lundi 6 juillet 2020

Nouveau blocage dans les négociations fédérales: Conner Rousseau et Maxime Prévot refusent l'invitation de Bouchez, Coens et Lachaert


La Libre Belgique

Le président du SP.A, Conner Rousseau, a décliné une invitation de Georges-Louis Bouchez (MR), Joachim Coens (CD&V) et Egbert Lachaert (Open Vld) à se rendre à une réunion avec les 6 partis ( MR, Open Vld, CD&V, CdH, N-VA et sp.a). La coalition Arizon a du plomb dans l'aile.
"Une note de base équilibrée sur la politique de relance est prête. Cet après-midi, 6 partis ont été invités à en débattre en vue de négocier. Malheureusement le sp.a a refusé l'invitation. Si nous voulons des solutions, il faut au moins avoir le courage d’écouter", a tweeté Georges-Louis Bouchez, président du MR.

Il s'agissait d'expliquer aux partenaires le contenu de la note rédigée par les trois informateurs en présence des 6 partis de la potentielle coalition. La réunion a été annulée suite au refuse de Conner Rousseau puis de Maxime Prévot d'y participer. Pour le SP.A, cette réunion à 6 n'est pas ce qui a été convenu ce week-end. Pour rappel, la semaine dernière, le président du SP.A a remis une note au trio fixant ses conditions ( soins de santé renforcé, plus grande contribution fiscale des grandes fortunes et des multinationales). pour entamer les négociations pour la formation d'un gouvernement. L'enthousiasme des socialistes flamands apparaît à tout le moins très limité... " Ce n'est pas une tentative sérieuse de donner suite à ce qui a été convenu ce week-end, à savoir qu'il y aurait une réunion à 3 + 1 (MR, Open Vld, CD&V et SP.A) où nous recevrions des garanties substantielles", a déclaré Conner Rousseau depuis le siège du SP.A sur la VRT. "Ils ont maintenant choisi une voie différente." Les socialistes flamands se disent toujours prêts à poursuivre des discussions de fond. Mais ils souhaitent d'abord des clarifications sur le fait que leurs propres demande ont bien été incluses dans une note du trio. "Nous n'allons pas participer à un achat à l'aveugle", a-t-il encore ajouté.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA BELGIQUE N’EST PLUS VRAIMENT UNE DEMOCRATIE

Le citoyen lambda que je suis est franchement lassé par le cirque politique belge que nous imposent des présidents de partis aux égos surdimensionnés et aux dents tellement longues qu’elles raclent le parquet. La Belgique, on le sait, on l’a dit et répété, n’est plus vraiment une démocratie mais une particratie devenue ingérable et incarnée par une génération de jeunes présidents sans expérience qui font de la charpie de la vertu politique belge par excellence : le sens et le goût du compromis. 
Les présidents de parti disposent d’un pouvoir exorbitant qu’ils galvaudent impunément quand le pays est entré dans la crise la plus
compliquée de l’après guère sinon de son histoire. 
« À l’heure où les décideurs politiques se cassent les dents sur la formation d’un gouvernement fédéral majoritaire de plein exercice, il semble - a priori - illusoire qu’ils s’entendent sur l’idée de céder une partie de leur pouvoir aux citoyens »
Et que font-ils donc de tout ce pouvoir, on se le demande.
Plus on se rapprochera de 2024 date du prochain scrutin et plus les partis extrêmes Belang et PTB attireront les voix des mécontents, « les foertstemmen » comme les appela un commentateur flamand, les voix de tous ceux qui n’en peuvent plus. Entre le PS et le PTB, comme entre le Belang et la NVA s’opère un effet de vases communicants du parti traditionnel vers le parti extrémiste.
Je crois deviner que la stratégie de pourrissement de Paul Magnette vise à exaspérer les esprits en Flandre pour discréditer la NVA au profit d’une grenouille Vlaams Belang qui se fera, s’est déjà le cas dans les sondages, aussi grosse, si pas plus grosse que le boeuf NVA.
Il deviendrait alors « aisé » de mettre le Belang hors jeu (cordon sanitaire obligeant) et de négocier avec une NVA considérablement affaiblie. C’est à peu près le raisonnement que suivit autrefois François Mitterrand : gonfler le FN pour affaiblir la droite et remporter la mise ensuite. C’est un jeu machiavélique  extrêmement dangereux qui risque de provoquer une alliance de fait entre le NVA et le Belang se soldant par une prise d’indépendance de la Flandre. Gwendolyn Rutten a révélé que telle aurait déjà été l’intention et l’ambition de Bart De Wever lors de la formation du gouvernement flamand.
Où que l’on regarde en Europe ou aux Etats Unis, partout la démocratie en crise est menacée par des formes de populisme illibéral prêt à troquer le pluralisme démocratique contre un système plus autoritaire à l’exemple de la Hongrie, de la Turquie, de la Russie voire même de la Chine. Cette évolution semble irréversible sur fond de crise du Covid qui risque de se transformer à la rentrée en une crise économique et donc sociale d’ampleur apocalyptique.
MG 


