samedi 29 août 2020

Nos trafiquants ont du talent


"Ils sont très forts en marketing" : derrière les vidéos de dealers armés à Grenoble, l'hypothèse d'un coup de com'
Par Sébastien Grob
Marianne

Des policiers sont intervenus ce mercredi 26 août dans le quartier grenoblois du Mistral, à la suite de la diffusion de vidéos montrant des hommes armés sur les réseaux sociaux. Alors que l'implication d'un réseau de dealers ne fait guère de doutes, le but de la mise en scène est plus incertain.
Un arsenal étalé au grand jour. Une opération de police a été menée ce mercredi 26 août dans le quartier du Mistral, à Grenoble, après que des vidéos montrant des hommes armés de fusils d'assaut ont été diffusées sur les réseaux sociaux. Les autorités défendent l'hypothèse d'une opération menée par un groupe de dealers, destinée à impressionner une bande rivale. Mais si la scène semble bien avoir été diffusée par des trafiquants, un des comptes à l'origine des vidéos affirme qu'il s'agirait seulement d'un "clip" tourné avec des fausses armes. Les dealers locaux n'en seraient dans ce cas pas à leur premier coup marketing sur les réseaux sociaux, souvent utilisés comme vitrine.
Les deux vidéos ont été largement relayées dans la soirée du lundi 24 août sur les réseaux sociaux. L'une d'entre elles montre plusieurs hommes armés d'un fusil d'assaut, dont certains sont cagoulés, semblant patrouiller aux abords d'un square pour enfants. Un autre individu est assis à une table surmontée d'un sac plastique, et vers laquelle s'avance un adolescent. Dans une autre séquence, plusieurs hommes sont installés autour d'une table croulant sous des bonbons, certains sur des motos. Tous portent des cagoules. La caméra s'approche de bocaux au contenu difficilement identifiable, mais dont il pourrait s'agir de produits stupéfiants. L'ensemble de la vidéo est sous-titré "Mistral capital (sic) du Stup".
COMPTE INSTAGRAM ET CARTE DE FIDÉLITÉ
Des policiers sont intervenus sur place le lendemain soir, à la demande expresse du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. "Sur mon instruction directe, une opération de police est en cours dans le Mistral, à Grenoble", a-t-il annoncé mercredi soir sur Twitter, ajoutant que "l’Etat s’imposera face à l’ensauvagement d’une minorité de la société". Présent sur place, le préfet de l'Isère, Lionel Beffre, a indiqué à des journalistes que l'opération "consist[ait] à aller dans l'espace public, à contrôler ceux qui s'y trouvent et qui seraient en infraction, éventuellement faire des interpellations (...) et des confiscations". Il a aussi précisé que ce type d'action avait lieu "régulièrement", "160 interpellations" ayant été réalisées "depuis le début de l'année" dans ce quartier en proie au trafic de drogue. L'intervention de ce mardi a donné lieu à la confiscation de deux scooters, selon France Bleu Isère. Mais aucune interpellation n'avait encore été effectuée ce jeudi après-midi, comme l'a indiqué à Marianne le procureur de Grenoble Éric Vaillant.
L'appartenance des protagonistes à un réseau de dealers, hypothèse privilégiée par les autorités, ne semble guère faire de doutes. Plusieurs d'entre eux portent un T-shirt estampillé "Mistral 38", appellation qui constitue la "quasi-marque [des trafiquants] du quartier Mistral" selon Éric Vaillant. Le procureur rappelle un épisode ayant eu lieu en janvier 2019 : des milliers de sachets étiquetés d'une feuille de cannabis et de l'inscription "Mistral 38", en provenance de Chine et destinés à conditionner de la drogue, avaient alors été saisis à l'aéroport de Lyon. Sur Instagram, un compte "Mistral 38" comptant plus de 15.000 abonnés sert ouvertement de vitrine à des produits stupéfiants. Des publications y invitent notamment le chaland à contacter un numéro WhatsApp "pour les commandes supérieures à 100€", précisant que ces "clients VIP" se verront remettre une carte de fidélité. La page renvoie aussi vers un des deux comptes ayant diffusé les vidéos d'hommes armés lundi sur Snapchat.
UNE TOMBOLA EN 2019
En revanche, le but de la mise en scène est plus incertain. Selon les autorités, la séquence aurait été diffusée afin d'intimider une bande rivale : "Notre hypothèse est que la vidéo a été tournée par les dealers pour impressionner le camp adverse", alors que le quartier est le théâtre d'une "guerre de territoire depuis quelques semaines", indique Éric Vaillant. Mais un message publié par le compte Snapchat lié à "Mistral 38" évoque de son côté le tournage d'un "clip". "D'un clip vidéo avec des armes factices on a fait la une des médias", s'amuse le message, qui enjoint à ses suiveurs de "rester bien brancher (sic)".
S'agirait-il alors avant tout d'un coup marketing ? Éric Vaillant n'y "croi[t] pas", sans tout à fait écarter ce scénario : "C'est possible, mais ils n'ont pas de vrai intérêt à faire de la publicité pour Mistral : tout le monde sait qu'on peut y acheter de la drogue. Et puis montrer des acheteurs encadrés par des hommes armés n'est pas la meilleure manière de mettre en confiance le client". Quant aux armes, le magistrat précise "[qu']on ne sait pas si elles sont réelles ou pas", mais que l'utilisation de fusils d'assaut dans ce quartier ne serait "pas surprenante du tout".
Si l'épisode s'avérait être une opération de communication, les dealers locaux n'en seraient pas à leur coup d'essai. "Ils sont très forts en marketing depuis des années", reconnaît Éric Vaillant. En 2017, une annonce de recrutement avait été diffusée sur Snapchat : intitulée "On recherche guetteur", elle précisait "le profil recherché, les horaires (...) et la rémunération", racontait le Dauphiné libéré. La publication était assortie du slogan "Mistral capitale du stup", aussi présent dans les récentes vidéos. Et en avril 2019, les trafiquants étaient allés jusqu'à organiser une tombola à l'intention de leur client. Le gros lot : "Une Playstation 4, avec deux manettes et deux jeux", indiquait alors France Bleu Isère. A quand les cours en école de commerce ?


