dimanche 30 août 2020

"Je ne m'attends pas à une année facile"


Caroline Désir, ministre de l'Enseignement: "Je ne m'attends pas à une année facile"
Le Vif

A quelques jours d'une rentrée scolaire chamboulée par la pandémie de coronavirus, la ministre de l'Enseignement obligatoire en Fédération Wallonie-Bruxelles, Caroline Désir (PS), ne s'attend pas à une année facile.
Le port du masque généralisé chez les ados et les adultes "c'est le prix à payer pour garantir le droit à l'éducation", affirme-t-elle dans le journal Le Soir et les titres de Sudpresse.
Alors que certains élèves n'ont plus mis les pieds à l'école depuis le 13 mars, la ministre ne craint pas les retards d'apprentissage. "Quelques mois perdus sont peu de chose à l'échelle d'une scolarité de 15 ans. Par contre, je ne pourrai plus tenir le même discours si l'année qui commence est à nouveau chaotique", indique-t-elle.
En cas d'absentéisme massif des enseignants, Mme Desir assure avoir pris des mesures pour lutter contre la pénurie. "Pour l'heure, l'immense majorité des professeurs est dans les starting-blocks. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
GOUVERNER C’EST PREVOIR

Madame la ministre a eu six mois pour organiser et mettre en place l’enseignement à distance, pour créer des plateformes au cas où…
A « Si d'aventure des professeurs devaient se retrouver en quarantaine mais asymptomatiques, nous pourrions les solliciter pour faire l'école à distance", Pourquoi ce conditionnel timide et prudent. En bonne logique on peut s’attendre à une mise en quarantaine massive d’enseignants rentrant de destinations suspectes.
B "même en code rouge pour les secondaires, les élèves fréquenteront l'école à mi-temps et feront de l'enseignement à distance pour l'autre mi-temps" 
Mais, à notre connaissance,  aucune modalité pratique et concrète n’a été prévue pour organiser l’enseignement à distance. Cela ne s’improvise pas ; cela se prépare de longue date. Et le temps, ce n’est pas ce qui vous a manqué Madame la Ministre. L’enseignement à distance, les profs dans leur grande majorité n’en veulent pas et les syndicats encore moins.
Il faut donc espérer que les pouvoirs organisateurs des réseaux d’enseignement non communautaire auront su se montrer plus prévoyants.
On verra ça mardi sur le terrain et au cas par cas.
MG


Rentrée scolaire : "Nous, les enseignants, devons être là, n’en déplaise aux hypocondriaques"
Jean-Paul Brighelli
Enseignant et essayiste. Dernier ouvrage paru : C'est le français qu'on assassine (Hugo et Cie, coll. Paradoxe, 2017)