LE POLITIQUE BELGE N’EST PAS PRET A CEDER UNE PARTIE DE SON POUVOIR AU CITOYEN

La Libre Belgique 

Certes, il existe en Belgique une série d’initiatives à l’échelon local. Certes des expérimentations, notables, frémissent en Communauté germanophone et en Région bruxelloise. Mais à quand une véritable démocratie participative à l’échelon national ?
À en croire les spécialistes, les mentalités politiques dans notre pays ne sont pas - encore - mûres pour l’exercice. Le cap serait même plus difficile à franchir chez nous que dans la majorité des démocraties voisines, où les systèmes sont moins rigides.
La faute à la prédominance de la particratie ? Assurément, estime Dave Sinardet, politologue à la VUB et à l’Université Saint-Louis Bruxelles. "La démocratie délibérative va à l’encontre de beaucoup de logiques qui sont inhérentes à notre système, observe-t-il. La Belgique est une démocratie consociative, ce qui implique que beaucoup de pouvoir réside chez les élites qui sont supposées être mieux placées pour représenter les différents intérêts dans la société et qui sont supposées pacifier les conflits. C’est aussi lié à la logique particratique. On reste donc frileux à l’idée d’impliquer le citoyen dans la prise de décision. C’est regrettable. Je reste convaincu qu’il faut diminuer le poids de la particratie dans notre pays et renforcer celui des experts et des citoyens."
La N-VA, premier parti du pays, n’y est pas favorable
Ce n’est pas un secret : les partis belges ne sont pas unanimes à l’idée de renoncer à une partie de leur pouvoir au profit des citoyens-électeurs. Ce sont les libéraux et les verts qui sont grosso modo les plus ouverts à cette petite révolution. On notera aussi la récente impulsion donnée en la matière par le CDH dans le contexte de sa refondation.
Le premier parti du pays, la N-VA, n’y est, lui, pas favorable. Forcément, cela complique d’emblée les choses. Les partenaires sociaux, non plus, ne manifestent pas un enthousiasme débordant dès lors que la participation citoyenne en Belgique a souvent été organisée au travers des syndicats et organisations patronales ou autres associations. Dans l’histoire du pays, l’intervention directe ou semi-directe du citoyen dans la prise de décision a ainsi toujours été mineure, voire inexistante.
"Dans beaucoup de pays, lorsque l’on mène des réformes constitutionnelles, on organise généralement des référendums pour valider ou non le résultat, expose Dave Sinardet. Par exemple, un premier projet de Parlement écossais avait été rejeté par les Écossais en 1979. En Belgique, on a fait six réformes de l’État depuis 1970 et il n’y a eu absolument aucun impact des citoyens sauf à travers la logique de démocratie représentative : les gens votent pour tel ou tel parti pour beaucoup de raisons différentes, puis les élus utilisent leur mandat pour réformer complètement la Constitution et la Belgique. Il serait bénéfique d’avoir enfin un peu d’air frais dans les discussions, notamment au sujet du système institutionnel belge."
L’Irlande, source d’inspiration