BUURTBEWONERS BOOS NA ZOVEELSTE AANSLAG IN DEURNE: ‘WAAR ZIT BART DE WEVER NU MET ZIJN WAR ON DRUGS?’
De Standaard

Na het oplaaiende drugsgeweld de afgelopen dagen deed de Antwerpse politie extra controles in de omgeving van Deurne, maar dat hield de aanslagplegers blijkbaar niet tegen. Bij de buurtbewoners overheerst vooral boosheid. ‘Als wij dit al van ver zagen aankomen, waarom de politie dan niet?’


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
GERARD DARMANIN DANS LE ROLE D’ ELIOTT NESS

Les banlieues française ainsi que les environs d’Anvers prennent des allures de faubourgs de Chicago des années folles. On y tourne en live et en plein jour un remake local en couleur de Scarface, une nouvelle série  des « incorruptibles » avec le petit Darmanin dans le rôle d’ Elliot Ness. Décidément la cinquième République, version Macron ne va vraiment pas bien et la métropole anversoise du flamboyant De Wever ne semble pas aller mieux tandis qu’à Molenbeek Catherine Moureaux se demande comment empêcher ses garnements de "caillasser" les voitures de pompiers et leurs occupants. 
Les analyses d’Alain Bauer n’inclinent pas à l’optimisme. Marine Le Pen  et Van Grieken du Belang se frottent les mains et attendent leur heure tapis dans l’ombre
Alain Bauer: «La société semble désemparée face à cette bouffée de violence» ;  «L’homicide devient un substitut à toute autre forme de discussion ou de négociation.» « D’abord, on a cru à un accident statistique lié aux attentats terroristes de 2015 et 2016. On se rend compte aujourd’hui que c’est une lame de fond. Elle se distingue par le maintien à un niveau élevé des meurtres et assassinats mais aussi et surtout par une augmentation massive des tentatives d’homicide. Or celles-ci, même si elles représentent des crimes ratés, n’en sont pas moins caractérisées par la ferme intention de tuer. Homicides et tentatives forment les deux faces d’une même pièce. Ils illustrent une même réalité criminelle et ne sauraient être dissociés. »
 « Le problème, c'est que nous avons abandonné l'intégration il y a très longtemps" "Je suis pour la définition d'un espace commun qui, pour moi, s'appelle laïcité, respectueux des différences et des confessions [...]." 
On ne saurait mieux analyser une situation qui se détériore et prend petit à petit les premières apparences d’une « dictature de la violence » (Yves Thréard) voire pire encore : la possibilité d’une  guerre civile en devenir.
MG

