plus fragiles de nos contemporains, il est de la responsabilité de tous, et de ceux qui les représentent, de nous en donner les moyens nécessaires.



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