L’Irlande constitue un modèle inspirant de démocratie délibérative. Trois assemblées citoyennes tirées au sort ont fait de ce pays un laboratoire en la matière, entraînant des révisions constitutionnelles majeures : les légalisations sur le mariage homosexuel et sur l’avortement (IVG). Ces assemblées sont nées dans le contexte de la crise financière et bancaire de 2008. À l’époque, la perte de confiance dans les institutions est notable. C’est en réaction à cela que des assemblées de citoyens tirés au sort ont été constituées. En 2014, trois de leurs propositions ont été soumises à référendum. Le pays a ainsi approuvé le mariage homosexuel à 62 %. Très catholique, la nation irlandaise est également parvenue à se positionner sur un dossier aussi délicat que celui du droit à l’avortement. Le recours au processus délibératif dans ce cadre-là a permis de dépolariser les discussions, jusque-là exclusivement politiques.
"Les questions éthiques sont des dossiers sur lesquels nous pourrions également instaurer chez nous davantage de participation citoyenne, suggère M. Sinardet. Cela touche au quotidien des gens." À l’ère du coronavirus, la problématique des soins de santé en Belgique pourrait aussi être soumise à l’appréciation d’un panel de citoyens tirés au sort. "Le CD&V veut scinder encore davantage les soins de santé parce que tout le secteur, en Flandre, est entre les mains du pilier chrétien. En défédéralisant, il renforce son pouvoir là-dessus. D’autres sont contre pour la même raison… Si on laissait réfléchir les citoyens sur cette question, les positions seraient peut-être plus indépendantes des logiques de piliers ou de lobbies qui dominent souvent la décision politique en Belgique."
Des panels de citoyens qui comptent
Pratiquement toutes les problématiques éthiques, sociales, économiques ou environnementales pourraient faire l’objet d’une telle participation citoyenne. En France, le président Emmanuel Macron a proposé, lors du grand débat qui a suivi la crise des "gilets jaunes" à l’hiver 2018-2019, de constituer une assemblée citoyenne de 150 Français tirés au sort et chargés de proposer des mesures pour la sauvegarde du climat. Certaines mesures défendues par cette dénommée "Convention citoyenne pour le Climat" pourraient forcer la main au gouvernement en matière d’écologie, si l’on en croit les récentes déclarations de M. Macron. En Belgique, on pourrait imaginer qu’un tel panel soit constitué dans le cadre des discussions sur la relance économique post-Covid.
"C’est une question de volonté politique. Et à ce propos, je suis beaucoup plus pessimiste en ce qui concerne la Belgique, dit Dave Sinardet. Je crois qu’il sera vraiment difficile de convaincre tous les présidents de parti d’aller dans cette logique, à moins d’avoir une majorité gouvernementale qui soit plus enthousiaste à cette idée de la démocratie délibérative."
À l’heure où les décideurs politiques se cassent les dents sur la formation d’un gouvernement fédéral majoritaire de plein exercice, il semble - a priori - illusoire qu’ils s’entendent sur l’idée de céder une partie de leur pouvoir aux citoyens. La note rédigée en novembre 2019 par le président du PS, Paul Magnette, alors chargé d’une mission d’information royale, atteste toutefois d’un certain volontarisme en la matière. Le texte suggérait de réformer le Sénat pour en faire une "Assemblée mixte composée de citoyens tirés au sort". Cette nouvelle assemblée serait chargée de délibérer sur des enjeux de long terme et des questions éthiques. De quoi entreprendre un travail de fond et de réflexion visant à dégager une nouvelle vision de la Belgique à l’horizon 2025.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« ENTREPRENDRE UN TRAVAIL DE FOND ET DE REFLEXION VISANT A DEGAGER UNE NOUVELLE VISION DE LA BELGIQUE A L’HORIZON 2025 ».

