jeudi 30 juillet 2020

Subir un nouveau lockdown, faute de testing massif n'est pas acceptable (édito)


Anne-Sophie Bailly
Rédactrice en chef. Le Vif


De chaque crise, si dure soit-elle à vivre, on peut tirer des leçons et apprendre. Celle du coronavirus ne fait pas exception. Et ces leçons sont comprises, parfois rapidement, parfois moins. Même si elles sont souvent impérieuses.

On a ainsi eu la leçon n°1, celle de la survie européenne. Absente des radars au début de la crise, l'Union européenne a compris qu'il était minuit moins une. Qu'il n'y aura pas de possibilité de repêchage. Elle a donc mobilisé ses forces vives pour agir rapidement, d'abord en prenant des mesures d'urgence, ensuite en lançant un plan de relance ambitieux et richement doté. Ce plan a bien entendu fait l'objet de discussions, concessions et compromis mais a finalement été adopté quatre jours et quatre nuits plus tard par tous, y compris ceux qui y étaient le moins favorables. La leçon de survie s'est doublée d'un apprentissage de la solidarité.
Il aura fallu par contre passer par la case "révision" pour que le gouvernement de Sophie Wilmès comprenne bien la leçon n°2 : écouter et/ou jusqu'où suivre les experts. La première version des mesures rendue à l'issue d'un Conseil national de sécurité a été recalée par ces derniers, tellement les moyens déployés semblaient loin de l'objectif à atteindre. La deuxième version a en revanche obtenu un satisfecit général. Par les experts - normal, on était proche du copier-coller attendu. Par la population aussi, qui accorde un capital confiance nettement plus important aux spécialistes qu'aux politiques depuis le début de la crise.
La leçon n°2 est devenue : parler d'une seule voix est plus efficace.
Quant à nous, tout heureux de nos libertés retrouvées, nous venons d'apprendre brutalement la leçon n°3. Sans respect strict des consignes sanitaires et des gestes barrières, l'épidémie reflambe illico. A retenir : la responsabilité est collective, la solution le sera tout autant.
La prochaine leçon répétée depuis longtemps déjà mais qui semble difficile à faire passer, c'est la n°4: le testing, arme de déconfinement.
L'hypothèse de départ. En l'absence de vaccins et de remèdes, le déconfinement ne pourra qu'être accompagné d'un testing massif pour casser les chaînes de transmission. La communauté scientifique recommande unanimement des tests plus nombreux - notamment dans les clusters -, plus accessibles et plus rapides.
Les données. Selon Philippe De Backer, en charge de la gestion du matériel médical, la Belgique a la capacité de réaliser 30 000 tests par jour et pourrait rapidement monter à 45 000. Pour le moment, 15 000 tests maximum sont réalisés chaque jour.
L'inconnue. Pourquoi le testing massif n'est-il pas organisé ?
Eléments de réponse. Par manque de ressources, des critères stricts pour accéder aux tests ont été définis au début de l'épidémie. Est-ce toujours le cas ? La lasagne institutionnelle joue-t-elle un rôle quand on sait que prévention et prise en charge des collectivités sont du ressort des Régions et que la capacité matérielle de déployer des campagnes de tests est du ressort du fédéral ?
Réponse non acceptable à la leçon n°4 : subir un nouveau lockdown faute de testing massif et suffisant. A vos copies, vous avez deux heures. Le temps presse.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
OBEISSANCE ET DESOBEISSANCE CIVILE

Il nous faut, c’est clair, obéir aux injonctions que nous impose l’autorité politique pour des motifs sanitaires. Ce qui est beaucoup moins clair, c’est la nature légitime du gouvernement Wilmès. Au début on n’a pas manqué de faire l’éloge de Sophie Wilmès mais c’était au début. Si le capital de sympathie de cette femme grande et austère demeure à peu près intact en revanche la confiance dans son gouvernement de bras cassés et de seconds couteaux est au plus bas. C’est un truisme d’affirmer que la Belgique a besoin de toute urgence d’un gouvernement de plein exercice pour affronter la crise la plus brutale et la plus profonde qui se soit abattue sur le monde dit libre depuis la grande dépression de 1929.
Beaucoup, surtout parmi les plus jeunes, pratiquent par nonchalance et négligence une forme très particulière de désobéissance civile : ils font de moins en moins de cas de la distance sociale et du port du masque.  Ils font la fête quand ça leur plaît, où ça leur convient et de préférence en groupes Et ce ne sont ni les conférences de presse répétitives de la grande Sophie, ni les harangues du roi Philippe qui les feront changer d’attitude. Le roi, précisément a compris que s’il voulait préserver l’intégrité du territoire de son Royaume- c’est la formule du serment constitutionnel- il devait mettre la pression sur le duo De Wever-Magnette pour qu’ils se décident enfin à gouverner ensemble. On ne tardera pas à savoir si cette tentative de la dernière chance a des chances d’aboutir. Ce n’est pas d’un régime autoritaire qu’on a besoin-le ciel nous en préserve- mais d’un gouvernement légitime incarnant l’autorité légitime des gouvernants.
Il n’est pas trop tard mais il est grand temps d’atterrir et de conclure.
MG

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