La rentrée se fera-t-elle dans de bonnes conditions ? Faut-il la reporter ? Faut-il « aménager les programmes » ? Autant de questions soulevées avec la délicatesse des pachydermes par toutes les instances pédagogiques, ou prétendues telles.
Pour tirer à vue sur Blanquer et sur la rentrée, rien de mieux qu’une petite épidémie. Feignez dans un premier temps d’avoir pour souci exclusif la santé des élèves et des enseignants. Si bien peu des premiers sont à risque, ne peuvent-ils pas infecter les seconds, surtout dans ces classes surchargées qui sont le lot ordinaire des établissements français ? Les inciter à se laver régulièrement les mains soulève le problème des points d’eau (et de savon) auquel les municipalités et les diverses instances régionales ne se sont jamais confrontées. Quant à faire cours avec un masque sur le visage pendant 6 heures, c’est une douce illusion. « Quelle est l'efficacité des masques grand public portés toute la journée ? Comment empêcher les élèves de les enlever de temps en temps pour s'exprimer ou mieux respirer ? » se demande François Jarraud, l’inamovible pilier du Café pédagogique. Peut-être qu’en supprimant les élèves…
Le seul point que je critiquerais dans le Protocole mis en place par le Ministère est cette incertitude sur la « distanciation » entre le maître et ses élèves. Aura-t-on ou non le droit de s’exprimer sans masque si l’on se tient à plus d’un mètre (ou davantage ?) des élèves — étant entendu que l’on ne peut pas enseigner sereinement avec un masque, je l’ai expliqué en détail dès le mois de mai. Et les sites « de gauche » de recommander de mieux gérer l’expression des yeux ou la gestuelle — alors même qu’une grande majorité d’élèves sont des visuels, qui lisent sur le visage des enseignants les inflexions essentielles… Merveilleuse ressource pour nos pédagogues, qui inventent sur le champ des « ressources » théâtrales : si vous ne pouvez pas parler (et je suggère au lecteur non-enseignant d’imaginer ce que c’est que de parler fort dans un masque pendant des heures), mimez votre cours.
En fait de cours, disent nos discoureurs, ne faudrait-il pas commencer par « libérer la parole » ? Laisser des élèves saturés par les médias d’informations contradictoires et systématiquement alarmantes exprimer leurs hantises ? Voilà qui remplacera utilement le rattrapage absolument nécessaire après une interruption de plus de cinq mois…
L'OPTIMISTE DE MONSIEUR BLANQUER
En mai dernier, Jean-Michel Blanquer, indéfectible optimiste, pensait que l’institution scolaire avait perdu « entre 5 et 8% des élèves »… Il sait bien, le ministre, que les chiffres réels sont bien supérieurs. Et, pire, que ce sont majoritairement les élèves les plus fragiles qui ont le plus décroché. Les protocoles mis en place en mai-juin, sur l’application des quels les syndicats ont veillé attentivement (on a vu des responsables syndicaux mesurer la distance entre les tables, enregistré le minutage des désinfections de classe, et évalué le respect des protocoles dans les couloirs ou les cours de récréation, toutes sortes de soucis pédagogiques) n’ont guère aidé à une reprise sereine des enseignements. Les soucis exprimés par la plupart des syndicats aujourd’hui ne favorisent guère un début d’année apaisé.
Il est sidérant que des institutions qui se disent volontiers de gauche ne tiennent pas compte du fait que ce sont les élèves les plus démunis qui sont les premières victimes de la psychose prophylactique. Il faut « alléger les programmes », clame le SNES. Et les supprimer, peut-être ?
Les syndicalistes enseignants ont beau jeu d’affirmer que l’on étudie trop à l’école. Leurs enfants sont à l’abri — dans de « bons » établissements, et par ailleurs ils bénéficient à la maison de toutes les ressources techniques et humaines pour continuer la classe. Mais les pauvres, les vrais pauvres, qui n’ont pas forcément l’équipement pour travailler en « distanciel », qui vivent à douze dans 12m2, qui ne parlent pas français à la maison — si on en parlait un peu aussi ?
RÉVOLUTION GLOBALE ?
Reprendre l’école comme à l’ordinaire, avec quelques consignes toujours utiles sur les « gestes-barrières », est essentiel. Enseigner davantage qu’à l’ordinaire — parce qu’il faut bien rattraper ce qui n’a pas été fait, si on ne veut pas définitivement stigmatiser une génération entière d’élèves, est indispensable. Et enseigner pour de bon, pas planqué derrière un masque. Enseigner avec tous les moyens de la voix, des mimiques et du geste. Nous avons un devoir de présence, et un devoir d’action. Il est tout de même étrange que dans ce pays, des employés de supermarchés se rendent chaque jour au boulot, et que tant d’enseignants hésitent à le faire. Et après, les ex-hussards noirs de la République se demandent pourquoi leur popularité a fondu…
Il est de surcroît essentiel, dans leur intérêt, que les enseignants soient massivement présents. Si jamais le ministre s’apercevait que le « distanciel » lui permet d’économiser des dizaines de milliers de postes… Si jamais il désignait une commission d’évaluation de ce qui a été proposé aux élèves de mars à juin, et décidait de sélectionner quelques enseignants remarquables pour diffuser leurs cours — puisqu’aussi bien trop d’enseignants en chair et en os se font porter pâles… Ce serait une révolution globale, dont le corps enseignant dans son ensemble ferait les frais. Nous devons être là, comme d’habitude, n’en déplaise aux hypocondriaques. Bien sûr il y aura quelques infections — le virus ne va pas s’arrêter, il est parti pour des années. Bien sûr, on enseignera parfois avec une boule sur le ventre, en fonction de nos appréhensions. Mais nous le devons aux élèves, nous le devons à leurs parents — ou alors, nous devrons disparaître.


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