Je fais partie de ceux qui sont encore plus anxieux du déconfinement que du confinement, vécu par tous comme une véritable plongée dans l’inconnu ? J’ai bien peur que la véritable épreuve qui nous attend ne soit pas tant le confinement et l’isolement que le moment où nos sociétés vont se remettre en ordre de marche. Je crains que pour assurer la relance « on » nous pousse à produire toujours plus d’objets nouveaux, de futures monticules de déchets inutiles, de voitures et d’ordinateurs jetés demain au rebut. 
Je doute qu’un retour au bon vieux système vaut vraiment la peine. Il est relativement aisé de supporter le confinement tant qu’on sait qu’il est temporaire. Les problèmes surgissent dès lors que nous devons inventer un nouveau mode d’existence, quand il n’y aura pas de « retour à la normale » Nos chers présidents de partis belges n’ont, à l’évidence,  pas de plan de sortie à long terme à nous proposer. 
C’est dire que les vraies difficultés vont commencer maintenant.
Comment réorganiser notre économie de telle manière qu’elle ne contrecarre pas out élan de solidarité  Sans compter la menace d’un effondrement psychologique en cas de seconde vague. Les signes d’une telle menace semblent se multiplier partout en Europe et dans le monde. Les contours familiers de nos vies quotidiennes sont en train de se transformer. Selon Bruno Latour, l’épidémie de Covid-19 ne serait qu’ une  « répétition générale de ce qui nous attend. Même si nous parvenons à contenir celle-ci, d’autres épidémies et d’autres catastrophes écologiques se produiront de façon certaine. » 
Cette pandémie annonce une nouvelle ère qui nous obligera à tout repenser, y compris la signification de ce qu’est un être humain libre.
   Une authentique révolution démocratique s’impose à l’évidence mais rien ne bouge dans le landerneau politique de ce pays.
La pandémie débouchera immanquablement sur un conflit de fond opposant diverses visions globales de la société. Sommes-nous des utilitaristes prêts à sacrifier des milliers de vies au nom du bien-être économique de la majorité ? Sommes-nous partisans d’un « certain autoritarisme » convaincus que seuls un contrôle et une régulation étatiques sévères sont à même de nous sauver ? Beaucoup redoutent que des mesures comme la quarantaine et la distanciation sociale posent les jalons d’un contrôle autoritaire sournois.
Ce qui m’angoisse, c’est l’incapacité de nos gouvernants à maîtriser la situation et toutes leurs incohérences. 
Par quelle forme sociale remplacer l’ordre mondial néolibéral ? 
Le système capitaliste mondial est sur le point de générer une tempête majeure : combinaison rarissime de facteurs météorologiques qui libère une énergie incomparablement plus grande que leur simple addition et qui mêlera crise économique, crise écologique, crise migratoire, conflits internationaux et soulèvements antiracistes (ils sont loin de se cantonner à l’Amérique). 
L’imprévisible a décidément des allures d’apocalypse.
MG


L’INSOUTENABLE LEGERETE DU CAPITALISME VIS-A-VIS DE NOTRE SANTE, PAR EVA ILLOUZ
Obs (extraits)