«ENSAUVAGEMENT» : LE GRAND RETOURNEMENT
Par Nicolas Celnik — Libération

Employé par Césaire en 1950 pour dénoncer le colonialisme, le terme a depuis été préempté par l’extrême droite avant d’arriver au gouvernement.
«Il faut stopper l’ensauvagement d’une certaine partie de la société.» La formule, décrochée par Gérald Darmanin le 24 juillet dans le Figaro, a valu au ministre de l’Intérieur des réprimandes jusque dans la majorité. «J’ai lu dans la presse que le mot que j’ai employé avait un lien avec "sauvage", donc avec immigration, donc avec ethnicisation. Je suis à 100 000 lieues de cela», s’est-il défendu, expliquant utiliser un vocable que tout le monde peut comprendre.
Les mots ont un sens, et celui-ci dépend souvent de qui se charge de les faire exister dans le débat public.
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L’ex-ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement s’était ainsi attiré les foudres de la gauche lorsqu’il avait qualifié les mineurs multirécidivistes de «sauvageons» en 1998, formule reprise dix-huit ans plus tard par son successeur Bernard Cazeneuve. «Ensauvagement» a été préempté depuis une petite décennie par la droite dure, à la faveur de l’essai la France Orange mécanique (Ring, 2013) du journaliste Laurent Obertone, figure de la droite identitaire. Marine Le Pen avait immédiatement surfé sur le terme, qui a infusé parmi les cadres du RN : l’élu européen Jordan Bardella s’est ainsi invité dans Valeurs Actuelles pour appeler à «sortir du déni» face à «l’ensauvagement de la société». Et le mot de ricocher dans le vocabulaire de caciques de la droite «républicaine», de Laurent Wauquiez à Eric Ciotti, en passant par Bruno Retailleau.
La droite du gouvernement y a à son tour succombé, Darmanin le premier. Et s’il a rappelé que le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, avait aussi employé le terme en 2019, il a omis de préciser que c’était en citant Mona Ozouf qui assurait, dans Zadig : «L’ensauvagement des mots précède toujours l’ensauvagement des actes.» L’historienne y recommandait la lecture de LTI, la langue du IIIe Reich du philologue Victor Klemperer, un ouvrage paru en 1947 sur l’analyse de la novlangue nazie et la façon dont ses mots s’immiscent dans les esprits et déshumanisent les êtres. 

 «DENI D’ENSAUVAGEMENT»
Figaro - Ce ne sont pas les violences qui font scandale, mais le fait qu’on les nomme sans prendre les précautions langagières attendues.
Mathieu Bock-Côté Le Figaro

L’étrange querelle des dernières semaines autour du terme «ensauvagement» nous confirme encore une fois, s’il le fallait, à quel point le système médiatique travaille non pas à décrire la réalité de la société française mais à l’occulter. Les scènes les plus violentes se multiplient, les agressions s’additionnent et pourtant, les sociologues patentés le répètent en boucle: tout ne va pas si mal et ceux qui disent le contraire versent dans la «surenchère sécuritaire».
Mieux encore: tout va bien. Le vivre-ensemble est harmonieux, les agents des services publics peuvent travailler sans risque, les rodéos se font rares, un jeune homme qui se porte à la défense de jeunes femmes est un provocateur qui mérite d’être agressé et les mœurs sont de plus en plus douces, comme on a pu le voir avec les «jeunes» en «liesse» sur les Champs-Élysées lors des dernières compétitions sportives. Bref, la vie est belle en France plurielle! C’est le triomphe de la diversité Potemkine.


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