TRIBUNE. Dans ce texte brillant, qui souligne le lien étroit entre santé et économie, la grande sociologue franco-israélienne analyse la crise planétaire du coronavirus. Elle dénonce « l’imposture » du néolibéralisme qui, privant l’Etat de ses ressources, a sacrifié le monde dont il se nourrit.
(…)Le coronavirus est un événement planétaire d’une magnitude que nous peinons à saisir, non seulement en raison de son échelle mondiale, non seulement en raison de la rapidité de la contamination, mais aussi parce que les institutions dont nous n’avions jamais questionné le colossal pouvoir ont été mises à genoux en l’espace de quelques semaines. L’univers archaïque des épidémies dévastatrices a brutalement fait irruption dans le monde aseptisé et avancé de la puissance nucléaire, de la chirurgie laser et de la technologie virtuelle. (…) Comme l’écrivit Albert Camus dans « la Peste », « tous ces changements, dans un sens, étaient si extraordinaires et s’étaient accomplis si rapidement, qu’il n’était pas facile de les considérer comme normaux et durables. »
La liberté, la valeur cardinale de la modernité, a été mise entre parenthèses, non pas à cause d’un nouveau tyran mais en raison de la peur, cette émotion qui domine toutes les autres. Du jour au lendemain, le monde est devenu unheimlich, étrangement inquiétant, vidé de sa familiarité. Les gestes les plus réconfortants – se serrer la main, s’embrasser, s’étreindre, manger ensemble – sont devenus sources de danger et d’angoisse. En l’espace de quelques jours, de nouvelles notions ont fait leur apparition pour donner sens à une réalité nouvelle. 
RUPTURE DU CONTRAT DE L’ETAT
Les crises révèlent les structures mentales et politiques et, dans le même temps, elles mettent au défi les structures conventionnelles et la routine. Une structure est habituellement dissimulée au regard, mais les crises n’ont pas leur pareil pour exposer à l’œil nu les structures mentales et sociales tacites.
(…)Cette crise met en lumière deux choses opposées : d’abord le fait que ce contrat, dans de nombreuses parties du monde, a progressivement été rompu par l’Etat, qui a changé de vocation en devenant un acteur économique entièrement préoccupé de réduire les coûts du travail, d’autoriser ou encourager la délocalisation de la production (et, entre autres, celle de médicaments clés), de déréguler les activités bancaires et financières et de subvenir aux besoins des entreprises. Le résultat, intentionnel ou non, a été une érosion extraordinaire du secteur public. Et la deuxième chose, c’est le fait, évident aux yeux de tous, que seul l’Etat peut gérer et surmonter une crise d’une telle ampleur. Même le mammouth Amazon ne peut faire plus qu’expédier des colis postaux, et encore, avec de grandes difficultés.
 « RETOMBEES ZOONOTIQUES »
Pour Dennis Carroll, expert mondial de premier plan en maladies infectieuses, travaillant aux Etats-Unis pour le CDC (Centers for Disease Control and Prevention), l’agence nationale de protection de la santé, nous devons nous attendre à voir ce type de pandémies se répéter plus souvent à l’avenir. Et cela en raison de ce qu’il appelle les « retombées zoonotiques », c’est-à-dire les conséquences d’un contact de plus en plus fréquent entre des agents pathogènes d’origine animale et les hommes – un contact lui-même causé par la présence toujours plus importante des humains dans des écozones qui, jusqu’ici, étaient hors de notre portée. Ces incursions dans les écozones s’expliquent par la surpopulation et par l’exploitation intensive de la terre (en Afrique, par exemple, l’extraction pétrolière ou minière s’est considérablement développée dans des régions qui étaient d’ordinaire peu habitées par les hommes).
Cela fait au moins une décennie que Caroll et de nombreux autres (dont, par exemple, Bill Gates et l’épidémiologiste Larry Brilliant, directeur de la fondation Google.org) nous avertissent que des virus inconnus menaceront toujours plus à l’avenir les êtres humains. Mais personne n’y a prêté attention. La crise actuelle est le prix que nous payons tous pour le manque d’attention de nos politiciens : nos sociétés étaient bien trop occupées à réaliser des bénéfices, sans relâche, et à exploiter la terre et la main d’œuvre, en tout temps et en tous lieux. 
La peur du public met toujours les institutions en danger (les monstres politiques du XXème siècle ont tous utilisé la peur pour dépouiller la démocratie de ses institutions). Mais l’inédit de cette crise, c’est à quel point elle se montre hantée par l’« économisme ». 
 (…)Le capitalisme tel que nous l’avons connu doit changer. La pandémie va causer des dommages économiques incommensurables, un chômage massif, une croissance en berne ou négative, et elle affectera le monde entier – les économies asiatiques ayant des chances d’en ressortir les plus fortes. Les banques, les entreprises et les sociétés financières devront supporter la charge, aux côtés de l’Etat, de trouver une issue à cette crise et devenir des partenaires pour la santé collective des citoyens. Elles devront contribuer à la recherche, aux plans de préparation aux urgences nationales, et à l’embauche massive, une fois cette crise terminée. Elles devront porter le fardeau de la reconstruction économique, quand bien même cet effort collectif ne générerait que peu de profits.
Les capitalistes ont pris pour acquises les ressources fournies par l’Etat – l’éducation, la santé, les infrastructures – sans jamais réaliser que les ressources dont ils spoliaient l’Etat les priveraient, au bout du compte, du monde qui rend l’économie possible. Cela doit cesser. Pour que l’économie ait un sens, elle a besoin d’un monde. Et ce monde ne peut être construit que collectivement, grâce à la contribution du secteur privé au bien commun. Si seuls les Etats peuvent gérer une crise d’une telle ampleur, ils ne seront pas suffisamment forts pour nous faire sortir à eux seuls de cette crise : il faudra que les entreprises contribuent au maintien des biens publics, dont elles ont tant bénéficié.

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